{"id":12431,"date":"2019-02-11T16:55:56","date_gmt":"2019-02-11T15:55:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12431"},"modified":"2019-02-11T16:55:56","modified_gmt":"2019-02-11T15:55:56","slug":"creation-faun-dogs-sleep-les-noces-cherkaoui-goecke-lidberg-opera-garnier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12431","title":{"rendered":"Cr\u00e9ation :  Faun, Dogs sleep, Les Noces \/ Cherkaoui, Goecke, Lidberg &#8211; Op\u00e9ra Garnier"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce soir au Palais Garnier nous avons rendez-vous avec les\nchor\u00e9graphes Pontus Lidberg, Marco Goecke et Larbi Cherkaoui pour\ntrois pi\u00e8ces, trois univers radicalement diff\u00e9rents : Cherkaoui\nouvre par <em>Faun<\/em> et\nGoecke et Lidberg suivent avec deux cr\u00e9ations exclusives pour\nl&rsquo;Op\u00e9ra de Paris, <em>Dogs sleep <\/em>et\n<em>Les Noces<\/em>. \n\n<\/p>\n\n\n\n<p>Le rideau se l\u00e8ve donc pour Cherkaoui. D&rsquo;abord un homme, seul en\nsc\u00e8ne et en cale\u00e7on, dans une simplicit\u00e9 de corps souple et\nd\u00e9structur\u00e9. Une femme l&rsquo;y rejoint, pas plus habill\u00e9e, pas moins\nanimale que lui. Derri\u00e8re eux, une for\u00eat et le rayon d&rsquo;un astre\nqui sillonne la sc\u00e8ne. Devant eux, l&rsquo;orchestre et sa musique\n\u00e9trange, douce, qui accompagne les arabesques des danseurs. <br><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;homme\nsurprend par sa mall\u00e9abilit\u00e9 ; gouvern\u00e9 par une force ext\u00e9rieure,\nil est le ruisseau scintillant, il est le vent entre les branches, il\nest le souffle m\u00eame de la nature. La femme se tient plut\u00f4t au\nsecond plan, ombre du masculin qui parfois le compl\u00e8te, androgyne,\nmonstre \u00e0 quatre jambes. Dans nos si\u00e8ges, on ne sent plus nos\nos, on oublie jusqu&rsquo;\u00e0 notre consistance. <br><\/p>\n\n\n\n<p>Une \u0153uvre po\u00e9tique\ncourte dont on vient pourtant rapidement \u00e0 sati\u00e9t\u00e9. Manque de\ncaract\u00e8re ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le rideau tombe, les lumi\u00e8res s&rsquo;allument, on change le d\u00e9cor.<\/p>\n\n\n\n<p>Place \u00e0 <em>Dogs sleep.<\/em> La\npi\u00e8ce attaque \u00e9galement avec un seul en sc\u00e8ne, cette fois noy\u00e9\ndans un nuage de fum\u00e9e continuellement aliment\u00e9 \u00e0 l&rsquo;odeur de\nm\u00e9dicament \u00e0 la fraise. Il est rapidement rejoint par d&rsquo;autres\ndanseurs faits \u00e0 l&rsquo;identique : torses nus ou couverts d&rsquo;un habit\nchair pour les femmes, les cheveux plaqu\u00e9s sur la t\u00eate et v\u00eatus\nd&rsquo;un pantalon noir ample \u00e0 franges argent\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ici, \u00e0\nl&rsquo;inverse de <em>Faun, <\/em>le\ncorps est r\u00e9duit \u00e0 ses angles : on montre les coudes, les genoux,\nles doigts sont crisp\u00e9s, la gestuelle fr\u00e9n\u00e9tique. Les jambes\nsecouent l&rsquo;air opaque, le rythme des mouvements est impressionnant,\ntr\u00e8s vif. On y voit l&rsquo;homme-machine auquel on fait violence, qui se\nfait violence, pris d&rsquo;une sorte de folie dans le tourbillon du\nsommeil. Les souffles lourds, pes\u00e9s, <em>tchtchtch<\/em>,\nalternent avec des chants suraigu\u00ebs et des berceuses perform\u00e9es :\nle public rirait, mi-s\u00e9duit, mi-nerveux, s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas cette\nmusique \u00e9paisse pour conduire la d\u00e9coupe des mouvements r\u00e9guliers\ndes danseurs qui captivent l&rsquo;audience avec s\u00e9rieux. La pi\u00e8ce\ncl\u00f4ture sur un \u00ab Dormez bien. \u00bb th\u00e9\u00e2tral qui r\u00e9v\u00e8le la farce\net nous arrache un sourire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;entracte arrive alors et abr\u00e8ge\nl&rsquo;\u00e9tat de fascination.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre pianos et une chorale\ns&rsquo;installent dans l&rsquo;orchestre. Vous avez vu <em>D\u00e9cadence<\/em>\nd&rsquo;Ohad Naharin ? La pi\u00e8ce de Lidberg manque malheureusement d&rsquo;un peu\nd&rsquo;originalit\u00e9 ; en m\u00eame temps, difficile de passer apr\u00e8s le g\u00e9nie\nfantasque de Goecke. Dans une rythmique et des costumes similaires \u00e0\nl&rsquo;\u0153uvre de Naharin, Lidberg raconte les relations amoureuses dans\nleur forme la plus moderne ; on y voit l&rsquo;interchangeabilit\u00e9 et la\nrecherche de la performance, de la rentabilit\u00e9 de la d\u00e9pense de son\ntemps propres aux applications de rencontre tandis que des roses\ng\u00e9antes boutonnent et fanent \u00e0 m\u00eame le plafond. \n<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9trospectivement et en interrogeant la mise en commun des trois pi\u00e8ces, on se rend compte qu&rsquo;on nous a donn\u00e9 \u00e0 voir l&rsquo;homme dans son acception triptyque : l&rsquo;homme-animal, l&rsquo;homme-machine et l&rsquo;homme inter-hommes. Moi, je retournerai voir Goecke.<\/p>\n\n\n\n<p>Valentine Lesser<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">_________________________<\/p>\n\n\n\n<p>La sonnerie retentit dans la\nmajestueuse entr\u00e9e de l\u2019Op\u00e9ra Garnier \u00e0 Paris. Il est dix-neuf heures quinze,\nles derniers spectateurs sont pri\u00e9s de se presser et de regagner la salle de\nspectacle. Je monte le somptueux escalier tout en dorure et sculpture, apercevant\nau passage quelques retardataires qui finissent de siroter un verre au bar. Arriv\u00e9e\nau quatri\u00e8me \u00e9tage, deux ouvreurs de portes dans leurs costumes sobres\n(Antonin, \u00e9tudiant en architecture et Jeanne en design d\u2019objets) m\u2019indiquent\nque je suis au deuxi\u00e8me rang, place 36, dans l\u2019Amphith\u00e9\u00e2tre. <\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle n\u2019a pas commenc\u00e9 mais\nc\u2019est tout comme. Un imposant lustre de cristal \u00e9claire d\u2019une lumi\u00e8re tamis\u00e9e\nla salle mais aussi la fresque de Chagall au plafond. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce cadre me ravit, le spectacle peut\ncommencer&nbsp;! <\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir a lieu au Palais Garnier un\nballet r\u00e9unissant trois metteurs en sc\u00e8ne, en une&nbsp;: Cherkaoui&nbsp;;\nGoecke&nbsp;; Lidberg. Trois visions singuli\u00e8res du ballet. <\/p>\n\n\n\n<p>Cherkaoui ouvre la danse avec <em>Faun<\/em>.\nLe spectacle n\u2019est pas nouveau, le Belge conna\u00eet bien la maison. Sur la m\u00e9lodie\nde Debussy, le faune, entre en sc\u00e8ne. De grands arbres dessin\u00e9s dans le fond\nconstituent le d\u00e9cor (\u00e9pur\u00e9) de ce ballet. Sur la grande sc\u00e8ne, dans la semi\np\u00e9nombre, le faune ondule et d\u00e9sarticule son corps. La nymphe le rejoint quelques\nmouvements plus tard, elle aussi tout en ondulations et d\u00e9sarticulations. Les\ncorps se cherchent, se trouvent parfois, s\u2019\u00e9loignent puis se retrouvent. A la\nfronti\u00e8re entre animalit\u00e9 et humanit\u00e9, les deux danseurs brouillent les pistes\net captivent le spectateur le temps d\u2019une musique. <\/p>\n\n\n\n<p>Le premier tableau se termine.\nQuelques minutes s\u2019\u00e9coulent. Changement de d\u00e9cor, changement de metteur en\nsc\u00e8ne. Le deuxi\u00e8me tableau s\u2019ouvre. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une premi\u00e8re pour l\u2019Allemand Goecke\nau Palais Garnier, sa cr\u00e9ation <em>Dogs Sleep<\/em> s\u2019ouvre sur la musique de Toru\nTakemistu. Une \u00e9paisse fum\u00e9e recouvre le sol de la sc\u00e8ne. Les danseurs \u2013 hommes\ncomme femmes \u2013 v\u00eatus seulement d\u2019un pantalon le torse nu se succ\u00e8dent tour \u00e0\ntour sur la sc\u00e8ne et soul\u00e8vent l\u2019\u00e9paisse fum\u00e9e blanche. Les gestes sont\nm\u00e9caniques, les mouvements saccad\u00e9s. Les musiques, comme les danseurs, se\nsucc\u00e8dent aussi&nbsp;: Ravel, Debussy et enfin Sarah Vaughan dans un r\u00e9pertoire\njazz rythment, ou non, les danseurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans la semi p\u00e9nombre et l\u2019\u00e9paisse\nfum\u00e9e, le spectateur est comme plong\u00e9 dans un r\u00eave. Les danseurs acc\u00e9l\u00e8rent,\npuis ralentissent, seul, \u00e0 deux ou \u00e0 sept sur la sc\u00e8ne. Le spectateur est\nquelque peu d\u00e9rout\u00e9, certains d\u2019entre eux choisissent m\u00eame de quitter la salle.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me tableau s\u2019ach\u00e8ve, le\nlustre s\u2019allume doucement. On attend, patiemment, la derni\u00e8re danse. Les trente\nminutes d\u2019entracte laissent juste le temps \u00e0 l\u2019orchestre de s\u2019installer. Les\nquatre pianos \u00e0 queue sont pr\u00eats, le troisi\u00e8me, et dernier tableau commence. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le metteur en sc\u00e8ne su\u00e9dois\nLidberg qui cl\u00f4t le spectacle avec <em>Noces<\/em> \u2013 ballet sur le rituel du\nmariage paysan dans l\u2019ancienne Russie \u2013. Lidberg s\u2019int\u00e9resse \u00e0 cette \u0153uvre pour\nla faire sienne en r\u00e9actualisant le sujet du mariage. Loin de la campagne\nrusse, dans un d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9 (aussi), dix-huit danseurs se d\u00e9couvrent,\ns\u2019apprivoisent, dansent le temps d\u2019un instant puis se s\u00e9parent et retrouvent un\npartenaire. Les habits sont color\u00e9s, le rythme effr\u00e9n\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier tableau s\u2019ach\u00e8ve, le\nlustre s\u2019allume une derni\u00e8re fois pour ce soir. <\/p>\n\n\n\n<p>Je descends songeuse le somptueux\nescalier pour prendre le m\u00e9tro. Si je n\u2019ai pas tout appr\u00e9ci\u00e9 de ce spectacle\nhybride aux ambiances souvent tristes, les metteurs en sc\u00e8ne ont r\u00e9ussi une\nchose&nbsp;: me transporter le temps d\u2019un spectacle. <\/p>\n\n\n\n<p>Alexandra Lagarde<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">_________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois assis\ndans la salle de spectacle de l\u2019Op\u00e9ra Garnier, les yeux lev\u00e9s en direction de\nla splendide peinture murale de Chagall au plafond, le rideau s\u2019ouvre et nous\nplongeons soudainement dans l\u2019atmosph\u00e8re vaporeuse et tourbillonnante de la\ndanse contemporaine. Dans le cadre du 350<sup>e <\/sup>anniversaire de l\u2019Op\u00e9ra\nnational de Paris, trois \u00e9critures contrast\u00e9es s\u2019offrent \u00e0 nous : <em>Faun, <\/em>un\ncorps \u00e0 corps sensuelcr\u00e9\u00e9 en 2009 par Cherkaoui, la folle segmentation\ndu style de Goecke dans <em>Dogs Sleep<\/em>, et enfin la course-poursuite\namoureuse de Pontus Lidberg avec <em>Noces. <\/em>Dans le premier ballet, un\ndanseur au corps sculpt\u00e9, aux geste pr\u00e9cis et gracieux, joliment mis en valeur\npar l\u2019\u00e9clairage en demi-teinte, fait rapidement la rencontre d\u2019une jeune femme\nsinguli\u00e8re. Le couple se cherche et s\u2019apprivoise pour former un duo \u00e9rotique\nsur la musique de Claude Debussy. Ce sc\u00e9nario con\u00e7u et dans\u00e9 en 1912 par Vaslav\nNijinsky, fit scandale pour sa repr\u00e9sentation os\u00e9e et moderne. Toutefois,\nCherkaoui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 revisiter les danses des Ballets russes en nous\noffrant une chor\u00e9graphie acrobatique o\u00f9 les corps se croisent, s\u2019entrelacent,\nafin de nous immiscer dans l\u2019univers attirant de la s\u00e9duction sauvage,\nlangoureuse et passionn\u00e9e. La transition du premier au second ballet, premi\u00e8re\nrepr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier de Goercke, est assez surprenante. Si le\npremier ballet explore la sinuosit\u00e9 des corps dans des mouvements courbes, <em>Dogs\nSleep <\/em>nous plonge dans un chor\u00e9graphie \u00e9tonnante \u00e0 laquelle nous pouvons\nrester herm\u00e9tique. La th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 des gestes saccad\u00e9s des danseurs jusqu\u2019\u00e0 la\nprononciation aigu\u00eb de cris visent \u00e0 accentuer leur m\u00e9tamorphose en oiseaux\npour nous emporter dans un espace-temps ind\u00e9termin\u00e9. Une invitation \u00e0 l\u00e2cher prise\nface \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 trop oppressante ou bien Goecke cherche-il\n\u00e0 questionner l\u2019existence humaine en embuant la sc\u00e8ne d\u2019une fum\u00e9e \u00e9paisse dont\non discerne vaguement des corps \u00e9merger ? Libre \u00e0 nous\nd\u2019y trouver une interpr\u00e9tation personnelle mais cette performance, qui tend \u00e0\nse d\u00e9marquer des deux autres par une certaine originalit\u00e9, reste difficilement\naccessible. Pour clore ce spectacle, le dernier ballet,<em> Les Noces<\/em> mis en\nsc\u00e8ne par Lidberg, renoue avec les grands ballets russes en faisant danser sur\nsc\u00e8ne un nombre cons\u00e9quent de danseurs aux tenues d\u00e9contract\u00e9es. C\u2019est en\nchemise, salopette et tee-shirt, que l\u2019on contemple les port\u00e9s des danseurs,\ncoordonn\u00e9s selon une dynamique d\u2019ensemble, sur la musique audacieuse de\nStravinsky. Cependant, le choix de la sc\u00e9nographie, deux grosses roses kitsch\nen toile de fond qui descendent et remontent selon un proc\u00e9d\u00e9 de \u00ab&nbsp;deus ex\nmachina&nbsp;\u00bb, appara\u00eet sans grande coh\u00e9rence et \u00e9l\u00e9gance esth\u00e9tique. Nous\nregrettons les quinze minutes de <em>Faun <\/em>et aurions aim\u00e9 une prolongation\nde ce premier ballet, nettement moins long que les deux autres, et pourtant si\nfid\u00e8le \u00e0 la beaut\u00e9 et subtilit\u00e9 des comportements amoureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pauline Derosereuil<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">_______________________<\/p>\n\n\n\n<p>Le nouveau spectacle de l\u2019Op\u00e9ra\nnational de Paris tient toutes ses promesses. On s\u2019\u00e9merveille devant <em>Faun<\/em>, on retient son souffle avec <em>Dogs sleep<\/em> et on se laisse transporter\npar <em>Les Noces.<\/em> Ce trio singulier\npr\u00e9sente ainsi une mise en sc\u00e8ne atypique du chef d\u2019\u0153uvre <em>Pr\u00e9lude \u00e0 l\u2019Apr\u00e8s-midi d\u2019un faune<\/em> de Claude Debussy, ainsi que deux\ncr\u00e9ations. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Faun<\/em> de Cherkaoui offre un univers\nonirique singulier, presque d\u00e9rangeant au regard de la d\u00e9sarticulation des\ncorps du couple de danseurs. Ces derniers se contorsionnent \u00e0 l\u2019infini au point\nde questionner leur humanit\u00e9, pour un temps ils sont des cr\u00e9atures. Ce ballet\ncr\u00e9\u00e9 en 2009 laisse place \u00e0 l\u2019\u00e9trange, o\u00f9 pourtant on se laisse transporter\nsans retenue. L\u2019\u00e9cran au fond de la sc\u00e8ne sur lequel est projet\u00e9 ce qui semble\n\u00eatre une for\u00eat devient f\u00e9\u00e9rique, presque r\u00e9confortante. Petit \u00e0 petit, les\ncr\u00e9atures s\u2019apprivoisent et le spectateur est envo\u00fbt\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Marco Goecke propose <em>Dogs sleep<\/em>, une cr\u00e9ation remarquable par\nsa mise en sc\u00e8ne. Pi\u00e9g\u00e9s derri\u00e8re un drap, se mouvant dans une \u00e9paisse fum\u00e9e,\nles danseurs se livrent \u00e0 une performance exceptionnelle. L\u2019orchestre\ninterpr\u00e8te Ravel et Debussy avec brio. On pourra saluer l\u2019id\u00e9e d\u2019int\u00e9grer de la\nmusique enregistr\u00e9e incitant ainsi le spectateur \u00e0 redoubler d\u2019attention. Cet \u00e9l\u00e9ment\nunique ajoute \u00e0 la singularit\u00e9 de la cr\u00e9ation, qui s\u2019applique \u00e0 pousser les\nfronti\u00e8res du ballet. <\/p>\n\n\n\n<p>Avec <em>Noces<\/em>, Lidberg, au regard des costumes et de la dynamique\nartistique, semble s\u2019inspirer de <em>West\nSide Story<\/em>. On retrouve le th\u00e8me us\u00e9 de l\u2019amour remis au go\u00fbt du\njour&nbsp;: les couples se font et se d\u00e9font sous d\u2019\u00e9normes roses \u2013 le comble\ndu kitsch \u2013 qui symbolisent le cycle des rencontres. Une nouvelle fois la\nperformance des danseurs est exceptionnelle. Les chanteurs, accompagn\u00e9s du\nch\u0153ur, parviennent \u00e0 transmettre une tr\u00e8s belle \u00e9motion. <\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois visions offrent \u00e0 vivre un\nmoment merveilleux chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, de m\u00eame qu\u2019ils interrogent les codes\ndu ballet et de l\u2019op\u00e9ra. Une tr\u00e8s belle d\u00e9couverte en danse contemporaine qui\ndonne envie d\u2019aller au-del\u00e0 des grands classiques&nbsp;! <\/p>\n\n\n\n<p>Charlotte Geoffray<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">_______________________<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Op\u00e9ra National de\nParis consacre du 5 f\u00e9vrier au 2 mars deux cr\u00e9ations pour le ballet intitul\u00e9es\n\u00ab&nbsp;Dogs Sleep&nbsp;\u00bb de Marco Goecke et \u00ab&nbsp;Les Noces&nbsp;\u00bb de Pontus\nLidberg, avec en ouverture le \u00ab&nbsp;Faun&nbsp;\u00bb par Sidi Larbi Cherkaoui. Une\nalliance chor\u00e9graphique qui peut surprendre, mais qui laisse entrevoir trois\nvisions singuli\u00e8res de la danse, interrogeant chacune le rapport \u00e0 autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la c\u00e9l\u00e8bre\ncomposition musicale de Claude Debussy <em>Pr\u00e9lude \u00e0 l&rsquo;apr\u00e8s-midi d&rsquo;un faune<\/em>,\nle pas de deux recompose la pi\u00e8ce <em>L&rsquo;Apr\u00e8s-midi d&rsquo;un Faune (1912)<\/em>, en\nhommage \u00e0 Vaslav Nijinski. \u00ab&nbsp;Faun&nbsp;\u00bb de Cherkaoui est une v\u00e9ritable\node \u00e0 l&rsquo;amour. Baignant dans une lumi\u00e8re douce et chaleureuse, le faune et la\nnymphe se montrent, s&rsquo;exhibent, s&rsquo;adonnent \u00e0 une parade amoureuse. La\nsensualit\u00e9 animale nous renvoie \u00e0 nos propres d\u00e9sirs&nbsp;: entre mouvements\nvoluptueux et fusion intime, le couple, presque nu sur la sc\u00e8ne, provoque <em>\u00ab&nbsp;une\nsensation de magie&nbsp;\u00bb<\/em>, selon le chor\u00e9graphe.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la passion\nardente s\u2019\u00e9vanouit, une brume blanch\u00e2tre envahit la sc\u00e8ne, installant une\natmosph\u00e8re angoissante. Les corps plus nombreux, torses nus v\u00eatus d&rsquo;un seul\npantalon noir, contrastent avec la duo pr\u00e9c\u00e9dent. La gestuelle saccad\u00e9e,\ntranchante et fr\u00e9n\u00e9tique des danseurs mise en sc\u00e8ne par Goecke dans \u00ab&nbsp;Dogs\nSleep&nbsp;\u00bb est emprunt de l&rsquo;expressionnisme allemand des ann\u00e9es 1930. Les\ncorps, gouvern\u00e9s par une sorte de fi\u00e8vre nerveuse, apparaissent en clair\nobscur. La vision est cauchemardesque. La musique renforce le sentiment d&rsquo;abandon\navec les violons stridents de <em>Requiem for Strings<\/em> de Toru Takemistu, ou\nencore ceux plus l\u00e9gers de \u00ab&nbsp;F\u00eates&nbsp;\u00bb de Debussy. <em>\u00ab&nbsp;Toutes mes\nchor\u00e9graphies sont des voyages. Des voyages vers des mondes nouveaux qui me\nfont peur mais qui piquent ma curiosit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00e9voque Goecke.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, le dernier\ntableau laisse place \u00e0 une course effr\u00e9n\u00e9e de femmes et d&rsquo;hommes qui s&rsquo;unissent\net se d\u00e9sunissent, s&rsquo;aiment et se d\u00e9chirent. \u00ab&nbsp;Les Noces&nbsp;\u00bb de\nLidberg, proche du folklore russe, interroge le mariage au XXI\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque chor\u00e9graphe\n\u00e9labore chacun leur propre langage du corps. A travers ces trois visions de la\ndanse, les sentiments montent en puissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Laura Barbaray<\/p>\n\n\n\n<p>___________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photo : Ann Ray<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Ce soir au Palais Garnier nous avons rendez-vous avec les chor\u00e9graphes Pontus Lidberg, Marco Goecke et Larbi Cherkaoui pour trois pi\u00e8ces, trois univers radicalement diff\u00e9rents : Cherkaoui ouvre par Faun et Goecke et Lidberg suivent avec deux cr\u00e9ations exclusives pour l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris, Dogs sleep [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":12432,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,3],"tags":[],"class_list":["post-12431","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ballet","category-opera-national-de-paris"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12431","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12431"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12431\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12431"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12431"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12431"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}