{"id":12446,"date":"2019-01-30T17:57:12","date_gmt":"2019-01-30T16:57:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12446"},"modified":"2019-01-30T17:57:12","modified_gmt":"2019-01-30T16:57:12","slug":"jambonlaisse-hamlet-william-shakespeare-alice-faure-theatre-de-la-reine-blanche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12446","title":{"rendered":"Jambonlaiss\u00e9 (Hamlet)\/ William Shakespeare &#8211; Alice Faure\/ Th\u00e9\u00e2tre de la Reine blanche"},"content":{"rendered":"\n<p>  <em><strong>Jambonlaiss\u00e9<\/strong><\/em><strong>, ou Shakespeare g\u00e9n\u00e9ration Y<\/strong>   <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;actualit\u00e9 des classiques <\/p>\n\n\n\n<p>Quand on nous pr\u00e9sente que la tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce <em>Hamlet <\/em>du dramaturge de renom Shakespeare a \u00e9t\u00e9 traduite par Google translate : m\u00eame en toute pacificit\u00e9, deux r\u00e9actions s&rsquo;opposent. L&rsquo;\u00e9ternelle querelle. Ceux qui pr\u00eatent au texte \u00e9crit, au texte historique, classique, des valeurs sacr\u00e9es qui le rendent donc intouchable : l&rsquo;art est inscrit dans le marbre, et nous, contemporains, devons-nous enrichir en nous promenant dans ce mus\u00e9e, avec l&rsquo;humilit\u00e9 requise dans ces lieux de culte o\u00f9 l&rsquo;\u0153uvre, puits infini de sens, doit \u00eatre \u00e0 tout prix \u00ab\u00a0conserv\u00e9e\u00a0\u00bb. Et ceux, plus curieux, qui diraient volontiers comme Cyrano de Bergerac \u00ab\u00a0et pourquoi non ?\u00a0\u00bb, qui consid\u00e8rent plut\u00f4t l&rsquo;art comme une correspondance infinie et toujours vivante entre artistes, et lui conf\u00e8rent ainsi une mati\u00e8re mall\u00e9able, comme celle de l&rsquo;argile, qu&rsquo;il est toujours bon de remanier et remotiver. Ce possible remaniement rend doublement hommage \u00e0 la richesse des \u0153uvres classiques, qui peut ainsi garder une v\u00e9rit\u00e9 cuisante \u00e0 toute actualit\u00e9. Elle ne vieillit pas, elle peut toujours apporter un \u00e9clairage, un enseignement. La Fontaine lui-m\u00eame, aujourd&rsquo;hui rang\u00e9 sur les \u00e9tag\u00e8res classiques, n&rsquo;avait-il pas eu aussi cet ambitieux projet de remotiver la mati\u00e8re des textes classiques \u00e0 sa propre actualit\u00e9 ? <\/p>\n\n\n\n<p>Donc <em>Jambonlaiss\u00e9<\/em>, de Guillaume Remuepoire <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un go\u00fbt prononc\u00e9 du jeu et de la curiosit\u00e9 qui a motiv\u00e9 Danina Sammarcelli, alias l&rsquo;Ind\u00e9primeuse, et Alice Faure, \u00e0 qui nous devons respectivement la publication et la mise en sc\u00e8ne de Jambonlaiss\u00e9. C&rsquo;est bien ce qui nous est donn\u00e9 \u00e0 voir au th\u00e9\u00e2tre de la Reine Blanche : du jeu et de l&rsquo;\u00e9tonnement. Alice Faure y va franco et le fait dire clairement dans ce sens par Jambonlaiss\u00e9 : \u00ab Ce soir, on joue \u00bb. Ainsi, le combat de Jambonlaiss\u00e9 et de La\u00ebrte qui prend pour armure un d\u00e9guisement de Pikachu ; ainsi, la voix robotique de Siri pour la voix du spectre du feu roi ; ainsi, au troisi\u00e8me acte, Jambonlaiss\u00e9 choisit de monter Le Roi Lion de Disney et joue une peluche. Les motivations semblent emprunter \u00e0 un jeu de r\u00e9f\u00e9rences et cela donne une mise en sc\u00e8ne modernis\u00e9e, vive qui r\u00e9clame avant tout le rire d&rsquo;un public tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rationnel. Toutefois, la trag\u00e9die reste pr\u00e9sente. Si les autres personnages perdent un peu de leur complexit\u00e9 dans ce nouveau verbiage, le drame de Jambonlaiss\u00e9 qui a gard\u00e9 \u00ab ses \u00bb mots (dans la traduction de Fran\u00e7ois-Victor Hugo) reste pr\u00e9sent. La mise en sc\u00e8ne rend d&rsquo;autant plus criant son isolement parmi les siens, et contre les siens, dans sa folie furieuse et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour les curieux, il y a donc deux raisons d&rsquo;aller voir <em>Jambonlaiss\u00e9 <\/em>: la curiosit\u00e9 d&rsquo;un tel \u00e9tablissement de texte jou\u00e9, et la fraicheur d&rsquo;une mise en sc\u00e8ne sans pr\u00e9tention. <\/p>\n\n\n\n<p>Ang\u00e9line Da Rocha <\/p>\n\n\n\n<p>___________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre de la Reine Blanche pr\u00e9sentait, le mercredi 30 janvier, <em>Jambonlaiss\u00e9<\/em>, soit <em>Hamlet <\/em>de Shakespeare, revisit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019outil informatique de Google traduction. La mise en sc\u00e8ne d\u2019Alice Faure souhaitait ainsi mettre \u00e0 l\u2019honneur \u00ab le rapport du langage \u00e0 la pens\u00e9e \u00bb. Le pari est plut\u00f4t bien tenu : les r\u00e9pliques \u00e0 la structure syntaxique d\u00e9construite des personnages introduisent un c\u00f4t\u00e9 absurde et comique \u00e0 la pi\u00e8ce. Je retiens particuli\u00e8rement les r\u00e9pliques du fant\u00f4me du p\u00e8re d\u2019Hamlet, donn\u00e9es \u00e0 \u2026 la voix robotique du traducteur automatique, tandis qu\u2019une lumi\u00e8re, sortie tout droit d\u2019une sorte de vid\u00e9o projecteur, \u00e9claire le visage d\u2019un Hamlet litt\u00e9ralement \u00ab illumin\u00e9 \u00bb par cette r\u00e9v\u00e9lation mystique et num\u00e9rique. Le ton d\u00e9cal\u00e9 et d\u00e9risoire de la pi\u00e8ce est ainsi donn\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part.  <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est notamment ce d\u00e9calage, entre le sujet grave de la trag\u00e9die et la mani\u00e8re prosa\u00efque avec lequel il est trait\u00e9 qui fait tout le charme de ce spectacle. Le langage n\u2019est alors qu\u2019un outil parmi d\u2019autres, permettant de cr\u00e9er ce d\u00e9calage. Ainsi, gr\u00e2ce \u00e0 une simple casquette avec un logo pok\u00e9mon pos\u00e9e sur la t\u00eate d\u2019Hamlet et une combinaison jaune enfil\u00e9 par La\u00ebrte, le combat au fleuret entre les personnages devient un affrontement entre un Pikachu &#8211; s\u2019\u00e9chauffant tel un grand sportif, s\u2019\u00e9tirant, courant sur sc\u00e8ne, simulant des mouvements d\u2019arts martiaux complexes &#8211; et un dresseur de pok\u00e9mon m\u00e9lancolique, constern\u00e9 par la situation, qui, sans bouger, n\u2019a qu\u2019\u00e0 mettre une claque \u00e0 son adversaire pour le rendre K.O. Toujours dans ce m\u00eame esprit de d\u00e9calage, ce n\u2019est plus le Roi Lion de Disney qui s\u2019inspire ici d\u2019Hamlet mais Hamlet qui fait interpr\u00e9ter devant le roi Claudius le Roi Lion, faisant d\u00e9clamer \u00e0 la peluche de Scar les paroles perfides et traitresses. M\u00eame le plus petit d\u00e9tail contribuait \u00e0 donner \u00e0 la pi\u00e8ce un ton d\u00e9cal\u00e9 et rempli d\u2019un humour subtil : alors que les cadavres l\u2019entourent et qu\u2019il est lui-m\u00eame en train de mourir, Hamlet fait face au public en tenant dans sa main la coupe \u2026 ou plut\u00f4t le mug empoisonn\u00e9 sur lequel est marqu\u00e9 \u00ab Today is a good day to smile \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Tout un ensemble de r\u00e9f\u00e9rences discr\u00e8tes \u00e0 la culture de l\u2019internet, du num\u00e9rique, de la culture \u00ab pop \u00bb font naitre ainsi le rire dans une mise en sc\u00e8ne simple, au d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9, mais bien pens\u00e9e et efficace. Soutenue par de tr\u00e8s bons jeux d\u2019acteurs (la petitesse de la salle permettait d\u2019ailleurs de voir au mieux l\u2019expression des visages des com\u00e9diens et leurs jeux, de l\u2019air pinc\u00e9 de Gertrude aux yeux larmoyants d\u2019Oph\u00e9lie), Jambonlaiss\u00e9 n\u2019est plus une trag\u00e9die mais une com\u00e9die. <\/p>\n\n\n\n<p>Seul petit b\u00e9mol : je regrette certains temps morts de la pi\u00e8ce, qui parce qu\u2019ils \u00e9taient jou\u00e9s sur un mode plus tragique, plus s\u00e9rieux, moins port\u00e9 sur la d\u00e9rision, paraissaient plus fades par rapport \u00e0 d\u2019autres sc\u00e8nes \u2026 \u2026 mais \u00e0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, pour que l\u2019humour d\u00e9cal\u00e9 op\u00e8re, il faut bien qu\u2019il y ait un d\u00e9calage par rapport \u00e0 quelque chose. <\/p>\n\n\n\n<p>Anne-Lise Jamier <\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Jambonlaiss\u00e9, ou Shakespeare g\u00e9n\u00e9ration Y L&rsquo;actualit\u00e9 des classiques Quand on nous pr\u00e9sente que la tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce Hamlet du dramaturge de renom Shakespeare a \u00e9t\u00e9 traduite par Google translate : m\u00eame en toute pacificit\u00e9, deux r\u00e9actions s&rsquo;opposent. 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