{"id":12457,"date":"2019-02-09T14:19:05","date_gmt":"2019-02-09T13:19:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12457"},"modified":"2019-02-09T14:19:05","modified_gmt":"2019-02-09T13:19:05","slug":"joe-hisaishi-philharmonie-de-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12457","title":{"rendered":"Joe Hisaishi \/ Philharmonie de Paris"},"content":{"rendered":"\n<p>Le samedi 9 f\u00e9vrier, j\u2019ai assist\u00e9\nau concert de Joe Hisaishi dans la grande salle de la Philharmonie de Paris.\nMondialement connu pour ses musiques de film, en particulier celles qui\naccompagnent les films d\u2019animation de Hayao Miyazaki, le compositeur japonais\n\u00e9tait invit\u00e9 pour interpr\u00e9ter certaines de ses \u0153uvres&nbsp;: une grande fresque\nintitul\u00e9e The East Land Symphony, puis des extraits de musiques qu\u2019il a \u00e9crit\npour les films de Takeshi Kitano, et enfin la Spirited Away Suite, c\u2019est \u00e0 dire\nla musique du <em>Voyage de Chihiro<\/em> de\nMiyazaki. Joe Hisaishi dirigeait ce soir-l\u00e0 le 3D Orchestra, compos\u00e9 des\nmeilleurs \u00e9tudiants du Conservatoire de Paris et d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la musique de film. D\u00e8s\nson arriv\u00e9e sur sc\u00e8ne, on comprend que Joe Hisaishi est une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9&nbsp;: la\ngrande salle de la Philharmonie, enti\u00e8rement remplie, est d\u00e9chain\u00e9e&nbsp;; les\napplaudissements sont particuli\u00e8rement nourris et enthousiastes pour un concert\nde musique classique. L\u2019orchestre sur sc\u00e8ne est particuli\u00e8rement imposant, avec\nun pupitre de cuivres tr\u00e8s impressionnants et des instruments qui sortent de\nl\u2019ordinaire, comme le contrebasson, la clarinette basse, ou encore le celesta,\nclavier aux sons cristallins. <\/p>\n\n\n\n<p>La East Land Symphony, compos\u00e9e\nde cinq mouvements diff\u00e9rents, est \u00e9tonnante, quand, comme c\u2019est mon cas, on ne\nconna\u00eet que le r\u00e9pertoire de musiques de film de Joe Hisaishi. Les partis pris\nmusicaux sont ici beaucoup plus audacieux. On est face \u00e0 un morceau de musique\ncontemporaine, aux harmonies surprenantes et parfois dissonantes. Les\ndiff\u00e9rents mouvements de la symphonie sont tr\u00e8s contrast\u00e9s. Le premier est\nrapide et vivant, avec des percussions tr\u00e8s pr\u00e9sentes&nbsp;; il se rapproche\nparfois de la musique s\u00e9rielle. Pour le suivant, Joe Hisaishi \u00e9crit qu\u2019il a\nvoulu donner une impression de \u00ab&nbsp;temps suspendu&nbsp;\u00bb&nbsp;: les th\u00e8mes\nse r\u00e9p\u00e8tent avec insistance, donnant un cot\u00e9 tr\u00e8s ent\u00eatant \u00e0 ce mouvement,\naccentu\u00e9 par l\u2019intervention des percussions, en particulier du xylophone. Le\ntroisi\u00e8me mouvement, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Tokyo Dance&nbsp;\u00bb, est marqu\u00e9 par l\u2019intervention\nd\u2019une soprano solo, Ai Ichihara, qui chante en japonais et en anglais. On\ncomprend, en l\u2019\u00e9coutant, la qualification de \u00ab&nbsp;danse&nbsp;\u00bb&nbsp;: le\nmouvement est tr\u00e8s \u00e9nergique, rythm\u00e9 et joyeux, parfois moqueur. Le mouvement\nsuivant semble plus proche des musiques de film du compositeur&nbsp;: plus\ntonal, il est, comme le pr\u00e9c\u00e9dent, caract\u00e9ris\u00e9 par un rythme tr\u00e8s marqu\u00e9, qui\nsurprend d\u2019autant plus qu\u2019il est compos\u00e9 de mesures irr\u00e9guli\u00e8res de 11 temps.\nEnfin, le dernier mouvement est en contraste tr\u00e8s clair avec les mouvements\npr\u00e9c\u00e9dents&nbsp;: tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9, il n\u2019est interpr\u00e9t\u00e9 que par les cordes et la\nsoprano. Citant un extrait de la Passion de Saint Matthieu de Bach, ce\nmouvement est particuli\u00e8rement \u00e9mouvant par sa simplicit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s des ovations tr\u00e8s nourries\net un entracte, Joe Hisaishi s\u2019installe au piano pour diriger sa deuxi\u00e8me pi\u00e8ce\nintitul\u00e9e Mladi, compos\u00e9e des musiques des films de Takeshi Kitano. On retrouve\nici des sonorit\u00e9s plus tonales et plus rassurantes pour le spectateur. Les\ntrois parties de la pi\u00e8ce semblent d\u00e9voiler devant nos yeux un univers en\nsuspension. Le son des cordes seules et du piano est tant\u00f4t obs\u00e9dant, tant\u00f4t\napais\u00e9, toujours d\u2019une grande douceur. Le compositeur dirige ais\u00e9ment depuis\nson clavier, avec un plaisir \u00e9vident&nbsp;; l\u2019orchestre s\u2019ex\u00e9cute avec une\ngrande souplesse. <\/p>\n\n\n\n<p>Puis vient le clou du\nspectacle&nbsp;: la Spirited Away Suite, un des grands \u00ab&nbsp;tubes&nbsp;\u00bb de\nJoe Hisaishi et que le public semble avoir attendu avec impatience. Toujours au\npiano, le compositeur dirige l\u2019orchestre cette fois-ci au grand complet, des\ncuivres triomphants aux surprenantes cloches des percussions. L\u2019imaginaire\nfantastique du <em>Voyage de Chihiro<\/em>,\npetite fille plongeant dans un univers d\u2019esprits et de monstres, est d\u00e9voil\u00e9\ndevant nos yeux par les m\u00e9lodies de Hisaishi, tant\u00f4t inqui\u00e9tantes, tant\u00f4t\ntriomphantes, tant\u00f4t lyriques. Les parties pour piano seules, dans leur\nsobri\u00e9t\u00e9, font frissonner la salle. Lorsque les derni\u00e8res notes s\u2019\u00e9teignent,\nc\u2019est une explosion dans le public&nbsp;: applaudissements, cris, standing\novation g\u00e9n\u00e9rale, Joe Hisaishi est acclam\u00e9 pendant plusieurs dizaines de\nminutes. Apr\u00e8s de nombreux rappels un salut de chaque pupitre de l\u2019orchestre,\nun premier bis est jou\u00e9, la m\u00e9lodie de <em>Mon\nvoisin Totoro,<\/em> pour le plus grand plaisir de la salle. Apr\u00e8s des\nacclamations toujours nourries, le compositeur revient seul au piano pour jouer\nun extrait de la musique de <em>Porco Rosso<\/em>.\nVisiblement ravi, il salue une derni\u00e8re fois avant de quitter la salle. <\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9loise Billette<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">_______________________<\/p>\n\n\n\n<p>Le compositeur\nJoe Hisaishi prend place et tout un printemps \u00e9clot dans la Philharmonie&nbsp;:\nde ses gestes lestes et de ses baguettes de chef d\u2019orchestre c\u2019est un vent qui\ns\u2019immisce au sein du corps instrumentale, un parfum de fleurs. Les violons\njouent&nbsp;; silence des percussions&nbsp;: magnifique orchestration de celui\nqui semble, par son visage aimable et souriant, \u00eatre un humble magicien des\nsons. De la musique, certes&nbsp;; un sinc\u00e8re \u00e9change se tisse entre le chef\nd\u2019orchestre et ceux qui l\u2019entourent et cela vaut mille spectacles humains de\nbonne humeur et de reconnaissance. Sur sc\u00e8ne, chacun semble \u00eatre l\u00e0 o\u00f9 il doit\n\u00eatre. <\/p>\n\n\n\n<p>Joe Hisaishi\nest un compositeur de fleurs sonores (c\u2019est comme si chacun de ses mouvements\ninvitait un p\u00e9tale \u00e0 rejoindre la danse)&nbsp;: la douceur de certains morceaux\ns\u2019assimile facilement \u00e0 des nuances de mauves, de roses, une musique d\u2019autant\nplus douce qu\u2019elle est accompagn\u00e9e, pour beaucoup, d\u2019un vaste imaginaire\nd\u2019enfant. <\/p>\n\n\n\n<p>Davantage\nattach\u00e9e aux sentiments qu\u2019\u00e0 la rigueur et aux gestes contr\u00f4l\u00e9s, je regardais\navec tendresse les spectateurs, ces personnes qui n\u2019\u00e9coutaient pas seulement\nJoe Hishaishi mais qui partageaient tout un imaginaire anim\u00e9. J\u2019attendais avec\nimpatience ce moment d\u2019heureuse clameur&nbsp;: j\u2019attendais la fin, les cris,\nles visages heureux, les applaudissements qui ne s\u2019arr\u00eatent pas et qui font\nl\u2019\u00e9loge d\u2019une vie fructueuse. &nbsp;Les applaudissements et bruits furent ce\njour-l\u00e0 plus bruyants qu\u2019un stade de France et je ne pus, avec tant d\u2019autres,\nqu\u2019\u00eatre reconnaissante que cet homme n\u2019ait pas seulement peupl\u00e9 le monde mais y\nait contribu\u00e9 par la cr\u00e9ation d\u2019\u0153uvres dont l\u2019existence \u00e9meut collectivement,\ncontribue aux joies et sourires partag\u00e9s, et surtout lie des esprits par la\npr\u00e9sence de souvenirs communs et qui se reconnaissent entre eux lorsque d\u00e9bute,\npar exemple, le th\u00e8me familier qu\u2019est celui de Chihiro. <\/p>\n\n\n\n<p>Julia Valette<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">________________________<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9l\u00e8bre compositeur japonais dont la r\u00e9putation\nn\u2019est plus \u00e0 faire au pays du soleil levant, Joe Hisaishi a \u00e9t\u00e9 rendu populaire\nen France principalement par le biais de ses collaborations avec Hayao\nMiyazaki, dans ses films d\u2019animation pour le studio Ghibli.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une semaine, c\u2019est \u00e0 la Philharmonie de\nParis que j\u2019ai eu la chance d\u2019aller \u00e9couter cet \u00e9patant artiste, lors d\u2019une de\nses rares et attendues, repr\u00e9sentations en France.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de se cantonner au succ\u00e8s de ses\n\u0153uvres compos\u00e9es pour la jap\u2019animation, Joe Hisaishi ouvre la repr\u00e9sentation\navec <em>The East Land Symphony<\/em>, une composition personnelle assez r\u00e9cente,\npuisqu\u2019achev\u00e9e en 2016. Agr\u00e9ablement surprise de d\u00e9couvrir un autre pan moins\nconnu de son travail, j\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 \u00e9couter cette symphonie qui bien qu\u2019ancr\u00e9e\ndans l\u2019univers musical de l\u2019auteur, \u00e9tait par moment assez d\u00e9routante,\nnotamment par les percussions originales et d\u00e9tourn\u00e9es qui se m\u00ealaient\ndiscr\u00e8tement \u00e0 la formation classique de l\u2019orchestre.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019entracte, entour\u00e9 d\u2019une petite formation de\ncordes, Joe Hisaishi s\u2019assoit lui-m\u00eame au piano pour l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019une\ns\u00e9rie de morceaux compos\u00e9s pour le r\u00e9alisateur Takeshi Kitano. Tout en\nsimplicit\u00e9, Hisaishi dirige depuis son piano o\u00f9 il interpr\u00e8te avec sensibilit\u00e9 <em>Summer<\/em>,\n<em>HANA-BI<\/em> et <em>Kid\u2019s return<\/em>, pour nous offrir un d\u00e9licieux interlude\nentre ses pi\u00e8ces pour orchestre. Ainsi, j\u2019ai particuli\u00e8rement aim\u00e9 pouvoir\n\u00e9couter les morceaux interpr\u00e9t\u00e9s par Hisaishi lui-m\u00eame, dans une formation\nassez intimiste o\u00f9 la complicit\u00e9 est palpable entre le compositeur et les\nmusiciens.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, le concert s\u2019est clos sur&nbsp;<em>Spirited\nAway Suite<\/em>, \u0153uvre compos\u00e9e \u00e0 partir de la bande son du film plus connu en\nFrance sous le titre&nbsp;<em>Le Voyage de Chihiro<\/em>. Accueillie dans un\ntriomphe, cette suite est assez surprenante car alterne entre agressivit\u00e9 et\ndouceur pour un r\u00e9sultat envoutant. Le choix de cette \u0153uvre marquante dans la\ncollaboration Miyazaki et Hisaishi a marqu\u00e9 une fin de concert en apoth\u00e9ose,\navec un public qui a de de toute \u00e9vidence \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement conquis, puisque\nc\u2019est par des applaudissements tonitruants et des standing ovations \u00e0\nr\u00e9p\u00e9tition que le public fran\u00e7ais a rechign\u00e9 \u00e0 laisser partir le compositeur\nqui s\u2019est finalement rassis derri\u00e8re son piano pour quitter la salle sur l\u2019air\nnostalgique de <em>The Bygone Days<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, deux heures absolument magiques, pour\nd\u00e9couvrir et red\u00e9couvrir ces \u0153uvres qui nous plongent avec d\u00e9licatesse dans un\nfolklore&nbsp;musical unique, \u00e0 la fois m\u00e9lancolique et onirique, et si\ncaract\u00e9ristique de la signature du talentueux Joe Hisaishi.<\/p>\n\n\n\n<p>Emma Rotolo-Vannier<\/p>\n\n\n\n<p>_______________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photo : Charlie Lenormand<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Le samedi 9 f\u00e9vrier, j\u2019ai assist\u00e9 au concert de Joe Hisaishi dans la grande salle de la Philharmonie de Paris. 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