{"id":12461,"date":"2019-02-19T14:10:41","date_gmt":"2019-02-19T13:10:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12461"},"modified":"2019-02-19T14:10:41","modified_gmt":"2019-02-19T13:10:41","slug":"gravite-anjelin-preljocaj-theatre-national-de-la-danse-de-chaillot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12461","title":{"rendered":"Gravit\u00e9 \/ Anjelin Preljocaj &#8211; Th\u00e9\u00e2tre National de la danse de Chaillot"},"content":{"rendered":"\n<p>A en lire la\nbrochure fournie par le Th\u00e9\u00e2tre National de la Danse Chaillot, on pourrait\ncroire que la gravitation est le sujet de recherche chor\u00e9graphique privil\u00e9gi\u00e9\nd&rsquo;Angelin Preljocaj. On peut alors voir <em>Gravit\u00e9 <\/em>comme l&rsquo;aboutissement\nd&rsquo;un long processus de m\u00fbrissement intellectuel autour de ce th\u00e8me. Cette pi\u00e8ce\nabstraite regroupe des visions vari\u00e9es, conceptions saugrenues ou\nexp\u00e9rimentales concernant l&rsquo;attraction entre les masse des corps. Il s&rsquo;agit ici\nde corps humains, bien s\u00fbr, de corps de danseurs et de danseuses en\nrepr\u00e9sentation&nbsp;; mais \u00e9galement de corps c\u00e9lestes, comme dans le motif du\ntrou noir qui est r\u00e9current. Le concept de limite, sous-jaccent \u00e0 celui de\ngravit\u00e9, est \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9. La limite est point de rupture, limite \u00e0 la\nr\u00e9sistance des corps \u00e0 la gravit\u00e9 immuable. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une limite \u00e0 \u00e9chelle\nhumaine, qui est remise en question, d\u00e9plac\u00e9e par la performance des artistes.\nOn tente de la d\u00e9passer, de s&rsquo;\u00e9chapper de l&rsquo;attraction terrestre, de se\nd\u00e9coller, de prendre son envol.. Sans succ\u00e8s. En effet, dans <em>Gravit\u00e9<\/em>,\npas de pirouettes ni de saut p\u00e9rilleux. Les mouvements se font pr\u00e8s du sol, au\ncontact de la sc\u00e8ne, avec ses partenaires. A l&rsquo;exception de rares port\u00e9s,\nbr\u00e8ves envol\u00e9es de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 avant de retrouver la surface du sol, les\npartenaires sont souvent accroupis, voire allong\u00e9s. La gravit\u00e9 devient alors\nl&rsquo;attraction des corps massifs, les uns envers les autres&nbsp;: danseurs et\ndanseuses s&rsquo;agglutinent, fusionnent, forment un ensemble compact et fluide,\nsym\u00e9trique, semblent attir\u00e9s par une force invisible qui les retient unis. Ils\nforment un cercle, puis s&rsquo;accroupissent, s&rsquo;asseyant en groupe les uns sur les\nautres. On voir alors r\u00e9appara\u00eetre le motif du trou noir, dont le cercle de\ncorps humain forme l&rsquo;horizon des \u00e9v\u00e9nements. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une gravit\u00e9 aux\nmultiples facettes qui est \u00e9tudi\u00e9e ici par Angelin Preljocaj. Mais finalement,\ntout se t\u00e9lescope&nbsp;: la chor\u00e9graphie qui avait commenc\u00e9 au sol, avant de\ns&rsquo;\u00e9lever progressivement jusqu&rsquo;\u00e0 prendre de l\u00e9gers envols, se recroqueville\nensuite dans un motif sym\u00e9trique, une r\u00e9gression de la posture debout, comme\nune augmentation progressive de l&rsquo;attraction terrestre, pour se terminer de\nnouveau&#8230; Au sol.<\/p>\n\n\n\n<p>Sam Blanc<\/p>\n\n\n\n<p>_____________________<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle qu\u2019il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de\nvoir ce mardi 19 f\u00e9vrier 2019 est un ballet, pr\u00e9sent\u00e9 pendant 1h20 au th\u00e9\u00e2tre\nnational de la danse Chaillot, et chor\u00e9graphi\u00e9 par Angelin Preljocaj. Il met en\nsc\u00e8ne 13 danseurs dans un spectacle intitul\u00e9 Gravit\u00e9, qui traite\u2026 de la\ngravitation. Contrairement \u00e0 ce que produit plus g\u00e9n\u00e9ralement le chor\u00e9graphe,\ncette pi\u00e8ce de danse se veut d\u00e9structur\u00e9e, ne suivant pas une histoire mais un\nfil conducteur&nbsp;: le th\u00e8me de la gravit\u00e9. Ainsi, s\u2019enchainent diff\u00e9rents\ntableaux sur la sc\u00e8ne, sur diff\u00e9rentes musiques, de Jean-S\u00e9bastien Bach, Daft\nPunk ou encore Maurice Ravel. <\/p>\n\n\n\n<p>Comme le dit Angelin Preljocaj dans\nun entretien&nbsp;: \u00ab&nbsp;cette articulation est difficile \u00e0 concevoir, et le\nr\u00e9sultat plus difficile \u00e0 commenter qu\u2019une pi\u00e8ce narrative, puisque les mots\nont besoin de sens. Mais la construction est l\u00e0, dans l\u2019abstraction&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Et comme il est parfois plus ais\u00e9 de\nparler avec son corps qu\u2019avec le verbe, cette critique se veut d\u00e9structur\u00e9e,\nmais v\u00e9ritable impression du spectacle v\u00e9cu. <\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ainsi, la repr\u00e9sentation commence par une\nmusique, quelques peu assourdie, alors que le rideau se l\u00e8ve, d\u00e9couvrant un\ntableau esth\u00e9tiquement tr\u00e8s travaill\u00e9&nbsp;: les danseurs sont l\u00e0, devant nous,\ngisants au sol. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Toute la chor\u00e9graphie, ou plut\u00f4t\ntous les enchainements chor\u00e9graphiques se m\u00ealent et s\u2019enchainent. On assiste \u00e0\ndes alternances de danse en groupe, et de solos, ou duos, voire quatuor. Le fil\nconducteur qu\u2019est la gravit\u00e9 avance, dans chaque pas, chaque torsion de corps,\nchaque port\u00e9 que peuvent ex\u00e9cuter les danseurs. L\u2019id\u00e9e des contrepoids, comme\nillustration de la gravitation a sembl\u00e9 \u00eatre un point clef de ce spectacle, en\nparticulier dans les duos ou bien souvent, les danseurs, pr\u00eats \u00e0 tomber au sol,\nne tiennent en \u00e9quilibre que par la main ou le bras qui les relie \u00e0 leur\npartenaire, les emp\u00eachant de chuter. <\/p>\n\n\n\n<p>A. Prejlocaj a indiqu\u00e9 avoir\nsp\u00e9cifiquement m\u00e9lang\u00e9 dans ce ballet les danses classiques et contemporaines. Cela\nse comprend, car la danse classique cherche \u00e0 s\u2019\u00e9lever, \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la\ngravit\u00e9, tandis que la danse contemporaine use plut\u00f4t de la gravit\u00e9 en en\nfaisant son partenaire pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, dans l\u2019id\u00e9e du poids, d\u2019une danse plus au sol. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e de la gravit\u00e9 se traduit\naussi dans le \u00ab&nbsp;sc\u00e9nario d\u00e9structur\u00e9&nbsp;\u00bb du ballet. Le spectacle\ncommence, tr\u00e8s soign\u00e9, in medias res. Les danseurs sont allong\u00e9s, et se\nrel\u00e8vent (tr\u00e8s doucement) comme s\u2019ils \u00e9taient tir\u00e9s par des fils invisibles. En\nparall\u00e8le, le spectacle s\u2019ach\u00e8ve avec les danseurs qui se d\u00e9posent les uns les\nautres au sol, dans d\u2019autres positions allong\u00e9es&nbsp;; le spectacle se termine\ncomme il a commenc\u00e9, au sol&nbsp;: la gravit\u00e9 les attire donc bien vers le bas.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, ce ballet au premier abord\nchoque&nbsp;: pas un \u00e9l\u00e9ment narratif -contrairement \u00e0 ses autres ballets (comme\n<em>Blanche Neige<\/em>, ou encore <em>la fresque<\/em>), mais bien un unique fil\nconducteur, qui m\u00e8ne les danseurs \u00e0 ne jamais s\u2019arr\u00eater, emport\u00e9s dans leur\nmouvement. <\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019a sembl\u00e9 que le spectacle se\ndevait d\u2019\u00eatre le plus \u00e9pur\u00e9 possible, afin de laisser toute la place au th\u00e8me\net le rendre plus visible. C\u2019est pourquoi il m\u2019est apparu tout naturel que le\nchor\u00e9graphe n\u2019ait choisi aucun d\u00e9cor. Face au spectateur, les danseurs, et rien\nde plus. Seules les lumi\u00e8res, qui viennent \u00e9clairer de la sc\u00e8ne, la d\u00e9coupent,\net viennent de diff\u00e9rentes mani\u00e8res appuyer les danseurs (la plus\nimpressionnante est celle du tout d\u00e9but, rasante, qui vient dessiner les\nprofils des danseurs dans l\u2019obscurit\u00e9, ce qui donne un rendu magnifique, assez\nspectaculaire). Les danseurs quant \u00e0 eux, portent des tenues noires et\nblanches, qui restent coll\u00e9es au corps (\u00e0 l\u2019exception d\u2019une jupe mi\ntransparente), afin de ne pas \u00eatre un obstacle visuel au corps en lui-m\u00eame.\nCela va m\u00eame jusqu\u2019aux cheveux, attach\u00e9s en chignons ou en nattes coll\u00e9es.\nC\u2019est le corps du danseur, sa mise en espace et son mouvement qui traduisent la\nnotion de gravit\u00e9 qui sont mis au premier plan, emp\u00eachant le spectateur de se\nconcentrer sur autre chose. D\u2019ailleurs, tout rappelle le th\u00e8me de gravit\u00e9,\njusqu\u2019\u00e0 m\u00eame la musique, comme par exemple le Bol\u00e9ro de Ravel. A. Preljocaj\nindiquera que cela lui rappelle un trou noir, puisqu\u2019\u00e0 partir d\u2019un l\u00e9ger th\u00e8me\nmusical, tous les autres instruments viennent s\u2019ajouter. <\/p>\n\n\n\n<p>Tout, dans ce spectacle, est impressionnant.\nChaque mouvement est gracieux, chaque saut semble faire s\u2019envoler les danseurs,\nchaque torsion nous fait nous demander ou le mouvement s\u2019arr\u00eate. Les danseurs\nenchainent sauts, tours, port\u00e9s, ils tombent au sol, se rel\u00e8vent. Un instant\nils sont clou\u00e9s au sol, le suivant ils sont propuls\u00e9s dans les airs. Les bras\nse l\u00e8vent, emplis de gr\u00e2ce, puis ce sont les jambes qui d\u2019un coup scindent\nl\u2019air en deux. <\/p>\n\n\n\n<p>La danse se fait souvent lente,\npermettant de mieux observer les mouvements, mouvement qui reste toujours\ncontinu, malgr\u00e9 l\u2019insertion d\u2019accents (cad mouvements qui cassent, brusques).\nTout parait d\u2019une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 incroyable, la gravit\u00e9 en est elle-m\u00eame remise en\ncause. Cependant, de nombreux passages dans\u00e9s au sol, ou les pieds ancr\u00e9s dans\nle sol (danse contemporaine) rappellent qu\u2019on ne peut \u00e9chapper \u00e0 la gravit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai aim\u00e9 la fa\u00e7on dont chaque\ntableau \u00e9tait esth\u00e9tiquement tr\u00e8s travaill\u00e9. Ainsi, plusieurs moments sont\nvisuellement tr\u00e8s beaux \u00e0 voir. Je ne retiendrai que le moment ou les\ndanseuses, debout, ex\u00e9cutent des mouvements avec une de leur jambe qu\u2019elles\nsoul\u00e8vent&nbsp;; dans le m\u00eame temps, les danseurs eux sont \u00e0 leurs pieds et ils\nsuivent le mouvement du pied lev\u00e9 avec leur t\u00eate, se trainant au sol. Mais\nbeaucoup d\u2019autres moments pourraient \u00eatre \u00e0 relever. La gr\u00e2ce est le maitre mot\nde ce spectacle, qu\u2019on voudrait voir et revoir encore, sans que jamais il ne\ns\u2019arr\u00eate. <\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, et cela r\u00e9sumera parfaitement\nle spectacle&nbsp;: la r\u00e9ception de ce dernier par les spectateurs. En effet,\nle ballet s\u2019ach\u00e8ve, le rideau tombe\u2026 et un tonnerre d\u2019applaudissements a\nretenti dans la salle, parcourant l\u2019assembl\u00e9e pour ne s\u2019arr\u00eater qu\u2019apr\u00e8s de\nnombreux rappels des danseurs et la tomb\u00e9e finale du rideau.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, et pour ne dire que cela&nbsp;:\nce spectacle est un v\u00e9ritable moment de pure gr\u00e2ce, \u00e9poustouflant et grandiose.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Mathilde Fondan\u00e8che<\/p>\n\n\n\n<p>___________________<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait un Millepied\npuissance vingt-cinq.&nbsp;\u00bb C\u2019est ce que j\u2019ai entendu de la bouche d\u2019une femme\nen remontant les marches du Palais de Chaillot ce mardi 19 f\u00e9vrier 2019, \u00e0 la\nsortie du ballet <em>Gravit\u00e9 <\/em>chor\u00e9graphi\u00e9\npar Angelin Preljocaj.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet. Preljocaj m\u2019a propuls\u00e9e\nvingt-cinq fois plus loin que Millepied \u00e9motionnellement. Si le ballet \u00e9tait\nplac\u00e9 sous le signe de la gravit\u00e9, c\u2019est bien dans un \u00e9tat de totale attraction\nque j\u2019ai v\u00e9cu ce spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>Preljocaj cherche sans cesse \u00e0\nquestionner les notions de poids, d\u2019espace, de vitesse et de masse. Ce sont des\nfigures au sol. Ce sont des corps qui flottent dans les airs. C\u2019est un groupe\nqui danse en jupettes l\u00e9g\u00e8res sur une musique de Bach. Ce sont deux couples qui\ns\u2019envolent. Ce sont un homme et une femme qui jouent l\u2019un avec l\u2019autre, au sol\nou en l\u2019air. Ce sont trois femmes qui dansent par terre et bougent leurs\njambes, illustrant la phrase de Truffaut&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les jambes de femmes\nsont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son\n\u00e9quilibre et son harmonie.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La musique, d\u2019influences vari\u00e9es \u2013\nde Jean-S\u00e9bastien&nbsp;Bach, Maurice&nbsp;Ravel, Dimitri&nbsp;Chostakovitch et\nPhilip&nbsp;Glass \u00e0 Iannis&nbsp;Xenakis, Daft&nbsp;Punk et 79D \u2013 se met au\nservice de la danse. Les costumes, simples et sensuels&nbsp;\u2013 les femmes en\nbodys blancs et les hommes en t-shirts et shorts blancs \u2013 \u00e9pousent\nmagnifiquement les lumi\u00e8res sobres de la salle, tout en clair-obscur.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me disais que je trouvais ce\nspectacle absolument magique et puis il y a eu ce moment sp\u00e9cial&nbsp;: quatre\ndanseurs sont entr\u00e9s sur sc\u00e8ne, deux hommes portant chacun dans leurs bras une\nfemme, allong\u00e9e comme inanim\u00e9e, avec un casque de moto sur la t\u00eate \u2013 r\u00e9f\u00e9rence\naux Daft Punk&nbsp;? \u2013 et j\u2019ai trouv\u00e9 la musique tellement belle, cette danse\ntellement douce et puissante \u00e0 la fois, ce moment tellement beau&#8230;que je me\nsuis mise \u00e0 pleurer. C\u2019est une \u00e9motion qui venait de tr\u00e8s profond en moi et qui\nest arriv\u00e9e soudainement. C\u2019est la premi\u00e8re fois que je pleurais devant de la\ndanse et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 bien surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019\u00e9tais pas au bout de mes\nsurprises. Les treize danseurs se sont unis en cercle pour les derni\u00e8res\nminutes du spectacle \u2013 parmi les plus splendides \u2013 sur la musique du <em>Bol\u00e9ro<\/em> de Maurice Ravel. C\u2019\u00e9tait un vrai\nmoment de gr\u00e2ce que de d\u00e9couvrir cette version du <em>Bol\u00e9ro<\/em>, tout en apesanteur, tenant les spectateurs dans un \u00e9tat\nd\u2019hypnose.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis la lumi\u00e8re s\u2019est rallum\u00e9e,\nmettant fin \u00e0 ces quatre-vingts minutes exceptionnelles. Je suis ressortie\n\u00e9blouie de ce spectacle&nbsp;: un tr\u00e8s grand moment de danse, que je ne suis\npas pr\u00eate d\u2019oublier.<\/p>\n\n\n\n<p>Margaux\nAlexandre<\/p>\n\n\n\n<p>___________________<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Gravit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: voil\u00e0\nun titre bien myst\u00e9rieux pour un ballet. C\u2019est pourtant celui qu\u2019a choisi Angelin\nPreljocaj pour son spectacle qui se joue actuellement au th\u00e9\u00e2tre national de\nChaillot. Avec ce th\u00e8me, l\u2019artiste explore un domaine aussi omnipr\u00e9sent\nqu\u2019absent dans l\u2019histoire des ballets. Omnipr\u00e9sent, car comme le rappelle Angelin\nPreljocaj lui-m\u00eame, toutes les danses tournent autour de la notion de gravit\u00e9,\nen \u00e9value sa force et ses limites&nbsp;: danser, c\u2019est n\u00e9cessairement se\nconfronter aux lois de la gravit\u00e9. Absent, car en tant que th\u00e8me de spectacle,\nl\u2019initiative n\u2019avait a priori jamais \u00e9t\u00e9 prise. C\u2019est donc pour mettre fin \u00e0\ncette anomalie que l\u2019auteur d\u2019exp\u00e9rience s\u2019est engouffr\u00e9 dans cette voie. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce ballet, inutile de chercher\nune quelquonque intrigue ou histoire dans les mouvements de danse qui se\nsucc\u00e8dent devant nos yeux. Dans un d\u00e9cor minimaliste, les danseurs eux-m\u00eames v\u00eatus\ntr\u00e8s sobrement en noir et blanc, dans une esth\u00e9tique somme toute tr\u00e8s moderne,\ndonnent \u00e0 voir des repr\u00e9sentations abstraites des diff\u00e9rents niveaux de\ngravit\u00e9. D\u00e8s lors, force est de constater qu\u2019il est difficile d\u2019\u00eatre attentif \u00e0\nchacune des nuances apport\u00e9es dans les types de danse, et que l\u2019on est\ndavantage marqu\u00e9 une recherche g\u00e9n\u00e9rale de la gr\u00e2ce qui infuse des diff\u00e9rentes\nsc\u00e8nes. <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai personnellement \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s\nimpressionn\u00e9 par la justesse des danseurs&nbsp;: dans les mouvements \u00e0\nplusieurs qui sont nombreux, les pas sont coordonn\u00e9s \u00e0 la perfection, nous\nlaissant imaginer la charge de travail qu\u2019il a fallu fournir pour parvenir \u00e0 ce\nniveau de repr\u00e9sentation. Un travail d\u2019autant plus impressionnant qu\u2019il ne se\nfait aucunement sentir, et que c\u2019est le naturel qui l\u2019emporte \u00e0 chacune des\narabesques des danseurs. <\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 davantage d\u00e9\u00e7u\npar le rythme global de la repr\u00e9sentation. Si le d\u00e9but et la fin sont r\u00e9ussis\ngr\u00e2ce \u00e0 une association pr\u00e9cise de lenteur et de vitesse, le milieu de la\nrepr\u00e9sentation pr\u00e9sente \u00e0 mon sens des longueurs qui peinent \u00e0 captiver\nl\u2019assembl\u00e9e. Les diff\u00e9rents tableaux abstraits manquaient pour moi de\nprofondeur et d\u2019incarnation. Mais la fin, sur le Bol\u00e9ro de Ravel, redonne de la\nvie \u00e0 la repr\u00e9sentation, termine le ballet en beaut\u00e9, et nous laisse dans\nl\u2019impression tr\u00e8s agr\u00e9able d\u2019avoir assist\u00e9 \u00e0 un moment hors du temps dans cette\nimmense salle du th\u00e9\u00e2tre National de Chaillot. <\/p>\n\n\n\n<p>Arnaud de Bonnefoy<\/p>\n\n\n\n<p>_____________________<\/p>\n\n\n\n<p>Gravit\u00e9\u2026 Si l\u2019on peut s\u2019attendre \u00e0\nune balade cosmique, \u00e0 voir des corps c\u00e9lestes se mouvoir au rythme de\nl\u2019univers, l\u2019on se trompe de d\u00e9cor. C\u2019est vers d\u2019autres mondes que nous emporte\nAngelin Preljocaj dans son spectacle <em>Gravit\u00e9<\/em>,\nrepr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre Chaillot, ceux de l\u2019exp\u00e9rience du poids de la mati\u00e8re,\nqu\u2019elle soit vivante ou non, de sa masse, mais \u00e9galement des lois de la\nphysique qui soumettent l\u2019homme comme la machine. <\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but du spectacle, face \u00e0\nces danseurs au sol, le spectateur fait l\u2019exp\u00e9rience de la gravit\u00e9. Une gravit\u00e9\nqui \u00e9crase les corps, mais qui peut aussi les \u00e9tirer ou les liqu\u00e9fier. Que ce\nsoit en solo, en duo ou en groupe, les corps se meuvent dans l\u2019espace se\nfaisant tant\u00f4t mati\u00e8re organique o\u00f9 chaque danseur fait partie d\u2019une m\u00eame\nrespiration, d\u2019un m\u00eame \u00e9lan vital sur des sons presque surnaturels. Ils peuvent\nse faire tant\u00f4t machine pour former une sorte de turbine ou finalement\nreprendre forme humaine. <\/p>\n\n\n\n<p>La gravit\u00e9, cette loi in\u00e9vitable et\natemporelle, la loi essentielle et irr\u00e9ductible \u00e0 la pratique de la danse, est\nici un bon pr\u00e9texte pour aborder d\u2019autres grands th\u00e8mes plus ancr\u00e9s dans notre\nsoci\u00e9t\u00e9. L\u2019on ne peut ignorer les questions autour de l\u2019homme-machine ou de\nl\u2019intelligence artificielle lorsque l\u2019on voit ces corps litt\u00e9ralement pass\u00e9s au\ncrible d\u2019un scanner incarn\u00e9s par des rais lumineux. Ces sortes d\u2019\u0153il-machine\nqui semblent les sonder en profondeur, impriment les corps sur les carr\u00e9s\nblancs projet\u00e9s au sol. Les danseurs deviennent ainsi les caract\u00e8res d\u2019un\nlangage prenant vie sur sc\u00e8ne et la danse une nouvelle \u00e9criture pour exprimer\nnotre monde. Comment ne pas s\u2019interroger sur les questions de genres lorsque\nles artistes, danseurs et danseuses, tous v\u00eatus des m\u00eames jupes, ex\u00e9cutent les\nm\u00eames pas acad\u00e9miques d\u2019une danse classique s\u00e9culaire sur une musique de\nclavecin tr\u00e8s convenue et <em>so classy<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais voil\u00e0, les tableaux se suivent\net s\u2019accumulent sans toujours s\u2019encha\u00eener, ni s\u2019inscrire dans un tableau plus\nglobal. Serait-ce d\u00fb au m\u00e9lange foisonnant de th\u00e8mes&nbsp;? Au caract\u00e8re d\u2019un\nspectacle \u00e0 la fois exp\u00e9rimental et convenu ? L\u2019artiste chor\u00e9graphe semble en\nqu\u00eate de renouveau de son art sans trop oser outrepasser les codes et r\u00e8gles\nqui l\u2019instituent. Sans grande surprise donc, le public, plut\u00f4t satisfait, sort\nun peu comme il est entr\u00e9\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle s\u2019anime toutefois avec\nbrio gr\u00e2ce au travail de lumi\u00e8re propos\u00e9 par Eric Soyer. Ce travail d\u2019\u00e9clairage\nest l\u2019\u00e2me v\u00e9ritable du spectacle, son souffle autant que sa voix. Son rythme\npresque m\u00e9lodieux et parfaitement align\u00e9 sur le jeu des corps vient remplacer\nle choix d\u2019une musique parfois d\u00e9cevante. Il est le langage de cette\nchor\u00e9graphie autrement tr\u00e8s abstraite et \u0153uvre \u00e0 son explicitation sans en\nd\u00e9grader la finesse, en \u00e9clairant la r\u00e9flexion entre l\u2019artificiel et le naturel,\nl\u2019homme et la machine, l\u2019humanit\u00e9 derri\u00e8re les genres. Un beau spectacle\ndonnant \u00e0 voir un artiste impliqu\u00e9 dans la qu\u00eate de nouvelles formes cr\u00e9atives\net d&rsquo;expression en danse classique et contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Janna Boubendir<\/p>\n\n\n\n<p>______________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photo : France 3 \/ CultureBox \/ Capture d&rsquo;\u00e9cran<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >A en lire la brochure fournie par le Th\u00e9\u00e2tre National de la Danse Chaillot, on pourrait croire que la gravitation est le sujet de recherche chor\u00e9graphique privil\u00e9gi\u00e9 d&rsquo;Angelin Preljocaj. 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