{"id":12473,"date":"2019-02-06T14:04:15","date_gmt":"2019-02-06T13:04:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12473"},"modified":"2019-02-06T14:04:15","modified_gmt":"2019-02-06T13:04:15","slug":"le-paradoxe-des-jumeaux-jean-louis-bauer-et-elisabeth-bouchaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12473","title":{"rendered":"Le paradoxe des Jumeaux \/ Jean-Louis Bauer et Elisabeth Bouchaud"},"content":{"rendered":"\n<p>Le paradoxe des jumeaux explore la personnalit\u00e9 d\u2019une femme \u00e9lev\u00e9e au rang de mythe &#8211; Marie Curie &#8211; et aborde cette immense figure d\u2019un point de vue plus intime. Le spectateur assiste donc, entre de longues dissertations de physique, \u00e0 ses \u00e9changes amoureux avec Paul Langevin, devenu son amant apr\u00e8s la mort de son mari Pierre Curie. Bien que les d\u00e9monstrations de physique soient plut\u00f4t int\u00e9ressantes m\u00eame pour un public peu scientifique, et la m\u00e9taphore des jumeaux assez \u00e9mouvante, j\u2019ai trouv\u00e9 que les personnages manquaient un&nbsp; peu de profondeur. Si les deux actrices, Marie Curie et sa s\u0153ur, avaient une bonne alchimie de jeu, et pr\u00e9sentaient des sc\u00e8nes assez touchantes, il \u00e9tait difficile d\u2019adh\u00e9rer au jeu de l\u2019acteur incarnant Paul Langevin. La complicit\u00e9 amoureuse entre ces deux personnages n\u2019\u00e9tait pas vraiment perceptible, et les \u00e9motions ressenties par l\u2019actrice par cons\u00e9quent moins convaincantes. En revanche, les effets lumineux, dans un d\u00e9cor assez sobre cr\u00e9aient une atmosph\u00e8re intimiste et parfois onirique lors des sc\u00e8nes d\u2019amour physique entre Marie et Paul. La r\u00e9flexion autour de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de Marie Curie, des injustices li\u00e9es \u00e0 son statut de femme et d\u2019\u00e9trang\u00e8re en France \u00e9tait \u00e9galement int\u00e9ressante, permettant une r\u00e9actualisation significative du traitement in\u00e9gal de r\u00e9ception entre une homme et une femme c\u00e9l\u00e8bre. Malgr\u00e9 tout, cette dimension aurait \u00e9galement pu \u00eatre pouss\u00e9e davantage et il est peut-\u00eatre regrettable de pr\u00e9senter encore une fois Marie Curie comme une totale exception dans la communaut\u00e9 scientifique, naturalisant alors la pr\u00e9sence invisibilis\u00e9e d\u2019autres femmes scientifiques. En r\u00e9sum\u00e9, la pi\u00e8ce pr\u00e9sentait des aspects int\u00e9ressants mais n\u2019\u00e9tait, il me semble pas compl\u00e8tement aboutie. <\/p>\n\n\n\n<p>Chlo\u00e9\nBories<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\"><strong>________________________<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Paradoxe\ndes jumeaux <\/em>est l\u2019expression th\u00e9\u00e2trale d\u2019une biographie. Biographie de l\u2019une\ndes plus grandes figures f\u00e9minines de l\u2019histoire scientifique d\u2019Europe : Marie\nCurie. N\u00e9anmoins, la portion de vie de Marie Curie choisie est celle v\u00e9cue sans\nPierre Curie. Bin\u00f4me embl\u00e9matique et indissociable, ils sont s\u00e9par\u00e9s dans la\npi\u00e8ce par le d\u00e9c\u00e8s violent de l\u2019illustre scientifique, mort le 19 avril 1906,\n\u00e9cras\u00e9 par un fiacre rue Dauphine \u00e0 Paris. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce deuil d\u00e9chirant, ce drame\nbrutal, bouleverse Marie Curie et hante l\u2019ensemble de la repr\u00e9sentation. Cette\ntrag\u00e9die sugg\u00e8re une r\u00e9mission possible, une fa\u00e7on d\u2019affronter la souffrance,\nde surmonter le chagrin et le manque de la personne aim\u00e9e et ch\u00e9rie. Le chemin\nsalutaire qui se pr\u00e9sente \u00e0 Mme Curie, et qu\u2019elle embrasse pour entrevoir \u00e0\nnouveau un brin de lumi\u00e8re, est sa relation secr\u00e8te avec le physicien Paul\nLangevin. <\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement confront\u00e9e \u00e0\nla bassesse et \u00e0 la m\u00e9diocrit\u00e9 des mondains qui l\u2019entourent, Marie Curie doit\nfaire face aux rumeurs et aux m\u00e9disances circulant \u00e0 propos de cette relation\nqui \u00ab d\u00e9shonorerait la m\u00e9moire de Pierre Curie \u00bb. L\u2019\u00e9troitesse d\u2019esprit, ainsi\nque la difficult\u00e9 de la polonaise \u00e0 se faire accepter de la communaut\u00e9\nscientifique fran\u00e7aise en raison de ses origines et de son sexe, rappellent \u00e0\nquel point la place de la femme dans l\u2019espace public \u00e0 cette \u00e9poque est d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e\nvoire discr\u00e9dit\u00e9e et d\u00e9nigr\u00e9e. Tragiquement, la pi\u00e8ce confronte le spectateur \u00e0\nl\u2019intol\u00e9rance ethnique et religieuse. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019actrice principale,\nElisabeth Bouchaud, lumineuse et enjou\u00e9e au quotidien, adopte une posture\nfroide, cinglante et apathique qui traduit habilement l\u2019ambiance pesante et\nsinistre qui entoure le personnage \u00e0 l\u2019issue de cette p\u00e9riode dramatique de sa\nvie. La mise en sc\u00e8ne, qui mobilise, comme tr\u00e8s souvent dans le th\u00e9\u00e2tre\ncontemporain, des moyens technologiques tels que la projection d\u2019images anim\u00e9es\nou la diffusion de bande sonore pr\u00e9enregistr\u00e9e, accentue consid\u00e9rablement la\ntangible tension qui habite la pi\u00e8ce. <\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, la pr\u00e9sence \u00e0\nla fois rassurante et stimulante de la s\u0153ur de Mme Curie, Bronia, invite \u00e0\nestimer l\u2019importance de toutes les personnes, rest\u00e9es dans l\u2019ombre, qui\ngravitent autour des immortels et prestigieux personnages qui ont marqu\u00e9 de\nleur sceau l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. De fait, sa s\u0153ur, principal lien qui la\nrattache \u00e0 sa patrie et \u00e0 son heureuse jeunesse, soutient et encourage Marie\navec vigueur dans ses moments de d\u00e9tresse. Avec empathie mais sobri\u00e9t\u00e9, le\npropre drame de Bronia est \u00e9voqu\u00e9. Femme seule et tromp\u00e9e par son mari, elle\nreste muette, par pudeur et refoulement, sur la souffrance et l\u2019isolement qui\nl\u2019\u00e9crasent. <\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019image d\u2019une mise en\nabyme, <em>Le Paradoxe des jumeaux<\/em>, \u00e9crit par Jean-Louis Bauer\net Elisabeth Bouchaud et mis en sc\u00e8ne par Bernadette Le Sach\u00e9, est ainsi\ndoublement l\u2019histoire d\u2019une m\u00e9moire, celle, repr\u00e9sent\u00e9e sur sc\u00e8ne de la vie de\nfemme de Marie Curie et celle, sous-jacente et pour toujours vrill\u00e9e au corps\nde la scientifique, de son d\u00e9funt \u00e9poux, Pierre Curie. <\/p>\n\n\n\n<p>Clara Lucas<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photo : Pascal Gely<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Le paradoxe des jumeaux explore la personnalit\u00e9 d\u2019une femme \u00e9lev\u00e9e au rang de mythe &#8211; Marie Curie &#8211; et aborde cette immense figure d\u2019un point de vue plus intime. 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