{"id":12476,"date":"2019-02-05T15:13:18","date_gmt":"2019-02-05T14:13:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12476"},"modified":"2019-02-05T15:13:18","modified_gmt":"2019-02-05T14:13:18","slug":"one-more-thing-gilles-apprend-a-lire-benjamin-verdonck","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12476","title":{"rendered":"One more thing &#8211; Gilles apprend \u00e0 lire \/ Benjamin Verdonck"},"content":{"rendered":"\n<p>Le Vendredi 15 f\u00e9vrier, je suis all\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de la Bastille pour voir deux \u00ab\u00a0spectacles\u00a0\u00bb de Benjamin Verdonck <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0One more Thing\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Le\nspectateur est directement ins\u00e9r\u00e9 dans une ambiance de huis-clos. En rentrant,\nseuls les bancs servant de gradins sont \u00e9clair\u00e9s et le spectateur est invit\u00e9 \u00e0 s\u2019asseoir\n; \u00ab\u00a0les plus grands derri\u00e8re\u00a0\u00bb. Nous nous retrouvons comme en enfance,\nsur des petits bancs et par ordre de taille. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette\nimpression enfantine se poursuit avec la mise en sc\u00e8ne. Nous observons, dans le\nplus grand des silences, \u00e0 un tirage de ficelle. Une nouvelle fois, je ne peux\nm&#8217;emp\u00eacher de penser \u00e0 l&rsquo;enfance et \u00e0 ses spectacles de marionnettes. Le cadre\ny est &#8211; les bancs en bois- ainsi que la repr\u00e9sentation des ficelles. <\/p>\n\n\n\n<p>Cependant\nl&rsquo;int\u00e9r\u00eat est peut-\u00eatre plus grand.<\/p>\n\n\n\n<p>Le\nformat est court -puisque la pi\u00e8ce dure environ 15 minutes, et emp\u00eache l&rsquo;ennui\nde s&rsquo;installer. <\/p>\n\n\n\n<p>La\npi\u00e8ce -si je puis dire- est l&rsquo;exposition d&rsquo;une phrase, entrecoup\u00e9e par des\nformes (comme un losange orange vif ou des triangles mouvants). Il s&rsquo;agit, comme nous l&rsquo;indique la brochure distribu\u00e9e,\nd&rsquo;une phrase de Cesare Pavese: \u00ab\u00a0<strong>You sniff the air and listen to the\nwoods and know that the plants and animals don&rsquo;t give a damn about you.<\/strong>\u00ab\u00a0.\nCette citation serait-elle une r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9cologie ? Peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>En\ntout cas, le faible \u00e9clairage et la proximit\u00e9 de l&rsquo;espace de repr\u00e9sentation\n(qui se trouve \u00e0 un ou deux pas) instaurent de la magie, de la f\u00e9erie dans les\nmouvements de Benjamin Verdonck. S&rsquo;il s&rsquo;agit de mouvements basiques, avec des\nmat\u00e9riaux basiques, et une musique basique (un homme, seul, joue de la guitare)\nle spectateur est tout de m\u00eame fascin\u00e9 par l&rsquo;atmosph\u00e8re qui se d\u00e9gage de la\nmise en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Gilles apprend \u00e0 lire\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s\nune petite pause technique, le spectateur est invit\u00e9 \u00e0 retrouver sa place sur\nles petits bancs. Cette fois, pas une grande bo\u00eete mais plusieurs petites\nfabrications accompagnant les r\u00e9cits de Benjamin Verdonck. Ce dernier nous\nraconte d&rsquo;abord quatre petites histoires. Il nous parle de sa fille, de son \u0153uvre\net m\u00eame du chat de Schr\u00f6dinger. Nous n&rsquo;avions pas l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre de\nsimples spectateurs au th\u00e9\u00e2tre, mais d&rsquo;assister \u00e0 une rencontre o\u00f9 le public\naide le manipulateur d&rsquo;objets \u00e0 trouver ses mots. Ces anecdotes pr\u00e9c\u00e8dent un\ntemps de nouveau muet, o\u00f9 plusieurs installations se succ\u00e8dent pour illustrer\nles histoires pr\u00e9c\u00e9demment racont\u00e9es. Peut-\u00eatre aurait-il \u00e9t\u00e9 bon d&rsquo;illustrer\nson propos directement apr\u00e8s l&rsquo;anecdote concern\u00e9e, et de ne pas tout regrouper \u00e0\nla fin. N\u00e9anmoins, ce choix artistique fait travailler notre cerveau en nous\nfaisant faire les liens entre dires et illustrations par nous-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai\nl\u00e9g\u00e8rement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le deuxi\u00e8me spectacle car j&rsquo;y ai consacr\u00e9 un plus grand int\u00e9r\u00eat.\nPar ses petites histoires, on apprend non pas \u00e0 lire mais \u00e0 conna\u00eetre Benjamin\nVerdonck. Tandis que dans le premier, nous nous lions seulement avec son \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Oc\u00e9ane Caboche<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">____________________<\/p>\n\n\n\n<p>Benjamin\nVerdonck est un artiste belge, qui se produit actuellement au th\u00e9\u00e2tre de la\nBastille avec \u00e0 l\u2019affiche, quatre spectacles : \u201cChansonnette pour Gigi\u201d,\n\u201cWaldeinsamkeit\u201d, \u201cone more thing\u201d et \u201cGille apprend \u00e0 lire\u201d. <\/p>\n\n\n\n<p>La \u201csalle\ndu haut\u201d dans laquelle les spectateurs ont \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9s, avait \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9e avec\nune s\u00e9rie de quatre rangs de banc de bois, install\u00e9s \u00e0 m\u00eame la sc\u00e8ne. D\u00e8s que\nnous nous sommes assis, Benjamin Verdonck s\u2019est directement pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 nous et\ndans son fran\u00e7ais parfait &#8211; il est flamand &#8211; nous explique rapidement mais\ncalmement la d\u00e9marche artistique de sa performance \u201cone more thing\u201d, tandis\nqu\u2019un \u00e9trange carton tr\u00f4ne au milieu de l\u2019espace et semble l\u2019attendre. Benjamin\nVerdonck finit sa parenth\u00e8se avant que la lumi\u00e8re ne s\u2019\u00e9teigne, que la musique\ncommence et que l\u2019on entende des pas et une ombre dans l\u2019obscurit\u00e9 se pencher\nvers un interrupteur. Ce dernier se met en route et s\u2019illumine devant nos yeux,\nune bo\u00eete, parfaitement cubique. Benjamin Verdonck se positionne autour de\ncelle-ci et, se raccordant au rythme de la musique, s\u2019est mis \u00e0 l\u2019\u0153uvre un travail\nd\u2019orf\u00e8vre concentr\u00e9 dans la gestuelle de ses mains. Naviguant ces derni\u00e8res\nentre les nombreux fils qui tombaient de part et d\u2019autre de la bo\u00eete, Benjamin\nVerdonck dirigeait ses doigts pour qu\u2019ils saisissent certaines de ces ficelles,\npour ensuite, les tirer. Et en m\u00eame temps qu\u2019elles \u00e9taient tract\u00e9es, la bo\u00eete a\npris vie, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une fleur qui \u00e9clot, et c\u2019est ainsi que la m\u00e9canique\nde la ficelle faisait se mouvoir les diff\u00e9rentes planches de cartons dont \u00e9tait\nconstitu\u00e9e la bo\u00eete. En fait, ce qui se r\u00e9alisait devant notre regard, c\u2019\u00e9tait\nune histoire racont\u00e9e par ce jeu subtil de ficelles et de cartons. Des mots\ngribouill\u00e9s au crayon bleu apparaissaient et nous apostrophaient. \u201cYou\u201d puis,\n\u201csniff\u201d, \u201cthe\u201d, \u201cair\u201d. Une phrase en puzzle, port\u00e9e par la musique et le man\u00e8ge\ndes lustres en papier que Benjamin Verdonck faisait tourner dans sa bo\u00eete, tout\nen faisant dispara\u00eetre les mots, qui nous paraissaient alors bien \u00e9ph\u00e9m\u00e8res.\nLes quinze minutes se sont \u00e9coul\u00e9es et le spectacle a pris fin alors m\u00eame que\nnotre souffle restait encore suspendu. Benjamin Verdonck a exerc\u00e9 une sorte\nd\u2019hypnose en nous transportant au dedans m\u00eame de cette bo\u00eete, en mettant bout \u00e0\nbout les derniers mots qui ont construit la phrase suivante : \u201cYou sniff the\nair and listen to the birds and you realize that the animals and trees don\u2019t\ngive a damn about you.\u201d Elle est \u00e0 comprendre selon ses affinit\u00e9s mais elle\npara\u00eet surtout \u00e9voquer cette image du promeneur solitaire, contemplant une\nnature dont il r\u00e9alise qu\u2019elle \u00e9chappe compl\u00e8tement \u00e0 son emprise. Une sorte de\nrappel de la fragilit\u00e9 de notre existence, pens\u00e9e vertigineuse que Benjamin\nVerdonck a pourtant r\u00e9ussi \u00e0 nous glisser avec beaucoup de d\u00e9licatesse.\u2028<\/p>\n\n\n\n<p>Une pause\nest maintenant n\u00e9cessaire pour que l\u2019artiste puisse mettre en place sa prochaine\nperformance, \u201cGille apprend \u00e0 lire\u201d. Plus excentrique que le premier, ce\ndeuxi\u00e8me format court commence avec cinq anecdotes cont\u00e9es par Benjamin\nVerdonck avant que celui-ci ne s\u2019installe cette fois-ci sur une chaise, pour\nmanipuler les ficelles de cette nouvelle bo\u00eete. La m\u00e9canique se met \u00e0 nouveau\nen route et ce ne sont plus des cartons que l\u2019on remontait et descendait comme\ndes rideaux qui se mettent en mouvement comme dans le premier spectacle, mais\ndes objets en bois qui sortent de la bo\u00eete, comme si nous regardions la\ncroissance acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de petits arbres ou de champignons. <\/p>\n\n\n\n<p>La\nperformance de Benjamin Verdonck apaise par un calme qui dure encore un peu de\ntemps apr\u00e8s le spectacle. Ainsi, ce qui reste de ce dernier, c\u2019est toute sa\nmagie mais surtout, l\u2019image de Benjamin Verdonck portant ce pull \u00e9tincell\u00e9 de\nstrass ronds et miroitant des couleurs aux reflets de l\u2019univers, qui l\u2019a effac\u00e9\ndans l\u2019obscurit\u00e9 de la salle intimiste du th\u00e9\u00e2tre de la Bastille. Peut-\u00eatre\n\u00e9tait-ce pour encore mieux nous laisser admirer prendre vie, successivement,\nses deux bo\u00eetes ? Dans un entretien adress\u00e9 \u00e0 Victor Roussel, Benjamin Verdonck\nexplique que ces cr\u00e9ations lui permettent de ne pas s\u2019encombrer ni trop de\nmat\u00e9riel ni trop de pr\u00e9paration. Mais, sans qu\u2019il le pr\u00e9cise, l\u2019on d\u00e9c\u00e8le chez\nlui rien qu\u2019en l\u2019observant, la virtuosit\u00e9 de sa curiosit\u00e9 en mati\u00e8re de\nbricolage et l\u2019amour qu\u2019il porte \u00e0 la po\u00e9sie qui l\u2019anime aussi bien dans ses\nmains que dans ses yeux, po\u00e9sie qu\u2019il r\u00e9ussit si bien \u00e0 nous transmettre. <\/p>\n\n\n\n<p>Malyphone de Peyrelongue<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">____________________<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les mots et les souvenirs <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le petit\nspectacle <em>One more thing<\/em>, un de\nBenjamin Verdonck, pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille fait partie des 4\npropositions de \u201cth\u00e9\u00e2tre de table\u201d. La pr\u00e9sentation nous propose de nombreuses\nr\u00e9flexions sur les relations entre le langage et le lieu de la parole dans\nl\u2019espace social. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste\nflamand Verdonck, paraphrasant Montaigne, \u201cQuand je danse, je danse\u201d, nous\nmontre un r\u00e9seau d\u2019intertextualit\u00e9 sans limites. Les citations subtilement\nappel\u00e9es lors de la mise en sc\u00e8ne \u00e0 travers les mots peuvent \u00eatre comprises\ncomme un labyrinthe, au sens \u00e9tymologique du mot (du latin <em>labor <\/em>et <em>intus<\/em> );\nc&rsquo;est-\u00e0-dire le travail qui provient de l\u2019int\u00e9rieur du sujet et qui est exprim\u00e9\nvers l\u2019ext\u00e9rieur, mis sur le temps et l\u2019espace de l\u2019\u00e9nonciation. \u00c0 travers ces\nmots, on ressent une forte repr\u00e9sentation de l\u2019impasse devant le pass\u00e9 et des\nsouvenirs encore vivants. La marche \u00e0 travers les mots place le spectateur dans\nun labyrinthe qui est en quelque sorte la rencontre m\u00eame du spectateur avec\nl\u2019impasse labyrinthique des souvenirs de l\u2019artiste et de son pr\u00e9sent. En plus,\nl\u2019existence de diff\u00e9rents paradigmes syntagmatiques repr\u00e9sent\u00e9s par les mots\nqui se succ\u00e8dent r\u00e9v\u00e8le la dimension fragmentaire, labyrinthique et composite\ndu langage face au monde qui nous entoure. <\/p>\n\n\n\n<p>Je\nrecommande vivement ce spectacle pour sa capacit\u00e9 \u00e0 nous emmener au-del\u00e0 de la\nnotre champ de vision et de nous faire voyage \u00e0 travers les mots. <\/p>\n\n\n\n<p>Eduardo\nPereira da Silva<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">_____________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photo : Kurt Van der Elst<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Le Vendredi 15 f\u00e9vrier, je suis all\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de la Bastille pour voir deux \u00ab\u00a0spectacles\u00a0\u00bb de Benjamin Verdonck \u00ab\u00a0One more Thing\u00a0\u00bb Le spectateur est directement ins\u00e9r\u00e9 dans une ambiance de huis-clos. 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