{"id":12480,"date":"2018-12-05T17:00:26","date_gmt":"2018-12-05T16:00:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12480"},"modified":"2018-12-05T17:00:26","modified_gmt":"2018-12-05T16:00:26","slug":"kiss-cry-michele-anne-de-mey-et-jaco-van-dormael","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12480","title":{"rendered":"Kiss &amp; Cry \/ Mich\u00e8le Anne De Mey et Jaco Van Dormael"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Le th\u00e9\u00e2tre de La Scala <\/strong>rouvre ses portes boulevard de Strasbourg, dans le 10e arrondissement. La salle est vaste, grande bo\u00eete noire o\u00f9 plonge une diagonale d\u2019\u00e9pais strapontins bleus jusque devant la sc\u00e8ne. L\u00e0 s\u2019\u00e9talent d\u2019\u00e9tranges maquettes et appareils aux airs de mille mini-plateaux de tournage. Alors que nous nous installons, les artistes v\u00eatus de noir s\u2019encouragent les uns les autres devant nous, sans rideau pour les dissimuler, formant une ronde aussi intrigante que sympathique.<br><br>Ce soir, c\u2019est Kiss &amp; Cry de Mich\u00e8le Anne De Mey, \u00e0 la chor\u00e9graphie, et Jaco Van Dormael, \u00e0 la mise en sc\u00e8ne. On comprend l\u2019accent mis sur la forme, puisque le fond comptera peu. On nous raconte l\u2019histoire de Gis\u00e8le dont la vie se r\u00e9sumera aux cinq amours de sa vie. Encore faut-il faire le saut logique de croire qu\u2019un \u00ab amour \u00bb de treize secondes, d\u2019une soir\u00e9e, de d\u00e9pit ou de contrainte puisse porter ce nom. Mot fourre-tout, \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable, qui ne veut plus dire grand-chose \u00e0 force d\u2019\u00eatre d\u00e9form\u00e9 au point d\u2019englober son contraire, \u00ab l\u2019amour \u00bb est ici moins le sujet de la pi\u00e8ce<br>qu\u2019un pr\u00e9texte \u00e0 cr\u00e9er des tableaux surprenants. <br><br>Ce sont les mains qui dansent, incarnations m\u00e9tonymiques des personnages, qui font toute la gr\u00e2ce du spectacle. L\u2019image, saisie et projet\u00e9e en direct sur l\u2019\u00e9cran du fond, gagnerait en beaut\u00e9 si le style des d\u00e9cors et ces accessoires confinait moins au kitsch assum\u00e9. \u00c0 force, c\u2019est moins souvent l\u2019image qui impressionne et s\u00e9duit que la mani\u00e8re de l\u2019obtenir, dans un m\u00e9lange de simplicit\u00e9 \u00e9tonnante et d\u2019infinie cr\u00e9ativit\u00e9. Heureusement, ces secrets de coulisses font partie int\u00e9grante du spectacle et se d\u00e9roulent sans fard, sous nos yeux \u00e9bahis et curieux. <\/p>\n\n\n\n<p>Par souci de transparence, je tiens \u00e0 mettre en garde les personnes qui ne souhaiteraient pas s\u2019infliger un choc inutile. Un tableau m\u2019a fig\u00e9e : celui du viol conjugal, jamais nomm\u00e9, dont on assiste \u00e0 deux repr\u00e9sentations \u00e9dulcor\u00e9es successives. Dans le public, un homme s\u2019est signal\u00e9 comme un inf\u00e2me, laissant \u00e9chapper un ricanement moqueur face aux tremblements de la victime. D\u00e8s lors, m\u00eame en changeant d\u2019atmosph\u00e8re et malgr\u00e9 son humour de certains moments, le spectacle n\u2019a pas su me r\u00e9chauffer du bain glac\u00e9 dans lequel il venait de m\u2019engloutir. <\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, la ma\u00eetrise technique de ce collectif d\u2019artistes reste \u00e9poustouflante. Il est toutefois dommage que le texte n\u2019arrive pas au niveau de conscience r\u00e9flexive de la mise en sc\u00e8ne. Le spectacle n\u2019en devient m\u00e9morable que dans sa dimension spectaculaire. Je retiens tout particuli\u00e8rement un dispositif en miroir saisissant, \u00e9vocateur du test de Rorschach, o\u00f9 les gestes d\u2019une demi-main d\u00e9doubl\u00e9e se meuvent en incroyables formes prot\u00e9ennes. Un moment magique o\u00f9 les tenants du \u00ab Tout a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait \u00bb n\u2019ont qu\u2019\u00e0 s\u2019incliner : l\u2019imagination n\u2019est pas morte, ne leur en d\u00e9plaise, et c\u2019est dans ces instants-l\u00e0 que l\u2019on r\u00e9alise que tout peut \u00eatre r\u00e9invent\u00e9.<br><strong><br> Harmony Devillard <\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Avez-vous vu&nbsp;<em>Mr. Nobody&nbsp;<\/em>?&nbsp;<em>Le Tout Nouveau Testament&nbsp;<\/em>? Peut-\u00eatre avez-vous vu&nbsp;<em>Le Huiti\u00e8me Jour&nbsp;<\/em>ou bien&nbsp;<em>Toto Le H\u00e9ros<\/em>.<br><br>Dans les films de Jaco Van Dormael, il y a cette voix hors-champ accompagn\u00e9e d\u2019une composition \u00e0 la guitare. La voix explique, souvent \u00e0 travers les l\u00e8vres d\u2019un enfant, des calculs pr\u00e9cis, des th\u00e9ories scientifiques ou philosophiques. Quand la voix ne parle pas, il y a la musique. Classique. \u00c0 l\u2019image : des maquettes, des mains qui dansent, beaucoup de plans rapproch\u00e9s, des \u00e9tendues de sable et votre vie sur des rails, sans arr\u00eat. L\u2019esth\u00e9tisme en fil rouge. Derri\u00e8re tout \u00e7a, il y a la po\u00e9sie, l\u2019humour et cette capacit\u00e9 \u00e0 multiplier les histoires d\u2019amour.<br><br>\u00ab Au d\u00e9but, on ne sait pas que c\u2019est le d\u00e9but. \u00bb<br><br>Il est difficile d\u2019assister \u00e0&nbsp;<em>Kiss &amp; Cry&nbsp;<\/em>sans faire le rapprochement avec les oeuvres pass\u00e9es de Jaco Van Dormael. Parce qu&rsquo;il y a ces maquettes, le langage de l\u2019enfance qui transpire des pi\u00e8ces Playmobil, la musique classique, la voix hors-champ, ce go\u00fbt pour la pr\u00e9cision et cette femme qui attend, assise sur un banc en gare, et qui nous raconte les cinq amours de sa vie.<br><br>\u00ab La premi\u00e8re fois qu\u2019elle \u00e9tait tomb\u00e9e amoureuse, \u00e7a avait dur\u00e9 13 secondes. \u00bb<br><br><em>Kiss &amp; Cry<\/em>, c\u2019est Jaco Van Dormael, sa femme (Mich\u00e8le Anne de Mey) et leur collectif (Gr\u00e9gory Grosjean, Thomas Gunzig, Julien Lambert, Sylvie Oliv\u00e9 et Nicolas Olivier) qui s\u2019activent sur la sc\u00e8ne agenc\u00e9e en pi\u00e8ce de tournage, au-dessous d\u2019un grand \u00e9cran sur lequel est projet\u00e9 le film. Le film, c\u2019est du cin\u00e9ma en r\u00e9el, c\u2019est un tableau chor\u00e9graphi\u00e9, le g\u00e9nie de la transition et l\u2019art de la par\u00e9idolie. On pourrait croire que la r\u00e9p\u00e9tition lasse, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une paresse cr\u00e9ative qui t\u00e9moigne d\u2019un manque profond d\u2019imagination. Au contraire. On replonge dans l&rsquo;univers pros\u00e9 de Jaco Van Dormael comme on replonge dans nos draps ; le bonheur retrouv\u00e9. Aussi, comme le spectacle se restreint aux mains qui se d\u00e9placent dans un monde compos\u00e9 de figurines et d&rsquo;oiseaux de papier accroch\u00e9s \u00e0 des b\u00e2tons en bois que remue un des artistes au-dessus de la cam\u00e9ra, on reste dans un \u00e9tonnement perp\u00e9tuel : comment est-il possible de captiver autant d&rsquo;\u00e9motions chez un public si h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, si nombreux, sans afficher \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran autre chose que des mod\u00e8les r\u00e9duits et des man\u00e8ges visuels ?<br><br>Quelques jours ont pass\u00e9s et j&rsquo;ai pourtant la bande-son qui me tourne encore la t\u00eate et des images qui me reviennent, a\u00e9riennes, sublimes ; des figurines plant\u00e9es dans des dunes miniatures et la cam\u00e9ra qui slaloment parmi eux, fig\u00e9s devant la mer peinte ; deux mains, le souffle r\u00e9gulier, paisiblement assoupies en cuill\u00e8re ; une patineuse artistique qui quintuple-vrille sous les applaudissements ; une gare noy\u00e9e sous une avalanche de sucre ; un vieil homme, seul, assis sur une banquette de train ; des querelles de salon ; un homme-pied. <br><br>Ce qu&rsquo;il faut retenir, c&rsquo;est que chez Jaco Van Dormael, tout est beau. <br><br><strong>Valentine Lesser <\/strong><br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Le th\u00e9\u00e2tre de La Scala rouvre ses portes boulevard de Strasbourg, dans le 10e arrondissement. 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