{"id":12609,"date":"2019-01-29T17:44:19","date_gmt":"2019-01-29T16:44:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12609"},"modified":"2019-01-29T17:44:19","modified_gmt":"2019-01-29T16:44:19","slug":"retour-a-reims-didier-eribon-thomas-ostermeier-theatre-de-la-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12609","title":{"rendered":"Retour \u00e0 Reims \/ Didier Eribon &#8211; Thomas Ostermeier\/ Th\u00e9\u00e2tre de la Ville"},"content":{"rendered":"\n<p>La pi\u00e8ce, retranscription th\u00e9\u00e2trale de Retour \u00e0 Reims, l\u2019autobiographie de Didier Eribon, est n\u00e9e en Allemagne o\u00f9 elle avait fait un tabac. Son arriv\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de la ville de Paris constitue donc en quelque sorte un retour en France. Un retour attendu, dans un contexte social tendu qui donne \u00e0 l\u2019\u0153uvre une r\u00e9sonance particuli\u00e8re : difficile de ne pas voir dans ce Retour \u00e0 Reims des allusions directes ou indirectes aux mouvements contestataires qui secouent la France depuis de nombreuses semaines d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce se d\u00e9roule en deux temps : dans un premier temps, nous suivons la trajectoire particuli\u00e8re de Didier Eribon, transfuge de classe qui s\u2019est d\u00e9tourn\u00e9 de son milieu d\u2019origine populaire pour \u00e9pouser une carri\u00e8re d\u2019universitaire reconnu en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. La seconde partie se pr\u00e9sente comme une r\u00e9flexion g\u00e9n\u00e9rale sur les rapports entre les classes populaires et le monde politique, entre espoirs et violences.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019originalit\u00e9 de la pi\u00e8ce r\u00e9side en particulier dans sa mise en sc\u00e8ne : trois personnages occupent un studio de son dans lequel nous assistons \u00e0 un film en train de se faire. Une actrice lit des passages choisis du texte d\u2019Eribon, tandis que sur un vaste \u00e9cran-g\u00e9ant, des images, souvent pertinemment choisies, viennent illustrer le propos. La r\u00e9ussite de la pi\u00e8ce tient en partie \u00e0 cette id\u00e9e de montage en cours qui permet la discussion du texte d\u2019Eribon : l\u2019actrice et le r\u00e9alisateur \u00e9changent sur la meilleure mani\u00e8re de faire le film, montrant que chaque choix de passage et d\u2019images est lourd de sens. <\/p>\n\n\n\n<p>A ce fil rouge vient se greffer l\u2019histoire du grand-p\u00e8re du propri\u00e9taire du studio, auteur par ailleurs d\u2019une performance vocale remarquable, pour mettre en lumi\u00e8re le caract\u00e8re universel d\u2019une autobiographie \u00e0 laquelle de nombreuses trajectoires individuelles peuvent se rattacher.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la mise en sc\u00e8ne et l\u2019id\u00e9e d\u2019ouverture vers d\u2019autres parcours, analogues \u00e0 celui de Didier Eribon, sont int\u00e9ressantes, nous noterons tout de m\u00eame un traitement parfois superficiel du texte d\u2019Eribon qui emp\u00eache d\u2019entrer v\u00e9ritablement dans le c\u0153ur de la pens\u00e9e de l\u2019auteur, et de pointer de mani\u00e8re plus directe et corrosive ses \u00e9chos dans l\u2019actualit\u00e9. Malgr\u00e9 tout, la pi\u00e8ce constitue une bonne introduction \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019un auteur qui apporte un \u00e9clairage r\u00e9v\u00e9lateur sur des m\u00e9canismes sociologiques structurants pour penser les ph\u00e9nom\u00e8nes populistes modernes. Profitons donc d\u2019une soir\u00e9e parisienne pour retourner \u00e0 Reims !<\/p>\n\n\n\n<p>Arnaud De Bonnefoy<\/p>\n\n\n\n<p>_________________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une surprenante mise en sc\u00e8ne qui s\u2019organise \u00e0 l\u2019Espace Pierre Cardin au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville. Face \u00e0 une salle pleine \u00e0 craquer, une femme, Catherine, l\u2019actrice, d\u00e9clame le texte extrait de l\u2019\u0153uvre autobiographique \u00e9ponyme de Didier Eribon. Au second plan, le r\u00e9alisateur du documentaire et l\u2019ing\u00e9nieur du son \u00e9coutent, emport\u00e9s par la tirade virevolt\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet discut\u00e9 est lourd, important. L\u2019histoire d\u2019un retour \u00e0 la maison pas comme les autres. Celui d\u2019un homosexuel parisien chez ses parents issus de la classe ouvri\u00e8re. Alors qu\u2019on s\u2019attend \u00e0 ce que ces deux mondes s\u2019entrechoquent et se pulv\u00e9risent tant ils sont incompatibles, une forme d\u2019affection commune est distill\u00e9e tout au long du r\u00e9cit. <\/p>\n\n\n\n<p>On apprend beaucoup sur la tol\u00e9rance et l\u2019acceptation de soi dans Retour \u00e0 Reims, et le regard propos\u00e9 sur l\u2019autre est bienveillant. Le poids du pass\u00e9, ind\u00e9niable, et la reconnaissance d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient marque le spectacle d\u2019une morale passionnante, qui invite \u00e0 la r\u00e9flexion. <\/p>\n\n\n\n<p>Historiquement, Retour \u00e0 Reims offre une vision passionnante de la gauche ouvri\u00e8re en France et du revirement des classes populaires vers l\u2019extr\u00eame-droite. Le propos est personnel et subjectif mais l\u2019histoire est globale. C\u2019est l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale d\u2019une classe sociale moqu\u00e9e et ris\u00e9e, compos\u00e9e de laiss\u00e9s pour compte, qui ne parvient pas \u00e0 se retrouver dans la politique fran\u00e7aise. La pi\u00e8ce prend son envol quand elle touche l\u2019actuel : en citant les gilets jaunes et en d\u00e9cortiquant leur mouvement, le metteur en sc\u00e8ne se permet une apart\u00e9 judicieuse, qui donne \u00e0 revoir ses convictions. <\/p>\n\n\n\n<p>Retour \u00e0 Reims est touchant, saisissant, in\u00e9dit. Finement men\u00e9e et jou\u00e9e, la pi\u00e8ce est certes anecdotique mais s\u2019exprime dans une pens\u00e9e de gauche plus large. Elle veut r\u00e9inventer une France plus belle, plus libre, o\u00f9 les id\u00e9aux r\u00e9publicains co\u00efncident avec ceux de sa population. Elle r\u00e9unit autour d\u2019une m\u00eame id\u00e9e d\u2019amour de soi et de l\u2019autre, et, en cela, exalte l\u2019humanit\u00e9 de son spectateur. <\/p>\n\n\n\n<p>Elisa Guidetti<\/p>\n\n\n\n<p>_____________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Retour \u00e0 Reims, mis en sc\u00e8ne au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville de Paris, nous pr\u00e9sente l\u2019\u0153uvre \u00e9ponyme de Didier Eribon, dans laquelle le sociologue livre un r\u00e9cit partiel de sa vie et s\u2019attache \u00e0 l\u2019analyser, abordant divers th\u00e8mes : son ascension sociale et la honte qui y est li\u00e9e, ainsi que la disparition de la gauche et la mont\u00e9e des populismes, en particulier dans le milieu ouvrier dont il est issu.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment mettre en sc\u00e8ne un tel texte, qui oscille entre \u00e9l\u00e9ments autobiographiques et analyse sociologique ? Thomas Ostermeier a opt\u00e9 pour un dispositif particulier : d\u00e8s notre entr\u00e9e dans la salle, la sc\u00e8ne et ses com\u00e9diens sont d\u00e9j\u00e0 en place, et nous nous retrouvons dans un studio d\u2019enregistrement radio qui semble sorti du si\u00e8cle pass\u00e9. Une actrice, interpr\u00e9t\u00e9e par Ir\u00e8ne Jacob, pr\u00eate son envoutante voix \u00e0 la lecture de passages du livre Retour \u00e0 Reims, afin de finaliser la r\u00e9alisation d\u2019un documentaire. <\/p>\n\n\n\n<p>Pendant une premi\u00e8re partie du spectacle, on d\u00e9couvre donc le travail du documentariste : les images du film en pr\u00e9paration, \u00e9tant projet\u00e9es au-dessus de la sc\u00e8ne plong\u00e9e dans le noir, mettent en valeur le texte de l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire. Elles suivent dans un premier temps Didier Eribon que l\u2019on voit effectivement retourner \u00e0 Reims, lieu o\u00f9 il a grandi, et analyser son parcours personnel. Se transformant avec le texte dont la th\u00e9matique change, les images font ensuite un r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019histoire de la gauche depuis le si\u00e8cle dernier et jusqu\u2019au mouvement des gilets jaunes. Faisant suite \u00e0 ces lectures, on assiste \u00e0 une discussion entre la com\u00e9dienne et le r\u00e9alisateur sur le choix des images \u00e0 associer au texte. On constate alors les difficult\u00e9s du travail de documentariste, notamment au sujet du choix de l\u2019illustration par l\u2019image, qui bien s\u00fbr, a une influence consid\u00e9rable sur l\u2019interpr\u00e9tation que le public se fait de l\u2019\u0153uvre. <\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si les questions soulev\u00e9es pendant cet \u00e9change restent classiques, elles sont un moyen efficace d\u2019aider le public \u00e0 la digestion de l\u2019\u0153uvre de Didier Eribon. Un seul passage d\u00e9note, \u00e0 mon gout, de l\u2019impression g\u00e9n\u00e9rale plut\u00f4t positive que j\u2019ai de la pi\u00e8ce : il s\u2019agit de celui o\u00f9 l\u2019ing\u00e9nieur du son du studio s\u2019approprie le texte lu pr\u00e9c\u00e9demment en interpr\u00e9tant quelques une de ses chansons de rap. Le metteur en sc\u00e8ne cherche peut-\u00eatre par-l\u00e0 \u00e0 toucher un autre public que celui habitu\u00e9 aux grandes salles de th\u00e9\u00e2tre parisiennes, et dont parle pourtant le texte. Mais cela semble un peu tir\u00e9 par les cheveux et maladroit.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ce dernier point, on se trouve face \u00e0 une mise en ab\u00eeme efficace, propice \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation du texte de sociologie. Celle-ci ne s\u2019emp\u00eache pas pour autant d\u2019\u00eatre ponctu\u00e9e de clins d\u2019\u0153il au r\u00e9el (\u00ab nous ne sommes pas au th\u00e9\u00e2tre ! \u00bb), le metteur en sc\u00e8ne n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 briser le quatri\u00e8me mur. Le texte de Didier Eribon r\u00e9sonne alors gr\u00e2ce \u00e0 une tr\u00e8s belle interpr\u00e9tation de la com\u00e9dienne, pour tenter de nous parler \u00e0 tou\u00b7te\u00b7s : jeunes, moins jeunes, issus de milieux diff\u00e9rents et aux parcours diff\u00e9rents. <\/p>\n\n\n\n<p>Camille Lich\u00e8re <\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son adaptation du texte de Didier Eribon, Thomas Ostermeyer nous plonge dans un d\u00e9cor recherch\u00e9, m\u00eame si relativement simple : l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un studio d\u2019enregistrement, quelque part en banlieue parisienne. Sur sc\u00e8ne, on aura, tout au long de la pi\u00e8ce, seulement  trois personnages avec, la plupart du temps, Ir\u00e8ne Jacob qui d\u00e9clamera des extraits du texte de Didier Eribon avec derri\u00e8re elle un grand \u00e9cran sur lequel d\u00e9filent des images \u2013 format documentaire \u2013 qui viennent illustrer les mots prononc\u00e9s par l\u2019actrice.<\/p>\n\n\n\n<p>A travers sa mise en sc\u00e8ne, la superposition d\u2019images, pour certaines actuelles \u2013 Ostermeyer a int\u00e9gr\u00e9 des extraits film\u00e9s lors des manifestations des gilets jaunes \u2013, ainsi qu\u2019\u00e0 travers les commentaires, les dialogues entre les personnages, Ostermeyer a pour but de faire de sa pi\u00e8ce une pi\u00e8ce politique, une pi\u00e8ce qui d\u00e9nonce la mont\u00e9e du populisme dans de nombreux pays d\u2019Europe ainsi que la d\u00e9sint\u00e9gration de la gauche, mais aussi une pi\u00e8ce qui met l\u2019accent sur la diff\u00e9rence sociologique entre Paris, et pourrait-on dire, le reste de la France. Ces choses, Didier Eribon les d\u00e9non\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 il y dix ans, ce sont ses mots, c\u2019est son texte, mais gr\u00e2ce \u00e0 sa mise en sc\u00e8ne, Thomas Ostermeyer les remet \u00e0 l\u2019ordre du jour, les rend visibles et prouve leur actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Effectivement, cette pi\u00e8ce \u00e9tait \u00e9mouvante, voire bouleversante de par sa v\u00e9racit\u00e9, la voix d\u2019Ir\u00e8ne Jacob nous prenait et l\u2019on pouvait difficilement d\u00e9tacher les yeux des images qui d\u00e9filaient devant nous. Toutefois, ce qui m\u2019a d\u00e9rang\u00e9e, c\u2019est que cette pi\u00e8ce met l\u2019accent sur la diff\u00e9rence entre Paris et le reste de la France, sur la mont\u00e9e de l\u2019extr\u00eame-droite dans ce \u00ab reste de la France \u00bb, ainsi que sur le manque de d\u00e9mocratisation culturelle, mais elle est montr\u00e9e dans un th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 Paris, dont les prix ne sont pas des plus abordables et elle est, et sera donc probablement vue par une poign\u00e9e de gens qui sont d\u00e9j\u00e0 au courant, qui sont peut-\u00eatre concern\u00e9s par la chute de la gauche, mais qui d\u00e9noncent d\u00e9j\u00e0 la mont\u00e9e du populisme et qui sont que peu concern\u00e9s par le manque d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la culture.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai donc trouv\u00e9 cette pi\u00e8ce tr\u00e8s forte, car m\u00eame si le message est connu, je ne l\u2019avais jamais vu mis en avant sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre, mais je trouve qu\u2019il serait int\u00e9ressant de la rendre accessible \u00e0 un plus grand nombre. <\/p>\n\n\n\n<p>Thelma Dassesse <\/p>\n\n\n\n<p>_____________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photographie : Mathilda Olmi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >La pi\u00e8ce, retranscription th\u00e9\u00e2trale de Retour \u00e0 Reims, l\u2019autobiographie de Didier Eribon, est n\u00e9e en Allemagne o\u00f9 elle avait fait un tabac. 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