{"id":12702,"date":"2019-03-18T15:17:25","date_gmt":"2019-03-18T14:17:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12702"},"modified":"2019-03-18T15:17:25","modified_gmt":"2019-03-18T14:17:25","slug":"le-direktor-oscar-gomez-mata-theatre-de-la-bastille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12702","title":{"rendered":"Le direktor \/ Oscar Gomez Mata &#8211; Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille"},"content":{"rendered":"\n<p>Je n\u2019ai jamais vu le film Direktor de Lars Von Triers, m\u00eame si je connaissais d\u00e9j\u00e0 le talent de ce r\u00e9alisateur  pour manipuler le spectateur, jouer de ses \u00e9motions et l\u2019emmener tr\u00e8s loin pour le mieux comme pour le pire. J\u2019ai donc retrouv\u00e9 avec plaisir cette dimension dans la pi\u00e8ce de Oscar Gomez Mata, qui s\u2019appuyait sur la mise en ab\u00eeme du th\u00e9\u00e2tre pour mieux montrer aux spectateurs la mani\u00e8re dont ils se faisaient pi\u00e9ger \u00e9motionnellement par les acteurs. L\u2019audience bern\u00e9e est alors le miroir des personnages eux-m\u00eames dup\u00e9s par leur directeur et l\u2019acteur qu\u2019il engage pour le repr\u00e9senter. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces jeux de quiproquos beaucoup d\u2019humour,  et de diff\u00e9rentes sortes d\u2019humour,  allant du comique de jeux de mots, des grimaces, des remarques grivoises, du playback, \u00e0 des textes plus noirs mais \u00e9galement un sentiment d\u2019amertume et de violence au sein de la soci\u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e sur sc\u00e8ne. L\u2019entreprise telle qu\u2019elle est ici d\u00e9peinte prend une tournure absurde, \u00e9l\u00e9ment renforc\u00e9 par un vocabulaire tr\u00e8s technique et l\u2019utilisation du danois en traduction simultan\u00e9e. J\u2019ai trouv\u00e9 cette utilisation de l\u2019absurde vraiment int\u00e9ressante, dr\u00f4le et grin\u00e7ante pour nous montrer ce que l\u2019entreprise a de plus fou et ridicule aujourd\u2019hui. Sans \u00eatre didactique, la pi\u00e8ce propose une r\u00e9flexion significative sur les enjeux capitalistes mais surtout sur les liens entre les salari\u00e9s et plus g\u00e9n\u00e9ralement entre les humains. Qu\u2019est ce qui construit l\u2019amiti\u00e9\u00a0? Quelle est la valeur du mensonge\u00a0? Du partage d\u2019\u00e9motions\u00a0? Je ne pense pas que la pi\u00e8ce y r\u00e9ponde vraiment, mais elle lance des pistes de r\u00e9flexion esth\u00e9tiquement accompagn\u00e9es d\u2019un certain sens du spectacle. <\/p>\n\n\n\n<p>Les danses, les chants, les jeux de lumi\u00e8re cr\u00e9ent pour moi un effet de d\u00e9calage qui cr\u00e9e  du sensationnel tout en montrant son insignifiance, l\u2019incapacit\u00e9 de ces \u00e9l\u00e9ments \u00e0 pallier au manque de liens sinc\u00e8res entre les personnages.  J\u2019ai cependant trouv\u00e9 que si la fin de la pi\u00e8ce \u00e9tait extr\u00eamement dr\u00f4le (avec des jeux comiques assez classiques mais qui fonctionnent) et qu\u2019elle avait la m\u00eame \u00e9nergie que la sc\u00e8ne d\u2019ouverture (o\u00f9 les acteurs dansaient sur de la musique techno), la pi\u00e8ce \u00e9tant assez longue le milieu \u00e9tait plus flottant et l\u2019\u00e9nergie des acteurs assez in\u00e9gale. En revanche le personnage du Direktor \u00e9tait parfaitement bien incarn\u00e9 par David Gobet, le r\u00f4le de l\u2019acteur vaniteux \u00e9tant jou\u00e9 avec beaucoup d\u2019autod\u00e9rision. Les autres jeux d\u2019acteur.ice.s \u00e9taient par cons\u00e9quent presque effac\u00e9s derri\u00e8re ce jeu, m\u00eame s\u2019il y avait de bonnes propositions. J\u2019ai aussi regrett\u00e9 que certains personnages, surtout les femmes, soient trop st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s comme la croqueuse d\u2019hommes et son pendant inverse la vierge na\u00efve, ce qui enlevait beaucoup d\u2019originalit\u00e9 \u00e0 cette proposition th\u00e9\u00e2trale. Cela venait un peu s\u2019opposer aux apart\u00e9s avec le public, \u00e0 l\u2019utilisation de vid\u00e9os, de powerpoint et de r\u00e9f\u00e9rences ultra contemporaines qui  faisaient la singularit\u00e9 de la pi\u00e8ce. Il y avait donc pour moi beaucoup de propositions enthousiasmantes mais sans que l\u2019ensemble soit exceptionnel, et avec un regret de propositions comiques qui servent toujours les m\u00eames clich\u00e9s alors que la pi\u00e8ce montre elle-m\u00eame des propositions plus subtiles possibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Chloe Bories<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne d\u00e9pouill\u00e9e pourrait figurer un h\u00f4pital, comme le laisse sugg\u00e9rer la sobri\u00e9t\u00e9 du d\u00e9cor, constitu\u00e9 exclusivement d\u2019une grande table, et d\u2019un sol carrel\u00e9 blanc. L\u2019espace, vide, est soudain envahi par une musique, tandis que les spectateurs, intrigu\u00e9s, continuent \u00e0 discuter. La musique devient ensuite de plus en plus assourdissante et la lumi\u00e8re devient \u00e9lectrique, transformant la sc\u00e8ne en v\u00e9ritable boite de nuit. Puis le silence, de nouveau, avant le retour du bruit, et de la lumi\u00e8re. Arrivent ensuite les personnages qui font leur entr\u00e9e sur sc\u00e8ne et viennent occuper l\u2019espace. Les lumi\u00e8res sont toujours allum\u00e9es, le spectacle n\u2019a pas encore commenc\u00e9 et une com\u00e9dienne nous explique qu\u2019on peut \u00e0 loisir regarder notre t\u00e9l\u00e9phone, ou discuter avec notre voisin. L\u2019heure est donc \u00e0 l\u2019indiscipline. Petit \u00e0 petit, le d\u00e9cor se charge, par une plante, et un tableau sur lequel des messages font leur apparition : \u00ab how do you feel \u00bb puis \u00ab respire \u00bb. Il est en effet tr\u00e8s important de respirer nous dit la com\u00e9dienne. Les neuf com\u00e9diens vont et viennent jusqu\u2019\u00e0 ce que, soudain, la pi\u00e8ce commence. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9but, un peu confus, m\u2019a sembl\u00e9 de mauvais augure. Mais bien vite le quatri\u00e8me mur se dresse et s\u2019il est parfois fragile, puisque les interactions sont fr\u00e9quentes, il laisse place \u00e0 une v\u00e9ritable narration qui se noue. Le d\u00e9cor ne repr\u00e9sente pas un h\u00f4pital mais une entreprise, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment une entreprise \u00ab d\u2019informatique \u00bb, m\u00eame si les occupations des salari\u00e9s sont floues. Le directeur, Ravn, qui ne peut v\u00e9ritablement assumer ses responsabilit\u00e9s et faire face \u00e0 des n\u00e9gociations compliqu\u00e9es avec des Islandais, d\u00e9cide d\u2019embaucher un acteur pour le remplacer une dizaine de jours. Christopher est donc engag\u00e9 pour jouer le r\u00f4le du \u00ab directeur de tout \u00bb avec une \u00e9quipe un peu d\u00e9jant\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s vite les choses se compliquent. L\u2019acteur ne tient pas son r\u00f4le, ne connait pas les \u00ab codes \u00bb du monde du travail et peine \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 toutes les questions pos\u00e9es par les employ\u00e9s. Plut\u00f4t que de faciliter l\u2019accord avec les Islandais, il entrave les n\u00e9gociations par ses maladresses. Quiproquos, g\u00eanes, absurdit\u00e9, excentricit\u00e9s des personnages se m\u00ealent dans cette pi\u00e8ce dynamique, virevoltante et d\u00e9routante. Des nombreux interm\u00e8des musicaux ponctuent la narration, donnant un rythme \u00e0 la pi\u00e8ce. Mais si l\u2019histoire est abandonn\u00e9e pour un temps, c\u2019est pour mieux y revenir ensuite. <\/p>\n\n\n\n<p>Quelques longueurs toutefois sont \u00e0 d\u00e9plorer, le comique \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition est parfois un peu lourd, mais la bonne humeur des com\u00e9diens se communique aux spectateurs. Deux heures de rire, de fou rire, d\u2019angoisse aussi parfois et l\u2019intrigue, bien men\u00e9e, tient le public en haleine d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du spectacle. Si les spectateurs se laissent entrainer comme dans un enfant dans un carrousel, la mise en ab\u00eeme constante du th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre cr\u00e9e une distanciation et am\u00e8ne le spectateur \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le r\u00f4le du personnage de th\u00e9\u00e2tre. Christopher doit sans cesse porter le \u00ab masque \u00bb du parfait manager alors qu\u2019il ne sait rien du monde de l\u2019entreprise. Parfois la sc\u00e8ne est astucieusement d\u00e9coup\u00e9e en deux parties, avec une zone \u00ab neutre \u00bb dans laquelle chacun retrouve son vrai r\u00f4le. Ravn et Christopher \u00e9changent alors sur la suite des \u00e9v\u00e9nements, mais ceux-ci finissent toujours par \u00e9chapper \u00e0 leur contr\u00f4le. <\/p>\n\n\n\n<p>Si la pi\u00e8ce est avant tout une com\u00e9die, la potentialit\u00e9 tragique est palpable et plus d\u2019une fois le comique manque de virer en tragique. Derri\u00e8re le c\u00f4t\u00e9 loufoque du spectacle se construit subtilement une d\u00e9nonciation des conditions pr\u00e9caires des salari\u00e9s, de la flexibilit\u00e9 du monde du travail, et des m\u00e9thodes modernes de \u00ab management \u00bb qui pousse le chef d\u2019entreprise a toujours \u00ab dire oui \u00bb pour envoyer un signal positif \u00e0 ses employ\u00e9s. C\u2019est somme toute une bonne pi\u00e8ce, non sans certains d\u00e9fauts, mais qui donne de la bonne humeur et explore avec finesse les nuances entre la fiction et le r\u00e9el. <\/p>\n\n\n\n<p>Valentine Renaud<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Jusqu&rsquo;au 4 avril, le metteur en sc\u00e8ne Oscar G\u00f3mez Mata pr\u00e9sente sa com\u00e9die \u00ab&nbsp;Le Direktor&nbsp;\u00bb, au Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille. Une adaptation d&rsquo;un sc\u00e9nario du r\u00e9alisateur danois Lars Von Trier. <\/p>\n\n\n\n<p>En retard, j&rsquo;arrive dans la salle du th\u00e9\u00e2tre de la Bastille presque remplie. Dr\u00f4le d&rsquo;ambiance. Les acteurs s&rsquo;activent, mettent en place les d\u00e9cors, ex\u00e9cutent quelques pas de danse, r\u00e9p\u00e8tent leur texte en s&rsquo;agitant de fa\u00e7on grotesque. Une musique \u00e9lectronique et ent\u00eatante rythme leurs faits et gestes. Eux-m\u00eames semblent en retard. Et rien ne para\u00eet les presser. Le public comprend alors peu \u00e0 peu que ses fausses s\u00e9ances de r\u00e9p\u00e9tition font partie int\u00e9grante de la pi\u00e8ce. Comme un avant-go\u00fbt de ce qu&rsquo;il nous attend\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ravn est directeur d&rsquo;entreprise, Kristoffer est com\u00e9dien. Ce qui les rapproche ? Le sort des cinq salari\u00e9s. Ravn n&rsquo;assume pas son r\u00f4le de directeur. Les prises de d\u00e9cisions, les responsabilit\u00e9s, les n\u00e9gociations\u2026 tout \u00e7a, ce n&rsquo;est pas pour lui. Il semble plut\u00f4t rechercher l&rsquo;amour et la reconnaissance, aupr\u00e8s de ses cinq seuls amis, qui sont les employ\u00e9s de son entreprise. Ravn se fait passer pour un simple salari\u00e9 et invente de toutes pi\u00e8ces un \u00ab directeur de tout \u00bb exer\u00e7ant aux \u00c9tats-Unis. Lorsqu&rsquo;il faut vendre l\u2019entreprise, il fait appel au talent de com\u00e9dien de Kristoffer pour jouer le r\u00f4le de ce \u00ab directeur de tout \u00bb afin de mener \u00e0 bien les n\u00e9gociations. Prenant son r\u00f4le trop au s\u00e9rieux, le jeune com\u00e9dien pr\u00e9cipite les employ\u00e9s dans une s\u00e9rie de quiproquos o\u00f9 s&rsquo;entrem\u00ealent comique de situation, burlesque et satire sociale. <\/p>\n\n\n\n<p>Le metteur en sc\u00e8ne Omar Gomez Mata engage une r\u00e9flexion sur le fonctionnement de l&rsquo;entreprise contemporaine : qui assume les responsabilit\u00e9s dans le monde du travail ? La sc\u00e8ne s&rsquo;inspire du mod\u00e8le de l&rsquo;open space, o\u00f9 se cristallisent la violence symbolique et les \u00e9motions des salari\u00e9s-acteurs. L&rsquo;absurde, exacerb\u00e9 tout au long de la pi\u00e8ce, se moque des logiques de l&rsquo;entreprise contemporaine. Les \u00ab r\u00e9unions techniques \u00bb o\u00f9 l&rsquo;on parle de chiffres, la rationalisation du travail, les nouvelles m\u00e9thodes de management\u2026 Les employ\u00e9s, au caract\u00e8re bien diff\u00e9rent, semblent abrutis par la vie en entreprise. Gorm est brutal, Mette est muette, Nalle est simplet\u2026 Proches de la folie, ils dansent, chantent, crient sur la sc\u00e8ne. L&rsquo;entreprise contemporaine serait-elle une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 chacun jouerait un r\u00f4le ? M\u00e8nerait-elle \u00e0 la folie ?<\/p>\n\n\n\n<p>Oscar Gomez Mata superpose avec brio une autre r\u00e9flexion&nbsp;: qu&rsquo;est-ce que le m\u00e9tier de com\u00e9dien au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;? Le public s&rsquo;interroge face au jeu des acteurs. On se demande parfois si ce sont les personnages Ravn et Kristoffer qui parlent, ou bien si ce sont les acteurs Christian Geffroy Schlittler et David Gobet, tant ils sont proches du public. L&rsquo;humour, pouss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exag\u00e9ration, appara\u00eet alors comme un moyen de performer son jeu d&rsquo;acteur. La performance renvoie \u00e0 l&rsquo;injonction de productivit\u00e9 au sein de l&rsquo;entreprise, qui peut \u00eatre vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, \u00ab&nbsp;Le Direktor&nbsp;\u00bb pointe du doigt la dilution de la responsabilit\u00e9 au sein de l&rsquo;entreprise cach\u00e9e derri\u00e8re un \u00ab&nbsp;directeur de tout&nbsp;\u00bb, tout en c\u00e9l\u00e9brant le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;absurde. <\/p>\n\n\n\n<p>Laura Barbaray<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>La petite taille de la salle m&rsquo;\u00e9tonne toujours apr\u00e8s \u00eatre rentr\u00e9e par la devanture d\u00e9mesur\u00e9e du Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille. C&rsquo;est le lot des petites salles mythiques qui ont l&rsquo;air de ne pas avoir chang\u00e9 d&rsquo;un poil, malgr\u00e9 les cons\u00e9quences installations techniques dissimul\u00e9es sous des pans de moquette. Pendant le temps o\u00f9 le public s&rsquo;installe dans la salle, les acteurs donnent d\u00e9j\u00e0 le ton de la pi\u00e8ce : il sera au burlesque et \u00e0 l&rsquo;interaction. Et tout au long de la pi\u00e8ce, l&rsquo;on sera agr\u00e9ablement surpris de la non-concordance du d\u00e9roul\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements avec ce qui \u00e9tait annonc\u00e9 dans le synopsis du d\u00e9pliant : la critique des entreprises horizontales \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie positive n&rsquo;est que sous-tendue, ce n&rsquo;est pas l\u00e0 une suite de gags sur des startuppers qui font des pr\u00e9sentations Power-point \u00e0 longueur de journ\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une tr\u00e8s grande force de la pi\u00e8ce : les critiques du mod\u00e8le entrepreunarial, de la soci\u00e9t\u00e9 et de la moralit\u00e9 des individus sont entrelac\u00e9es, interd\u00e9pendantes, prennent un sens particulier dans ce contexte danois vis-\u00e0-vis duquel, je dois l&rsquo;avouer, je n&rsquo;avais aucun a priori. Mais l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture ne vaudrait rien si elle n&rsquo;\u00e9tait pas bien interpr\u00e9t\u00e9e ; et j&rsquo;ai particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 le jeu des acteurs, qui \u00e0 la fois rappelle le th\u00e9\u00e2tre classique et est r\u00e9solument contemporain. L&rsquo;occupation de l&rsquo;espace par les 9 com\u00e9diens est impressionnante. Ce d\u00e9cor de prime abord lisse, de carrelage blanc, est pourtant le terrain de jeu parfait, aux meubles amovibles et dont l&rsquo;ambiance change du tout au tout quand des projections et des lumi\u00e8res sont utilis\u00e9es. La sc\u00e8ne des draps, qui fait l&rsquo;affiche de la pi\u00e8ce, est tout \u00e0 fait saisissante en ce sens ; elle est hypnotisante. Car si en effet certains interludes de pure expression artistique \u2013 et de folie, peut- \u00eatre\u2026 \u2013 peuvent para\u00eetre d\u00e9nu\u00e9s de sens, de justification, ce sont eux qui permettent de communiquer l&rsquo;ambiance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l&rsquo;oeuvre. Et au passage, ils impriment de belles images sur nos r\u00e9tines\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La com\u00e9die est bien pr\u00e9sente et non pas trop appuy\u00e9e, ce que j&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9. Les personnages ont leur lot de caricatural, et c&rsquo;est ce qui les rend dr\u00f4les et attachants en deux heures de temps pass\u00e9s ensemble. \u00c0 une seule reprise, j&rsquo;ai senti le comique forc\u00e9 : une sc\u00e8ne grivoise aurait pu \u00eatre moins suggestive, voire coup\u00e9e. Le burlesque s&rsquo;\u00e9vanouit et l&rsquo;on ressent ce m\u00eame sentiment que devant un mauvais film fran\u00e7ais. Au final, je ne suis pas s\u00fbre de m&rsquo;\u00eatre faite vraiment embarquer par les enjeux de la pi\u00e8ce. L&rsquo;on a surtout envie de savoir \u00e0 quel point le personnage principal, le \u00ab\u00a0directeur de tout\u00a0\u00bb, s&rsquo;est pris au jeu, fera un arbitrage entre sa fiert\u00e9 et son sens moral. C&rsquo;est bien le personnage du directeur de tout qui focalise tout l&rsquo;attention et qui laisse le plus fort souvenir et c&rsquo;est bien dommage, car il y avait beaucoup \u00e0 faire avec chacun des personnages \u2013 m\u00eame si j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9 que chacun puisse avoir au moins une sc\u00e8ne d\u00e9cisive. <\/p>\n\n\n\n<p>Victoria Brun<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo : Steeve Luncker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Je n\u2019ai jamais vu le film Direktor de Lars Von Triers, m\u00eame si je connaissais d\u00e9j\u00e0 le talent de ce r\u00e9alisateur pour manipuler le spectateur, jouer de ses \u00e9motions et l\u2019emmener tr\u00e8s loin pour le mieux comme pour le pire. 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