{"id":12707,"date":"2019-03-20T13:45:26","date_gmt":"2019-03-20T12:45:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12707"},"modified":"2019-03-20T13:45:26","modified_gmt":"2019-03-20T12:45:26","slug":"la-menagerie-de-verre-tennessee-williams-charlotte-rondelez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12707","title":{"rendered":"La m\u00e9nagerie de verre \/ Tennessee Williams &#8211; Charlotte Rondelez"},"content":{"rendered":"\n<p>La mise en sc\u00e8ne de La M\u00e9nagerie de verre du Th\u00e9\u00e2tre de Poche Montparnasse fait figure de bonne \u00e9l\u00e8ve. A relire la pi\u00e8ce de Tennessee Williams, les didascalies s\u2019av\u00e8rent en effet contenir la majeure partie des propositions de Charlotte Rondelez, de l\u2019utilisation de projections pour la lune ou le portrait du p\u00e8re, apparaissant ou disparaissant tout au long de la pi\u00e8ce, au monologue final de Tom accompagn\u00e9 de l\u2019image de sa s\u0153ur soufflant les bougies du cand\u00e9labre, en passant par la mention de tous les intertitres (\u00ab&nbsp;Apr\u00e8s le fiasco&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;L\u2019Annonciation&nbsp;\u00bb). Si la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce ne fait aucun doute, et que les personnages sont particuli\u00e8rement bien restitu\u00e9s par les quatre acteurs, on peut l\u00e9gitimement s\u2019interroger sur l\u2019apport d\u2019une mise en sc\u00e8ne r\u00e9ussie mais a priori si conventionnelle vis \u00e0 vis du texte original.<\/p>\n\n\n\n<p>Des quelques ajouts formels \u00e0 la pi\u00e8ce de Tennessee Williams, on peut relever l\u2019ouverture, associant au discours d\u00e9j\u00e0 didactique de Tom une pr\u00e9sentation des autres acteurs d\u00e9filant derri\u00e8re un rideau transparent et prenant des poses cens\u00e9es caract\u00e9riser leur personnage. La mise en sc\u00e8ne, m\u00eame lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de didascalies, reste donc tr\u00e8s pr\u00e8s du texte, illustrant d\u2019avantage qu\u2019innovant \u00e0 partir du monologue de Tom, quitte \u00e0 en renforcer les maladresses. De la m\u00eame mani\u00e8re, au moment de la sc\u00e8ne du diner avec Jim, la chute de Laura est outr\u00e9e par une brusque mise dans le noir de la sc\u00e8ne et par un bruit de tonnerre, certes pr\u00e9sent dans la pi\u00e8ce mais ne co\u00efncidant normalement pas exactement avec la chute. Il faut cependant \u00e9galement mentionner des pistes plus int\u00e9ressantes que cette M\u00e9nagerie de verre \u00e9bauche parfois, et qui restent les moments les plus m\u00e9morables de la pi\u00e8ce. On pense par exemple \u00e0 la danse de Laura lors de la premi\u00e8re apparition de sa m\u00e9nagerie, faisant r\u00e9solument glisser la pi\u00e8ce dans un registre onirique, avec la photographie du p\u00e8re chantant et des ombres projet\u00e9es dansant avec elle. <\/p>\n\n\n\n<p>Le traitement des personnages enfin reste le principal espace de cr\u00e9ation, ce qui dynamise la pi\u00e8ce par le jeu particuli\u00e8rement vivant et vari\u00e9 des quatre acteurs. Le Tom tel que l\u2019interpr\u00e8te Charles Templon est davantage ironique que dans la pi\u00e8ce et particuli\u00e8rement en verve. Cristiana Reali donne \u00e0 Amanda des accents contradictoires mais maitris\u00e9s avec brio de pimb\u00eache rappelant Vivien Leigh et de m\u00e8re italienne \u00e0 la Anna Magnani. F\u00e9lix Beaup\u00e9rin parvient \u00e0 rendre Jim insupportable tout en pr\u00e9servant la tendresse de certaines sc\u00e8nes avec Laura. C\u2019est surtout ce dernier personnage, camp\u00e9 par Ophelia Kolb qui prend des libert\u00e9s avec la pi\u00e8ce de Tennessee Williams en la faisant r\u00e9gresser plus encore, quitte \u00e0 forcer le trait : elle ne sait pas faire son signe de croix sans se tromper de sens, reste souvent \u00e9bahie, se frappe la t\u00eate contre une chaise ou se jette litt\u00e9ralement dans les jupes de sa m\u00e8re. Ce traitement pouvant para\u00eetre grossier et peu nuanc\u00e9 parvient cependant par contraste \u00e0 bien rendre l\u2019ouverture du personnage au cours de la soir\u00e9e ; sans parvenir \u00e0 badiner comme dans le texte original, Laura\/Kolb parvient in fine \u00e0 basculer d\u2019irritante \u00e0 attendrissante.<\/p>\n\n\n\n<p>La M\u00e9nagerie de Verre de Charlotte Rondelez ajoute donc au plaisir de la lecture de pi\u00e8ces de Tennessee Williams une mise en sc\u00e8ne agr\u00e9able par ses \u00e9clairages esth\u00e9tisants aux jolies demi-teintes lilas ou orang\u00e9es, par son d\u00e9cor tout en angles et en obliques tr\u00e8s inspir\u00e9 de l\u2019expressionnisme allemand, ainsi que par l\u2019\u00e9nergie ind\u00e9niable de ses acteurs, mais sa dimension dans l\u2019ensemble peu aventureuse laisse finalement place \u00e0 un sentiment d\u2019ennui, que peu de propositions formelles tentent de dissiper. <\/p>\n\n\n\n<p>Marie Clavreul<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Le 20 mars dernier, je suis all\u00e9e faire un tour du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Louis, aux Etats-Unis, en passant par le Th\u00e9\u00e2tre de Poche Montparnasse. En effet, c\u2019est dans ce petit th\u00e9\u00e2tre au fond d\u2019une petite ruelle que se jouait, mercredi dernier, la M\u00e9nagerie de verre de Tennessee Williams. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette pi\u00e8ce, \u00e9crite en 1944, le spectateur se retrouve au c\u0153ur des querelles de la famille Wingfield. Le p\u00e8re est parti il y a de cela plusieurs ann\u00e9es, abandonnant la m\u00e8re, Amanda, et ses deux enfants, Tom et Laura. Amanda ne cesse de ressasser le pass\u00e9, de penser \u00e0 sa jeunesse, \u00e0 ses galants comme elle les appelle et \u00e0 ce qu\u2019aurait pu \u00eatre sa vie si elle avait pris d\u2019autres d\u00e9cisions. Elle ne s\u2019entend pas avec son fils Tom, qui reste par obligation morale : le salaire qu\u2019il empoche \u00e0 l\u2019entrep\u00f4t de chaussures permet de subvenir aux besoins de la famille. Mais il \u00e9touffe et s\u2019\u00e9chappe tous les soirs pour aller au cin\u00e9ma, du moins c\u2019est ce qu\u2019il pr\u00e9tend. Quant \u00e0 Laura, elle bo\u00eete, souffre d\u2019angoisses terribles qui l\u2019emp\u00eachent de mener la moindre vie professionnelle ou affective. Son monde ne tourne qu\u2019autour de ses petits animaux de verre que sa m\u00e8re appelle \u00ab sa m\u00e9nagerie \u00bb. Amanda voit d\u00e9j\u00e0 Laura devenir vieille fille. Son dernier espoir repose en la personne de Jim O\u2019Connor, coll\u00e8gue et ancien ami de lyc\u00e9e de Tom, invit\u00e9 un soir \u00e0 d\u00eener dans le but de s\u00e9duire Laura et de l\u2019\u00e9pouser. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas tant l\u2019intrigue qui est importante dans la M\u00e9nagerie de Verre mais les personnages, leurs relations, leurs interactions, leurs rivalit\u00e9s. Au-del\u00e0 des mots, leurs corps parlent, les \u00e9motions passent, les voix se haussent, s\u2019adoucissent, se brisent. Le spectateur marche en \u00e9quilibre sur un fil et ne cesse de vaciller, penchant dangereusement vers la col\u00e8re, puis l\u2019euphorie et parfois m\u00eame vers une douce folie. Les acteurs choisis pour cette pi\u00e8ce ont un jeu tr\u00e8s juste et tout particuli\u00e8rement Oph\u00e9lia Kolb qui interpr\u00e8te Laura \u00e0 la perfection. Christiana Reali nous pr\u00e9sente une Amanda \u00e0 la fois d\u00e9chirante, dr\u00f4le et effrayante. Charles Templon, quant \u00e0 lui, est Tom et le narrateur. Il nous prend habilement par la main d\u00e8s les premi\u00e8res minutes de la pi\u00e8ce et le fait si bien qu\u2019une fois celle-ci termin\u00e9e, on aura du mal \u00e0 la l\u00e2cher. On ne d\u00e9couvre F\u00e9lix Beaup\u00e9rin, qui campe le r\u00f4le de Jim, qu\u2019\u00e0 la fin de la pi\u00e8ce mais il nous marque tout autant que les autres par sa justesse. Il a une aisance naturelle et une grande pr\u00e9sence sur sc\u00e8ne. La mise en sc\u00e8ne est assez simple, mais suffit. Ici encore, l\u2019accent est port\u00e9 sur les personnages, il n\u2019est donc pas n\u00e9cessaire de s\u2019attarder sur des d\u00e9tails inutiles. On note la bonne id\u00e9e pour la pr\u00e9sentation des protagonistes : une sorte d\u2019ouverture dans le mur du fond qui, lorsque les acteurs se placent \u00e0 son niveau, donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre le cadre d\u2019un portrait. Ainsi, Amanda, Laura, et Jim y passent chacun leur tour, s\u2019y arr\u00eatent et prennent la pose tandis que Tom nous les d\u00e9crit.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque j\u2019\u00e9tais petite, Tennessee Williams \u00e9tait pour moi l\u2019exemple que citait ma m\u00e8re pour nous dissuader, ma s\u0153ur et moi, d\u2019ouvrir un bouchon avec les dents. Il \u00e9tait aussi celui que chantait Michel Berger sur la route des vacances. Depuis, j\u2019ai vu la M\u00e9nagerie de verre. C\u2019est une tr\u00e8s belle pi\u00e8ce, que je recommande \u00e0 tous. Tennessee Williams \u00e9tait un grand dramaturge qui a su capter et retranscrire la complexit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain et des relations qu\u2019il entretient avec ses pairs. Dans ce petit th\u00e9\u00e2tre de poche, les acteurs et la metteuse en sc\u00e8ne ont su se montrer \u00e0 la hauteur. <\/p>\n\n\n\n<p>Louise Fischer<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Il est impossible d\u2019\u00e9tudier l\u2019\u0153uvre de Tennessee Williams sans y voir un lien avec sa vie tourment\u00e9e. N\u00e9 en 1911 dans le sud des \u00c9tats-Unis \u00e0 Columbus, Williams a grandi dans un milieu puritain, souffrant de l\u2019absence d\u2019un p\u00e8re alcoolique et d\u2019une m\u00e8re \u00e9touffante qui a clairement inspir\u00e9 le personnage d\u2019Amanda Wingfield. Ce n\u2019est donc pas une co\u00efncidence si face \u00e0 La M\u00e9nagerie de Verre, on a l\u2019impression d\u2019\u00eatre asphyxi\u00e9 par la pr\u00e9sence de la m\u00e8re envahissante jou\u00e9e par Cristiana Reali et par l\u2019exigu\u00eft\u00e9 du d\u00e9cor, un appartement o\u00f9 les enfants Tom et Laura ne peuvent pas s\u2019\u00e9chapper. <\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce se d\u00e9roule \u00e0 Saint-Louis dans les ann\u00e9es 1930. On est plong\u00e9 au sein d\u2019une famille monoparentale o\u00f9 Tom, qui joue aussi le r\u00f4le du narrateur, nous explique qu\u2019il est malheureux \u00e0 l\u2019usine et qu\u2019il r\u00eave d\u2019\u00e9crire et de se lib\u00e9rer de l\u2019\u00e9tau de sa famille. Laura, sa s\u0153ur handicap\u00e9e, souffre \u00e9galement de la pression exerc\u00e9e par sa m\u00e8re (Amanda) qui \u00e9tait heureuse et courtis\u00e9e avant le d\u00e9part de son mari. L\u2019action d\u00e9bute lorsque Tom invite un galant pour s\u00e9duire Laura, pouss\u00e9e par sa m\u00e8re qui veut qu\u2019elle fasse un bon mariage pour ne pas vivre dans le besoin. Et en une soir\u00e9e, les personnages se confient, pleurent et rient. C\u2019est une pi\u00e8ce \u00ab \u00e0 personnages \u00bb o\u00f9 l\u2019on suit leurs espoirs et d\u00e9sillusions dans une m\u00eame pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le d\u00e9cor et les costumes respectent le cadre spatio-temporel, la mise en sc\u00e8ne est absolument \u00e9blouissante. Par moments, la musique prend le dessus et des lumi\u00e8res \u00e9tincellent sur sc\u00e8ne, mettant en valeur par exemple Laura en train de danser toute seule sur sc\u00e8ne dans un moment d\u2019euphorie. Il y a \u00e9videmment un lien avec la m\u00e9nagerie de verre et la pr\u00e9sence de ces petits animaux de verre sur sc\u00e8ne rappellent non seulement l\u2019enfance et l\u2019innocence mais \u00e9galement la beaut\u00e9, la puret\u00e9.  <\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne est tr\u00e8s simple : une entr\u00e9e, une salle \u00e0 manger et une fen\u00eatre qui permet de voir les com\u00e9diens avant leur entr\u00e9e sur sc\u00e8ne. On souligne l\u2019utilisation de l\u2019espace lorsque Tom et sa m\u00e8re se disputent en dehors de la sc\u00e8ne : si on ne les voit pas, la col\u00e8re exprim\u00e9e dans leurs voix rappelle les disputes que l\u2019on entend de loin au sein de la maison et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 qu\u2019elle provoque chez les enfants, anxi\u00e9t\u00e9 et mal-\u00eatre superbement interpr\u00e9t\u00e9s par Laura (Ophelia Kolb).<\/p>\n\n\n\n<p>La M\u00e9nagerie de Verre \u00e9meut et rend compte de la difficult\u00e9 de supporter un climat familial oppressif. L\u2019amour et la col\u00e8re y sont entrem\u00eal\u00e9s : si le personnage de la m\u00e8re est antipathique, on se rend compte lorsqu\u2019elle pleure de l\u2019amour et de l\u2019inqui\u00e9tude qu\u2019elle ressent envers ses enfants. Les personnages ne sont pas lisses et ont de nombreuses facettes et qualit\u00e9s malgr\u00e9 le fait que ce soit leurs d\u00e9fauts qui sont mis en sc\u00e8ne : Ce que l\u2019on retient de cette pi\u00e8ce, c\u2019est finalement aussi le rapport au temps qui d\u00e9chire : la m\u00e8re est berc\u00e9e dans le pass\u00e9, le fils se projette constamment vers l\u2019avenir et trouve sa vie insoutenable alors que la fille se complait dans la douceur de son existence, r\u00e9confort\u00e9e par sa m\u00e9nagerie de verre que l\u2019on voit sur sc\u00e8ne pendant toute la dur\u00e9e de la pi\u00e8ce. <\/p>\n\n\n\n<p>Tamara El-Jisr<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>La m\u00e9nagerie de verre (The Glass Menagerie) est l\u2019une des premi\u00e8res pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre \u00e9crites par Tennessee Williams, auteur am\u00e9ricain du XX\u00e8me si\u00e8cle. Cette pi\u00e8ce, en partie autobiographique, fut mont\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1945 \u00e0 New-York et lui apporta reconnaissance et c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Charlotte Rondelez propose une mise en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce au Th\u00e9\u00e2tre de Poche de Paris, avec, en t\u00eate d\u2019affiche, Cristiania Reali (Amanda), Ophelia Kolb (Laura), Charles Templon (Tom) et F\u00e9lix Beaup\u00e9rin (Jim).<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur un personnage narrateur, nous pr\u00e9sentant les trois protagonistes de la pi\u00e8ce: la m\u00e8re, Amanda Wingfield, la soeur, Laura, et Tom, lui-m\u00eame. Ce n\u2019est que dans la deuxi\u00e8me partie de la pi\u00e8ce que Jim, le galant, fait son entr\u00e9e. L\u2019histoire se passe \u00e0 Saint-Louis, dans les ann\u00e9es 1930. On y rencontre une famille fragile, sans p\u00e8re, hant\u00e9e par le pass\u00e9 mais accroch\u00e9e \u00e0 l\u2019illusion d\u2019un futur meilleur. Lorsque l\u2019espoir, incarn\u00e9 par Jim, frappe \u00e0 leur porte, c\u2019est tout leur \u00e9quilibre qui bascule, laissant place aux r\u00eaves, aux fant\u00f4mes mais, aussi, \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne de Charlotte Rondelez se situe \u00e0 mi-chemin entre la peinture et le cin\u00e9ma. Nous pouvons, en effet, assister \u00e0 une succession de tableaux immobilisant les personnages ou les faisant basculer dans une r\u00eaverie. Ces tableaux, remplis d\u2019\u00e9motions, mettent en suspend les souvenirs et les fantasmes des personnages ; syst\u00e9matiquement accompagn\u00e9s d\u2019une musique dramatisant l\u2019instant, les tableaux provoquent chez le spectateur une fascination, le mettant lui- m\u00eame dans une sorte d\u2019\u00e9tat second. Ces sc\u00e8nes, souvent muettes, d\u00e9bordent de douceur et de po\u00e9sie et invitent le spectateur au c\u0153ur d\u2019un souvenir id\u00e9alis\u00e9. <br><\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce m\u00e9lange le comique et le path\u00e9tique, promenant ainsi le spectateur \u00e0 travers une pl\u00e9thore d\u2019\u00e9motions. Cependant, le comique cache g\u00e9n\u00e9ralement le profond mal-\u00eatre contre lequel les personnages luttent et r\u00e9sistent, mais qui \u00e9clate et se sublime lors des violentes disputes entre Tom et Amanda. Ces confrontations sont \u00e0 l\u2019origine des mont\u00e9es d\u2019angoisse de Laura, maladivement fragile, et sont mat\u00e9rialis\u00e9es par la mont\u00e9e crescendo de bruits ou de voix, s\u2019apparentant \u00e0 un compte \u00e0 rebours annon\u00e7ant une explosion. Lorsque l\u2019angoisse atteint son point culminant, elle s\u2019exprime par un cri terrifiant, profond et cathartique. L\u2019arriv\u00e9e de Jim, personnage quelque peu ridicule, apporte avec elle apaisement et tension. Sa pr\u00e9sence oblige Amanda et Tom \u00e0 contenir leurs disputes, cependant, elle terrorise Laura. \u00c0 la mani\u00e8re d\u2019une pi\u00e8ce shakespearienne, cette peur irr\u00e9pressible atteint son paroxysme avec le d\u00e9cha\u00eenement de l\u2019orage. Jim est le moteur de la timide mais surprenante \u00e9volution de Laura, que la maladresse ne rend que plus touchante. La po\u00e9tique sc\u00e8ne du baiser, rare moment o\u00f9 la tendresse entre les personnages n\u2019est pas mise en \u00e9chec, est v\u00e9cue comme une respiration par le spectateur. Laura est pleine d\u2019espoir et le bonheur ne semble plus qu\u2019\u00e0 porter de main. <\/p>\n\n\n\n<p>Touchante, dr\u00f4le, \u00e9mouvante et terrible, La m\u00e9nagerie de verre est le subtil m\u00e9lange de la d\u00e9licatesse et de la violence. Le spectateur plonge sans retenue dans la m\u00e9moire tortur\u00e9e par les espoirs bris\u00e9s et les fant\u00f4mes tourment\u00e9s et frustr\u00e9s de Tom. Il peut, \u00e9galement, s\u2019identifier avec aisance \u00e0 ces personnages obs\u00e9d\u00e9s par leur pass\u00e9, pris au pi\u00e8ge dans une vie qu\u2019il d\u00e9teste ou se sentant trop diff\u00e9rents des autres, telle une licorne dans un groupe de chevaux. Les acteurs incarnent leur r\u00f4le avec brio et bouleversent, avec une grande sinc\u00e9rit\u00e9, le spectateur. <\/p>\n\n\n\n<p>Kennoc\u2019ha Beaun\u00e9 <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>La m\u00e9nagerie de verre est une pi\u00e8ce du dramaturge am\u00e9ricain Tennessee Williams, et a \u00e9t\u00e9 mise en sc\u00e8ne par Charlotte Rondelez, apr\u00e8s une nouvelle traduction propos\u00e9e par Isabelle Famchon au Th\u00e9\u00e2tre de Poche. J\u2019ai d\u00e9couvert cette pi\u00e8ce pour la premi\u00e8re fois lors de sa repr\u00e9sentation, et me suis empress\u00e9e de la lire d\u00e8s le lendemain. Ainsi en m\u2019y rendant, je n\u2019avais lu qu\u2019un r\u00e9sum\u00e9, et je n\u2019avais pas d\u2019attentes particuli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce raconte l\u2019histoire d\u2019une famille de l\u2019entre guerre en Am\u00e9rique. Le p\u00e8re est absent, s\u2019\u00e9tant \u00e9chapp\u00e9 du cadre familial \u00ab d\u00e8s qu\u2019il a pu \u00bb, laissant \u00e0 ses enfants une m\u00e8re vampirisante, et craignant, apr\u00e8s la perte de son mari, la perte de ses enfants et particuli\u00e8rement celle de son fils, qu\u2019elle craint de voir devenir comme lui. Nous en apprenons petit \u00e0 petit davantage sur l\u2019historique de la famille, et cela contribue grandement \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re qui s\u2019appesantit petit \u00e0 petit, sur sc\u00e8ne et dans la salle. <\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la m\u00e8re, d\u2019abord tr\u00e8s apitoyante, nous apparait de plus en plus anxiog\u00e8ne et cruelle. Le fils nous apparait de moins en moins touchant et de plus en plus \u00e9go\u00efste et effrayant. Dans ce cadre alors tr\u00e8s noir, il nous reste la fille. Oph\u00e9lia Kolb, qui la joue, incarne la fra\u00eecheur et la na\u00efvet\u00e9. La metteuse en sc\u00e8ne la fait danser \u00e0 plusieurs reprises, au d\u00e9but de la pi\u00e8ce dans une danse maladroite et na\u00efve, puis une danse digne d\u2019une com\u00e9die musicale sur un air de jazz typique de l\u2019\u00e9poque lorsqu\u2019elle commence \u00e0 se d\u00e9velopper comme personnage \u00e0 part enti\u00e8re (et non plus seulement sous l\u2019ombre de sa m\u00e8re). Elle pourrait nous faire penser au personnage de Lennie dans Des souris et des hommes. Elle est le personnage central, cl\u00e9 de la pi\u00e8ce, autour duquel se d\u00e9roule toute l\u2019intrigue. Le jeu de l\u2019actrice est aux antipodes de celui de Cristiana Reali, dans le r\u00f4le de la m\u00e8re, ce qui offre un tr\u00e8s bon \u00e9quilibre dans le caract\u00e8re tant\u00f4t anxiog\u00e8ne, tant\u00f4t attendrissant de la pi\u00e8ce. <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai trouv\u00e9 le cadre, une petite salle, d\u2019un petit th\u00e9\u00e2tre au fond d\u2019une petite ruelle, juxtapos\u00e9e au grand boulevard Montparnasse, propice \u00e0 la promiscuit\u00e9 parfois g\u00eanante mais n\u00e9cessaire pour une exp\u00e9rience compl\u00e8te de la pi\u00e8ce. Elle \u00e9tait n\u00e9cessaire notamment par la port\u00e9e m\u00e9tath\u00e9\u00e2trale du titre \u00ab la m\u00e9nagerie de verre \u00bb qui peut repr\u00e9senter aussi bien les petits animaux de verre avec lesquels la fille Laura joue, mais aussi les personnages et nous en tant que spectateurs via cette promiscuit\u00e9. Elle \u00e9tait tr\u00e8s bien mise en sc\u00e8ne, par la pr\u00e9sence de bougies, par le jeu dans la salle, devant la sc\u00e8ne plut\u00f4t que seulement dessus, et par la disposition des d\u00e9cors de gauche \u00e0 droite du plateau en fonction de leur importance dans l\u2019intrigue et par rapport \u00e0 nous : c\u00f4t\u00e9 cour l\u2019intrigue se d\u00e9veloppait, c\u00f4t\u00e9 jardin, la pi\u00e8ce d\u00e9veloppait son caract\u00e8re m\u00e9tatextuel. J\u2019ai finalement appr\u00e9ci\u00e9 les r\u00e9f\u00e9rences typiques du mode de vie am\u00e9ricain des ann\u00e9es 20, qui permettaient une initiation \u00e0 cette mani\u00e8re de vivre en plus de l\u2019histoire de la pi\u00e8ce, et faisaient de cette repr\u00e9sentation une exp\u00e9rience tr\u00e8s enrichissante et int\u00e9ressante.<\/p>\n\n\n\n<p>Charlotte Mougenot<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo : Pascal Gely<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >La mise en sc\u00e8ne de La M\u00e9nagerie de verre du Th\u00e9\u00e2tre de Poche Montparnasse fait figure de bonne \u00e9l\u00e8ve. A relire la pi\u00e8ce de Tennessee Williams, les didascalies s\u2019av\u00e8rent en effet contenir la majeure partie des propositions de Charlotte Rondelez, de l\u2019utilisation de projections pour [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":12708,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,62],"tags":[],"class_list":["post-12707","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-theatre-de-poche"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12707","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12707"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12707\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12707"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12707"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12707"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}