{"id":12757,"date":"2019-03-20T17:24:55","date_gmt":"2019-03-20T16:24:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12757"},"modified":"2019-03-20T17:24:55","modified_gmt":"2019-03-20T16:24:55","slug":"la-chauve-souris-johan-strauss-ii-celine-pauthe-mc93","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12757","title":{"rendered":"La chauve-souris \/ Johan Strauss II &#8211; C\u00e9line Pauthe \/ MC93"},"content":{"rendered":"\n<p>Comme emport\u00e9 sur les ailes d\u2019une chauve-souris, le spectateur prend son envol lors du spectacle La Chauve-Souris, du compositeur viennois, Johan Strauss fils, repris par C\u00e9line Pauthe et pr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie de l\u2019Op\u00e9ra de Paris \u00e0 la MC93 de Bobigny.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auditoire se laisse virevolter entre la prouesse musicale de l\u2019orchestre et le chant puissant et prenant, fortement th\u00e9\u00e2tralis\u00e9, des artistes lyriques. Rire et stup\u00e9faction se m\u00ealent. Cette op\u00e9rette au sujet quelque peu l\u00e9ger offre toutefois un jeu de com\u00e9diens parfaitement r\u00e9alis\u00e9. Les voix sont \u00e9poustouflantes, accompagn\u00e9es et embellies par des musiciens hors pair. Sur le mode de l\u2019Arroseur arros\u00e9, le spectateur se voit \u00eatre complice du stratag\u00e8me mis en place sur sc\u00e8ne et cela rend le spectacle particuli\u00e8rement vivant. <\/p>\n\n\n\n<p>Les paroles franco-allemandes sont retranscrites sur le mur de la salle, l\u2019auditoire peut donc \u00e0 la fois jouir de la musique ainsi que d\u2019une petite pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre cocasse. Ce m\u00e9lange de com\u00e9die, de chant et de danse que constitue le genre musical de l\u2019op\u00e9rette fait que les trois heures ne se font pas ressentir du tout. Les costumes d\u2019Ana\u00efs Romand sont particuli\u00e8rement beaux, vifs en couleurs et ornements et participent \u00e0 l\u2019engouement du public. <\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, m\u00eame si cette op\u00e9rette vise \u00e0 faire rire, ce chef-d\u2019oeuvre a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 dans le camp de Terezin en 1944. Il porte donc en lui une origine historique lourde de sens. Le troisi\u00e8me acte s\u2019ouvre alors sur la projection d\u2019extraits du documentaire de propagande tourn\u00e9 \u00e0 Terezin, Le F\u00fchrer offre une ville aux juifs et est comment\u00e9 par le gardien de prison Frosch compl\u00e8tement saoul. Ce troisi\u00e8me acte est le petit b\u00e9mol de la mise en sc\u00e8ne propos\u00e9e par C\u00e9cile Pauthe, bien que cela rappelle l\u2019origine nazie, la prestation du com\u00e9dien est un peu grotesque, tire vers le ridicule et d\u00e9tonne avec l\u2019ensemble de l\u2019op\u00e9rette.<\/p>\n\n\n\n<p>Olympe D\u00e4hne<\/p>\n\n\n\n<p>__________________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Une grande salle, il fait noir, les musiciens sont sur sc\u00e8ne, une musique douce et heureuse nous accueille, un d\u00e9cor assez sobre et des images en noir et blanc d\u00e9filent sur un grand-\u00e9cran.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a bizarrement pas de coh\u00e9rence, on le per\u00e7oit tout de suite, entre la musique gaie de Johann Strauss, et les paysages derri\u00e8re la sc\u00e8ne. Il s\u2019agit de l\u2019ancien camp de concentration de Theresienstadt (aujourd\u2019hui Terezin), d\u00e9sormais vide et abandonn\u00e9, dont un voyageur anonyme et omnipr\u00e9sent a film\u00e9 les chambres, les jardins, les couloirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne savons pas qui a pris ces images, ni \u00e0 quel moment, ni pourquoi. Nous ne savons pas non plus pourquoi nous voyons ces paysages sombres derri\u00e8re le d\u00e9cor bourgeois du salon de la famille Eisentein, protagoniste de l\u2019op\u00e9rette la \u00ab Chauve-souris \u00bb (\u00ab Die Fledermaus \u00bb), compos\u00e9e en 1874 par Johann Strauss sur livret de Karl Haffner.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nouvelle mise en sc\u00e8ne, assur\u00e9e par la r\u00e9alisatrice C\u00e9lie Pauthe, profite de la fraicheur des artistes de l\u2019Acad\u00e9mie Nationale de Paris et de jeunes musiciens stagiaires de l\u2019Orchestre Atelier Ostinato, dirig\u00e9s par Fay\u00e7al Karoui.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire est simple : les Eisenstein, ennuy\u00e9s de leur vie de couple, s\u2019amusent avec des liaisons extra-conjugales, des f\u00eates, des travestissements, des \u00e9quivoques. Les personnages secondaires (la servante coquine, l\u2019oncle bavard, les amis fid\u00e8les) assurent une ambiance d\u00e9tendue et bienveillante, m\u00eame dans les moments les plus dramatiques de l\u2019histoire. Tout se termine, bien \u00e9videmment, dans un esprit de f\u00eate chorale et de joie collective, qui caract\u00e9rise toute op\u00e9rette viennoise de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Sauf que nous avons toujours les images grises de Terezin derri\u00e8re les costumes d\u2019Ana\u00efs Romand et les d\u00e9cors de Guillaume Delaveau. Que nous savons ce qui se passera en Autriche tout juste 50 ans apr\u00e8s la premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne de cette op\u00e9rette. Que nous ne pouvons pas nous emp\u00eacher de faire la liaison entre la prison \u00e0 laquelle Gabriel Von Eisentein \u00e9chappe lors du premier acte et le camp dans lequel les prisonniers de Terezin ont jou\u00e9 \u00ab La Chauve-souris \u00bb en 1944.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sortons de cette repr\u00e9sentation avec plein de questions, qui n\u2019ont pas forc\u00e9ment \u00e0 voir avec Rosalinde, Ad\u00e8le, le prince Orlofsky et la Vienne du XIXe si\u00e8cle. L\u2019\u00e9cart entre la futilit\u00e9 de cette noblesse de fin de si\u00e8cle, son insouciance et le futur proche qui les attend, nous rappelle que nous sommes potentiellement tous des personnages masqu\u00e9s en chauves-souris, et que la musique de Strauss ne va pas nous prot\u00e9ger ce noir et blanc qui d\u00e9file derri\u00e8re la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Rossana Silvagni<\/p>\n\n\n\n<p>____________________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>La Chauve-Souris est une op\u00e9rette compos\u00e9e par Johann Strauss II en 1874. L\u2019\u0153uvre met en sc\u00e8ne une histoire de vengeance, pleine de quiproquos et remplie d\u2019humour. L\u2019\u0153uvre est pr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019Acad\u00e9mie de l\u2019Op\u00e9ra National de Paris \u00e0 MC93. Je connaissais d\u00e9j\u00e0 cette pi\u00e8ce ayant d\u00e9j\u00e0 assist\u00e9 \u00e0 deux repr\u00e9sentations mais les choix de mise en sc\u00e8ne choisi par C\u00e9lie Pauthe m\u2019intrigu\u00e8rent. J\u2019avais beaucoup d\u2019attentes concernant cette repr\u00e9sentation mais je fus d\u00e9\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9lie Pauthe, la metteuse en sc\u00e8ne, d\u00e9cida d\u2019aborder la pi\u00e8ce par un axe tout \u00e0 fait nouveau. Lors de ses recherches, elle apprit, et nous l\u2019apprit aussi lors de la repr\u00e9sentation, que cette op\u00e9rette fut mise en sc\u00e8ne en 1944 dans le camp de Terezin par des musiciens juifs. Elle s\u2019inspira de ce contexte pour mettre en sc\u00e8ne la pi\u00e8ce. C\u2019est un choix original et inattendu mais qui selon moi n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9 \u00e0 juste titre. D\u00e8s le d\u00e9but de la pi\u00e8ce, lorsque les acteurs se pr\u00e9sentent et disent quels r\u00f4les ils jouent, la confusion r\u00e8gne. Ils jouent tout simplement les personnages de l\u2019\u0153uvre (comme ils l\u2019affirment) ou les d\u00e9port\u00e9s mettant en sc\u00e8ne la pi\u00e8ce ? Le d\u00e9cor sugg\u00e8re la deuxi\u00e8me r\u00e9ponse mais celle-ci reste tr\u00e8s vague et confuse. Si c\u2019\u00e9tait bien le cas, je pense qu\u2019il aurait fallu exploiter d\u2019avantage les conditions de mises en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor, comme les costumes que je vais \u00e9voquer plus tard, reste dans la confusion du choix. Le d\u00e9cor est peu existant et reste tr\u00e8s simple. Par exemple la banquette est montr\u00e9e par la superposition des matelas. On peut donc penser que C\u00e9lie Pauthe \u00e9voque par le d\u00e9cor les conditions de la repr\u00e9sentation au camp de Terezin mais cela est fauss\u00e9 par les costumes. Les costumes posent d\u2019autres probl\u00e8mes : ils sont de toutes \u00e9poques, ne donnant ainsi aucun contexte. Des robes de l\u2019\u00e9poque contemporaine se m\u00ealent aux habits de nos jours. Les costumes n\u2019aident pas les spectateurs \u00e0 d\u00e9finir le cadre temporel et le cadre socio- professionnel des personnages. Cependant je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser et \u00e0 nuancer mon propos en rajoutant que les robes du deuxi\u00e8me acte sont d\u2019une tr\u00e8s grande beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, les d\u00e9cors et les costumes peu d\u00e9velopp\u00e9s changent la perception de la pi\u00e8ce. Le deuxi\u00e8me acte qui est cens\u00e9 \u00eatre tr\u00e8s comique par la consommation d\u2019alcool et le cadre tr\u00e8s luxueux du ch\u00e2teau se voit tr\u00e8s r\u00e9duit. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai trouv\u00e9 le jeu des acteurs peu convaincant. Certes ils avaient tous des voix impressionnantes mais leur jeu ne refl\u00e9tait pas le comique de situation. Les acteurs surjouaient et ne maitrisaient pas cela cr\u00e9ant ainsi un jeu peu cr\u00e9dible et peu adapt\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce. Cependant, Timoth\u00e9e Varon, \u00e0 qui est confi\u00e9 le r\u00f4le principal, celui de Gabriel von Eisenstein, est le seul \u00e0 maitriser le sur-jeu qu\u2019il arrive \u00e0 montrer comme tr\u00e8s naturel.En revanche, j\u2019ai trouv\u00e9 le choix d\u2019int\u00e9grer l\u2019orchestre dans la pi\u00e8ce (par les vestes port\u00e9es d\u00e8s le d\u00e9but par le musicien) voire d\u2019amplifier son r\u00f4le en pla\u00e7ant les musiciens sur une estrade, tr\u00e8s original et r\u00e9ussi. L\u2019orchestre \u00e9tait magnifique, tout comme les chants des acteurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, je ne vous conseillerais pas d\u2019aller voir cette repr\u00e9sentation qui selon moi n\u2019exprime, ne traduit pas la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Esin Ayber<\/p>\n\n\n\n<p>____________________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photographe : Elisabeth Carecchio<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Comme emport\u00e9 sur les ailes d\u2019une chauve-souris, le spectateur prend son envol lors du spectacle La Chauve-Souris, du compositeur viennois, Johan Strauss fils, repris par C\u00e9line Pauthe et pr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie de l\u2019Op\u00e9ra de Paris \u00e0 la MC93 de Bobigny. 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