{"id":12761,"date":"2019-03-28T13:15:04","date_gmt":"2019-03-28T12:15:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12761"},"modified":"2019-03-28T13:15:04","modified_gmt":"2019-03-28T12:15:04","slug":"queen-blood-ousmane-sy-all-4-houses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12761","title":{"rendered":"Queen Blood \/ Ousmane Sy &#8211; All 4 houses"},"content":{"rendered":"\n<p>La Grande Halle de la Villette est un d\u00e9cor de choix pour un spectacle de danse. L\u2019acoustique et la lumi\u00e8re y sont d\u2019un niveau remarquable, susceptible de faire ressentir la fi\u00e8vre des grands soir \u00e0 une assembl\u00e9e venue en nombre assister \u00e0 la premi\u00e8re de Queen Blood, le nouveau show d\u2019Ousmane Sy. Alors que les spectateurs garnissent en quelque minutes les nombreux gradins de la salle, une atmosph\u00e8re se cr\u00e9e, charg\u00e9e d\u2019excitation et d\u2019impatience. Et le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que les danseuses de la troupe se sont mises au niveau de la superbe salle qui les accueillait.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant 1h15, les onze protagonistes d\u2019une repr\u00e9sentation exclusivement f\u00e9minine ont enchain\u00e9 des mouvements de danses contemporaines impressionnants de vivacit\u00e9 et de pr\u00e9cision. Divers tableaux se sont succ\u00e9d\u00e9 sous nos yeux, \u00e9voquant les multiples facettes de la f\u00e9minit\u00e9. Ainsi, \u00e0 un tableau rouge \u00e9blouissant de fougue et de puissance succ\u00e9da un tableau bleu teint\u00e9e de m\u00e9lancolie, puis un tableau jaune impr\u00e9gn\u00e9 de gr\u00e2ce et conclu par une note festive qui emporta d\u00e9finitivement une assembl\u00e9e conquise. A l\u2019occasion de chaque tableau, l\u2019\u0153il doit \u00eatre attentif pour suivre tous les mouvements propos\u00e9s sur sc\u00e8ne : le metteur en sc\u00e8ne joue tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement sur des niveaux de profondeurs du champ (premier plan, second plan, arri\u00e8re-plan) pour amener un effet de surprise et maintenir sous tension le spectateur. Le spectateur se trouve donc souvent face \u00e0 un choix : maintenir un regard d\u2019ensemble ou focaliser son attention sur l\u2019une ou l\u2019autre des danseuses qui sortent parfois du lot. Entre l\u2019harmonie et le d\u00e9sordre, entre le tout et l\u2019un, le spectateur se perd pour son plus grand plaisir. <\/p>\n\n\n\n<p>Le rythme du show est parfaitement ma\u00eetris\u00e9, d\u2019une seule tenue, avec des variations qui ne sont jamais synonymes de temps mort. Et le tout sur des compositions musicales originales, subtil m\u00e9lange de house et de musiques traditionnelles africaine, qui font \u00e9merger des univers vari\u00e9s sans jamais tomber dans le clich\u00e9. Un mot \u00e9galement sur le public, qui s\u2019est parfaitement mis au diapason de l\u2019atmosph\u00e8re endiabl\u00e9e de la repr\u00e9sentation en r\u00e9pondant bruyamment \u00e0 l\u2019\u00e9nergie d\u00e9pens\u00e9e par les danseuses. <\/p>\n\n\n\n<p>Une prestation parfaitement r\u00e9ussie pour Ousmane Sy et ses danseuses du Paradox-Sal, et une d\u00e9couverte r\u00e9jouissante pour ma part. Je ne peux que vous conseiller d\u2019assister, si vous en avez l\u2019occasion, \u00e0 une repr\u00e9sentation de ce collectif dont la r\u00e9putation a franchi depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 les fronti\u00e8res fran\u00e7aises. <\/p>\n\n\n\n<p>Arnaud de Bonnefoy<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Connaissez-vous le parterre de la Grande Halle de la Villette de nuit ? Sachez que si vous pr\u00e9voyez de vous y rendre pour un spectacle, le plus petit des pav\u00e9s de cette grande agora jusqu\u2019aux lions cracheurs d\u2019eau de sa large fontaine centrale vous semblera soudainement teint\u00e9 d\u2019une certaine f\u00e9erie. Imaginez donc : une nuit fra\u00eeche de mars, la lame grise de la Philharmonie chatoyant sur le noir du ciel au loin, vous vous dirigez vers la Grande Halle, ce mastodonte \u00e9l\u00e9gant fait de fer et verre. Elle est le lieu habituel de grandes conventions parisiennes \u2013 du Japan Expo au Mondial du tatouage \u2013 mais pour ce soir, c\u2019est dans une section de cet espace que la sc\u00e8ne fut install\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 longue mais si minuscule compar\u00e9e aux gradins que la surplombe. Sur cette sc\u00e8ne, un rectangle blanc d\u2019une vingtaine de m\u00e8tres de long et d\u2019une quinzaine de large, des spots au sol qui tracent son contour. <\/p>\n\n\n\n<p>Queen Blood est un spectacle qui combine le travail de chor\u00e9graphe d\u2019Ousmane Sy (All 4 House) et celui des danseuses de la troupe Paradox-Sal (Allaum\u00e9 Bledgo, Nadia Gabrieli-Kalati, Linda Hayford, Nadiah Idris, Ana\u00efs Imbert-Cl\u00e9ry, Odile Lacides, Cynthia Lacordelle, Audrey Minko, St\u00e9phanie Paruta). La salle accueille une foule plut\u00f4t \u00e9paisse de coll\u00e9giens, en sortie scolaire. Plus tard durant le spectacle, ils le ponctueront d\u2019applaudissements, parfois d\u00e9plac\u00e9s, mais dont l\u2019engouement sera le t\u00e9moignage de leur \u00e9merveillement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9merveill\u00e9e, je l\u2019ai \u00e9t\u00e9 tout autant, voire plus. Le fascicule distribu\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e indique que l\u2019histoire questionnera la f\u00e9minit\u00e9 de chacune d\u2019elle. Depuis ma place, je vois que le public n\u2019a pas encore fini de s\u2019installer mais sur la sc\u00e8ne \u00e9clair\u00e9e, les silhouettes de huit femmes se dirigent petit \u00e0 petit le rectangle blanc. Une musique a \u00e9t\u00e9 mise en fond et nous les voyons, certaines seules, certaines discutant ensemble, commencer \u00e0 onduler leurs corps au rythme du son ou non, \u00e0 imiter les mouvements de l\u2019une ou de l\u2019autre ou tout simplement \u00e0 entamer une improvisation. Elles s\u2019\u00e9chauffent. Mais leurs mouvements m\u2019hypnotisent d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Le public est install\u00e9. Le spectacle d\u00e9bute alors. Les danseuses, qui n\u2019ont pas quitt\u00e9 le rectangle, s\u2019alignent, nous tournant le dos, puis, d\u2019un pas \u00e9gal, le remontent vers son extr\u00e9mit\u00e9 sup\u00e9rieure. Elles en sortent \u00e0 peine, seulement de quoi montrer qu\u2019elles se tiennent \u00e0 son or\u00e9e et soudain, dans une volte-face, nous offrent enfin et dans une seule prise, leurs huit visages. Il y eut un silence, puis, le bruit fut retentissant. De la house pure, instrumentale dont la basse impose son rythme saccad\u00e9 mais profond. Dans une harmonie parfaite, le premier corps se meut dans une chor\u00e9graphie qui \u00e9voque la peine, se fige et laisse place \u00e0 une autre femme de ces huit femmes. Ainsi de suite. Le rectangle se d\u00e9semplit et est de nouveau investi, plus dans une logique \u00e9parse, mais suivant au contraire le fil de l\u2019histoire. Le spectacle sera construit alternativement de solo et de danses group\u00e9es, o\u00f9 les corps tous entiers s\u2019entrelacent, se croisent, sans jamais vraiment se m\u00ealer : nous assistons ici \u00e0 la narration de contes personnels. Les chemins de leur vie s\u2019entrecoupent mais appartiennent au final \u00e0 chacune d\u2019entre elle, dont la courbe de la d\u00e9viation sera le r\u00e9sultat d\u2019un choix individuel. Tout ceci est retranscrit dans les mouvements de ces huit femmes, dont la voix est pour le temps du spectacle, celle de leur corps, \u00e9voluant sur fond successif de house, de folk (dont l\u2019air se rapporte \u00e0 celui du groupe am\u00e9ricain Beirut), du blues de Billie Holiday, de ch\u0153ur aux sonorit\u00e9s soit africaines, soit polyn\u00e9siennes.<\/p>\n\n\n\n<p>De long en large, cette production envo\u00fbte. Les c\u0153urs sensibles au d\u00e9tail musical qui devient gr\u00e2ce lorsqu\u2019il s\u2019accorde parfaitement \u00e0 l\u2019histoire elle-m\u00eame conna\u00eetront le m\u00eame sentiment tremblant et \u00e9mu qui m\u2019a prise de la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re seconde de Queen Blood. <\/p>\n\n\n\n<p>Malyphone de Peyrelongue<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Queen Blood est une chor\u00e9graphie r\u00e9alis\u00e9e par Ousmane Sy et qui met en sc\u00e8ne six danseuses de diff\u00e9rentes origines (Afrique, Cara\u00efbes, Europe, France\u2026) et de diff\u00e9rentes \u00e9coles. Le spectacle, tr\u00e8s beau et tr\u00e8s \u00e9nerg\u00e9tique, donne envie de danser et en a \u00e9mu plus d&rsquo;un parmi le public. Cette \u0153uvre est repr\u00e9sent\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de la Villette et a remport\u00e9 le troisi\u00e8me prix du Mus\u00e9e de la Danse et de la Fondation d&rsquo;entreprise Herm\u00e8s, 5e \u00e9dition, ainsi que le prix de la technique de la Danse \u00e9largie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les six danseuses sont habill\u00e9es en noir. Le d\u00e9cor st simple et efficace : une sc\u00e8ne blanche \u00e9clair\u00e9e par des spots qui changent de couleur au gr\u00e9 des jeux de lumi\u00e8re. Un \u00e9cran blanc en arri\u00e8re- plan qui lui aussi peut changer de lumi\u00e8re. Le g\u00e9nie de la chor\u00e9graphie est d&rsquo;utiliser les diff\u00e9rentes sp\u00e9cialit\u00e9s et les personnalit\u00e9s des danseuses pour proposer un cocktail harmonieux et explosif tout \u00e0 la fois. Hip-hop, house, danses traditionnelles africaines sont accord\u00e9es pour former une danse d&rsquo;ensemble coh\u00e9rente. Chacune des danseuses fait valoir ses qualit\u00e9s pour briller tout en contribuant \u00e0 cr\u00e9er un tout. Chacune des individualit\u00e9s est mise au service d&rsquo;une entit\u00e9. La musique, \u00e0 l&rsquo;image de cette unit\u00e9 dans la diversit\u00e9, \u00e9tait un m\u00e9lange de diff\u00e9rents styles, beaucoup de choses \u00e9taient emprunt\u00e9es \u00e0 la musique d&rsquo;Afrique du Sud, mix\u00e9e avec des sonorit\u00e9s d&rsquo;\u00e9lectro, de house, etc. Le c\u00f4t\u00e9 hip-hop de la danse mettait le rythme de cette musique au premier plan et dictait presque chaque mouvement des danseuses. <\/p>\n\n\n\n<p>Le titre, Queen Blood, sang de la reine, est \u00e0 comprendre dans le sens de noblesse de l&rsquo;\u00eatre humain : dans chacune des \u00e9tapes de la vie, un Homme peut faire preuve de noblesse, par la solidarit\u00e9, par la compassion, par la d\u00e9termination\u2026 C&rsquo;est de cette noblesse, de cette force humaine que le metteur en sc\u00e8ne veut repr\u00e9senter, et il le fait avec succ\u00e8s. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette performance fut d&rsquo;une grande qualit\u00e9. Le seul point n\u00e9gatif (mais pas des moindres) : le public. Des classes scolaires chaotiques et nonchalantes, dont la musique ne pouvait cacher les ricanements et les discussions ; la lumi\u00e8re de leurs t\u00e9l\u00e9phones g\u00e2chaient le spectacle aux rares int\u00e9ress\u00e9s. Seule chose qu&rsquo;on ne peut leur enlever : ils sont tr\u00e8s bon public et sont toujours l\u00e0 pour applaudir. Passons. <\/p>\n\n\n\n<p>La danse questionne la f\u00e9minit\u00e9 : la house est un style de danse plut\u00f4t androgyne, c&rsquo;est-\u00e0- dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas une s\u00e9paration nette entre la danse des femmes et celles des hommes comme c&rsquo;est la cas en danse classique. D&rsquo;ailleurs, les danseuses ont un style entre f\u00e9minit\u00e9 et masculinit\u00e9 avec des v\u00eatements amples, des cr\u00e2nes ras\u00e9s. La danse, \u00e9nerg\u00e9tique, joue entre mim\u00e9tisme et rupture, entre sensualit\u00e9 et force. Cette chor\u00e9graphie est comme un work in progress, elle \u00e9volue avec le temps. Ousmane Sy n&rsquo;a pas fini son travail et cherche \u00e0 am\u00e9liorer la mise en valeur de l&rsquo;originalit\u00e9 tout en gardant un tout des plus harmonieux. Chaque spectacle est donc unique ; dans la continuit\u00e9 de son travail, le chor\u00e9graphe est \u00e0 la recherche d&rsquo;une excellence. Arrivera-t-il \u00e0 poursuivre sa qu\u00eate en se rapprochant de la perfection ? Dans tous les cas, il propose d\u00e9j\u00e0 un spectacle d&rsquo;une grande qualit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9na Piveteau<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo : ALL4HOUSE \/ Garde Robe<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >La Grande Halle de la Villette est un d\u00e9cor de choix pour un spectacle de danse. 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