{"id":12787,"date":"2019-03-15T15:56:14","date_gmt":"2019-03-15T14:56:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12787"},"modified":"2019-03-15T15:56:14","modified_gmt":"2019-03-15T14:56:14","slug":"cine-concert-la-ville-sans-juifs-breslauer-ensemble-intercontemporain-matthias-pintscher-olga-neuwirth-philarmonie-de-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12787","title":{"rendered":"Cin\u00e9-concert La Ville sans juifs &#8211; Breslauer \/ Ensemble intercontemporain &#8211; Matthias Pintscher &#8211; Olga Neuwirth \/ Philarmonie de Paris"},"content":{"rendered":"\n<p>La Ville sans Juifs, un cynisme n\u00e9cessaire <\/p>\n\n\n\n<p>Une red\u00e9couverte historique <\/p>\n\n\n\n<p>Ce film aurait pu tomber dans l\u2019oubli, sans un projet de crowdfunding de la Filmarchiv Austria pour le restaurer en 2016, suite \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019une bobine dans un march\u00e9 aux puces parisien. Adaptation \u00e0 l\u2019\u00e9cran du roman dystopique de Hugo Bettauer de 1922, La Ville sans Juifs (Die Stadt ohne Juden) est un film autrichien de Hans Karl Breslauer sorti en 1924. Dans un contexte politique d\u2019antis\u00e9mitisme rampant en Autriche \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le jeune Adolf Hitler arpentait les rues de Vienne, l\u2019\u00e9crivain juif Bettauer cr\u00e9a une dystopie malheureusement proph\u00e9tique. Une crise de l\u2019emploi \u00e9veille les r\u00e9flexes discriminatoires des Viennois jusqu\u2019\u00e0 ce que les politiciens prennent une mesure in\u00e9dite : chasser les Juifs du pays. Les discours officiels th\u00e9orisant la jud\u00e9it\u00e9 et les images des wagons r\u00e9quisitionn\u00e9s o\u00f9 l\u2019on entasse les damn\u00e9s partant sur les rails vers Sion font froid dans le dos. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat du dispositif <\/p>\n\n\n\n<p>Si les films muets des ann\u00e9es 20 \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement diffus\u00e9s avec un accompagnement musical jou\u00e9 en direct dans les salles de cin\u00e9ma, l\u2019int\u00e9r\u00eat du cin\u00e9-concert en 2019 subsiste. En effet, la musique qui n\u2019est pas d\u2019\u00e9poque permet d\u2019actualiser l\u2019intrigue comme l\u2019\u00e9motion. La partition est d\u2019Olga Neuwirth, compositrice contemporaine autrichienne soucieuse en tant que citoyenne juive de l\u2019ADN antis\u00e9mite du peuple autrichien. Sa personnalit\u00e9 est engag\u00e9e et elle cite autant Primo Levi que Hannah Arendt pour se m\u00e9fier du racisme latent de notre \u00e9poque. Mais selon elle, l\u2019oeuvre d\u2019art ne doit pas \u00eatre politique, elle ne doit pas imposer une id\u00e9ologie au public car m\u00eame si elle pr\u00f4ne la paix ou le progr\u00e8s, elle s\u2019apparente \u00e0 de la propagande et impose une vision du monde.\u00a0 Dans l\u2019imposante salle des concerts de la Cit\u00e9 de la Musique, l\u2019orchestre sous l\u2019\u00e9cran est hybride, compos\u00e9 d\u2019instruments acoustiques, \u00e9lectriques et \u00e9lectroniques. On pense au d\u00e9but \u00e0 la musique avant-gardiste de Pierre Boulez, avec qui Neuwirth avait travaill\u00e9 notamment \u00e0 l\u2019IRCAM. Des pistes sont dessin\u00e9es pour \u00eatre mieux brouill\u00e9es, comme des sonorit\u00e9s traditionnelles ashk\u00e9nazes lors des sc\u00e8nes de vie des Juifs dans la ville. Ayant \u00e9tudi\u00e9 le cin\u00e9ma, \u00e9crit un m\u00e9moire sur Resnais et cr\u00e9\u00e9 un op\u00e9ra inspir\u00e9 du Lost Highway de Lynch, Olga Neuwirth a vraiment une approche de cin\u00e9aste, analysant plan par plan le film afin d\u2019apporter son interpr\u00e9tation. Pratiquant un mim\u00e9tisme \u00e9lectronique des instruments traditionnels dans une sorte de camouflage, elle joue ici avec les codes du muet en sugg\u00e9rant quelques ambiances sonores comme des applaudissements, des bruits de r\u00e9volte ou la r\u00e9verb\u00e9ration des m\u00e9ditations dans la synagogue. Les musiciens d\u00e9tournent leurs instruments dans une optique bruitiste, \u00e9minemment cin\u00e9matographique.<\/p>\n\n\n\n<p>Une oeuvre n\u00e9cessaire, en 1924 comme en 2019 <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur Hugo Bettauer a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 de 6 balles par un militant antis\u00e9mite du Parti nazi dans les locaux d\u2019un journal \u00e0 Vienne, l\u2019ann\u00e9e suivant la projection au cin\u00e9ma de l\u2019adaptation par Breslauer. Sa mort est \u00e0 l\u2019image de son oeuvre pr\u00e9monitoire car c\u2019est un des premiers Juifs assassin\u00e9s en Autriche avant l\u2019arriv\u00e9e du Parti nazi au pouvoir. Difficile de ne pas penser aux crimes haineux comme le r\u00e9cent attentat de Christchurch contre 50 Musulmans. La fiction semble ironiquement inspirer la r\u00e9alit\u00e9 quand on sait que le tueur de Brettauer a \u00e9t\u00e9 intern\u00e9 en clinique psychiatrique 18 mois puis rel\u00e2ch\u00e9, tout comme le personnage du l\u00e9gislateur antis\u00e9mite qui finit enferm\u00e9, voyant des \u00e9toiles de David partout tel un complotiste. Cette magnifique s\u00e9quence expressionniste et comique recouvre r\u00e9trospectivement un int\u00e9r\u00eat historique. Ce film proph\u00e9tique est une satire courageuse comme To be or not to be de Lubitsch ou The Great Dictator de Chaplin, films hollywoodiens d\u00e9cisifs dans la d\u00e9nonciation du III\u00e8me reich, centr\u00e9s sur la figure du dirigeant fasciste picrocholin. L\u2019impact politique et propagandiste si l\u2019on veut, est fondamental. Ces oeuvres montrent le pouvoir de la litt\u00e9rature comme du cin\u00e9ma pour alerter l\u2019opinion publique sur des sujets soci\u00e9taux essentiels.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cynisme de la com\u00e9die <\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut pas oublier que ce film est essentiellement comique. Il repose sur des ressorts narratifs tels qu\u2019une histoire d\u2019amour impossible \u00e0 la Rom\u00e9o et Juliette. Le protagoniste L\u00e9o est envoy\u00e9 en France et ne peut plus voir sa pr\u00e9tendante. Il va ruser et revenir en tant qu\u2019Henry Dufresne, Fran\u00e7ais \u00e0 grandes moustaches, afin de d\u00e9nouer la situation politique et pouvoir se marier dans son pays. En souterrain il va alors imprimer des faux tracts politiques pour influencer l\u2019opinion publique sur la loi d\u2019exclusion des Juifs. De fait, la situation \u00e9conomique empire notamment car ce sont les Juifs qui poss\u00e8dent les banques\u2026 \u00c0 ce niveau de r\u00e9cup\u00e9ration des st\u00e9r\u00e9otypes racistes, l\u2019humour noir permet de ridiculiser les antis\u00e9mites. La solution ne serait alors pas humaniste mais strictement \u00e9conomique. Nous pouvons nous demander : si la rationalit\u00e9 \u00e9conomique du III\u00e8me reich n\u2019e\u00fbt permis l\u2019essor de l\u2019Allemagne nazie, Hitler aurait-il fait demi-tour avant la catastrophe finale ? Se liant avec un l\u00e9gislateur antis\u00e9mite, L\u00e9o le saoule au bon vin fran\u00e7ais afin de lui faire louper le vote d\u2019abrogation de la loi. L\u00e0 aussi repose le cynisme de cette oeuvre. Si les Juifs peuvent revenir en Autriche c\u2019est par une mascarade, une manipulation individuelle et l\u2019opinion ne l\u2019accepte que de mani\u00e8re int\u00e9ress\u00e9e. Tout rentre dans l\u2019ordre, justement \u00e0 la situation initiale c\u2019est-\u00e0-dire une soci\u00e9t\u00e9 de haine des communaut\u00e9s, pr\u00eate au pire pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats. Une ultime saillie ironique r\u00e9sume bien ce constat cynique du monde moderne : \u00ab Juifs ou catholiques, ils sont tous cupides. \u00bb Le rire est amer, et le happy ending c\u00e9l\u00e9brant l\u2019amour entre les peuples et la paix dans le monde apparait comme un artifice de trop, hypocrite comme la haine fasciste qui imprimera sa marque sur les corps et dans les m\u00e9moires quelques ann\u00e9es plus tard. <\/p>\n\n\n\n<p>Julian Le Tutour<\/p>\n\n\n\n<p>____________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Quel plaisir de fl\u00e2ner aux alentours anim\u00e9s de la Philharmonie de Paris avant de s\u2019y rendre pour assister \u00e0 un cin\u00e9-concert, en ce vendredi 15 mars. Ayant pris le parti de me laisser surprendre, je n\u2019ai aucune id\u00e9e de ce qui m\u2019attend et le titre du film m\u2019interloque. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab La Ville sans juifs \u00bb c\u2019est en fait d\u2019abord le nom d\u2019un roman publi\u00e9 par l\u2019\u00e9crivain et journaliste autrichien Hugo Bettauer en 1922, puis un film de Hans Karl Breslauer, paru en 1924. Longtemps conserv\u00e9 sous forme de fragments, avant que l\u2019on ne retrouve les parties manquantes sur un march\u00e9 aux puces parisien, le film a r\u00e9cemment pu \u00eatre reconstitu\u00e9 et restaur\u00e9. Il appara\u00eet comme une raret\u00e9 dans sa mani\u00e8re d\u2019aborder si frontalement un sujet dangereux pour l\u2019\u00e9poque, \u00e0 savoir, le sort de la population juive. L\u2019histoire est relativement sch\u00e9matique : face au m\u00e9contentement du peuple caus\u00e9 par l\u2019inflation et le manque de travail, un chancelier imaginaire et des politiciens fictifs d\u00e9cident de d\u00e9signer la population juive comme responsable de tous les maux et de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019expulsion des juifs de Vienne. Des destins se brisent, des citoyens sont arrach\u00e9s \u00e0 leur terre natale, des familles sont s\u00e9par\u00e9es\u2026 l\u2019absence de la population juive ne tarde cependant pas \u00e0 se faire sentir et les politiques, comme les citoyens, font rapidement le constat d\u2019une \u00e9conomie en berne, de commerces en faillite et d\u2019une culture en d\u00e9clin. C\u2019est alors qu\u2019un retour sur d\u00e9cision s\u2019impose comme une \u00e9vidence. <\/p>\n\n\n\n<p>Un sc\u00e9nario donc assez simpliste mais un message louable, engag\u00e9, avec une pinc\u00e9e d\u2019amertume. Certes il est fait mention d\u2019une histoire d\u2019amour \u0153cum\u00e9nique, mais ce qui pr\u00e9vaut, c\u2019est avant tout l\u2019utilit\u00e9 p\u00e9cuniaire de la population juive. L\u2019Apostrophe finale du maire, \u00ab mon cher juif \u00bb, s\u2019adressant au premier revenant, respire l\u2019hypocrisie. Des touches d\u2019humour viennent all\u00e9ger une intrigue qui provoque le malaise en cela qu\u2019elle est pr\u00e9monitoire. Les discours antis\u00e9mites, les convois pour transporter les juifs hors du pays&#8230; les parall\u00e8les avec la triste r\u00e9alit\u00e9 qui a suivi ce film sont frappants.<\/p>\n\n\n\n<p>La compositrice Olga Neuwirth a \u00e9crit la musique qui accompagne la projection. C\u2019est L\u2019Ensemble Intercontemporain, sp\u00e9cialis\u00e9 dans la musique du XXeme si\u00e8cle \u00e0 nos jours, qui joue, dirig\u00e9 par Matthias Pintscher, directeur musical de l\u2019ensemble depuis 2013. La composition est assez exp\u00e9rimentale, m\u00ealant musique live et sons pr\u00e9enregistr\u00e9s, parmi lesquels, Le chant d\u2019un yodeler autrichien ainsi que des fragments d\u2019une chanson utilis\u00e9e par la droite populiste autrichienne lors des derni\u00e8res campagnes \u00e9lectorales. Olga Neuwirth ne parle pas pour rien de \u00ab distance ironique \u00bb dans sa musique d\u2019accompagnement.<\/p>\n\n\n\n<p>La projection de \u00ab La Ville sans juifs \u00bb n\u2019est pas celle d\u2019un \u00e9ni\u00e8me cin\u00e9-concert quelconque, l\u2019anciennet\u00e9 du document suffisant d\u00e9j\u00e0 \u00e0 provoquer l\u2019\u00e9moi. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement int\u00e9ressant cin\u00e9matographiquement et important dans un contexte actuel de recrudescence de l\u2019antis\u00e9mitisme, de tensions interreligieuses et de mont\u00e9e de l\u2019intol\u00e9rance. Plong\u00e9 dans le film, on se prend \u00e0 r\u00eaver au cours de l\u2019histoire, avant de se r\u00e9veiller \u00e0 l\u2019insoutenable r\u00e9alit\u00e9. Une note finale nous rappelle que l\u2019auteur, Bettauer, a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 sur son lieu de travail par un jeune nazi, quelques mois apr\u00e8s la premi\u00e8re projection du film. Le meurtrier n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Alwina Najem-Meyer <\/p>\n\n\n\n<p>_________________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab La Ville sans Juifs \u00bb, adaptation cin\u00e9matographique du roman \u00e9ponyme, aurait pu ne jamais voir le jour. D\u00e8s le d\u00e9but du film, le spectateur est averti: les derniers fragments de l\u2019oeuvre ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s en 2015 \u00e0 Paris. Cette heureuse d\u00e9couverte permit d\u2019assembler entre eux les divers extraits d\u2019une copie originale perdue. La Filmarchiv Austria entama imm\u00e9diatement le travail de recomposition. Mais aussit\u00f4t \u00e9nonc\u00e9 cela, on signale \u00e0 nouveau au spectateur que pour restaurer la pellicule, une campagne de \u00ab crowfounding \u00bb fut n\u00e9cessaire. Difficile de ne pas \u00eatre curieux. Quel film muet peut-il bien faire l\u2019objet d\u2019un appel massif aux dons ? Que cache r\u00e9ellement un titre comme celui de la \u00ab La ville sans Juifs ? \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Quelques minutes suffisent pour comprendre l\u2019intrigue: une ville \u00abUtopia\u00bb (une Vienne rebaptis\u00e9e sans aucun doute) en proie \u00e0 d\u2019impressionnantes manifestations contre la vie ch\u00e8re et le ch\u00f4mage. Dans ce contexte, on retrouve un chancelier, d\u00e9pass\u00e9 par la col\u00e8re du peuple et intimement convaincu de la responsabilit\u00e9 des Juifs. Le doute ne plane pas longtemps \u00e9videmment. La seule solution est bien l\u2019expulsion des Juifs de la ville. <\/p>\n\n\n\n<p>Les panneaux du film sont clairs, sur ces derniers on peut lire des phrases telles que \u00ab Il faut chasser les Juifs \u00bb ou \u00ab C\u2019est eux qui volent notre travail \u00bb. La simplicit\u00e9 est bien une des qualit\u00e9s du film muet. R\u00e9trospectivement, on oublie souvent que les contraintes du film muet sont aussi celles qui permettent son efficacit\u00e9: des dialogues express, des gestuelles fortes, des images poignantes. Tout en \u00e9tant une oeuvre engag\u00e9e contre l\u2019antis\u00e9mitisme, \u00ab La Ville sans Juifs \u00bb joue \u00e9galement avec les fronti\u00e8res fiction-documentaire. En effet, le recul historique permet imm\u00e9diatement au spectateur de tomber dans un chaos de vraisemblance. La mont\u00e9e du ch\u00f4mage, la radicalisation de la vie politique et les crises montr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cran sont autant de th\u00e8mes, qui, on le sait d\u00e9sormais, ont men\u00e9 \u00e0 une haine assum\u00e9e des Juifs en Europe. Pour nous, spectateurs du XXIe si\u00e8cle, voir \u00ab La Ville sans Juifs \u00bb c\u2019est plonger dans une ambiance particuli\u00e8re de fiction historique \u00e9vidente. On comprend rapidement pourquoi sauver cette oeuvre a \u00e9t\u00e9 primordial. Les \u00c9chos antis\u00e9mites dans le d\u00e9bat public, aujourd\u2019hui, font l\u00e9gion. Il est donc impossible de ne pas relier ce film \u00e0 notre actualit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Souvent \u00e0 la limite de la caricature, les personnages contribuent, au-del\u00e0 du texte, \u00e0 d\u00e9noncer l\u2019antis\u00e9mitisme. Si l\u2019on prend l\u2019exemple des politiciens antis\u00e9mites, ils sont abrutis, alcooliques, vulgaires. On nous fait la satyre de v\u00e9ritables guignols. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les Juifs cens\u00e9s \u00eatre aux mains de toutes les banques, sont ici de modestes gens, v\u00eatus parfois de haillons, tr\u00e8s pieux.La m\u00e9thode est efficace : pour renverser les st\u00e9r\u00e9otypes, on assiste m\u00eame \u00e0 plusieurs s\u00e9parations amoureuses. Un message universel: celui de l\u2019amour qui transcende la religion. Et comment ne pas sourire lorsque les amants s\u00e9par\u00e9s se retrouvent en secret et d\u00e9guis\u00e9s pour pouvoir s\u2019aimer librement\u2026  <\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, comment parler de cette oeuvre sans mentionner la musique qui l\u2019a accompagn\u00e9e. Compos\u00e9 par Olga Neuwirth et dirig\u00e9 par Matthias Pintscher, le concert en direct a \u00e9t\u00e9 impressionnant de justesse et de finesse. Ce fut un enchantement que d\u2019assister \u00e0 une oeuvre visuelle forte, parfois cocasse et radicale dont la musique exprimait un contrepoint tout en d\u00e9tail et en nuance. Voil\u00e0 donc la force du cin\u00e9-concert de \u00ab La Ville sans Juifs \u00bb : une fusion \u00e9vidente m\u00ealant engagement musical et visuel pour le plus grand plaisir de nos sens, en immersion dans une Autriche de l\u2019entre-deux-guerres. <\/p>\n\n\n\n<p>Contre la diffusion de l\u2019antis\u00e9mitisme et contre son acceptation, le film s\u2019ach\u00e8ve sur un message explicite: \u00ab Dieu nous a fa\u00e7onn\u00e9 dans le m\u00eame moule \u00bb, ne c\u00e9dons pas si facilement \u00e0 la haine des diff\u00e9rences. Il est navrant qu\u2019une si grande \u00e9vidence doive \u00eatre \u00e0 nouveau rappel\u00e9e avec autant de force aujourd\u2019hui. <\/p>\n\n\n\n<p>Julia Courtois <\/p>\n\n\n\n<p>_______________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photographie : FILMARCHIV<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >La Ville sans Juifs, un cynisme n\u00e9cessaire Une red\u00e9couverte historique Ce film aurait pu tomber dans l\u2019oubli, sans un projet de crowdfunding de la Filmarchiv Austria pour le restaurer en 2016, suite \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019une bobine dans un march\u00e9 aux puces parisien. 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