{"id":12843,"date":"2019-04-11T15:10:53","date_gmt":"2019-04-11T13:10:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12843"},"modified":"2019-04-11T15:10:53","modified_gmt":"2019-04-11T13:10:53","slug":"wild-cat-saido-lehlou-theatre-de-la-villette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12843","title":{"rendered":"Wild Cat \/ Sa\u00efdo Lehlou &#8211; Th\u00e9\u00e2tre de la Villette"},"content":{"rendered":"\n<p>Wild Cat est un spectacle de danse mis en sc\u00e8ne par Sa\u00efdo Lehlou et pr\u00e9sent\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre de la Villette du 10 au 12 avril 2019. Cette performance fut accomplie par les membres de la compagnie Black Sheep ; compagnie fond\u00e9e en 2015 par Johanna Faye et Saido Lehlou et connue pour son m\u00e9tissage du hip-hop \u00e0 la danse contemporaine. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce spectacle reprend les mouvements de la French Touch des ann\u00e9es 1990 en B-Boying. Cette forme de hip-hop ne propose pas des figures de hip-hop impressionnantes, contrairement au hip-hop am\u00e9ricain, mais offre des mouvements agiles et puissants qui semblent se jouer des lois de la gravit\u00e9. <br> Les six danseurs portent des v\u00eatements d\u00e9contract\u00e9s ; rien n&rsquo;est serr\u00e9, rien n&rsquo;est contract\u00e9. Tout dans la d\u00e9marche des six hommes est ma\u00eetris\u00e9e : toutes leurs fa\u00e7ons de se d\u00e9placer rappellent le chat, leurs mouvements sont puissants et l\u00e9gers. Tout le d\u00e9cor est l\u00e0 pour contribuer \u00e0 cette impression f\u00e9line ; m\u00eame les chaussettes des danseurs qui miment les pas feutr\u00e9s des chats. L&rsquo;ambiance g\u00e9n\u00e9rale est tr\u00e8s sombre, les lumi\u00e8re sont tamis\u00e9es. D\u00e8s son arriv\u00e9e, le spectateur est plong\u00e9 dans une fum\u00e9e artificielle qui contribue \u00e0 l&rsquo;ambiance tamis\u00e9e, feutr\u00e9e. La sc\u00e8ne n&rsquo;est donc pas parfaitement visible, une l\u00e9g\u00e8re brume, un l\u00e9ger flou rend une atmosph\u00e8re fantomatique, myst\u00e9rieuse. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette danse est une v\u00e9ritable \u00e9tude du mouvement qui r\u00e9invente la gr\u00e2ce et l&rsquo;agilit\u00e9 des chats. Les six danseurs font du hip-hop avec une gestuelle f\u00e9line ce qui m\u00e9lange le sensuel, le d\u00e9licat et la douceur \u00e0 la puissance, \u00e0 la force. Ils s&rsquo;\u00e9mancipent des contraintes terrestres et humaines, ils d\u00e9passent et se jouent des lois de la gravit\u00e9. Ces hommes qui \u00e9voluent avec souplesse et virtuosit\u00e9 dans l&rsquo;espace, nous font red\u00e9couvrir les capacit\u00e9s des corps humains et la beaut\u00e9 du geste, chacun de leurs mouvements semble si facile. Ils se d\u00e9placent avec la m\u00eame aisance au sol, debout, ou dans les airs, ils donnent l&rsquo;impression de ma\u00eetriser tous les espaces. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette danse \u00e9tudie aussi le comportement en groupe, la relation aux autres, l&rsquo;exclusion : les danseurs se rapprochent puis s&rsquo;\u00e9loignent des uns des autres, ils proposent une fa\u00e7on \u00e0 la fois naturelle et tr\u00e8s contr\u00f4l\u00e9e de se d\u00e9placer en groupe. Souvent, un danseur se d\u00e9marque par sa danse. La forme des battles de hip-hop avec un seul danseur au centre d&rsquo;un cercle est parfois reprise pour \u00eatre transform\u00e9e en un mouvement g\u00e9n\u00e9ral de tous les danseurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Le final du spectacle fut tr\u00e8s beau : un des danseurs se d\u00e9tachaient des autres pour danser seul devant un unique projecteur. Son ombre traversait l&rsquo;espace et c&rsquo;\u00e9tait comme si son ombre, toujours avec gr\u00e2ce et souplesse, avait une conscience propre et dansait au milieu de la sc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle pouvait toutefois se montrer r\u00e9p\u00e9titif avec une pr\u00e9f\u00e9rence donn\u00e9e aux mouvements impressionnants et au danseur qui les ma\u00eetrisait les mieux. Mais cela reste toutefois un tr\u00e8s beau spectacle. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9na Piveteau <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>En arrivant \u00e0 la Villette \u00e0 l\u2019heure des repr\u00e9sentations, on est toujours emport\u00e9 par une foule affol\u00e9e. Heureusement, on sera \u00e0 la Petite Halle, un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart de toute cette agitation. Le Spectacle de ce soir, Wild Cat est un hommage \u00e0 la french touch des ann\u00e9es 90 une mouvance tr\u00e8s fran\u00e7aise de la danse hip hop : le style parisien rappelle, dans la forme du mouvement, la fa\u00e7on pr\u00e9cise et d\u00e9licate de bouger d\u2019un chat, un style qui contraste avec celle plus gymnastique des figures acrobatiques plus connues du grand public. <\/p>\n\n\n\n<p>Cinq danseurs, tous autodidactes, tels des chats retombant toujours sur leurs pattes, vont sauter, rebondir et tourbillonner y compris sur leur t\u00eate. Avec une grande finesse, ils vont \u00e9voquer le d\u00e9placement de nos amis les f\u00e9lins, \u00e0 la fois athl\u00e9tique et maitris\u00e9, acrobatique et souple. Le chor\u00e9graphe a donn\u00e9 un cadre commun dans lequel les danseurs expriment leurs singularit\u00e9s, en se lib\u00e9rant des contraintes spatiales et gravitationnelles. Ils sont de v\u00e9ritables athl\u00e8tes, au gainage d\u2019acier pour pouvoir tenir en \u00e9quilibre sur une main, passer d\u2019une position \u00e0 l\u2019autre en toute fluidit\u00e9. A tour de r\u00f4le ils vont pr\u00e9senter des solos, des duos, des chor\u00e9graphies d\u2019ensemble : bien que les solos et les duos soient \u00e9patants parce qu\u2019ils nous r\u00e9v\u00e8lent la grande virtuosit\u00e9 de chaque artiste et nous permettent d\u2019appr\u00e9cier chaque mouvement, les chor\u00e9graphies d\u2019ensemble nous montrent la coh\u00e9sion du groupe, on dirait une ode \u00e0 l\u2019amiti\u00e9, o\u00f9 chaque mouvement de l\u2019un s\u2019inscrit dans celui de son camarade, ils communiquent avec leur corps. Fr\u00f4lant ou repoussant le sol, les danseurs livrent par le mouvement une intimit\u00e9, des complicit\u00e9s, dessinent d\u2019\u00e9poustouflantes figures loin des images de violence ou d\u2019\u00e9gocentrisme qui ont parfois \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es arbitrairement \u00e0 la culture urbaine. <\/p>\n\n\n\n<p>On les d\u00e9couvre allong\u00e9s sur sc\u00e8ne, une faible lumi\u00e8re les \u00e9claire, une \u00e9paisse couche de fum\u00e9e les enveloppe. Une musique minimaliste flotte. Au ralenti, avec d\u00e9licatesse, les corps entament des mouvements, d\u2019abord coll\u00e9 au sol. Un artiste croise et d\u00e9croise ses jambes, se lance en souplesse arri\u00e8re, glisse sur la t\u00eate ; ses mains sont pos\u00e9es au sol tandis que les jambes courent autour du corps. Un mouvement \u00e0 la fois doux et vif, ample et discret, pr\u00e9cis et d\u00e9licat comme celui d\u2019un chat.Ils se donnent totalement. Ils alternent des positions vari\u00e9es qui transmettent une paradoxale sensation de lenteur et d\u2019apesanteur. Le d\u00e9cor minimaliste, o\u00f9 seulement l\u2019intensit\u00e9 de la lumi\u00e8re et des couleurs varie, ainsi que la musique, contribuent \u00e0 cette impression. <\/p>\n\n\n\n<p>La danse hip hop a sa place \u00e0 la Villette, o\u00f9 elle met \u00e0 l\u2019honneur, sur sc\u00e8ne, ses origines urbaines. Avec Wild Cat on ronronne de plaisir. <br> <br>Monica Mele<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Black Sheep est une troupe de six danseurs. \u00c0 eux seuls, ils repr\u00e9sentent n\u2019importe quel type de groupe social : certains danseurs sont excellents, ils nous rappellent que le breakdance est un art, d&rsquo;autres moins, ils sont la preuve que le hip hop est loin d&rsquo;\u00eatre une discipline facile \u00e0 ma\u00eetriser. La r\u00e9partition est nette entre ceux pour qui danser est une seconde nature, qui meuvent leur corps de mani\u00e8re inn\u00e9e, et ceux qui, engonc\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, ne savent pas quoi en faire. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a les dominants, qui lancent des mouvements, et les domin\u00e9s qui suivent les prises d&rsquo;initiative qui ne d\u00e9pendent pas d&rsquo;eux. Il y a les danseurs qui se voient, que nous souhaitons voir pour admirer la beaut\u00e9 et la gr\u00e2ce de leur corps se d\u00e9ployer dans l\u2019espace avec une souplesse et une agilit\u00e9 ineffables, et les danseurs qui s&rsquo;effacent, pour leur laisser la place. Il y a des groupes dans le groupe, des affinit\u00e9s de niveaux, des complicit\u00e9s gestuelles. Il y a des phases chaotiques, dans lesquelles les trajectoires se m\u00ealent, sans ordre ni structure o\u00f9 chacun se toise, se jauge et se bat pour prendre sa place ; il y aussi des phases d&rsquo;harmonie, \u00e9crites, durant lesquelles les danseurs ne forment qu&rsquo;un seul corps, o\u00f9, complices, ils s&rsquo;entendent pour cr\u00e9er un mouvement universel, qui est \u00e0 la fois un, dans sa singularit\u00e9 et qui forme un tout, unifi\u00e9 et rassembl\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Wild Cat est un spectacle performatif, qui se d\u00e9signe lui-m\u00eame et qui, par un proc\u00e9d\u00e9 d&rsquo;improvisation constante, se transforme sans cesse. Un espace de libert\u00e9 est offert aux danseurs, pour qu&rsquo;ils puissent tous s&rsquo;exprimer, dans le respect de chacun. Malgr\u00e9 les rapports de force inh\u00e9rents aux hommes, le spectacle propose donc la repr\u00e9sentation d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale, dans laquelle les \u00eatres retrouvent un lien au sol. En effet, la d\u00e9marche des danseurs consiste \u00e0 adopter les mouvements l\u00e9gers et raffin\u00e9s, \u00e9th\u00e9r\u00e9s et a\u00e9riens des f\u00e9lins. Ainsi, ils \u00e9pousent le parterre et font vibrer son immobilit\u00e9. Avec une virtuosit\u00e9 surprenante et une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u00e9concertante, ils rebondissent et retombent sur leur pattes, tels des chats. L\u2019accord cr\u00e9\u00e9 avec la surface plane conf\u00e8re aux danseurs une sensibilit\u00e9 nouvelle. De fait, dans les repr\u00e9sentations de breakdance, nous sommes habituellement confront\u00e9s \u00e0 une forme de violence : une fi\u00e9vreuse imp\u00e9tuosit\u00e9, une fougue presque agressive. Ici, les breakers poss\u00e8dent \u00e0 la fois la majest\u00e9 des danseurs classiques, qui effleurent d\u00e9licatement plus qu\u2019ils ne touchent, qui planent lestement au-dessus de la sc\u00e8ne plus qu\u2019ils ne l\u2019habitent ; et la brutalit\u00e9 de la rue, qui rompt soudainement le rythme, le saccade, le secoue ; qui brise les codes conventionnels et s\u2019approprie un espace vacant. <\/p>\n\n\n\n<p>Par des jeux de lumi\u00e8res et une musique envo\u00fbtante qui contribuent \u00e0 la profonde intensit\u00e9 de la danse, la compagnie Black Sheep offre un spectacle riche en \u00e9motions. Une \u00e9nergie vitale se d\u00e9gage de leur performance et se diffuse \u00e0 travers l\u2019ensemble du public, pour p\u00e9n\u00e9trer chacun des spectateurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure, et traduire le souhait de partage de la troupe, voici les mots d\u2019Evan Greenaway, l\u2019un des danseurs de la compagnie, interrog\u00e9 \u00e0 l\u2019issue du spectacle : \u00ab L\u2019envie est surtout de s\u2019exprimer sur le moment en tant qu\u2019individu, en tant que groupe. \u00c9norm\u00e9ment de choses se disent, le public re\u00e7oit plein de choses, mais il n\u2019y a pas forc\u00e9ment un message, c\u2019est plus une \u00e9nergie globale, parfois nous sommes \u00e9nerv\u00e9s, parfois nous sommes en tension, parfois nous avons envie de nous prendre dans les bras, pendant le spectacle et du coup, si vous ressentez des choses, c\u2019est le principal. \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Clara Lucas<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo : <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Wild Cat est un spectacle de danse mis en sc\u00e8ne par Sa\u00efdo Lehlou et pr\u00e9sent\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre de la Villette du 10 au 12 avril 2019. 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