{"id":12851,"date":"2019-04-16T12:34:15","date_gmt":"2019-04-16T10:34:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12851"},"modified":"2019-04-16T12:34:15","modified_gmt":"2019-04-16T10:34:15","slug":"sunbengsitting-simon-meyer-theatre-de-la-bastille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12851","title":{"rendered":"SunBengSitting \/ Simon Meyer &#8211; Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille"},"content":{"rendered":"\n<p>La cr\u00e9ation de Simon Mayer, <em>SunBengSitting<\/em>, est une \u0153uvre qui impressionne par sa coh\u00e9rence, alors m\u00eame que son mat\u00e9riau, son propos, ses origines, jouent constamment sur deux tableaux. L&rsquo;Autrichien, musicien et danseur, associe d\u00e8s le titre de sa performance le langage dialectal de Haute-Autriche \u2013 le <em>SunBeng<\/em>, c&rsquo;est le banc au soleil, devant la chaumi\u00e8re \u2013 et l&rsquo;anglais <em>sitting<\/em>, un peu comme il associe, tout le long de cette danse rythm\u00e9e et musicale, les \u00e9l\u00e9ments typiques de la culture autrichienne \u00e0 une extraordinaire contemporan\u00e9it\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne, sobre et \u00e9pur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>SunBengSitting <\/em>fait en effet la part belle \u00e0 la culture autrichienne, tant par une ambiance sonore (oiseaux, feuillages, craqu\u00e8lement du bois) savamment travaill\u00e9e dans le noir, que par la r\u00e9alisation sur sc\u00e8ne et parfois en m\u00eame temps, de danse typique et de chant traditionnel. Simon Mayer s&rsquo;adonne en effet au <em>shuhplatter, <\/em>danse de Haute-Bavi\u00e8re principalement ex\u00e9cut\u00e9e par des hommes, consistant en de multiples claquements de paumes, tapements du pied, bonds et retours. Le rythme instaur\u00e9 par la danse, et l&rsquo;encha\u00eenement r\u00e9p\u00e9titif, en soi musical et entra\u00eenant, des mouvements et des claques, alternent ou se couplent agr\u00e9ablement avec les chants tyroliens du Yodler, parfois accompagn\u00e9 de violon.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cet univers est travaill\u00e9 par le moderne. D&rsquo;une part, la nudit\u00e9 arbor\u00e9e par Simon Mayer inscrit bien sa d\u00e9marche dans une mise en sc\u00e8ne contemporaine, chor\u00e9graphie et musique se d\u00e9ployant dans un espace nu lui aussi ; le danseur se sert aussi de sa nudit\u00e9 pour critiquer la sexualisation clich\u00e9e dont les corps masculins \u2013 et donc, en creux, f\u00e9minins \u2013 peuvent faire l&rsquo;objet. D&rsquo;autre part, tout bruit, tout son, toute note sont enregistr\u00e9s, sampl\u00e9s et mix\u00e9s sur le moment, l&rsquo;espace sonore se remplissant ainsi peu \u00e0 peu et se chargeant de plusieurs couches, elles aussi fort disparates a priori. Au frottement d&rsquo;un ciseau sur une pierre s&rsquo;ajoute le pincement d&rsquo;une corde de violon ; au claquement de la corde qui, dans le folklore autrichien, permet de chasser les d\u00e9mons et les mauvais esprits qui r\u00f4dent, se joint le bruyant vrombissement d&rsquo;une tron\u00e7onneuse en voie de d\u00e9couper une meule. Sur cette sc\u00e8ne o\u00f9 le micro a pour pied un b\u00e2ton de bois, tous les sons, qu&rsquo;ils renvoient \u00e0 la tradition ou \u00e0 la modernit\u00e9, cohabitent, se m\u00ealent, vivent ensemble, jamais ne s&rsquo;opposent ou se contaminent.<\/p>\n\n\n\n<p>De cet habile entrelacs de r\u00e9f\u00e9rents autrichiens, de citations du folklore, et de jeux contemporains, Simon Mayer tire la force de sa performance. Tendu vers le simple fait de s&rsquo;asseoir sur son <em>SunBeng<\/em>, son banc rudimentaire sous le projecteur vermeil, l&rsquo;artiste encha\u00eene les sayn\u00e8tes, avec des pointes d&rsquo;humour justement amen\u00e9es, laissant au spectateur peu de r\u00e9pit dans sa contemplation \u00e9tonn\u00e9e et captiv\u00e9e. Sa danse rituelle envo\u00fbte, ses chants s\u00e9duisent, la narration \u2013 minimale \u2013 intrigue. Sa conclusion, pour partie en anglais, pour partie en autrichien, mi-parl\u00e9e mi-chant\u00e9e, \u00e9meut et amuse \u00e0 la fois. <em>SunBengSitting <\/em>est cette alliance du territoire et de l&rsquo;espace neutre, du chant et du bruit, du corps viril, clich\u00e9, et de sa libert\u00e9 \u2013 lib\u00e9ration \u2013 sur sc\u00e8ne, pour autant de questionnements sur soi, sur le groupe, sur l&rsquo;art et les mani\u00e8res de s&rsquo;exprimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis Tisserand<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Comme le laissait supposer le descriptif,  <em>Sunbengsitting<\/em> est un spectacle surprenant. A l\u2019origine, je me rends au th\u00e9\u00e2tre en ne sachant pas tr\u00e8s bien si 1h15 de danse contemporaine avec un interpr\u00e8te nu revisitant des traditions autrichiennes seront r\u00e9ellement une bonne surprise. Les premi\u00e8res dix minutes du spectacle font monter cette tension dans la salle, dans laquelle les spectateurs se demandent tous \u00e0 quoi s\u2019attendre : dans le noir, la silhouette nue du danseur se dessine sur sc\u00e8ne, du son nous parvient de chaque coin de la salle, des \u00e9chos d\u2019oiseaux et des premi\u00e8res vocalises tyroliennes. Apr\u00e8s\u00a0 cette \u00ab mise en atmosph\u00e8re \u00bb de la campagne autrichienne, la lumi\u00e8re se fait sur le corps de Simon Mayer. Les rotations qu\u2019il effectue dans le clair-obscur des projecteurs ne le font appara\u00eetre que comme une vibration \u00e9tonnante, un tableau presque abstrait de l\u2019id\u00e9e de mouvement. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019interpr\u00e8te encha\u00eene ensuite une s\u00e9rie de performances, m\u00ealant danse, mimiques, cr\u00e9ation de son, fabrication d\u2019un banc en bois \u00e0 la scie \u00e9lectrique et danse folklorique.\u00a0 Les gestes sont parfaitement ma\u00eetris\u00e9s, le son est impressionnant. Au c\u0153ur de cette performance la nudit\u00e9 apporte un effet de distanciation : quelles images du masculin construit ce folklore, alors m\u00eame que le corps qui est repr\u00e9sent\u00e9 nous appara\u00eet si vuln\u00e9rable ? Le contraste entre les mouvements et les postures de virilit\u00e9, exag\u00e9r\u00e9es et cet aspect compl\u00e8tement incongru d\u2019habiter seul et nu une sc\u00e8ne si vide interrogent l\u2019aspect compl\u00e8tement superficiel et construit de nos visions du masculin, la danse exhibe la performance du genre. Simon Mayer passe du b\u00fbcheron fier, s\u00fbr de lui et de sa force \u00e0 des ondulations de pop star plus f\u00e9minine. Les vocalises tyroliennes elles-m\u00eames, qui sont \u00e0 mon avis pour un public fran\u00e7ais une d\u00e9couverte esth\u00e9tique touchante telle qu\u2019elles\u00a0 sont r\u00e9alis\u00e9es ici, paraissent incarner cette ambivalence entre force et fragilit\u00e9. La salle semble impressionn\u00e9e par le talent du danseur qui passe d\u2019une discipline artistique \u00e0 une autre extr\u00eamement rapidement et rit avec lui de la parodie d\u2019images collectives. <\/p>\n\n\n\n<p>Je pense qu\u2019il manque cependant un r\u00e9f\u00e9rentiel autrichien pour compl\u00e8tement comprendre les enjeux du spectacle et l\u2019h\u00e9ritage qu\u2019il entend retravailler mais m\u00eame pour un public qui ne conna\u00eet pas ces r\u00e9alit\u00e9s la chanson finale chantonn\u00e9e par Simon Mayer reprend des images occidentales communes sur la figure du guerrier, du courtisan chevaleresque, pr\u00e9tention compl\u00e8tement d\u00e9construite par la simplicit\u00e9 de \u00ab l\u2019exploit \u00bb r\u00e9alis\u00e9 sur sc\u00e8ne : la construction d\u2019un banc en bois. Il \u00e9tait donc int\u00e9ressant de voir dans un spectacle de danse contemporaine une nudit\u00e9 totalement justifi\u00e9e, qui sert le propos politique du danseur et qui nous permet de nous interroger sur la sexualisation du corps masculin : alors que le corps nu tend \u00e0 exprimer tout au long du spectacle la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019homme, \u00e0 la toute fin lorsque celui-ci se v\u00eatit d\u2019un cale\u00e7on noir, les images modernes de publicit\u00e9 viennent en t\u00eate de l\u2019audience. Cette derni\u00e8re image nous am\u00e8ne alors \u00e0 nous interroger sur la construction moderne du genre masculin : quels artifices derri\u00e8re l\u2019ultra-virilit\u00e9 des publicit\u00e9s d\u2019hommes en sous-v\u00eatements, quelles fragilit\u00e9s derri\u00e8re des corps \u00e0 qui l\u2019on demande de repr\u00e9senter en permanence l\u2019id\u00e9e de performance sexuelle ?\u00a0 <\/p>\n\n\n\n<p>Chlo\u00e9 Bories<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai remarqu\u00e9 que les programmations les plus originales se trouvaient le plus souvent dans\nles petits th\u00e9\u00e2tres. C&rsquo;est le cas du spectacle de danse <em>Sunbengsitting <\/em>imagin\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 par le\nchor\u00e9graphe autrichien Simon Mayer. Dans son solo qu&rsquo;il danse nu, l&rsquo;artiste revisite les traditions de\nla campagne autrichienne dans laquelle il a grandi. Sons et gestes sont au coeur de cette\nperformance afin de mettre \u00e0 l&rsquo;honneur les origines de Mayer.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Silence. On est dans le noir. Des voix de part et d&rsquo;autre de la salle plongent le\nspectateur dans une myst\u00e9rieuse exp\u00e9rience immersive et purement auditive pendant quelques\nminutes. Le son se fait de plus en plus fort et violent, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la lumi\u00e8re soit ! Alors, on voit\nsur une sc\u00e8ne d\u00e9nud\u00e9e d&rsquo;artifices un homme non moins nu qui danse et tourne sur lui-m\u00eame un long\nmoment. Ses pas rappellent ceux des chevaux qu&rsquo;on entra\u00eene dans un man\u00e8ge. En r\u00e9alit\u00e9, ils sont\ninspir\u00e9s des danses folkloriques issues des coutumes autrichiennes. Des objets du quotidien\nviennent inspirer la chor\u00e9graphie : le danseur fouette violemment dans le vide avec son fouet, geste\nqui rappelle le traditionnel fouet chasseur de mauvais esprits dans les traditions autrichiennes. Il\nscie aussi un tronc afin de fabriquer un banc qui rappelle le <em>Sunbeng, <\/em>banc install\u00e9 devant les fermes\ndans la Haute-Autriche. Ces objets sont donc des accessoires qui servent la chor\u00e9graphie, mais aussi\ndes instruments. Par exemple, le frottement d&rsquo;une hache contre un couteau cr\u00e9e un bruit assez\nstrident auquel vont s&rsquo;ajouter le bruit du fouet, de la tron\u00e7onneuse, des voix qui murmurent des\nparoles inintelligibles, et tous ces \u00e9l\u00e9ments additionn\u00e9s les uns aux autres forment un fond sonore,\nune musique qui a parfois des accents de techno ! On observe alors une tension entre la nature\n\u00e9voqu\u00e9e \u00e0 travers le Sunbeng, la nudit\u00e9, les sons (la voix, le chant, le yodel), et les objets\ncontemporains tels que la tron\u00e7onneuse ou le micro.\n<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;un point de vue purement esth\u00e9tique, le danseur avait une forte pr\u00e9sence sur sc\u00e8ne et beaucoup de gr\u00e2ce. La nudit\u00e9, probable \u00e9vocation de la nature, permettait de d\u00e9sacraliser le corps, de l&rsquo;extraire de toute \u00e9rotisation et de le montrer dans sa simplicit\u00e9, comme un instrument. Lorsque les muscles se contractent, se d\u00e9tendent et se meuvent dans un rythme soutenu et r\u00e9gulier, le corps est un instrument de danse, un moyen d&rsquo;expression et de transmission des traditions ancestrales. Le corps est aussi un instrument au sens musical, puisqu&rsquo;il produit des sons comme le yodel, les sifflements, les claquements, par imitation des instruments de musique. Pourtant, en d\u00e9pit de ces indices que sont les danses et les sons, je n&rsquo;avais pas saisi le sens d&rsquo;une telle chor\u00e9graphie. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence aux traditions autrichiennes, vaguement perceptible \u00e0 travers le yodel. Malgr\u00e9 tout, j&rsquo;ai trouv\u00e9 original que Mayer inclue des objets tels que la hache, le fouet ou la tron\u00e7onneuse dans sa chor\u00e9graphie. <\/p>\n\n\n\n<p>Isabelle Seitz<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo : Florian Rainer<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >La cr\u00e9ation de Simon Mayer, SunBengSitting, est une \u0153uvre qui impressionne par sa coh\u00e9rence, alors m\u00eame que son mat\u00e9riau, son propos, ses origines, jouent constamment sur deux tableaux. 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