{"id":12885,"date":"2019-04-18T12:58:51","date_gmt":"2019-04-18T10:58:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12885"},"modified":"2019-04-18T12:58:51","modified_gmt":"2019-04-18T10:58:51","slug":"sleight-of-hand-trois-gnossiennes-speak-for-yourself-leon-lightfoot-van-manen-palais-garnier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12885","title":{"rendered":"Sleight of hand &#8211; Trois gnossiennes &#8211; Speak for yourself \/ Le\u00f3n &amp; Lightfoot -\u200b Van Manen \/ Palais Garnier"},"content":{"rendered":"\n<p>Un cadre exceptionnel, somptueux m\u00eame. Lorsque les murmures cessent, c\u2019est le noir, complet. La musique s\u2019\u00e9l\u00e8ve, le rideau se l\u00e8ve et la danse envahit tout l\u2019espace. Le d\u00e9cor est nu, d\u00e9pouill\u00e9, obscur. Des toiles noires de part \u00e0 d\u2019autre. Pourtant, la sc\u00e8ne semble habit\u00e9e, am\u00e9nag\u00e9e tant les danseurs s\u2019accaparent \u00e0 merveille de l\u2019espace. <br> &nbsp;<br>Le tableau qu\u2019offre la premi\u00e8re partie est tout aussi envoutant qu\u2019angoissant. La musique, qui emplit toute la salle, conf\u00e8re \u00e0 l\u2019espace une atmosph\u00e8re tant\u00f4t solennel, tant\u00f4t loufoque, tant\u00f4t dramatique. Deux personnages tout de noir v\u00eatu surplombent les autres danseurs. Comme les deux tours de Notre-Dame, avec le drap noir du deuil, ces deux danseurs paraissent assister \u00e0 un spectacle mortuaire, auquel ils participent, \u00e0 temps \u00e0 autre. Mais ces deux piliers n\u2019ont pas le premier r\u00f4le, celui-ci \u00e9tant attribu\u00e9 \u00e0 une farandole de danseurs, qui vont, viennent, se retirent, s\u2019avancent, articulent, et d\u00e9sarticulent leur corps, au rythme de la musique. Les pas sont parfois saccad\u00e9s et la chor\u00e9graphie joue sur la sym\u00e9trie. Puisqu\u2019aucune narration ne se d\u00e9roule sous les yeux du spectateur, c\u2019est \u00e0 celui-ci de se laisser embarquer par la m\u00e9lodie, au motif r\u00e9p\u00e9titif, v\u00e9ritable tremplin vers le r\u00eave. Les costumes noirs, joints aux draps noirs qui d\u00e9limitent la sc\u00e8ne, suscitent une ambiance morbide, sinistre. Les pas, lents, mesur\u00e9s, donnent l\u2019impression d\u2019observer une marche fun\u00e8bre. Mais, soudain, la musique s\u2019acc\u00e9l\u00e8re et il semble qu\u2019on assiste plut\u00f4t \u00e0 un num\u00e9ro de cirque. Puis, la tension revient, tenant l\u2019auditoire en haleine. La sc\u00e8ne se vide petit \u00e0 petit, et le rideau se ferme sur une jeune danseuse, qui descend dans la fosse, habituellement r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019orchestre. Fin de la premi\u00e8re des trois parties. Stup\u00e9fiant. <br> &nbsp;<br>Trois parties, trois atmosph\u00e8res. Le deuxi\u00e8me moment est radicalement diff\u00e9rent du premier. Un piano \u00e0 queue, un unique couple de danseurs, et les premi\u00e8res notes des Gnossiennes d\u2019Erik Satie. La partition musicale, tellement belle, ne peut que captiver l\u2019audience. La complicit\u00e9 des deux \u00e9toiles, et l\u2019harmonie entre le son et les gestes touchent au sublime. Des pas l\u00e9gers, des port\u00e9s magnifiques, et une captivante possession de l\u2019espace. Le temps semble \u00eatre suspendu&nbsp;; la musique ensorcelante s\u2019impr\u00e8gne dans tous les esprits, et r\u00e9unit les spectateurs autour de cette magnifique c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 laquelle ils assistent. <br> &nbsp;<br>Apr\u00e8s l\u2019entracte survient le troisi\u00e8me et dernier tableau. La peur de la d\u00e9ception se conjugue \u00e0 l\u2019attente. Et celle-ci ne sera pas d\u00e9\u00e7ue. La derni\u00e8re s\u00e9quence est consacr\u00e9e \u00e0 Bach et nous invite \u00e0 entrer dans un tout autre monde. Le d\u00e9but d\u00e9tone, surprend&nbsp;: un danseur, seul avec un fumig\u00e8ne, r\u00e9pand dans l\u2019op\u00e9ra une fine couche de fum\u00e9e, tandis que quelques mots, en anglais, se r\u00e9p\u00e8tent machinalement, en boucle, comme s\u2019il y avait un probl\u00e8me technique. Et puis, enfin, huit danseurs \u00e9toiles surgissent, et c\u2019est Bach qui prend le relais. &nbsp;C\u2019est donc une musique plus classique qui s\u2019installe, et c\u2019est cette fois la chor\u00e9graphie qui surprend le spectateur. Les 9 danseurs sont presque nus, et leur ballet, sensuel, voire \u00e9rotique, pr\u00eate souvent \u00e0 sourire ou \u00e0 rire. Le spectacle de danse para\u00eet s\u2019\u00eatre transform\u00e9 en cours de gymnastique, dans lequel chacun tente de montrer la souplesse de son corps. Un \u00e9l\u00e9ment, cependant, permet de basculer totalement dans la po\u00e9sie&nbsp;: la pluie. Alors que les beaux jours reviennent, c\u2019est le d\u00e9luge qui s\u2019abat sur les planches. L\u2019eau tombe, et ruisselle sur le plancher. Le bruit, si a\u00e9rien, des gouttes, chante \u00e0 l\u2019oreille un doux rythme et \u00e9veille l\u2019imagination du spectateur. <br> &nbsp;<br>F\u00e9\u00e9rie, voyage, \u00e9l\u00e9vation vers la po\u00e9sie&nbsp;: ce spectacle, o\u00f9 les mouvements s\u2019accordent \u00e0 la perfection avec une musique agr\u00e9able et subtile, est \u00e9blouissant. On pourrait, somme toute, le r\u00e9sumer en un mot&nbsp;: magistral. Et, s\u2019il faut \u00e9mettre un regret, je peux dire, \u00e9merveill\u00e9e, que c\u2019\u00e9tait trop court. <\/p>\n\n\n\n<p>Valentine Renaud<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>A l\u2019Op\u00e9ra de Paris, trois chor\u00e9graphes rassemblent leurs cr\u00e9ations pour \u00e9difier un ballet unique plac\u00e9 sous le signe du m\u00e9tissage. Sol Le\u00f3n et Paul Lightfoot associ\u00e9s font entrer Sleight of Hand et Speak for Yourself au r\u00e9pertoire de l\u2019Op\u00e9ra, tandis que Hans Van Manen apporte sa mise en ballet des trois Gnossiennes d\u2019Erik Satie pour faire le lien entre les deux ballets. <br> Les trois chor\u00e9graphes montrent, dans ce spectacle fait de pi\u00e8ces rapport\u00e9es, une sorte d\u2019hybridit\u00e9 \u00e0 tous les niveaux. Trois chor\u00e9graphes, pour trois ballets tr\u00e8s diff\u00e9rents, pour trois compositeurs que tout oppose, pour un m\u00e9lange surprenant de tradition classique et de danse contemporaine. Ce patchwork dans\u00e9 s\u2019\u00e9tire sur trois tableaux, trois univers aux couleurs et musiques jouant les unes par rapport aux autres. <br> Le premier tableau est celui de la rudesse du noir et blanc, d\u00e9cor d\u2019une danse r\u00e9p\u00e9titive aux angles durs que la musique de P. Glass \u00e9pouse parfaitement, qui m\u00eale \u00e9trangement des gestes figuratifs d\u2019une danse contemporaine d\u2019il y a cinquante ans aux conventions les plus classiques du ballet. Les coups de griffes, morsures et autres appels \u00e0 l\u2019image st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e du vampire (m\u00eame dans les costumes de valet \u00e0 queues de pie\u2026) sont continu\u00e9s par les mouvements attendus en danse classique. Ce monde vampirique s\u2019\u00e9teint dans une descente aux enfers de la danseuse face public. <\/p>\n\n\n\n<p>A cet \u00e9trange enfer peupl\u00e9 d\u2019images de vampire, succ\u00e8de la douceur et l\u2019\u00e9l\u00e9gance du ballet de Van Manen. Dans une bleuit\u00e9 tendre, une danse \u00e0 deux suit le balancement m\u00e9lancolique des Gnossiennes satin\u00e9es de Satie. Belle image de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, peut-\u00eatre un peu trop l\u00e9g\u00e8re m\u00eame, par rapport \u00e0 la bizarrerie grin\u00e7ante de la musique. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour le dernier ballet, Speak for Yourself, des m\u00eames chor\u00e9graphes Le\u00f3n et Lightfoot, c\u2019est sur L\u2019art de la fugue de Bach qu\u2019une grisaille se r\u00e9pand. Dans la sc\u00e8ne toute grise \u00e9touff\u00e9e de fum\u00e9e danse un homme seul d\u2019abord, qui semble se battre contre le vide rempli de fum\u00e9e. Puis peu \u00e0 peu la sc\u00e8ne est occup\u00e9e par d\u2019autres corps, des corps tr\u00e8s corps, o\u00f9 la sexualit\u00e9 des gestes vient surprenamment jouer avec la r\u00e9gularit\u00e9 si parfaite de Bach. La danse vient en quelque sorte remotiver l\u2019aspect corporel de cette musique que l\u2019on a rang\u00e9e peut-\u00eatre un peu trop vite du c\u00f4t\u00e9 du pur esprit, et fait jouer tour \u00e0 tour la sexualit\u00e9 et la gr\u00e2ce du corps. Paradoxalement, c\u2019est d\u2019abord par des corps presque asexu\u00e9s, habill\u00e9s de gris et \u00e0 la sensualit\u00e9 universelle, qu\u2019est montr\u00e9e la sexualit\u00e9 des corps. Puis la pluie vient apr\u00e8s la fum\u00e9e ou la brume et le partage habituel des sexes revient avec, les corps d\u2019hommes redeviennent des corps d\u2019hommes et les corps de femmes des corps de femmes. Les gestes laissent des traces sur le sol humide, les corps se dessinent sur le sol et la grisaille continue de ronronner sur Bach et la pluie. C\u2019est peut-\u00eatre plus un espace de silence qui est cr\u00e9\u00e9 par la musique de Bach qu\u2019un support musical \u00e0 des corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Noir et blanc, bleu, gris, tout s\u2019est \u00e9teint, une heure et demi de danse et pourtant, malgr\u00e9 l\u2019hybridit\u00e9 apparente et les tentatives de faire entrer le corps en danse classique, trois fois la m\u00eame image : le m\u00eame rapport galant entre l\u2019homme et la femme. Ce m\u00e9lange annonc\u00e9 d\u00e8s le programme, d\u00e8s le titre du spectacle, s\u2019arr\u00eate finalement \u00e0 cet \u00e9chec d\u2019une danse classique qui h\u00e9site vers une pseudo- modernit\u00e9 aussi scl\u00e9ros\u00e9e par des conventions ridicules qu\u2019elle-m\u00eame. Et c\u2019est de ce fait le ballet bleu de Van Manen, plus classique, qui reste le plus touchant et le moins ridicule. <\/p>\n\n\n\n<p>Achille Di Zazzo<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>\u00c9merveill\u00e9e par la splendeur du b\u00e2timent et de ses nombreux couloirs et escaliers, si majestueux que l\u2019on ne peut s\u2019emp\u00eacher de chuchoter malgr\u00e9 la foule bourdonnante, j\u2019ai pris place \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier pour la toute premi\u00e8re fois pour assister aux repr\u00e9sentations de Sol L\u00e9on et Paul Lightfoot, directeurs du Nederlands Dans Theater, invit\u00e9s pour la premi\u00e8re fois \u00e0 collaborer avec le Ballet de l\u2019Op\u00e9ra. Sur le billet, on y lit le nom de Van Manen, un des fondateurs du Nederlands Dans Theater et un des mentors de Lightfoot et de L\u00e9on. Parce que si les deux pi\u00e8ces pr\u00e9sent\u00e9es, Sleight of Hand et Speak for yourself, sont chor\u00e9graphi\u00e9es par le duo, on retrouve un hommage \u00e0 Van Hanen pendant huit minutes lors de la repr\u00e9sentation de Trois Gnossiennes dont il est le chor\u00e9graphe. Et pendant cinquante-cinq minutes, si les repr\u00e9sentations se succ\u00e8dent sans encha\u00eenement clair, on ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre \u00e9bloui par la mise en sc\u00e8ne et par les chor\u00e9graphies contemporaines tr\u00e8s th\u00e9\u00e2trales mais qui pr\u00e9servent la beaut\u00e9 de la danse classique.<\/p>\n\n\n\n<p>Sleight of Hand&nbsp;: le rideau se l\u00e8ve et le public est saisi par deux figures fantasmatiques qui semblent sortir d\u2019un cauchemar&nbsp;: Hannah O\u2019Neil et St\u00e9phane Bullion, pench\u00e9s sur une haute structure, faisant danser que le haut de leurs corps avec des mouvements saccad\u00e9s mais \u00e0 l\u2019unisson.  Un couple de danseurs \u00e0 leurs pieds, les \u00e9toiles L\u00e9onore Baulac et Germain Louvet, semble se moquer de leur pr\u00e9sence fun\u00e8bre et virevolte, ex\u00e9cutant chaque mouvement \u00e0 la perfection. La musique, Philip Glass &#8211; Symphonie n\u00b0 2 est vibrante, rythmique, et on ressent une sinistre pr\u00e9sence qui semble mettre en danger le couple \u00e0 la venue en sc\u00e8ne de trois danseurs v\u00eatus enti\u00e8rement de noir qui dansent de mani\u00e8re saccad\u00e9e. La tension de la repr\u00e9sentation atteint son paroxysme lorsque Micka\u00ebl Lafon surgit sur sc\u00e8ne, v\u00eatu d\u2019un pantalon gris clair, qui contrairement aux autres danse avec gr\u00e2ce et puret\u00e9. La mise en sc\u00e8ne est impressionnante avec les deux hautes figures surplombant la sc\u00e8ne avec gravit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Quant au ballet de Van Manen, on ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre \u00e9mu par la beaut\u00e9 du couple v\u00eatu de bleu clair et qui danse accompagn\u00e9 par une pianiste sur sc\u00e8ne. C\u2019est une chor\u00e9graphie sobre et plus traditionnelle que les \u0153uvres de L\u00e9on et Lightfoot ce qui d\u00e9concerte puisqu\u2019on a une rupture sans lien logique entre les deux autres repr\u00e9sentations. Il faut donc garder un esprit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un hommage \u00e0 leur ma\u00eetre de la part du Nederlands Dans Theater. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais la mise en sc\u00e8ne, les lumi\u00e8res et le d\u00e9cor de Speak for Yourself sont tellement impressionnantes que l\u2019on oublie la chor\u00e9graphie de Van Manen. On a un jeu d\u2019opposition qui est mis en sc\u00e8ne par la pr\u00e9sence d\u2019un danseur qui danse seul \u00e0 droite de la sc\u00e8ne, un fumig\u00e8ne dans la main, dans l\u2019obscurit\u00e9. \u00c0 gauche, des danseurs apparaissent doucement sous la lumi\u00e8re, et au fur et \u00e0 mesure, la pluie commence \u00e0 tomber, rendant chaque pas de plus en plus difficile \u00e0 ex\u00e9cuter. Les danseurs n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 glisser sur l\u2019eau, et les lumi\u00e8res douces projet\u00e9es embellissent et illuminent chaque danseur. <\/p>\n\n\n\n<p>Les repr\u00e9sentations de L\u00e9on et Lightfoot sortent de l\u2019ordinaire et brillent par leur originalit\u00e9 et par l\u2019emphase de la fragilit\u00e9 des danseurs qui semblent lutter contre un destin qui leur \u00e9chappe. On regrette l\u2019absence de coh\u00e9rence et de lien logique entre les trois num\u00e9ros, malgr\u00e9 le fait \u00e9vident que les chor\u00e9graphes partagent le m\u00eame univers, mais on n\u2019oublie pas les \u00e9motions ressenties face \u00e0 la beaut\u00e9 des mouvements des \u00e9toiles. <\/p>\n\n\n\n<p>Tamara El-Jisr<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Le spectacle qu\u2019il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de voir le jeudi 18 avril 2019 \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Garnier propose trois ballets successifs, chor\u00e9graphi\u00e9s par Sol Leon, Paul Lightfoot et Hans Van Manen. \nCes trois ballets, de dur\u00e9es in\u00e9gales, sont li\u00e9s autour d\u2019une m\u00eame probl\u00e9matique. En effet, les trois chor\u00e9graphes viennent du Nederlands Dans Theater, compagnie de danse n\u00e9erlandaise de danse contemporaine et moderne. Ils ont ici une m\u00eame recherche esth\u00e9tique, m\u00ealant recherche de lignes et d\u2019expressivit\u00e9. \n\nLe premier ballet, Sleight of hand, sur une musique de Philip Glass est tr\u00e8s impressionnant, notamment par son originalit\u00e9. Alors que le rideau n\u2019est pas encore lev\u00e9, la musique commence. Et alors que la sc\u00e8ne se r\u00e9v\u00e8le au spectateur, ce dernier d\u00e9couvre deux danseurs, juch\u00e9s sur des sortes de pi\u00e9destaux mesurant peut-\u00eatre 4 ou 5 m\u00e8tres de hauteur. Ils semblent debout, sont immobiles, et leurs hanches et jambes sont cach\u00e9es par des robes tr\u00e8s longues, qui les couvrent jusqu\u2019au sol. Les autres personnages nous ensuite pr\u00e9sent\u00e9s un \u00e0 un (un couple, un homme en blanc, un homme \u00e0 la longue cape noire, trois autres hommes en noir). Ils dansent au sol. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui rend ce spectacle brillant est aussi la structuration de l\u2019espace par la lumi\u00e8re&nbsp;: les personnages juch\u00e9s sont \u00e9clair\u00e9s de deux cercles lumineux. Le reste de la sc\u00e8ne est \u00e9clair\u00e9 d\u2019un cercle lumineux, puis d\u2019un grand carr\u00e9, d\u00e9limitant l\u2019espace dans\u00e9. Enfin parfois, il y a une sorte de puis de lumi\u00e8re comme si une porte \u00e9tait ouverte. Parfois, les danseurs dansent dans une lumi\u00e8re qui ne fait que d\u00e9couper leurs silhouettes. <\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne est impressionnante, car la danse est tr\u00e8s expressive. C\u2019est presque comme une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui est jou\u00e9e devant nous. Ainsi, l\u2019homme au pantalon blanc semble \u00eatre prisonnier, il danse de mani\u00e8re libre d\u00e8s que les hommes en noir sont de dos, et pr\u00e9sente des gestes saccad\u00e9s d\u00e8s qu\u2019ils le regardent. Les danseurs semblent \u00eatre des \u00eatres mal\u00e9fiques, quelques peu fous. Cela est renforc\u00e9 par le fait que les danses contemporaine et classiques soient m\u00eal\u00e9es, permettant une gr\u00e2ce propre au classique, m\u00eal\u00e9e \u00e0 des chutes, sauts, mouvements au sol (les danseurs rampent \u00e0 un moment donn\u00e9) propres au contemporain. <\/p>\n\n\n\n<p>Ces danses au sol sont altern\u00e9es avec la danse des personnages juch\u00e9s. Toute la danse et son expressivit\u00e9 passent chez ces danseurs par le haut de leur corps et leurs bras, t\u00eates, cous\u2026 leurs partitions sont solistes ou en duos. Ils ont l\u2019air de pantins un peu fous, des sortes de marionnettes quelques peu d\u00e9sarticul\u00e9es. Presque pour scander les tableaux, l\u2019un des deux danseurs fait tomber une couche de son immense robe d\u00e8s que les danseurs au sol se remettent \u00e0 danser. Cela provoque une alternance entre les personnages juch\u00e9s et ceux au sol, scandant le spectacle et lui donnant un v\u00e9ritable rythme.Enfin, le ballet s\u2019ach\u00e8ve de mani\u00e8re originale, comme il a d\u00e9but\u00e9&nbsp;: le couple de danseurs au sol se retrouve sur le bord de la sc\u00e8ne, et est s\u00e9par\u00e9 par le rideau qui tombe&nbsp;: la danseuse descend quelques marches m\u00e9nag\u00e9es dans l\u2019orchestre vide, face au spectateur, jusqu\u2019\u00e0 ce que la lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teigne.     Ce ballet est suivi d\u2019un autre, Trois Gnossiennes, bien plus court, et qui propose une danse bien plus \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb, avec un duo homme\/ femme qui s\u2019anime sur une musique d\u2019Erik Satie. Tout semble dans ce ballet l\u00e9ger, gracieux. Les danseurs semblent s\u2019envoler. La danseuse semble \u00eatre le pantin de son compagnon. La lumi\u00e8re est \u00e9tonnante car bleue.    Enfin, le troisi\u00e8me ballet, Speak for yourself, sur des musiques de Jean-S\u00e9bastien Bach et Steve Reich, est lui aussi tr\u00e8s original, puisqu\u2019il d\u00e9bute par un danseur, seul sur sc\u00e8ne, qui crache de la fum\u00e9e. Le ballet propose des tableaux tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9s, d\u2019abord structur\u00e9s par la lumi\u00e8re qui forme au sol des carr\u00e9s. Puis, dans un second temps, des gouttes d\u2019eau commencent \u00e0 pleuvoir sur la sc\u00e8ne. Les danseurs se servent de cela pour glisser et r\u00e9aliser des figures in\u00e9dites. Cela montre un clair jeu sur les \u00e9l\u00e9ments.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce spectacle est ainsi, somme toute, impressionnant. <\/p>\n\n\n\n<p>Mathilde Fondan\u00e8che<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo : Agathe Poupeney<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Un cadre exceptionnel, somptueux m\u00eame. Lorsque les murmures cessent, c\u2019est le noir, complet. La musique s\u2019\u00e9l\u00e8ve, le rideau se l\u00e8ve et la danse envahit tout l\u2019espace. Le d\u00e9cor est nu, d\u00e9pouill\u00e9, obscur. Des toiles noires de part \u00e0 d\u2019autre. 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