{"id":12891,"date":"2019-03-26T16:45:26","date_gmt":"2019-03-26T15:45:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12891"},"modified":"2019-03-26T16:45:26","modified_gmt":"2019-03-26T15:45:26","slug":"otello-giuseppe-verdi-opera-bastille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12891","title":{"rendered":"Otello \/ Giuseppe Verdi &#8211; Op\u00e9ra Bastille"},"content":{"rendered":"\n<p>Comment jouer Otello aujourd&rsquo;hui, une pi\u00e8ce d\u00e9bordante de racisme, d&rsquo;intrigues calomnieuses et de violence conjugale ? <\/p>\n\n\n\n<p>Otello (Roberto Alagna), un \u00ab Maure \u00bb, vient de rentrer victorieux chez sa bien-aim\u00e9e Desmodena (Aleksandra Kurzak) ; le bonheur semble parfait. Mais une figure sombre cl\u00f4t le rideau sur la chambre conjugale ; le serpent dans l&rsquo;idylle paradisiaque porte un nom : Jago (George Gagnidze). Vilain incarn\u00e9, presque m\u00e9phistoph\u00e9lique dans sa pr\u00e9dilection pour semer du d\u00e9sordre, ses intrigues ne font de Desmodena qu&rsquo;une infid\u00e8le suppos\u00e9e, mais poussent Otello \u00e0 un meurtre v\u00e9ritable. Dans une mise en sc\u00e8ne fulminante, Andrei \u0218erban parvient \u00e0 capturer la probl\u00e9matique centrale de la pi\u00e8ce originale de Shakespeare, comme elle fut adapt\u00e9e par Giuseppe Verdi et Arrigo Boito. Repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille le 26 mars 2019, l&rsquo;op\u00e9ra met en sc\u00e8ne de fa\u00e7on captivante et expressive le topos de la jalousie, germe n\u00e9faste dans toute relation conjugale. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette adaptation du mythe original de Shakespeare par Verdi, la mise en sc\u00e8ne du vilain, Jago, motiv\u00e9 par la jalousie non amoureuse, mais professionnelle, r\u00e9ussit \u00e0 merveille. Sa premi\u00e8re apparition sur sc\u00e8ne le d\u00e9peint comme figure messianique, v\u00eatue en blanc, qui intervient dans la lutte et semble occuper le r\u00f4le d\u2019avocat pour la paix. Portant, comme ceci est \u00e9galement le cas dans le monologue initial de Richard III dans la pi\u00e8ce \u00e9ponyme de Shakespeare, le credo du vilain, une fois seul, r\u00e9v\u00e8le le caract\u00e8re bas de ce personnage, : \u00ab Dalla vilt\u00e0 d\u2019un germe o d\u2019un at\u00f2mo vile son nato \u00bb (\u00ab D\u2019un germe vil ou d\u2019un atome, vil je suis n\u00e9 \u00bb). La noirceur de son \u00e2me est encore soulign\u00e9e par la tomb\u00e9e du rideau lors de son credo satanique dans l&rsquo;acte II. Son ombre se projette m\u00eame dans des sc\u00e8nes suppos\u00e9ment paisibles et romantiques, comme  la sc\u00e8ne d&rsquo;amour entre Otello et Desmodena, o\u00f9 Jago, une figure noire dans cet locus amoenus lumineux, termine la sc\u00e8ne en tirant le rideau sur le couple qu&rsquo;il \u00e9loignera et finira par tuer.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne par Andrei \u0218erban surprend par les sc\u00e8nes fortes qui comprennent des effectifs impressionnants, tel que la sc\u00e8ne du d\u00e9boire, ou l&rsquo;arriv\u00e9e des ambassadeurs v\u00e9nitiens dont \u0218erban fait un d\u00e9fil\u00e9 de mode stup\u00e9fiant par le fatras de couleurs, de drapeaux, de robes et de costumes \u00e9labor\u00e9s. Mais c&rsquo;est en particulier la sc\u00e8ne d&rsquo;ouverture, d&rsquo;un caract\u00e8re sombre, apitoyant, o\u00f9 le ch\u0153ur des hommes dans la temp\u00eate prie pour leur h\u00e9ros Otello, qui captive le spectateur d\u00e8s le d\u00e9but. Le style de \u0218erban est marqu\u00e9 par un autre proc\u00e9d\u00e9 sc\u00e9nographique, notamment les effets de transparence par les voiles entrepos\u00e9s entre le public et la sc\u00e8ne, qui divise l&rsquo;espace et l&rsquo;unit en m\u00eame temps. Technique tr\u00e8s efficace \u00e9galement dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne o\u00f9 le spectateur se voit confront\u00e9 \u00e0 un ch\u0153ur presque fantasmatique, cet artifice est repris tout au long de la pi\u00e8ce. Cette omnipr\u00e9sence du voile, cachant et r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 la fois, rappelle le leitmotiv de la pi\u00e8ce, la conscience permanente que les apparences sont trompeuses, et que le bien et le mal se c\u00f4toient. Ce n&rsquo;est que dans la sc\u00e8ne finale que tous les voiles se l\u00e8vent, et que la clairvoyance d&rsquo;Otello lui r\u00e9v\u00e9l\u00e9 son propre crime, ses mains tremp\u00e9es du sang de son \u00e9pouse innocente.<\/p>\n\n\n\n<p>Pi\u00e8ce qui n&rsquo;a pas perdu de son actualit\u00e9 \u2013 dans l&rsquo;Ave Maria de Desmodena, attendant l&rsquo;arriv\u00e9e de son mari dans la chambre lumineuse et craignant la punition pour un crime non commis se m\u00eale la voix de toutes les femmes abus\u00e9es, viol\u00e9es et battues \u2013 l&rsquo;Otello de Verdi ajoute \u00e0 la dimension visuelle une musique extraordinaire, intense, qui t\u00e9moigne du g\u00e9nie du compositeur italien et de l&rsquo;habilit\u00e9 du directeur musical, Bertrand de Billy. <\/p>\n\n\n\n<p>Andrea Possmayer <\/p>\n\n\n\n<p>________________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix d\u2019une ouverture in medias res au milieu d\u2019une temp\u00eate qu\u2019op\u00e9rait Verdi par rapport \u00e0 la pi\u00e8ce originelle de Shakespeare est particuli\u00e8rement bien restitu\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne d\u2019Andrei \u0218erban. Un grand nombre de choristes s\u2019amoncelle entre une architecture imposante bouchant toute perspective et un voile transparent servant d\u2019\u00e9cran de projection \u00e0 des images de vagues d\u00e9chain\u00e9es et de tonnerre. L\u2019effet, saisissant et irr\u00e9el, propose une immersion radicale dans le monde des pulsions shakespeariennes \u00e0 laquelle la suite de l\u2019op\u00e9ra restera fid\u00e8le. Ainsi, sous le monde r\u00e9el recr\u00e9\u00e9 sur sc\u00e8ne avec une illusion quasi de d\u00e9cor cin\u00e9matographique (des passants d\u00e9ambulent devant la mer, des enfants jouent), transparait ce que Deleuze d\u00e9signe comme un monde originaire, si\u00e8ge de toutes les pulsions traversant les personnages. Ce monde originel, la mise en sc\u00e8ne le fait \u00e9merger par la fragmentation en diff\u00e9rentes couches de l\u2019espace sc\u00e9nique, mat\u00e9rialis\u00e9e par des rang\u00e9es de voiles noirs ou blancs. Ainsi des sc\u00e8nes o\u00f9 Otello observe Desdemone et Cassio, \u00e9coute ce dernier discuter avec Iago derri\u00e8re un de ces voiles. Mais l\u2019utilisation de ces voiles atteint un sommet lors du chant de Iago manigan\u00e7ant la rencontre entre Cassio et Desdemone. Le rideau se ferme, il ne reste qu\u2019Iago, \u00e0 l\u2019avant sc\u00e8ne, sans aucune profondeur derri\u00e8re lui, dans un \u00ab pur fond \u00bb comme Deleuze d\u00e9crit le monde originaire dans L\u2019Image Mouvement (chapitre 8, 1), o\u00f9 il laisse libre cours \u00e0 ses pulsions \u00e0 l\u2019 \u00ab intelligence diabolique qui fait que chacune choisit sa partie, attend son moment, suspend son geste, et emprunte les \u00e9bauches de forme sous lesquelles elle pourra le mieux accomplir son acte. \u00bb (ibid.). De m\u00eame, Otello d\u00e9chirant les \u00e9crans de toile d\u00e9limitant la chambre de Desdemone fait comme p\u00e9n\u00e9trer sa pulsion meurtri\u00e8re dans leur monde r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dimension brute, absolue des passions se d\u00e9cline dans le reste de la mise en sc\u00e8ne, avec notamment une utilisation des couleurs de mani\u00e8re enti\u00e8re, contrast\u00e9e, semblant presque tomber dans le symbolique (Otello porte une cape rouge et Desdemone une robe cramoisie dans l\u2019acte III) ou m\u00eame le manich\u00e9isme (la tenue blanche d\u2019Otello au d\u00e9but de l\u2019op\u00e9ra, qui vire au noir comme celle de Iago d\u00e8s l\u2019acte II contre le blanc pr\u00e9serv\u00e9 de Desdemone et de Cassio). Mais l\u2019enjeu n\u2019est ici pas de simplifier, de faire rentrer la trag\u00e9die dans une logique binaire, mais d\u2019en rendre les passions de mani\u00e8re absolue, sans les limiter. Ainsi \u00e0 ces couleurs s\u2019ajoutent par exemple dans une sc\u00e8ne de joie populaire o\u00f9 un jaune est projet\u00e9 \u00e0 gauche et un rouge occupe la moiti\u00e9 droite du plateau en une opposition purement visuelle. Dans cette m\u00eame logique d\u2019enti\u00e8ret\u00e9, le d\u00e9cor va en s\u2019\u00e9purant, avec par exemple le mur perc\u00e9 d\u2019arcades tr\u00e8s chiricien, central dans les premiers actes, qui finit par ne plus occuper que l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 droite de la sc\u00e8ne, ou le palmier, \u00e9l\u00e9ment anecdotique qui subsiste jusqu\u2019\u00e0 la fin mais de plus en plus dissimul\u00e9, incongru face \u00e0 l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 des actions repr\u00e9sent\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la mise en sc\u00e8ne d\u2019Andrei \u0218erban, par son caract\u00e8re \u00e0 la fois faussement simple et fourmillant de d\u00e9tails (un feu de joie, des promeneurs, une photographie de Desd\u00e9mone) rend justice \u00e0 la puissance de la trag\u00e9die shakespearienne en la repla\u00e7ant sur une sc\u00e8ne \u00e0 la forte illusion de vie, pour y rejouer dans toute leur violence les affrontements de pulsions de pouvoir et de mort. Seules les projections de ciel, trop syst\u00e9matiques et bien moins riches au niveau de l\u2019interpr\u00e9tation (le ciel bleu pour l\u2019amour, en noir et blanc et nuageux, voire orageux quand la jalousie se d\u00e9chaine) n\u2019atteignent pas la puissance \u00e9motive des aplats de couleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie Clavreul <\/p>\n\n\n\n<p>______________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019Otello, je ne connaissais que la pi\u00e8ce de Shakespeare, dont Verdi tire son op\u00e9ra, et j\u2019arrivais donc \u00e0 Bastille avec en t\u00eate la Venise de l\u2019imaginaire victorien, et ne savait pas vraiment \u00e0 quoi m\u2019attendre &#8211; je n\u2019\u00e9tais all\u00e9e qu\u2019une seule fois \u00e0 l\u2019op\u00e9ra. Je me suis finalement trouv\u00e9e compl\u00e8tement fascin\u00e9e par cet op\u00e9ra, o\u00f9 l\u2019on retrouvait \u00e0 la fois les couleurs de Shakespeare, celle des grands op\u00e9ras classiques, et une teinte profond\u00e9ment moderne. <\/p>\n\n\n\n<p>Je ne crois pas qu\u2019il faille commenter l\u2019histoire, g\u00e9niale et profond\u00e9ment tragique, d\u2019Otello et de sa femme. L\u2019op\u00e9ra est un art si complet que le texte seul n\u2019a finalement pas autant d\u2019importance que la voix qui le fait vibrer, ou la musique qui l\u2019accompagne. Je ne suis pas non plus assez m\u00e9lomane pour me permettre d\u2019\u00e9mettre un quelconque avis de la musique, qui \u00e9tait magnifique, de ces musiques qui vibrent dans les c\u00f4tes et arrachent presque des larmes. Je commenterai donc ce qui me marque le plus dans chaque spectacle que je vais voir : l\u2019esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait quelque chose de tr\u00e8s shakespearien dans la mise en sc\u00e8ne, notamment dans les sombres costumes \u00e0 capuche du choeur, comme un air de La temp\u00eate dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne. Quelque chose de profond\u00e9ment moderne \u00e9galement, dans la simplicit\u00e9 de ces costumes et du d\u00e9cor qui se d\u00e9couvre une fois l\u2019orage pass\u00e9. Tout se passe dans un palais m\u00e9diterran\u00e9en \u00e9pur\u00e9, g\u00e9om\u00e9trique, qui laisse ainsi toute la place \u00e0 l\u2019imaginaire et aux chants. En toile de fond, la mer M\u00e9diterran\u00e9e et  son bleu profond dans lequel se refl\u00e8tent les \u00e9toiles. <\/p>\n\n\n\n<p>Tout l\u2019op\u00e9ra joue avec les voiles transparents qui s\u00e9parent les diff\u00e9rents plans et servent de toile de fond aux projections. Ils sont utilis\u00e9s pour cr\u00e9er de nouveaux espaces sc\u00e9niques, les pi\u00e8ces du palais par exemple. Ces voiles, cette transparence, cette fluidit\u00e9, qui s\u2019allie \u00e0 celles des costumes, et la majestuosit\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e, tout cela donnait l\u2019impression d\u2019un r\u00eave, et le souffle de la chaleur des nuits d\u2019\u00e9t\u00e9. Si l\u2019op\u00e9ra s\u2019ouvrait sur La Temp\u00eate, voici maintenant Songe d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>De la modernit\u00e9, Andrei Serban, le metteur en sc\u00e8ne, se joue. Il multiplie les anachronismes, d\u00e9roulant un tapis rouge digne du festival de Cannes, le flash d\u2019un photographe \u00e9clatant dans le coin. Mais, si on pourrait lui reprocher ces choix de mise en sc\u00e8ne et la modernit\u00e9 du d\u00e9cor, je trouve qu\u2019ils ajoutent une douce po\u00e9sie \u00e0 l\u2019op\u00e9ra. Sur les voiles transparents, on projette des nuages ou des vagues, m\u00e9taphores de l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me d\u2019Otello. On ne sait plus si bien quand se situe l\u2019action, parce que le palais aurait pu \u00eatre \u00e9rig\u00e9 \u00e0 la fois dans le monde contemporain et dans les temps archa\u00efques, parce qu\u2019un photographe vient prendre en photo des hommes v\u00eatus comme on l\u2019\u00e9tait au temps des fr\u00e8res Lumi\u00e8res, et ce bien que l\u2019intrigue ne soit situ\u00e9 sous l\u2019\u00e2ge d\u2019or de Venise\u2026 Cela vient amplifier l\u2019impression de r\u00eave que l\u2019on a, et on se laisse doucement flotter entre les voiles et les \u00e9toiles de ce palais, o\u00f9 menace pourtant le plus terrible des orages. Mais, le rideau est tomb\u00e9, et je suis repartie dans la nuit sans \u00e9toiles de Paris, l\u2019\u00e2me toujours un peu dans ce Chypre imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Louane Lallemant<\/p>\n\n\n\n<p>_____________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Le 26 mars, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019Othello, de Giuseppe Verdi, \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille, interpr\u00e9t\u00e9 par Aleksandra Kurzak et Roberto Alagna.  <\/p>\n\n\n\n<p>Les rideaux s\u2019ouvrent sur une projection de la mer, houleuse, des flots. Il s\u2019agit d\u2019une violente bataille qui oppose les Turcs \u00e0 la flotte v\u00e9nitienne, guid\u00e9e par Othello. Le ch\u0153ur attend avec inqui\u00e9tude son entr\u00e9e dans la ville et cette premi\u00e8re sc\u00e8ne est majestueusement dramatique, marqu\u00e9e par la puissance des chants du ch\u0153ur sur sc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<p>En effet, l\u2019op\u00e9ra tout entier est plac\u00e9 sous le signe de la trag\u00e9die, que ce soit en amour et au combat. La jeune \u00e9pouse d\u2019Othello, Desd\u00e9mone en effet, est soup\u00e7onn\u00e9 par celui-ci de le tromper avec Roderigo. La tension s\u2019accentue au fil des chants, au fur et \u00e0 mesure qu\u2019Othello d\u00e9couvre, avec horreur, qu\u2019il est tromp\u00e9 et le spectateur ne peut que s\u2019attendre \u00e0 un d\u00e9nouement tragique. La fonction symbolique du mouchoir, dans cet op\u00e9ra, est cruciale : en effet, Othello apprend que le mouchoir de Desd\u00e9mone, c\u2019est dor\u00e9navant Roderigo qui le poss\u00e8de, en tant que preuve de l\u2019amour de la belle pour lui. D\u00e8s lors, cet \u00e9l\u00e9ment s\u2019investit d\u2019une puissance symbolique, incriminatrice qui va contribuer \u00e0 la chute tragique de Desd\u00e9mone, pr\u00e9figurant sa sentence de mort. Lors d\u2019une sc\u00e8ne, cach\u00e9, Othello espionne avec inqui\u00e9tude le couple, dans l\u2019attente de trouver une preuve de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 de Desd\u00e9mone. Il n\u2019a ensuite plus de doutes, et renie la jeune femme, deux fois : dans le cadre, priv\u00e9, de leur demeure, puis, plus douloureusement, publiquement, devant la foule et l\u2019entr\u00e9e du cort\u00e8ge dans la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne qui m\u2019a le plus marqu\u00e9 reste celle de la chambre, vers la fin : Desd\u00e9mone s\u2019y trouve, seule, avec sa servante, Emilia, qui la pr\u00e9pare et la coiffe pour le coucher. Desd\u00e9mone craint les foudres d\u2019Othello, fou de rage, qui souhaite sa mort. Elle fait des adieux tr\u00e8s touchants \u00e0 Emilia, et adresse ses pri\u00e8res \u00e0 Dieu. Othello finit par entrer dans la chambre, arm\u00e9 d\u2019un poignard, et finalement la tue, ne laissant qu\u2019un corps drap\u00e9 de blanc, \u00e9clatant, seulement entach\u00e9 par la couleur \u00e9carlate de son sang, au pied du lit. Desd\u00e9mone incarne alors l\u2019innocence, tu\u00e9e injustement, alors qu\u2019Othello, debout, sur le lit, semble \u00eatre le violeur assassin de la belle. Sur sc\u00e8ne apparaissent alors, attir\u00e9s par les cris d\u2019Emilia Cassio, Iago, Lodovico et Montano. <\/p>\n\n\n\n<p>Cet op\u00e9ra parle autant de trahison amoureuse que de rivalit\u00e9 au combat. L\u2019amour entre Desd\u00e9mone, p\u00e9cheresse et Othello est repr\u00e9sent\u00e9 finalement comme un combat, qui se cl\u00f4ture avec la d\u00e9faite de Desd\u00e9mone, et donc sa mort. Amour, infid\u00e9lit\u00e9, passion aveugle et cruelle, cet op\u00e9ra est tr\u00e8s fort, tant du point de vue de la mise en sc\u00e8ne, spectaculaire, comme souvent dans les op\u00e9ras se d\u00e9roulant \u00e0 Bastille que du point de vue des com\u00e9diens, qui plongent parfaitement le spectateur dans le climat de l\u2019\u00e9poque shakespearienne, entre tension, drame et amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Julia Cost\u00e9a <\/p>\n\n\n\n<p>_______________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photographe : Charles Duprat \/ OnP<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Comment jouer Otello aujourd&rsquo;hui, une pi\u00e8ce d\u00e9bordante de racisme, d&rsquo;intrigues calomnieuses et de violence conjugale ? Otello (Roberto Alagna), un \u00ab Maure \u00bb, vient de rentrer victorieux chez sa bien-aim\u00e9e Desmodena (Aleksandra Kurzak) ; le bonheur semble parfait. 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