{"id":1294,"date":"2011-11-05T20:00:10","date_gmt":"2011-11-05T19:00:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=1294"},"modified":"2011-11-05T20:00:10","modified_gmt":"2011-11-05T19:00:10","slug":"lulu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=1294","title":{"rendered":"Lulu"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><em><strong>Lulu<\/strong><\/em>, <strong>d&rsquo;apr\u00e8s Frank Wedekind, musique d&rsquo;Alan Berg<\/strong><strong>, sous la direction de Michael Schonwandt et mis en sc\u00e8ne par Willy Decker \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.operadeparis.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille<\/a>. <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Orsoni\">Lire la critique de Paul Orsoni<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Plantier\">Lire la critique d&rsquo;Anne Plantier<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Lulu\">Lire une critique anonym\u00e9e<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Orsoni\"><\/a>Au centre du monde il y a Lulu, v\u00e9ritable point de rencontre de toutes les attentions, tous les d\u00e9sirs et tous les malheurs. Autour d\u2019elle de vastes miroirs lui renvoyant sans cesse, \u00e0 l\u2019image de ces tableaux d\u00e9mesur\u00e9s, la gloire de sa beaut\u00e9 divine. Comment dans un pareil cas pourrait on s\u2019abstenir d\u2019en go\u00fbter les fruits\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La premi\u00e8re sc\u00e8ne poss\u00e8de ce go\u00fbt de l\u00e9g\u00e8re euphorie que nous donnent \u00e0 voir nos <em>Lulu<\/em> actuelles, s\u00fbres d\u2019une notori\u00e9t\u00e9 fra\u00eechement acquise, le champ des possibles semble leur offrir quelque sillon \u00e0 semer. Ici, c\u2019est son portrait qui prend forme \u00e0 travers le regard amoureux du peintre. Le ton devient m\u00eame franchement bouffe lorsque le Dr Goll, arch\u00e9type du mari cocufi\u00e9, d\u00e9barque d\u2019une fa\u00e7on tonitruante pour s\u2019\u00e9crouler au bout de quelques pas dans les bras de l\u2019amant, accabl\u00e9 d\u2019une attaque qui refl\u00e8te habilement l\u2019impuissance de son c\u0153ur contrit. Cette premi\u00e8re victime marque pourtant le passage dans le drame, Lulu reprend d\u00e9sormais le flambeau tristement c\u00e9l\u00e8bre des beaut\u00e9s fatales. En t\u00e9moigne la suite de son ascension qui voit le suicide du peintre pr\u00e9c\u00e9der le meurtre du Dr Schoen, ancien protecteur de Lulu devenu son mari et du m\u00eame coup asservi \u00e0 une jalousie maladive.<br \/>\nAccus\u00e9e, \u00e0 juste titre, de l\u2019incident avec le Dr Schoen, Lulu est arr\u00eat\u00e9e puis, au bout de quelques mois, s\u2019\u00e9vade avec la complicit\u00e9 de la comtesse Geschwitz qui est \u00e9videmment amoureuse de la belle meurtri\u00e8re. La fugitive et son nouvel amant, un compositeur du nom d\u2019Alwa et fils du Dr Schoen, vivent d\u00e9sormais reclus \u00e0 Paris et font l\u2019objet de chantages divers qui vont les mener \u00e0 fuir une nouvelle fois la police. Durant cette sc\u00e8ne, Lulu, son amant et d\u2019autres ont investit dans une compagnie ferroviaire qui fait faillite et perdent en grande partie leur bien, un \u00e9cho \u00e9trange se fait alors entendre. La conclusion de cette chute abyssale entam\u00e9e lors de l\u2019incarc\u00e9ration de Lulu prend forme dans une succession de morts brutales, lot d\u2019infortune de la condition de prostitu\u00e9e \u00e0 laquelle elle \u00e9tait r\u00e9duite.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Cet op\u00e9ra en trois actes, mis en sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Bastille, f\u00fbt le premier op\u00e9ra utilisant uniquement le syst\u00e8me dod\u00e9caphonique pens\u00e9 par Arnold Sh\u00f6nberg et la derni\u00e8re oeuvre d\u2019Alban Berg, mort avant d\u2019en avoir \u00e9crit l\u2019ultime note. La musique d\u2019Alban Berg sert ici admirablement l\u2019atmosph\u00e8re explosive de l\u2019\u0153uvre, plong\u00e9e au sein de l\u2019esprit insaisissable de ce serpent de Lulu. L\u2019utilisation d\u2019un syst\u00e8me qui emp\u00eache toute r\u00e9f\u00e9rence stable et rassurante ne fait qu\u2019accentuer la personnalit\u00e9 et le destin de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, condamn\u00e9e \u00e0 perdre pied constamment, elle n\u2019a rien pour se raccrocher et \u00e9viter sa propre perte. A l\u2019inverse des trag\u00e9dies antiques, c\u2019est une absence totale de fixit\u00e9 qui va tout de m\u00eame permettre au Destin de s\u2019accomplir.<br \/>\nCet op\u00e9ra est aussi un bel exemple des fameux jeux de miroirs inh\u00e9rents \u00e0 l\u2019art musical. Tout d\u2019abord la sc\u00e8ne circulaire, comme englobant la psychologie de Lulu, repr\u00e9sente, par son \u00e9volution, le monde fantasm\u00e9 du personnage principal. Premi\u00e8rement luxueuse et voluptueuse, elle devient peu \u00e0 peu entassement de cadres vid\u00e9s de l\u2019effigie qui leurs donnait vie. Miroir aussi dans la construction de l\u2019\u0153uvre structur\u00e9e en vo\u00fbte dont le point \u00e9minent se place \u00e0 la mort du Dr Schoen, marque distinctive entre l\u2019ascension et la d\u00e9liquescence. Miroir enfin entre les gradins, o\u00f9 prennent place les spectateurs et la rue repr\u00e9sent\u00e9e en arri\u00e8re plan d\u2019un appartement prot\u00e9iforme dans laquelle \u00e9volue une masculinit\u00e9 pr\u00e9datrice et moralisatrice. On peut noter par ailleurs l\u2019inversion cocasse du jeu de balcon, symbole romantique, qui est ici all\u00e8grement investit de multiples \u00e9chelles comme autant d\u2019intrusions dans la vie intime de Lulu.<br \/>\nLa masse anonyme des figurants chor\u00e9graphie d\u2019une fa\u00e7on terrifiante les d\u00e9sirs larv\u00e9s de l\u2019homme, jouissance, possession et contr\u00f4le absolu du diable f\u00e9minin. La sc\u00e8ne finale en est d\u2019ailleurs le plus bel exemple, l\u2019assassin et ses doubles resserrent froidement leur toile autour de la pauvre Lulu, et lorsque vient le coup fatal, ce sont des dizaines de couteaux que l\u2019on voit se lever. &#8211; <strong>Paul Orsoni<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Plantier\"><\/a>Il y a fort \u00e0 parier que l&rsquo;op\u00e9ra<em> Lulu<\/em> selon Willy Decker, demeurera dans les annales de l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille, et ce d&rsquo;abord gr\u00e2ce \u00e0 une mise en sc\u00e8ne d\u00e9pouill\u00e9e, offrant un \u00e9crin de toute beaut\u00e9 par l&rsquo;esth\u00e9tisme des couleurs et du d\u00e9cor. Divers objets \u00e9rotiques : le tryptique d&rsquo;un nu, un canap\u00e9 en forme de l\u00e8vres rouge sang, un escabeau rouge en haut duquel tr\u00f4ne Lulu,v\u00eatue d&rsquo;une nuisette blanche macul\u00e9e de sang ; gisent sur la sc\u00e8ne, dans un univers aux tons noirs, rouges et blancs. En arri\u00e8re-fond, un groupe d&rsquo;hommes aux costumes sombres commente l&rsquo;action par une gestuelle \u00e9loquente (leur pr\u00e9sence\u00a0 n&rsquo;est pas sans rappeler celle des choreutes\u00a0 dans les trag\u00e9dies antiques). Somme toute, un dispositif minimaliste habit\u00e9 par des personnages dot\u00e9s d&rsquo;une pr\u00e9sence sc\u00e9nique indiscutable.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Le plateau vocal se r\u00e9v\u00e8le d&rsquo;une grande tenue. La soprano Laura Aikin incarne une Lulu indomptable, sensuelle, tragique, aux aigus stables et color\u00e9s. Wolfgang Sch\u00f6ne convainc par la perfection de sa ligne et son jeu th\u00e9\u00e2tral (l&rsquo;ent\u00eatant refrain : \u00ab\u00a0Tu as \u00e9pous\u00e9 un demi-million\u00a0\u00bb nous poursuit jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du spectacle). Peintre v\u00e9nal, cynique et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, Marlin Miller s&rsquo;impose avec assurance par son chant bien projet\u00e9. Tous participent au succ\u00e8s de cette <em>Lulu<\/em>.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L&rsquo;orchestre, sous la direction de Michael Schonwandt, transfigure la partition de Berg par une ex\u00e9cution tendue,\u00a0 d&rsquo;une remarquable efficacit\u00e9 narrative : l&rsquo;ambiance mortif\u00e8re sied parfaitement \u00e0 l&rsquo;intrigue. Notons \u00e9galement les interludes musicaux, merveilleux d&rsquo;intensit\u00e9. En parfaite coh\u00e9sion, les musiciens sont partie prenante de cette trag\u00e9die annonc\u00e9e. &#8211; <strong>Anne Plantier<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><em><a name=\"Lulu\"><\/a>Lulu est un op\u00e9ra dod\u00e9caphonique d&rsquo;Alban Berg, sur un livret du compositeur inspir\u00e9 de Die B\u00fcchse der Pandora (La Bo\u00eete de Pandore, 1902) et Erdgeist (L&rsquo;Esprit de la terre, 1895) de Frank Wedekind, compos\u00e9 entre 1929 et la mort de Berg en 1935. Il est rest\u00e9 tr\u00e8s partiellement inachev\u00e9 et fut cr\u00e9\u00e9 sous cette forme en 1937 \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Zurich. Il a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9 en 1979 par Friedrich Cerha pour la version donn\u00e9e cette ann\u00e9e-l\u00e0 \u00e0 Paris sous la direction de Pierre Boulez dans une mise en sc\u00e8ne de Patrice Ch\u00e9reau.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Ce soir, nous sommes \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Bastille. La direction musicale a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 Michael Schonwandt, le metteur en sc\u00e8ne est Willy Decker, le d\u00e9cor et les costumes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s par Wolfgang Gussmann et Hans Toelstede se charge des lumi\u00e8res. Enfin, Laura Aikin joue Lulu. L\u2019orchestre s\u2019accorde. Sur la sc\u00e8ne, juch\u00e9e sur une \u00e9chelle, une femme-glotte patiente. Elle est cern\u00e9e par l\u2019arcade des dents, qui sont autant de portes ferm\u00e9es. En retrait, des moines en borsalino surplombent cette bouche. L\u2019antre rouge est\u00a0 un cirque.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L\u2019orchestre, entre Lulu et nous, est l\u2019organe vocal, le producteur de la voix r\u00e9elle.Les borsalino, juch\u00e9es sur les hauteurs de l\u2019ar\u00e8ne, fig\u00e9s, attendent le commencement. Lancement\u00a0: Lulu, sujet, objet, est plong\u00e9e dans un chaos d\u2019homme d\u00e9sirants.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Parfois, elle se vautre sur les l\u00e8vres de Dali. Lulu la poup\u00e9e passe de main en main. Les hommes poussent les portes, entre par effraction dans la bouche, en sortent pr\u00e9cipitamment. La bouche-cirque est un espace de non-droit, de non sens, que Lulu l\u2019enj\u00f4leuse essaie de diriger.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Lulu, exasp\u00e9rante h\u00e9ro\u00efne amn\u00e9sique, incapable de lever les yeux&#8230; Si Berg n\u2019a pas termin\u00e9 cet op\u00e9ra, peut-\u00eatre cet inach\u00e8vement a-t-il un sens. &#8211; <strong>anonyme<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Lulu, d&rsquo;apr\u00e8s Frank Wedekind, musique d&rsquo;Alan Berg, sous la direction de Michael Schonwandt et mis en sc\u00e8ne par Willy Decker \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Bastille. 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