{"id":12944,"date":"2019-04-17T13:14:24","date_gmt":"2019-04-17T11:14:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12944"},"modified":"2019-04-17T13:14:24","modified_gmt":"2019-04-17T11:14:24","slug":"goat-ben-duke-ballet-rambert-theatre-des-abbesses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12944","title":{"rendered":"Goat \/ Ben Duke &#8211; Ballet Rambert \/ Th\u00e9\u00e2tre des Abbesses"},"content":{"rendered":"\n<p>Au\nth\u00e9\u00e2tre des Abbesses, donc, \u00e0 20 heures ce mercredi 17 avril, le ballet Rambert\nqui nous vient du Royaume-Uni est men\u00e9 par Ben Duke afin de poser sur les\nplanches <em>Goat<\/em>. 55 minutes qui\ns&rsquo;ach\u00e8vent sur un \u00ab D\u00e9j\u00e0 ? \u00bb de la femme install\u00e9e devant moi, r\u00e9action \u00e0\nlaquelle consent volontiers ma voisine, exprimant toutes deux \u00e0 haute voix cette\nsensation que j\u2019ai de rester sur mon app\u00e9tit.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que c&rsquo;\u00e9tait bien. C&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s bien et c&rsquo;est bien le probl\u00e8me : on serait bien rest\u00e9s deux heures de plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce\nqu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien \u00e0 redire \u00e0 la musique. On secouait tous la t\u00eate, moutons,\nch\u00e8vres, sur les chansons de Nina Simone splendidement interpr\u00e9t\u00e9es par Nia\nLynn. On riait tous, et de bon c\u0153ur, quand Miguel Altunaga interrogeait, devant\nun cam\u00e9raman assidu et \u00e0 la fa\u00e7on un peu gauche d&rsquo;un reporter importun, les\ndanseurs en transes parodiques suppos\u00e9s illustrer \u00ab la trahison \u00bb, \u00ab\nl&rsquo;injustice \u00bb et \u00ab la stigmatisation des personnes tomb\u00e9es dans l&rsquo;addiction \u00bb.\nOn \u00e9tait immerg\u00e9s dans l&rsquo;histoire, celle de cette classe de danse qui\ns&#8217;embrasait sur les chansons de Nina Simone et qui choisissait, en rappelant\neffectivement le Sacre du Printemps, le sacrifice d&rsquo;un des leurs alors somm\u00e9 de\n\u00ab\u00a0<em>dance to the death.<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>La\nchor\u00e9graphie alliait mouvements saccad\u00e9s et fluides, des enchev\u00eatrements de\ncorps qui s&rsquo;effa\u00e7aient parfois pour crier les paroles de Nina Simone qui prenaient\nalors un tout au sens, celui de l\u2019engagement. <\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9ritable hommage \u00e0 la chanteuse, r\u00e9elle performance artistique, originale et \u00e9mouvante, j&rsquo;\u00e9tais heureuse de d\u00e9couvrir le ballet de Rambert et de red\u00e9couvrir Nina Simone. M\u00eame si le temps a pass\u00e9 trop vite, laissant tra\u00eener un go\u00fbt de trop peu qu\u2019on satisf\u00eet avec une playlist de Nina Simone en rentrant chez soi \u2013 et peut-\u00eatre \u00e9tait-ce l&rsquo;effet escompt\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Valentine Lesser<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Goat est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre r\u00e9alis\u00e9e par Ben Duke et le Ballet Rambert. Un ballet pour du th\u00e9\u00e2tre\u00a0? Car la danse raconte elle aussi une histoire, bien que l\u2019interpr\u00e9tation de mouvements reste tr\u00e8s abstraite et subjective.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette fois-ci, le metteur en sc\u00e8ne Ben Duke a pris parti d\u2019expliciter les mouvements exprim\u00e9s par les danseurs, par le moyen d\u2019un journaliste digne de BFM TV. Une mise en ab\u00eeme comique se cr\u00e9e quand ce journaliste de l\u2019extr\u00eame d\u00e9crit ce qu\u2019il voit sur sc\u00e8ne &#8211; sc\u00e8ne que nous voyons par nous m\u00eame mais aussi \u00e0 travers sa cam\u00e9ra. Il tente d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de nous apporter plus d\u2019informations \u00e0 partir de celles que nous avons tous sous nos yeux\u00a0: des femmes, des hommes, dansent sur une musique qui s\u2019impose \u00e0 eux. Expriment-ils quelque chose de plus conscient que les mouvements guid\u00e9s par la musique\u00a0? Souffrent-ils, sont-ils heureux, comment le savoir\u00a0? Le journaliste ne peut se contenter d\u2019imposer son regard \u00e9tranger \u00e0 ces gens, il doit savoir, tout savoir &#8211; jusqu\u2019\u00e0 demander \u00e0 l\u2019un des danseurs d\u00e9sign\u00e9 comme sacrifi\u00e9 ce qu\u2019il ressent quant \u00e0 sa mort prochaine &#8211; car \u00e0 l\u2019antenne on veut du gore, du glauque, du sensationnel, s\u2019immiscer dans l\u2019intimit\u00e9 des autres. Mais nous ne sommes pas plus avanc\u00e9s quand un danseur lui dit qu\u2019il exprime la haine \u00e0 travers sa danse, l\u2019autre la trahison, l\u2019autre le jugement\u2026 Au contraire, imposer une signification brise la magie m\u00eame de la danse, c\u2019est la r\u00e9duire. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien s\u00fbr sur un mode\ncomique que joue le journaliste, et c\u2019est en effet tr\u00e8s dr\u00f4le tant c\u2019est\nabsurde. Mais pourtant pas si \u00e9loign\u00e9 de notre r\u00e9alit\u00e9. <em>Goat<\/em> d\u00e9nonce bien l\u2019impudeur et l\u2019irrespect de certains m\u00e9dias\nd\u2019aujourd\u2019hui. Le journaliste lui m\u00eame comprend la perversit\u00e9 du r\u00f4le qu\u2019il a,\net s\u2019y refuse \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce pour prendre la place du danseur sacrifi\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00f4les sont ainsi poreux dans la\npi\u00e8ce&nbsp;: le journaliste remplace un danseur, les danseurs sont proche\nd\u2019\u00eatre acteurs par leur danse, les musiciens sont eux aussi danseurs (la\npianiste est \u00e0 elle m\u00eame un spectacle, tant elle vit ce qu\u2019elle joue). Bref,\ntous sont li\u00e9s et connect\u00e9s par un m\u00eame \u00e9l\u00e9ment : Nina Simone et sa musique\nvibratoire. <\/p>\n\n\n\n<p>La porosit\u00e9 des r\u00f4les est subtile\net bien faite car tous sont connect\u00e9s, except\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment qui m\u2019a paru hypocrite\nde la part du metteur en sc\u00e8ne. Il veut rendre hommage \u00e0 Nina Simone, une femme\nnoire qui s\u2019est battue pour que la soci\u00e9t\u00e9 reconnaisse les droits des personnes\nnoires. Pourtant, la chanteuse, Nia Lynn, est blanche. L\u00e0 n\u2019est pas le\nprobl\u00e8me, car je ne pense pas qu\u2019aujourd\u2019hui il faille limiter l\u2019attribution\nd\u2019un r\u00f4le selon une couleur de peau, qu\u2019un blanc puisse jouer un noir et un\nnoir un blanc afin de d\u00e9passer justement les st\u00e9r\u00e9otypes. Ce qui m\u2019a d\u00e9rang\u00e9\nest que ce soit une danseuse, noire, qui ouvre la sc\u00e8ne en chantant Nina\nSimone. Elle chante remarquablement bien, elle incarne Nina Simone, le temps\nde\u20265min. <\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi faire semblant\nd\u2019attribuer le r\u00f4le de Nina Simone \u00e0 une femme noire au d\u00e9but pour ensuite\nlaisser la voix de Nia Lynn prendre le dessus&nbsp;? Si Ben Duke a pris le\nparti de prendre pour chanteuse une blanche, qu\u2019il le prenne totalement. Et\ns\u2019il souhaite passer au dessus des couleurs, qu\u2019il fasse chanter la danseuse autant\nque Nia Lynn, car le fait d\u2019utiliser sa voix seulement au d\u00e9but la r\u00e9duit \u00e0 entrer\ndans le r\u00f4le d\u2019une noire plut\u00f4t que de la chanteuse Nina Simone. <\/p>\n\n\n\n<p>Mis \u00e0 part cet aspect qui me semble hypocrite, la pi\u00e8ce est excellente. Alternant th\u00e9\u00e2tre comique et danse expiatoire, les danseurs, acteurs et musiciens nous transportent sur le fil des voix Simoniesques. <\/p>\n\n\n\n<p>Romane Dietrich<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo : Foteini Christofilopoulou<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Au th\u00e9\u00e2tre des Abbesses, donc, \u00e0 20 heures ce mercredi 17 avril, le ballet Rambert qui nous vient du Royaume-Uni est men\u00e9 par Ben Duke afin de poser sur les planches Goat. 55 minutes qui s&rsquo;ach\u00e8vent sur un \u00ab D\u00e9j\u00e0 ? \u00bb de la femme [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":12945,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,90],"tags":[],"class_list":["post-12944","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-danse","category-theatre-des-abbesses"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12944","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12944"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12944\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12944"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12944"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12944"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}