{"id":12948,"date":"2019-04-16T13:39:22","date_gmt":"2019-04-16T11:39:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12948"},"modified":"2019-04-16T13:39:22","modified_gmt":"2019-04-16T11:39:22","slug":"jr-fc-bergman-la-villette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12948","title":{"rendered":"JR \/ FC Bergman &#8211; La Villette"},"content":{"rendered":"\n<p>Paris, Saison 2018-2019<strong>&nbsp;: <\/strong>la repr\u00e9sentation du lien associant monde\nde la finance et perte de sens semble \u00eatre le nouvel objet d&rsquo;\u00e9tude des sc\u00e8nes\nparisiennes. <\/p>\n\n\n\n<p>La programmation th\u00e9\u00e2trale d\u00e9voile en effet cette ann\u00e9e des cr\u00e9ations prenant source dans une litt\u00e9rature am\u00e9ricaine des ann\u00e9es 70-80, \u00e9poque o\u00f9 le m\u00e9dium du roman permettait sans doute de r\u00e9tablir contr\u00f4le dans (et sur\u00a0?) un monde dont la temporalit\u00e9 se subordonnait peu \u00e0 peu au nouveau rythme financier. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions&nbsp; <em>Joueurs<\/em> \u00e0 l\u2019Od\u00e9on plus t\u00f4t, <\/p>\n\n\n\n<p>Nous aurons <em>JR<\/em>\n\u00e0 la Villette ce soir.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous\nassistons ici \u00e0 une cr\u00e9ation de la troupe n\u00e9erlandaise FC Bergman, inspir\u00e9e du\nroman JR de William Gaddis (1975) &nbsp;d\u00e9crivant l\u2019ascension d\u2019un adolescent\ngravissant les \u00e9chelons financiers au gr\u00e9 de son audace, excitation et pouvoir\nmanipulateur. Repr\u00e9sentation prenant place \u00e0 la Grande Halle de la Villette\nmi-avril \u00e0 peine quelques jours. <\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est dire\u00a0: Tout va vite.<\/p>\n\n\n\n<p>Pi\u00e8ce\nde pr\u00e8s de 4 heures en flamand sur-titr\u00e9 en fran\u00e7ais, le spectateur entra\u00een\u00e9\ndans une cadence effr\u00e9n\u00e9e se laisse ainsi d\u00e9passer et d\u00e9vorer par un rythme\nravageur, ne lui laissant &nbsp;(heureusement!) pas l\u2019occasion de s\u2019ennuyer.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9mesure et \u00e9clatement. Energie\nd\u00e9bordante qui se retrouve \u00e0 tous les \u00e9tages; expression qui prend un sens\nconcret puisque le d\u00e9cor consiste en un immeuble de quatre \u00e9tages (repr\u00e9sentant\ndivers lieux d\u2019action) au sein desquels se meuvent com\u00e9diens au jeu magnifiquement\nd\u00e9brid\u00e9 et \u00e9quipe technique \u00e0 l\u2019agilit\u00e9 \u00e9bouriffante. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019immeuble au centre, quatre blocs de rang\u00e9es de spectateurs entourent donc la sc\u00e8ne, permettant ainsi \u00e0 chaque bloc de faire face \u00e0 une fa\u00e7ade -et en cons\u00e9quence \u00e0 une repr\u00e9sentation- diff\u00e9rente. L\u2019action principale reste cependant toujours projet\u00e9e sur un \u00e9tage de l\u2019immeuble. Ce proc\u00e9d\u00e9 est mis en place par l\u2019interm\u00e9diaire de volets ferm\u00e9s permettant \u00e0 l\u2019\u00e9tage ainsi clos de faire office d\u2019\u00e9cran. La projection est, \u00e0 l\u2019image des com\u00e9diens, elle aussi dynamique puisqu\u2019\u00e9voluant d\u2019\u00e9tages en \u00e9tages au fur et \u00e0 mesure de la pi\u00e8ce. \u00a0Par ailleurs, on se doit de rendre hommage au(x) vid\u00e9aste(s) captant l\u2019action de mani\u00e8re instantan\u00e9e, ouvrant regard \u00e0 une esth\u00e9tique d\u2019une beaut\u00e9 telle que justifiant soudain toute la pertinence de l\u2019entrelacement des media au th\u00e9\u00e2tre. On citera notamment l&rsquo;\u00e9merveillement produit par la figuration de l\u2019ivresse d\u2019un personnage : tangage et tango entre cam\u00e9ra et com\u00e9dien donnant lieu \u00e0 une chor\u00e9graphie qui transforma une image commune en une exp\u00e9rience hypnotique.<\/p>\n\n\n\n<p>Action, jeu, dialogues, montage, d\u00e9montage, effets sp\u00e9ciaux, vid\u00e9os, sc\u00e9nographie : Tout est r\u00e9gl\u00e9 comme sur du papier \u00e0 musique. <\/p>\n\n\n\n<p>Glissement\nd\u2019autant plus ironique quand on le confronte \u00e0 la vision r\u00e9p\u00e9t\u00e9e des feuillets\n\u00e0 musique du personnage principal (musicien-compositeur) qui lui se laisse\nd\u00e9border par le rythme de l\u2019adr\u00e9naline financi\u00e8re -au point de perdre le fil tant\nde ses partitions comme de ses d\u00e9cisions. <\/p>\n\n\n\n<p>Energie lib\u00e9ratrice qui apporte cet apaisement propre \u00e0 la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale. Tout se met en place comme si nous, spectateurs, p\u00e9n\u00e9trant cette action \u00e9parpill\u00e9e, cette sc\u00e8ne multiple, ce jeu effr\u00e9n\u00e9, nous nous autorisions nous aussi \u00e0 nous laisser d\u00e9border pour ensemble \u00e0 la fois constituer et transcender cet \u00e9clatement.<\/p>\n\n\n\n<p>Effusion sans retour moralisateur, perte de sens\nmise en avant sans condescendance ou r\u00e9ponse pr\u00e9con\u00e7ue, prises de risques\nsc\u00e9nographiques, tentatives et approches stimulantes (sur une th\u00e9matique o\u00f9 il\nest pourtant ais\u00e9 de basculer dans la br\u00e8che du lieu commun et de l\u2019insipide\nassoci\u00e9)&nbsp;; en r\u00e9sum\u00e9, une pi\u00e8ce procure plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>On en retiendra : la jouissance est dans l\u2019explosion ! Et maintenant, musique\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Mona El Guebali<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Au th\u00e9\u00e2tre de la Villette le collectif FC Bergman pr\u00e9sente son nouveau spectacle <em>JR<\/em>, adapt\u00e9\ndu roman de William Gaddis. Jr, est un jeune gar\u00e7on dot\u00e9 de beaucoup de sang-froid et de peu de\nsens moral qui va d\u00e9cider de s&rsquo;attaquer aux march\u00e9s financiers pour les conqu\u00e9rir et mettre ainsi en\nlumi\u00e8re un syst\u00e8me pr\u00e9caire dont l&rsquo;effondrement n&rsquo;est jamais loin.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Le dispositif est original : une tour de quatre \u00e9tages qui n&rsquo;est pas sans rappeler celles qui\npeuplent les quartiers d&rsquo;affaire des grandes villes, sur les c\u00f4t\u00e9s de laquelle est retransmis en direct\ndes prises de vue des com\u00e9diens qui sont film\u00e9s en permanence tandis qu&rsquo;ils jouent pour permettre\naux spectateurs situ\u00e9s des quatre c\u00f4t\u00e9s de la tour de toujours voir l&rsquo;action. Aussi la mise en sc\u00e8ne\npermet une transparence absolue, m\u00e9taphore de notre soci\u00e9t\u00e9 dont le d\u00e9sir de transparence impr\u00e8gne\nd\u00e9sormais tous les domaines, aussi hypocrite soit-il.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Avec cet impressionnant d\u00e9cor de quatre \u00e9tages le collectif d\u00e9nonce un syst\u00e8me capitaliste\nfond\u00e9 sur le vide, men\u00e9 par quelques individus de pouvoir qui semblent eux-m\u00eames ne pas\ncomprendre r\u00e9ellement ce qu&rsquo;ils font et qui menacent d&rsquo;exploser \u00e0 chaque instant. Le d\u00e9sordre\nsemble r\u00e9gner tout au long de la pi\u00e8ce, que ce soit \u00e0 cause de l&rsquo;encha\u00eenement succinct des situations,\nde la musique de fond rapide qui rappelle le tic-tac d&rsquo;une horloge, symbole d&rsquo;un monde en\nperp\u00e9tuelle acc\u00e9l\u00e9ration, et des gros plans des visages des com\u00e9diens qui sont projet\u00e9s sur les c\u00f4t\u00e9s\nde la tour. Cependant, la mise en sc\u00e8ne calibr\u00e9e prouve un encha\u00eenement savamment orchestr\u00e9.\n<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne m\u00eale donc th\u00e9\u00e2tre et cin\u00e9ma, et s&rsquo;il semble original et int\u00e9ressant au d\u00e9but,\nle dispositif finit par lasser. M\u00eame si les com\u00e9diens continuent de se d\u00e9placer en parall\u00e8le des\nsc\u00e8nes projet\u00e9es, l&rsquo;attention qui leur est port\u00e9e reste minime. Le plaisir d&rsquo;assister \u00e0 un spectacle\nvivant dispara\u00eet tant le regard est attir\u00e9 par les \u00e9crans. On a alors l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre au cin\u00e9ma mais\nsans avoir non plus la qualit\u00e9 d&rsquo;un film qui aurait \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 au pr\u00e9alable. On comprend que\nl&rsquo;objectif est de mettre en place une esp\u00e8ce de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 pour d\u00e9noncer les \u00e9volutions des soci\u00e9t\u00e9s\nmodernes au sein desquelles les gens appr\u00e9hendent la vie et s&rsquo;informent plus \u00e0 travers les \u00e9crans\nqu&rsquo;en existant dans le monde r\u00e9el ; cependant cela n&#8217;emp\u00eache pas de provoquer une certaine\nlassitude.\n<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;objectif de la pi\u00e8ce est donc de d\u00e9noncer les effets n\u00e9fastes du syst\u00e8me capitaliste et, mais\nen m\u00eame temps la critique reprend les arguments classiques et manquent bien souvent d&rsquo;originalit\u00e9.\nOn a le sentiment d&rsquo;assister \u00e0 une \u00e9ni\u00e8me redite des m\u00e9faits du capitalisme sans pour autant trouver\ndans la pi\u00e8ce des id\u00e9es innovantes ou des propositions originales qui pourraient justement pallier\naux probl\u00e8mes caus\u00e9s par ce syst\u00e8me.\n<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, les personnages fr\u00f4lent tous la caricature : l&rsquo;homme d&rsquo;affaire sans c\u0153ur, le jeune\ngar\u00e7on surdou\u00e9, l&rsquo;intellectuel introverti, la femme s\u00e9ductrice sur le d\u00e9clin, la drogu\u00e9 rendue idiote\npar les stup\u00e9fiants&#8230; Tous contiennent leur lot de st\u00e9r\u00e9otypes, emp\u00eachant malheureusement une\nquelconque profondeur psychologique des personnages.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que <em>JR <\/em>partait sans doute avec de bonnes intentions, que ce soit par sa mise en sc\u00e8ne ou par le choix du sujet trait\u00e9, la pi\u00e8ce p\u00eache par un exc\u00e8s de st\u00e9r\u00e9otypes et de ressassement d&rsquo;id\u00e9es d\u00e9j\u00e0 bien connues. Ainsi, la repr\u00e9sentation qui s&rsquo;\u00e9tend sur plus de trois heures, ne manque pas de lasser son spectateur. <\/p>\n\n\n\n<p>Ana\u00efs Mass\u00e9na<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo :  Kurt van der Elst<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Paris, Saison 2018-2019&nbsp;: la repr\u00e9sentation du lien associant monde de la finance et perte de sens semble \u00eatre le nouvel objet d&rsquo;\u00e9tude des sc\u00e8nes parisiennes. 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