{"id":12951,"date":"2019-04-18T14:06:22","date_gmt":"2019-04-18T12:06:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12951"},"modified":"2019-04-18T14:06:22","modified_gmt":"2019-04-18T12:06:22","slug":"la-passion-selon-saint-matthieu-jordi-savall-philharmonie-de-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12951","title":{"rendered":"La passion selon Saint-Matthieu \/ Jordi Savall &#8211; Philharmonie de Paris"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab\u00a0O  Lamm Gottes unschuldig\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0\u00d4 innocent Agneau de Dieu\u00a0\u00bb. Par ces mots,  les voix ang\u00e9liques des enfants s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour annoncer le protagoniste d\u2019un oratorio monumental. Ce jeudi saint de l\u2019an 2019, la salle Pierre  Boulez de la Philharmonie a retenti d\u2019accents m\u00e9ditatifs et douloureux\u00a0:  le Concert des Nations et la Capella Reial de Catalunya, dirig\u00e9s par  Jordi Savall, y repr\u00e9sentaient la Passion selon  Saint Matthieu de Bach. Concert \u00e9mouvant par sa perfection musicale, sa  profondeur religieuse, la double nature de cette \u0153uvre \u00e0 la fois  pleinement humaine et si proche du divin. Oui, cet oratorio constitue  sans nulle doute un chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019abondante production  de Bach. Durant trois heures, ce compositeur de g\u00e9nie a tenu \u00e0 rappeler  dans un drame en deux parties l\u2019\u00e9v\u00e9nement fondateur du christianisme,  tout en proposant une m\u00e9ditation sur la condition humaine et sur le  statut du chr\u00e9tien.<\/p>\n\n\n\n<p>Bach  articule admirablement son oratorio en alternant trois types de chants.  Dans les r\u00e9citatifs, proches du texte biblique, l\u2019\u00e9vang\u00e9liste  narre les \u00e9v\u00e9nements de la Passion, mis en \u0153uvre par les protagonistes.  Les arias, interpr\u00e9t\u00e9s par des solistes, interrompent la narration pour  en proposer un commentaire ou une m\u00e9ditation. Quant aux chorals, ils  sont l\u2019expression d\u2019une communaut\u00e9, soit celle  des Juifs de jadis, soit celle des chr\u00e9tiens d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Le  drame s\u2019ouvre sur un choral de l\u2019assembl\u00e9e des chr\u00e9tiens, r\u00e9partie en  double ch\u0153ur. Les fid\u00e8les s\u2019interrogent et se r\u00e9pondent, attrist\u00e9s  \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la mort du Christ. Leurs lamentations, amplifi\u00e9es par le  chant des enfants, annoncent le ton de la pi\u00e8ce, \u00e0 la fois tragique et  sublime. Puis, les r\u00e9citatifs se succ\u00e8dent pour nous pr\u00e9senter le  dernier repas du Christ. L\u2019annonce de la trahison  de Judas donne lieu \u00e0 un vigoureux choral des disciples r\u00e9volt\u00e9s, puis \u00e0  une d\u00e9ploration des chr\u00e9tiens attrist\u00e9s. Apr\u00e8s l\u2019apog\u00e9e que constitue  l\u2019institution solennelle de l\u2019eucharistie, le Christ se retire avec ses  disciples sur le Mont des Oliviers pour y  veiller. Heures sombres s\u2019achevant sur la d\u00e9chirante arrestation de  J\u00e9sus.<\/p>\n\n\n\n<p>La  seconde partie, plus intense, repr\u00e9sente la Passion du Christ \u00e0  proprement parler. Alors que le Christ est accus\u00e9 de blasph\u00e8me par le  grand-pr\u00eatre,  Pilate refuse de prononcer sa condamnation et s\u2019en remet au jugement du  peuple. \u00ab\u00a0Er ist des Todes schuldig\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9crie alors le ch\u0153ur en une  fugue aussi vivace que violente. Au m\u00eame moment, Pierre renie par trois  fois le Christ, se faisant l\u2019image des hommes  qui ont tous rejet\u00e9 le Messie\u00a0: tel est le sujet du magnifique aria  \u00ab\u00a0Erbame dich\u00a0\u00bb. La mont\u00e9e du Golgotha, la crucifixion et les derni\u00e8res  paroles du Christ vont crescendo jusqu\u2019au cri de la d\u00e9livrance. Le drame  s\u2019ach\u00e8ve sur un choral touchant, simple mais  profond, o\u00f9 l\u2019assembl\u00e9e souhaite au Christ un bon repos.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet  oratorio d\u2019une grande puissance dramatique sublime le r\u00e9cit de  l\u2019\u00e9vang\u00e9liste par une succession de tableaux vari\u00e9s, tant\u00f4t narration  rapide  d\u2019\u00e9v\u00e9nements intenses, tant\u00f4t m\u00e9ditation sur le sacrifice du Christ ou  sur la place du chr\u00e9tien. Les \u00e9motions se succ\u00e8dent, de la col\u00e8re aux  larmes, de la passion \u00e0 la compassion. La ma\u00eetrise de l\u2019orchestre et du  ch\u0153ur ne fait qu\u2019ajouter \u00e0 la violence de ces  mouvements. Bach nous entra\u00eene ainsi dans le r\u00e9cit des \u00e9vangiles avec  \u00e9nergie, de fa\u00e7on vivante, alors que la diversit\u00e9 des chants pallie  l\u2019absence de mise en sc\u00e8ne. Nous vibrons alors lors de l\u2019institution de  la C\u00e8ne ou de la crucifixion, nous pleurons avec  les disciples et Pierre, nous nous recueillons comme les femmes au pied  de la croix. Le g\u00e9nie de Bach est surtout d\u2019avoir tant int\u00e9gr\u00e9 le  fid\u00e8le dans son \u0153uvre. Le chr\u00e9tien peut s\u2019identifier au ch\u0153ur et revivre  avec eux les \u00e9v\u00e9nements de la Passion, soit dans  le feu de l\u2019action, soit dans un recul m\u00e9ditatif. Croyant ou non, tout  homme peut aussi ressentir par la musique la ferveur spirituelle de Bach  et sa compr\u00e9hension de la divinit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9ment Gaufr\u00e8s<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>La Passion selon saint\nMatthieu, jou\u00e9e le jeudi saint 18 avril 2019 \u00e0 la Philharmonie de Paris, figure\nparmi les plus grandes \u0153uvres de Bach. Passion <em>taill\u00e9e sur mesure<\/em> pour \u00eatre jou\u00e9e dans l\u2019\u00e9glise saint Thomas \u00e0 Leibniz\n\u2013 raison pour laquelle elle comprend deux ch\u0153urs, deux orchestres et deux\norgues. Naturellement, il y a une sorte de d\u00e9calage lorsque cette \u0153uvre est\njou\u00e9e dans un lieu profane.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette Passion, mieux qu&rsquo;un sermon banal,\nest le plus puissant des auxiliaires de la m\u00e9ditation. Ainsi la musique remplit\nla plus haute de ses missions : celle de rapprocher l&rsquo;homme de Dieu. Car Bach\nne divertit pas, il \u00e9difie. Sa musique est ex\u00e9g\u00e9tique&nbsp;; il commente l&rsquo;id\u00e9e\nparfois, l&rsquo;image souvent, le mot toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Bach est sans doute le seul compositeur\nqui soit en mesure de nous d\u00e9livrer du d\u00e9sir de toute autre musique, comme la\nfemme qu&rsquo;on aime nous lib\u00e8re du d\u00e9sir de toute autre femme. L&rsquo;amour et la\nmusique sont une seule et m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, donn\u00e9e sous deux \u00e9tats diff\u00e9rents. C\u2019est\npourquoi Bach a r\u00e9dig\u00e9 cette Passion du Christ, mettant ainsi en musique la\nmort de l\u2019Amour incarn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Bach a rendu sensible le temps et\nl&rsquo;amour aux hommes les plus simples. Il leur suffit pour cela d&rsquo;\u00eatre munis de\ndeux oreilles et d&rsquo;un c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on pense \u00e0 un compositeur aussi\ninventif et rigoureux que Bach, dont certaines \u0153uvres d\u00e9notent \u00e0 la fois d&rsquo;une\ncomplexit\u00e9 \u00e9tourdissante et d&rsquo;un naturel d\u00e9concertant, on est pris de vertige,\net l&rsquo;on se dit qu&rsquo;un homme ne peut pas avoir \u00e9crit cela sans l&rsquo;aide de Dieu. Bach\nest, musicalement parlant, <em>au-dessus de\nlui-m\u00eame<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La perfection du travail de Bach ne doit\npas nous faire oublier qu&rsquo;il a lui aussi \u00e9volu\u00e9, t\u00e2tonn\u00e9, cherch\u00e9. La\ncomparaison des deux Passions, \u00e9crites \u00e0 huit ans de distance, en est un\nt\u00e9moignage. De Saint Jean \u00e0 Saint Matthieu, il n&rsquo;a pas seulement \u00e9quilibr\u00e9 la\nlongueur de ses morceaux ou assoupli son vocabulaire, il a aussi am\u00e9lior\u00e9 des\ntrouvailles dramatiques qui n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;esquiss\u00e9es dans l&rsquo;a\u00een\u00e9 des deux\nchefs-d&rsquo;\u0153uvre \u2014 par exemple le <em>Ich bin&rsquo;s<\/em>\ndu choral r\u00e9pondant \u00e0 la question des disciples : \u00ab Ma\u00eetre, dites-nous qui est\nle tra\u00eetre ? \u00bb. Il est devenu tr\u00e8s difficile de jouer Bach ainsi.\nTout a \u00e9t\u00e9 essay\u00e9, depuis Fischer jusqu&rsquo;\u00e0 Gould. Jordi Savall ne fait pas\nexception et y va de \u00ab\u00a0son style\u00a0\u00bb, de ses petites manies et mani\u00e8res.\nN\u00e9anmoins, il parvient \u00e0 faire ressortir cette minutie du d\u00e9tail, cette\nperfection qui caract\u00e9rise Bach. Malgr\u00e9 le contrepoint qui rend le calcul\nmalais\u00e9, lorsque J\u00e9sus annonce que l\u2019un des douze va le trahir, on entend\nseulement onze r\u00e9ponses.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est commun de s&rsquo;extasier sans fin sur\nJean-S\u00e9bastien Bach, le plus grand musicien de tous les temps. \u00c0 juste titre.\nCependant, il faudrait prendre le probl\u00e8me \u00e0 l&rsquo;envers. Si le sommet de la\npyramide musicale se confond avec ce compositeur, ne serait-ce pas parce que\ntout a \u00e9t\u00e9 fait, dans notre monde, pour nous conduire \u00e0 lui ? Mon hypoth\u00e8se est\nque le monde aurait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 et construit pour qu&rsquo;il nous soit impossible de\nne pas placer Bach \u00e0 la place qui est la sienne : au sommet et au centre. <\/p>\n\n\n\n<p>Soit Bach est le r\u00e9sultat de la civilisation\neurop\u00e9enne, soit il en est le cr\u00e9ateur ; soit il en est l&rsquo;aboutissement ultime,\nsoit il en est le point de d\u00e9part. Soit elle provient de lui, soit il provient\nd&rsquo;elle. D&rsquo;o\u00f9 sa proximit\u00e9 avec Dieu. Soit le monde a rendu possible Bach, soit\nc&rsquo;est Bach qui a rendu possible le monde que nous aimons. Mais dans ce double\nmouvement, le moteur est toujours l&rsquo;amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre-Hugues Barr\u00e9<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>La passion selon Saint Matthieu: un duo Bach-Savall bouleversant\n<\/p>\n\n\n\n<p>Jeudi 18 avril dernier, la Philharmonie de Paris pr\u00e9sentait un moment musical\nparticuli\u00e8rement \u00e9mouvant : la Passion selon Saint Matthieu, dirig\u00e9e par Jordi Savall, \u00e0 la t\u00eate\ndu Concert des Nations, de la Capella Reial de Catalunya, de la Ma\u00eetrise du conservatoire de\nDole (Franche-Comt\u00e9) auxquels se joignaient de nombreux solistes. Tout d\u2019abord, la chose la\nplus frappante, c\u2019est l\u2019humilit\u00e9 profonde du maestro, qui n\u2019est pas excessivement\nd\u00e9monstratif, mais plut\u00f4t d\u2019une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 humaniste au service de sa virtuosit\u00e9.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Notons que Jordi Savall s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat\u00e9 \u00e0 cet exercice l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, en dirigeant la\nPassion selon Saint Marc, et qu\u2019il le r\u00e9it\u00e9rera l\u2019an prochain, avec la Passion selon Saint Jean.\nL\u2019\u0153uvre de ce jeudi est un oratorio (c\u2019est-\u00e0-dire un genre musical dramatique, g\u00e9n\u00e9ralement\nsacr\u00e9, non repr\u00e9sent\u00e9, pour solistes, ch\u0153ur et instruments) de Jean-S\u00e9bastien Bach, dont la\npremi\u00e8re aurait eu lieu le vendredi Saint 1727. C\u2019est une pi\u00e8ce monumentale, en t\u00e9moigne le\ntemps d\u2019ex\u00e9cution (environ trois heures), bijou de la musique baroque. Conform\u00e9ment aux\nindications du compositeur, les chanteurs de La Capella Reial de Catalunya et les musiciens\ndu Concert des Nations forment deux ensembles distincts afin de parfaitement traduire une\ncertaine dualit\u00e9 et d\u2019accro\u00eetre l\u2019effet d\u2019amplitude. Tout est majestueux, et la temp\u00e9rance est au\nservice de la magnificence. L\u2019Evang\u00e9liste y occupe une place magistrale (Florian Sievers,\nt\u00e9nor), aux c\u00f4t\u00e9s des autres protagonistes du drame qui interviennent r\u00e9guli\u00e8rement, ainsi que\nla foule, repr\u00e9sent\u00e9e par un ch\u0153ur \u00e0 l\u2019antique, qui donne un aspect tragique \u00e0 l\u2019ensemble de\nl\u2019\u0153uvre. Des airs sont repris r\u00e9guli\u00e8rement, chant\u00e9s pas les solistes, aux moments les plus\ncruciaux, qui harmonisent l\u2019ensemble de la pi\u00e8ce : ce sont les Aria da capo, qui permettent de\nfaire triompher les capacit\u00e9s vocales de chacun des chanteurs.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit donc d\u2019une \u0153uvre monumentale, dont le sujet, la Passion, vient bousculer nos\n\u00e9motions les plus profondes, que nous soyons croyant ou non. En effet, l\u2019abandon, l\u2019affliction\net la d\u00e9tresse lib\u00e8rent regrets et pleurs : l\u2019ap\u00f4tre Pierre (Marco Scavazza, basse), apr\u00e8s avoir\nreni\u00e9 le Christ par trois fois, exprime ses amers remords, en se rem\u00e9morant que J\u00e9sus avait\npr\u00e9vu ce reniement : \u00abErbarme dich, mein Gott, \u00ab Aie piti\u00e9, mon Dieu \u00bb). La th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 de\nl\u2019\u0153uvre accro\u00eet \u00e9norm\u00e9ment l\u2019aspect dramatique de ce qui est racont\u00e9 : Jordi Savall a su\ndiriger l\u2019ensemble avec une grande justesse, dynamis\u00e9 par ces diff\u00e9rentes entit\u00e9s qui\nl\u2019enrichissent: toutes les paroles rapport\u00e9es dans le r\u00e9cit sont chant\u00e9es par des voix\ndiff\u00e9rentes, telles que celle de J\u00e9sus (Matthias Winckhler, baryton), Judas (Marc Mauillon,\nbaryton), Ponce Pilate (Markus Volpert, baryton), et bien d\u2019autres qu\u2019il serait ardu de\n<\/p>\n\n\n\n<p>nommer, tant elles \u00e9taient nombreuses, mais \u00f4 combien talentueuses. L\u2019intensit\u00e9 des chants\nainsi que des d\u00e9clamations permettent la mise en place d\u2019une narration fluide et \u00e9quilibr\u00e9e\nentre deux parties aussi bien r\u00e9ussies l\u2019une que l\u2019autre. Ainsi, l\u2019\u00e9motion est constamment\npr\u00e9sente, m\u00eame si, on le sent bien, reste contenue derri\u00e8re une ferveur sobre.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Seul petit b\u00e9mol qui n\u2019entrave en rien le bilan franchement positif de cette Passion : un grand\nnombre de personnes a quitt\u00e9 la salle avant m\u00eame la conclusion, et bien plus encore avant de\nprendre le temps d\u2019applaudir le maestro et les siens, en raison de l\u2019heure tardive. Il \u00e9tait\nminuit pass\u00e9 quand les derni\u00e8res voix se sont tues. Voir une salle se vider aussi rapidement\nalors que les chanteurs et musiciens n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9s pour saluer est un\nph\u00e9nom\u00e8ne f\u00e2cheux, surtout quand c\u2019est si flagrant, et sans doute m\u00eame navrant pour les\nartistes. N\u00e9anmoins, le tonnerre d\u2019applaudissement (\u00e0 faire ressusciter les morts),\nassourdissant, fut la preuve d\u2019une r\u00e9ussite compl\u00e8te, et d\u2019un enthousiasme passionn\u00e9 pour\nJordi Savall et les artistes qui l\u2019accompagnaient.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Marisol Roullier <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Sous un tonnerre d\u2019applaudissements, Jordi Savall s\u2019avance sur la sc\u00e8ne de la grande salle\nPierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Pionnier dans l\u2019art de mettre \u00e0 nouveau en lumi\u00e8re des\noeuvres d\u00e9laiss\u00e9es ou m\u00e9connues, il dirige ce soir-l\u00e0 la Passion selon Saint Matthieu, cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Saint-\nThomas en 1727 par Jean-S\u00e9bastien Bach. Sous sa baguette, l\u2019on retrouve des institutions musicales\nque ce ma\u00eetre du baroque a lui-m\u00eame fond\u00e9es. Ainsi, la partie orchestrale de la Passion est jou\u00e9e par\nLe Concert des Nations, et le choeur est confi\u00e9 \u00e0 La Capella Reial de Catalunya.\n<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>Passion<\/em>, d\u2019inspiration protestante luth\u00e9rienne, est d\u2019abord l\u2019ensemble des textes liturgiques qui\nfont r\u00e9f\u00e9rence aux derni\u00e8res heures de la vie du Christ. Elle s\u2019appuie \u00e0 la fois sur le texte de\nl\u2019\u00c9vangile de Saint Matthieu et les commentaires, que l\u2019on nomme <em>arias <\/em>lorsqu\u2019ils sont chant\u00e9s.\nL\u2019oeuvre alterne les prises de paroles musicales entre les principaux protagonistes et la foule,\nqu\u2019incarne le choeur dans un mod\u00e8le antique. Toute la structure de la <em>Passion <\/em>qu\u2019a compos\u00e9e Bach\nen s\u2019appuyant sur le texte de Matthieu est articul\u00e9e autour de cette dualit\u00e9 entre le chant soliste des\nr\u00e9citatifs des personnages impliqu\u00e9s dans l\u2019action et les \u00e9pisodes choraux. Les d\u00e9tails de l\u2019action\nsont constamment mis en exergue par la ligne musicale que tient l\u2019\u00c9vang\u00e9liste, r\u00f4le ici confi\u00e9 au\nt\u00e9nor Florian Si\u00e9vers, et dont la partition est presque uniquement un <em>recitativo secco<\/em>. Les r\u00e9citatifs\nde l\u2019\u00c9vang\u00e9liste sont ponctu\u00e9s par la prise de parole musicale des autres protagonistes. Les ap\u00f4tres\nont donc ainsi des r\u00f4les de chanteurs solistes. Les barytons Matthias Winckhler, Marc Mauillon,\nJavier Jim\u00e9nez-Cuevas et Markus Volpert chantent respectivement les r\u00f4les de J\u00e9sus, Judas, le\nGrand pr\u00eatre et Ponce Pilate. La partition de Pierre est quant \u00e0 elle confi\u00e9e au basse Marco\nScavazza.\n<\/p>\n\n\n\n<p>La disposition du double choeur, de l\u2019orchestre et des solistes sur sc\u00e8ne fait \u00e9cho \u00e0 la disposition\nclassique que requiert l\u2019organisation musicale de l\u2019oeuvre. En effet, la <em>Passion <\/em>n\u2019exige ni\nsc\u00e9nographie ni mise en sc\u00e8ne puisque Bach adopte pour le texte de Matthieu la forme d\u2019un drame\nsonore, un oratorio. La <em>Passion <\/em>que compose Bach est l\u2019arch\u00e9type de ce genre musical, que l\u2019on\npeut aussi qualifier d\u2019op\u00e9ra d\u2019\u00e9glise, et qui s\u2019appuie sur le mod\u00e8le de l\u2019<em>opera seria <\/em>italien de\nl\u2019\u00e9poque. Forte de soixante-huit sections, divis\u00e9es en deux parties, cette oeuvre monumentale peut\npara\u00eetre tr\u00e8s fragment\u00e9e, tant la prise de parole des personnages et du choeur varie dans leur dur\u00e9e,\nleur forme musicale et leur importance dans l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019action. La <em>Passion <\/em>s\u2019articule autour du\nr\u00e9cit, qui indique l\u2019avanc\u00e9e de la trame principale, des <em>arias <\/em>qui sont les commentaires d\u2019un\nchanteur qui exprime sa r\u00e9action et qui sont eux-m\u00eames introduits par des <em>ariosos, <\/em>et les chorals,\nqui constituent une pause dans la lecture et repr\u00e9sentent les commentaires et les r\u00e9actions de\nl\u2019assembl\u00e9e des croyants. Les <em>ariosos<\/em>, sorte de petits r\u00e9sum\u00e9s permettant d\u2019encha\u00eener le r\u00e9cit et\nl\u2019aria, sont l\u2019oeuvre du librettiste Picander, avec qui Bach travaille pour la mise en musique de la\nPassion.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Jordi Savall dirige d\u2019une main ferme et clairvoyante les musiciens et les solistes, participant, par la\nsimplicit\u00e9 et l\u2019humilit\u00e9 de sa double position de chef d\u2019orchestre et de choeur, au d\u00e9pouillement\nvisuel que requiert la <em>Passion<\/em>. Une telle aust\u00e9rit\u00e9 sc\u00e9nique, pour une oeuvre si longue, doit \u00eatre\nper\u00e7ue comme une invitation \u00e0 s\u2019immerger totalement dans tout ce que la <em>Passion <\/em>d\u00e9livre, tant d\u2019un\npoint de vue musical et auditif, que religieux et m\u00e9ditatif. Dans son organisation musicale et ses\nharmonies, illustrant l\u2019un des plus importants \u00e9pisodes bibliques, la <em>Passion <\/em>de Bach r\u00e9sonne\nmagistralement comme la parfaite alliance de l\u2019art et de la spiritualit\u00e9, de la cr\u00e9ation et du divin.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Ir\u00e8ne Michaud<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo : Molina Visuals<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >\u00ab\u00a0O Lamm Gottes unschuldig\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0\u00d4 innocent Agneau de Dieu\u00a0\u00bb. Par ces mots, les voix ang\u00e9liques des enfants s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour annoncer le protagoniste d\u2019un oratorio monumental. 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