{"id":12957,"date":"2019-04-08T15:03:03","date_gmt":"2019-04-08T13:03:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=12957"},"modified":"2019-04-08T15:03:03","modified_gmt":"2019-04-08T13:03:03","slug":"hard-to-be-soft-oona-doherty-theatre-de-la-bastille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=12957","title":{"rendered":"Hard to be soft \/ Oona Doherty &#8211; Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019est lors d\u2019un spectacle court mais incisif que nous rencontrons une nouvelle venue sur la sc\u00e8ne de la danse, Oona Doherty. Pour la deuxi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive, le th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9 \u00e0 vocation publique, accueille quatre chor\u00e9graphes explorant les rapports entretenus entre les corps et les traditions et territoires dans lesquels ils \u00e9voluent en s\u2019associant avec l\u2019Atelier de Paris &#8211; Centre de d\u00e9veloppement chor\u00e9graphique national. Pour le seconde ann\u00e9e de la repr\u00e9sentation de la performance <em>Hard To Be Soft<\/em>, la chor\u00e9graphe consacre un deuxi\u00e8me pan \u00e0 la quadripl\u00e9gie de la ville dans laquelle elle a grandit, Belfast, en Irlande du Nord. Nous pouvons penser que Oona Doherty nous livre une pi\u00e8ce politique en retranscrivant avec une justesse surprenante les fragments d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 sociale et intime par une gestuelle et des attitudes propres aux Irlandais du Nord qui crient, vocif\u00e8rent dans les rues, se bagarrent, se r\u00e9concilient, dialoguent dans des bars. Cependant, il s\u2019agit plut\u00f4t pour la chor\u00e9graphe de tenter d\u2019exp\u00e9rimenter \u00e0 travers son propre corps et celui d\u2019autres com\u00e9diens talentueux dans leur don d\u2019imitation un terrain d\u2019expression pour \u00e9voquer le croisement entre des territoires intimes, aux enjeux politiques et g\u00e9ographiques divers et aux cultures et imaginaires personnels. <\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur un groupe de trois jeunes, t\u00eates baiss\u00e9es, en bas de surv\u00eatements et\naux capuches relev\u00e9es \u00e0 l\u2019avant de la sc\u00e8ne au pr\u00e8s d\u2019un feu de camp, avant de laisser place \u00e0\nune chor\u00e9graphie, dans\u00e9e par Oona Doherty elle-m\u00eame. En s\u2019inspirant d\u2019une gestuelle propre au\nhip-hop, aux gestes saccad\u00e9s, la chor\u00e9graphe retranscrit des mouvements extr\u00eamement\nexpressifs et puissants, qui viennent mettre en lumi\u00e8re des st\u00e9r\u00e9otypes de classe et de genre aux\nintonations tout aussi arrogantes que fragiles, qu\u2019il est important de remettre en question. \u00c0 un\nenvironnement hostile, dur et rigide dans sa formation hi\u00e9rarchis\u00e9e de st\u00e9r\u00e9otypes de classe et de\ngenre, Oona Doherty cherche \u00e0 entrevoir une certaine beaut\u00e9 de la ville o\u00f9 elle a v\u00e9cu, et o\u00f9 les\nhabitants \u00ab m\u00e9ritent de la douceur \u00bb comme elle l\u2019exprime si ardemment dans sa pi\u00e8ce. Comment\nretranscrire un besoin de paix, une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019apaisement dans une ville aux rapports\nconflictuels, rel\u00e9gu\u00e9e \u00e0 la stigmatisation de la d\u00e9linquance et de la violence sociale ? Tout l\u2019enjeu\nde la repr\u00e9sentation d\u2019Oona Doherty vise ainsi \u00e0 s\u2019inspirer de son environnement pour explorer\ndes zones de vuln\u00e9rabilit\u00e9 o\u00f9 la force de vivre surgit spontan\u00e9ment d\u2019individus en qu\u00eate d\u2019une\nlibert\u00e9 d\u2019expression. \u00c0 cet \u00e9gard, nous repensons au face \u00e0 face des deux hommes, un p\u00e8re et\nson fils, dont les corps, \u00e9loign\u00e9s des canons esth\u00e9tiques actuels, vont se livrer \u00e0 une d\u00e9claration\nd\u2019amour. Laisser entrevoir cette fragilit\u00e9 humaine difficilement palpable appara\u00eet dans la\ndimension plastique et po\u00e9tique de l\u2019oeuvre de la cr\u00e9atrice par sa confrontation des corps en\nmouvement.\n<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace sc\u00e9nique, lieu d\u2019appartenance du geste artistique, permet de capter la force et la\nfaiblesse qui habitent ces Irlandais du Nord dont les st\u00e9r\u00e9otypes exprim\u00e9s sont d\u00e9pass\u00e9s par une\nintensit\u00e9, un d\u00e9sir de vivre que nous livre la chor\u00e9graphe par son sens accrue de la pr\u00e9cision des\nrapports entretenus entre les hommes et leur environnement. Toutefois, il ne s\u2019agit pas pour Oona\nDoherty de faire un art social ou d\u2019assoir de th\u00e9orie sur l\u2019Irlande du Nord, comme elle le dit-elle\nm\u00eame \u00e0 propos de sa cr\u00e9ation artistique, mais d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s humble de s\u2019inspirer\n\u00ab simplement de son environnement \u00bb pour mieux y d\u00e9chiffrer les failles et grandeurs de l\u2019\u00e2me\nhumaine. Son sens des images rares, enregistr\u00e9es mentalement sur le vif, d\u00e9gagent une intensit\u00e9\ntroublante et transportante. Cet effet est notamment perceptible dans la danse circulaire des\njeunes filles, en collant blanc et blouson de couleurs tr\u00e8s vives, qui se suivent, s\u2019\u00e9loignent,\nforment des groupes, se s\u00e9parent, semblent s\u2019injurier par leurs grimaces. La duret\u00e9 de leur cadre\nde vie est perceptible dans leurs gestes tout autant que leur espoir, d\u00e9chiffrable quand l\u2019une d\u2019elle\nregarde le faisceau lumineux qui \u00e9merge du plafond. La sc\u00e9nographie de la cage ferm\u00e9e, qui peu\n\u00e0 peu s\u2019ouvre et laisse entrevoir une lumi\u00e8re est synonyme d\u2019un espoir et le d\u00e9sir de vivre dans\nune atmosph\u00e8re plus propice \u00e0 la tendresse et o\u00f9 le respect de chacun s\u2019exprimerait avec\ns\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et sinc\u00e9rit\u00e9. Une performance tr\u00e8s r\u00e9ussie qui nous invite \u00e0 construire un espace\ncommun \u00e0 la rencontre du corps de chacun.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Pauline Derosereuil <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Un spectacle de danse, c\u2019est un spectacle qui stimule souvent deux sens: la vue et l\u2019ou\u00efe. Mais les premiers instants de <em>Hard to be soft <\/em>nous offrent une \u00e9trange odeur d\u2019encens. Chacun a son ressenti par rapport aux odeurs, c\u2019est tr\u00e8s personnel. Mais nos attentes sont mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. \u2018Encens\u2019 ne va a priori pas vraiment avec \u2018Belfast\u2019 pour un spectateur parisien. Cette premi\u00e8re surprise est graphiquement orchestr\u00e9e : un rayon de lumi\u00e8re qui tombe sur la source de l\u2019odeur, trois hommes ou trois gar\u00e7ons rassembl\u00e9s autour, concentr\u00e9s la t\u00eate baiss\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>La conception et la chor\u00e9graphie sont sign\u00e9s Oona Doherty, qui est n\u00e9e et a grandi \u00e0 Belfast. C\u2019est une\nquadrilogie ponctu\u00e9e de t\u00e9moignages de gens de Belfast, avec des voix marqu\u00e9es socialement et\ng\u00e9ographiquement. Chaque \u00e9pisode nous ouvre une nouvelle vision de la ville et de ses habitants. On\npenserait presque \u00e0 James Joyce qui \u00e9crit le recueil de nouvelles <em>The Dubliners <\/em>en 1914, et qui dans\nchaque portrait d\u00e9crit une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la fois spirituelle mais un peu sociale \u00e9galement.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier ce sont ces trois gar\u00e7ons, habill\u00e9s en jogging autour de l\u2019encens. Ils d\u00e9tonnent dans la salle\nremplie de spectateurs marqu\u00e9s socialement et culturellement par leur mani\u00e8re de se v\u00eatir. Le\nv\u00eatement, l\u2019apparat est un enjeu important et il est travaill\u00e9 et r\u00e9fl\u00e9chi dans ce spectacle. Il marque\nceux qui le portent. Puis c\u2019est Oona Doherty elle-m\u00eame qui danse et joue le quotidien, la violence. Le\nsecond montre des femmes, ou des jeunes filles qui se d\u00e9marquent par l\u2019apparence mais sont pourtant\nfondues dans une foule indiscernable o\u00f9 leurs v\u00eatements ressemblent \u00e0 des uniformes. Le troisi\u00e8me\nest bien plus spirituel, c\u2019est un portrait de famille, de relations. De la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre et d\u2019aimer. Les\nprojections de Jack Phelan et la cr\u00e9ation musicale de David Holmes mettent en valeur cette puissance\n\u00e9motionnelle exprim\u00e9e par ces deux hommes (John Scott et Sam Finnegan) qui s\u2019\u00e9treignent et se\nrepoussent en m\u00eame temps. C\u2019est aussi le corps, illumin\u00e9, sublim\u00e9. Le dernier portrait c\u2019est \u00e0 nouveau\nOona Doherty. Elle est seule sur sc\u00e8ne mais elle semble partager cet espace avec une foule de\npersonnes : des enfants, des adultes, des amis, des ennemis, la joie, la souffrance.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Sa danse est riche et il est difficile de comprendre tous les enjeux : c\u2019est un spectacle qui parle de Belfast, et m\u00eame si certaines villes se ressemblent, la capitale du Nord de l\u2019Irlande est particuli\u00e8re et a un pass\u00e9 comme un pr\u00e9sent tortur\u00e9, multiple. C\u2019est cette histoire sociale, spirituelle, politique qui est ressentie dans ce spectacle. Mais l\u2019art a la capacit\u00e9 fabuleuse d\u2019universaliser certaines choses, alors m\u00eame si certains enjeux nous \u00e9chappent, si l\u2019on est attentif et ouvert, on peut ressentir et appr\u00e9cier avec ampleur cette <em>Belfast prayer <\/em>comme il se doit. <\/p>\n\n\n\n<p>Klervi Morvan-Piriou<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo : Luca Truffarelli<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >C\u2019est lors d\u2019un spectacle court mais incisif que nous rencontrons une nouvelle venue sur la sc\u00e8ne de la danse, Oona Doherty. 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