{"id":13023,"date":"2019-05-23T23:22:36","date_gmt":"2019-05-23T21:22:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13023"},"modified":"2019-05-23T23:22:36","modified_gmt":"2019-05-23T21:22:36","slug":"pile-of-bones-stephanie-lake-theatre-national-de-chaillot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13023","title":{"rendered":"Pile of bones \/ Stephanie Lake \/ Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot"},"content":{"rendered":"\n<p>\n\n\t\n\t\t\n\t\tMicrosoft Word &#8211; Critique-PilesofBones-BoubendirJanna-Mai2019.docx\n\t\n\t\n\t\t\n\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\t<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre danseurs sur sc\u00e8ne, deux couples, deux danseurs et deux danseuses&#8230; Dans cette\nrepr\u00e9sentation au rythme saccad\u00e9 et pr\u00e9gnant, \u00e0 la respiration haletante et toujours en\ntension, les chiffres, les comptes, sont d\u2019importance.\n<\/p>\n\n\n\n<p>Pour nous spectateur, l\u2019obscurit\u00e9 initiale de la sc\u00e8ne nous invite \u00e0 un laisser-aller, une\nn\u00e9cessaire confiance que l\u2019on doit donner aux artistes pour laisser notre corps de spectateur\ndans notre si\u00e8ge et laisser notre esprit se plonger sur ce qui se passe sur sc\u00e8ne, une plong\u00e9e\nen avant, dans l\u2019invisible et l\u2019inconnu pour mieux saisir, mieux percevoir, mieux vivre le bal\nmyst\u00e9rieux, presque infernal mais fascinant de ces cr\u00e9atures. En effet, ce qui se joue sur sc\u00e8ne\nn\u2019appartient pas vraiment au monde des vivants, mais leur mat\u00e9rialit\u00e9 les emp\u00eache d\u2019\u00eatre\ncompl\u00e8tement dans l\u2019au-del\u00e0, dans un ailleurs&#8230;\n<\/p>\n\n\n\n<p>Les bruits d\u2019une nature vierge de l\u2019activit\u00e9 humaine, les sons de chamanisme et de rituels\nvaudou nous font entrer dans un \u00e9tat hypnotique. Ils nous plongent de force dans le\nsurnaturel, nous font entrer en communication avec ces esprits qu\u2019incarnent \u00e0 merveille les\ndanseurs d\u00e9sarticul\u00e9s, dialoguant en c\u0153ur, se r\u00e9pondant les uns les autres, s\u2019envoyant\nmutuellement des stimuli pour finalement former un seul corps, celui de la chor\u00e9graphie,\nd\u2019une surprenante coh\u00e9rence.\n<\/p>\n\n\n\n<p>De cette osmose entre corps fluides, disloqu\u00e9s et rythmique ent\u00eatante, tranchante, d\u00e9coule une incroyable impression de libert\u00e9 totale des \u00eatres donn\u00e9s \u00e0 voir sur sc\u00e8ne, une extraordinaire fusion entre le choix de leur mouvement et l\u2019environnement. Alors que le d\u00e9cor est quasiment r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant, ils reconstruisent tout un \u00e9cosyst\u00e8me \u00e0 la fois sonore et imaginaire autour d\u2019eux. Si nous n\u2019avons, d\u00e8s le d\u00e9part, pu faire cet acte de foi de nous laisser aller au spectacle, nous sommes irr\u00e9m\u00e9diablement saisis dans l\u2019\u00e9volution des diff\u00e9rents tableaux. \u00c9merveill\u00e9s par ce spectacle mais ressentant le besoin d\u2019un retour \u00e0 notre monde connu et stable, quel soulagement de retrouver son corps de spectateur apr\u00e8s un tel voyage aux confins de deux mondes qui se rejoignent dans cette valse surnaturelle, profond\u00e9ment chang\u00e9s et peu d\u00e9\u00e7us par l\u2019aventure ! <\/p>\n\n\n\n<p>Janna Boubendir<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Dans une\ninterview accord\u00e9e \u00e0 Nathalie\nYokel, Stephanie Lake confie que <em>Pile of bones <\/em>est sa vision du monde\nper\u00e7ue \u00e0 travers le filtre de son subconscient. Plusieurs des tableaux t\u00e9moignent\nd\u2019un monde o\u00f9 les individus semblent model\u00e9s, notamment celui o\u00f9 le danseur emp\u00eache\nles mouvements de sa partenaire de se d\u00e9velopper et de s\u2019\u00e9panouir en les\nbloquant de ses mains par des gestes tendres. Ressort donc de ce duo une grande\nintimit\u00e9 rendant, ce qu\u2019on pourrait percevoir comme un modelage social, doux et\nbeau. La plupart des chor\u00e9graphies effectu\u00e9es par les quatre danseurs sont\nemplies de cr\u00e9ation. La fa\u00e7on qu\u2019ils ont de toucher et de tapoter les corps,\ncomme s\u2019ils \u00e9taient faits de p\u00e2te \u00e0 modeler, d\u00e9montre de cette volont\u00e9 de\nparfaire ou de refaire. Le deuxi\u00e8me tableau est d\u2019ailleurs celui d\u2019un\naccouchement, d\u2019une naissance, laissant libre cours \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un \u00eatre.\nLes danseurs rentrent chacun leur tour sur sc\u00e8ne, enferm\u00e9s dans une immense b\u00e2che\ntranslucide en plastique. La sc\u00e8ne n\u2019est \u00e9clair\u00e9e que par une lumi\u00e8re blanche\nse trouvant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la b\u00e2che, ainsi, le spectateur ne voit que les\nombres des danseurs semblant lutter pour sortir et entrer sur ce qui pourrait \u00eatre\nla \u201cgrande sc\u00e8ne du monde\u201d. Les visages plaqu\u00e9s sur la b\u00e2che dont la bouche est\nd\u00e9form\u00e9e par la lutte contre l\u2019asphyxie, peut symboliser la rage de vivre des\nhommes, justifiant ainsi l\u2019expression constante de la libert\u00e9 dans les\nmouvements et les chor\u00e9graphies. <\/p>\n\n\n\n<p>Les tableaux s\u2019enchainent, commen\u00e7ant dans un noir si opaque qu\u2019on ne peut distinguer le nombre de danseurs sur sc\u00e8ne, et finissant, comme un cycle, sur une position similaire \u00e0 l\u2019ouverture mais pleine de couleur et de lumi\u00e8re. Plus la danse avance, plus la couleur prend place, et cette colorisation de la sc\u00e8ne s\u2019accompagne de rythmes beaucoup plus rapides et nombreux. Dans la derni\u00e8re partie de la repr\u00e9sentation, il y a une juxtaposition de diff\u00e9rents rythmes qui s\u2019accordent sans pour autant se suivre: le principal est celui battu par des musiques traditionnelles des peuples asiatiques et africains, cette rythmique est g\u00e9n\u00e9ralement doubl\u00e9e par des sons naturels comme la pluie, le claquement des mains sur un corps, ou de bruyantes respirations, et enfin, il y a un rythme silencieux qui ne passe que par la vision, celui des mouvements. Souvent bien plus rapide que la musique, les superpositions visuelles et auditives sont harmonieuses malgr\u00e9 leur d\u00e9calage, les mouvements des danseurs composent une nouvelle musique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la musique et cr\u00e9ent ainsi une coh\u00e9rence et non un chaos. Pourtant, il est vrai que de prime abord, le d\u00e9cha\u00eenement des corps, s\u2019apparentant \u00e0 des tremblements et des torsions, semble confus et d\u00e9routant, d\u2019autant plus pour quelqu\u2019un n\u2019ayant pas le regard habitu\u00e9 \u00e0 ce type de danse qui ne se revendique d\u2019aucune technique particuli\u00e8re.Deux tableaux sont particuli\u00e8rement \u00e9mouvants. Tr\u00e8s rapprocher l\u2019un de l\u2019autre, le premier met en sc\u00e8ne une danseuse recouverte de post-it qu\u2019elle s\u00e8me tout au long de sa danse. Bien que celle-ci s\u2019effectue majoritairement au sol, elle poss\u00e8de une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 que les autres tableaux n\u2019ont pas. Les mouvements sont moins saccad\u00e9s et plus doux, leur lenteur permet au corps de s\u2019\u00e9tendre bien plus qu\u2019auparavant. La lumi\u00e8re bleue baigne la sc\u00e8ne dans une atmosph\u00e8re onirique qui est contrari\u00e9e par une musique ressassant inlassablement un bruit semblable \u00e0 des chuchotements et le tic-tac d\u2019une horloge. S\u2019op\u00e8re alors une mont\u00e9e en tension dont la fin semble exutoire puisque les danseurs reviennent habill\u00e9s de couleur et marqu\u00e9s d\u2019\u00e9motions fortes aux visages. Il semble donc que l\u2019affirmation de soi face aux autres permet l\u2019acquisition d\u2019une insouciance et d\u2019une libert\u00e9 essentielles \u00e0 la vie. Enfin, le dernier tableau marquant est peu commun puisque toute la beaut\u00e9 r\u00e9side dans les ombres. La lumi\u00e8re chaude, faisant penser \u00e0 celle d\u2019un feu, refl\u00e8te les ombres dansantes sur un voile orang\u00e9 \u00e9tendu au fond de la sc\u00e8ne. Les corps des quatre danseurs fusionnent en une seule grande et difforme masse et proposent un spectacle tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui qui se passe sur sc\u00e8ne. Alors que les corps des danseurs pourraient \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9s individuellement, il en est impossible pour leurs ombres qui, r\u00e9unies, forment un ensemble indissociable renvoyant \u00e0 un monde imaginaire et, peut-\u00eatre est-ce l\u00e0, la r\u00e9flection du monde tel qu\u2019il apparait dans le subconscient de Stephanie Lake.<\/p>\n\n\n\n<p>Kennoc\u2019ha Beaun\u00e9<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s excit\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de me rendre\nce jeudi 23 mai dernier au th\u00e9\u00e2tre national de la danse Chaillot, afin de voir\nle spectacle de danse contemporaine de Stephanie Lake, Pile of Bones. Et je\nn\u2019ai absolument pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ue. <\/p>\n\n\n\n<p>La compagnie r\u00e9unissait 4 excellents\ndanseurs (et quels danseurs&nbsp;!), qui se mouvaient sur des musiques de Robin\nFox, pendant plus d\u2019une heure sans interruption. <\/p>\n\n\n\n<p>Comment expliquer\u2026 C\u2019\u00e9tait impressionnant.\nEt ce d\u00e8s le d\u00e9but. Alors que les spectateurs finissent de s\u2019installer dans la\nsalle, une fum\u00e9e apparait sur sc\u00e8ne. Et c\u2019est dans cette brume que nous est\nr\u00e9v\u00e9l\u00e9 le premier danseur, assis en tailleur. Seule une lumi\u00e8re, devant lui,\nl\u2019\u00e9claire. Et sur une musique tr\u00e8s sourde et lente se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 nous les\nautres danseurs, qui \u00e9taient en fait autour du premier personnage, par le biais\nde leurs mains qui successivement viennent entourer son corps. <\/p>\n\n\n\n<p>Tout au long du spectacle, la danse se veut\ntotale&nbsp;: les danseurs dansent avec tout leur corps, jusqu\u2019au bout de leurs\ndoigts. Les pas et les mouvements se font parfois lents, parfois rapides, la\ndanse est tr\u00e8s saccad\u00e9e par moments, le corps des danseurs tremble\nlitt\u00e9ralement, on le voit du bout de la salle. Cela donne l\u2019impression d\u2019une\ndanse de survie, ou il faut aller jusqu\u2019au bout de chaque mouvement, de chaque\nd\u00e9tail, pour faire rejaillir du corps ce que le verbe ne peut dire. La\nchor\u00e9graphie, qui propose des mouvements presque fous, semblant n\u2019avoir aucun\nsens, montre les danseurs comme poss\u00e9d\u00e9s, et se veut hypnotisante. <\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle est tr\u00e8s perturbant&nbsp;: la\ndanse donne presque tout le temps l\u2019impression d\u2019un contr\u00f4le des corps, \u00e0 la\nfois int\u00e9rieur, mais aussi ext\u00e9rieur. En effet, les danseurs semblent agir\ntelles des marionnettes les uns par rapport aux autres. A plusieurs reprises,\nun des danseurs se met face aux autres, et du bout des doigts, ou de ses mains\nou de ses bras, il guide les mouvements des autres, tel un chef d\u2019orchestre.\nAinsi, dans un tableau, les quatre protagonistes se retrouvent en duo, chaque\nduo proposant un danseur derri\u00e8re l\u2019autre. Les danseurs \u00e0 l\u2019arri\u00e8re semblent de\nleurs mains fa\u00e7onner ceux de devant. Puis ils s\u2019en vont, et restent alors les\ndeux danseurs \u00e0 l\u2019avant, qui se mettent \u00e0 bouger, \u00e0 tomber au sol, \u00e0 se\nrelever, presque dans une id\u00e9e de prise de conscience de leur corps en\nmouvement.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, les danseurs devant nous se\nd\u00e9chirent, se rabibochent, tout cela figur\u00e9 par des danses ou ils se jettent\nles uns sur les autres, se roulant dessus au sol, s\u2019attrapant par les pieds\u2026\ndans un tableau ou des chaises font office d\u2019accessoire, les danseurs grimacent\nde mani\u00e8re exag\u00e9r\u00e9e et affreuse, appuyant l\u2019id\u00e9e de folie.<\/p>\n\n\n\n<p>La danse, parce qu\u2019elle est tr\u00e8s ramass\u00e9e, au\nsol, et permettant peu d\u2019ouverture des corps, laisse m\u00eame penser que l\u2019on\nassiste \u00e0 une danse de d\u00e9tresse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela est renforc\u00e9 par la musique,\ncontemporaine, qui ajoute au sentiment de malaise et rend l\u2019ambiance pesante.\nLes musiques sourdes sont d\u2019ailleurs entrecoup\u00e9es par des sons qui rappellent\ndes bruits de nature, des oiseaux, des insectes, ou donc de calme&nbsp;: mais\nbien souvent les danses ne correspondent pas et sont tr\u00e8s saccad\u00e9es&nbsp;:&nbsp; le d\u00e9calage participe \u00e0 l\u2019ambiance\nstressante.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs sc\u00e8nes, \u00e0 d\u00e9faut de toutes, auront\nmarqu\u00e9 mon attention, par leur plasticit\u00e9 esth\u00e9tique impressionnante.\nMentionnons d\u2019abord un tableau dans lequel les danseurs sont enroul\u00e9s dans un\ngrand plastique g\u00e9ant&nbsp;; ils dansent dedans, luttent pour en sortir, sans y\nparvenir. L\u2019impression oppressante est \u00e0 son comble et accentu\u00e9e, par l\u2019unique\nlumi\u00e8re qui \u00e9claire la sc\u00e8ne&nbsp;: celle-ci est tenue par l\u2019un des danseurs,\nqui est dans le plastique, ce qui donne l\u2019impression de voir les corps se\nmouvoir sans cependant bien parvenir \u00e0 distinguer ce qu\u2019ils font. <\/p>\n\n\n\n<p>Je rel\u00e8verai aussi le tableau ou, une\ndanseuse, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre fait poser sur le corps une multitude de post-it de\ncouleurs diff\u00e9rentes, qui forment autour d\u2019elle une sorte d\u2019armure, tourne\nplusieurs fois sur elle-m\u00eame avant de s\u2019\u00e9lancer dans une danse d\u00e9sarticul\u00e9e ou\nelle cherche \u00e0 se d\u00e9faire de cette armure, le tout dans une lumi\u00e8re bleu\u00e2tre\nqui ne fait presque ressortir que les papiers de couleur. <\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, participe pleinement au spectacle le\ntravail des lumi\u00e8res, des couleurs, et de l\u2019espace sc\u00e9nique. Ce dernier justement\nest total, les danseurs le cr\u00e9ent, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 transformer la sc\u00e8ne en\ncoulisses (une danseuse se change devant nous, les post-it sont mis sur une\nautre danseuse devant nous). Il est renforc\u00e9 par les lumi\u00e8res, qui le\nstructurent (notamment par des carr\u00e9s qui se d\u00e9placent au gr\u00e9 de la danse dans\nl\u2019un des premiers tableaux), ou au contraire qui permettent d\u2019enlever tout\nrep\u00e8re au spectateur (premier tableau ou la lumi\u00e8re dans la brume fixe un\ndanseur, ou lumi\u00e8re de la sc\u00e8ne du sac plastique g\u00e9ant qui emp\u00eache de bien\ndistinguer l\u2019action, etc). Enfin, le spectacle est structur\u00e9 par les\ncouleurs&nbsp;: les danseurs, d\u2019abord en noir et blanc, finissent d\u00e8s la sc\u00e8ne\ndu post-it par adh\u00e9rer avec les couleurs&nbsp;: mais, toujours dans cette id\u00e9e\nd\u2019oppression et de pression, les couleurs, d\u2019un coup surgissent, mais trop\nnombreuses&nbsp;: les v\u00eatements port\u00e9s sont d\u00e9pareill\u00e9s, pourvus chacun de\nmultitudes de couleurs, d\u00e9concentrant le regard du spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, ce spectacle, tr\u00e8s beau, met brillamment mal \u00e0 l\u2019aise. Complexe, complet, il s\u00e9duit le spectateur. \u00c0 voir et \u00e0 revoir. <\/p>\n\n\n\n<p>Mathilde Fondan\u00e8che<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Un visage dans la peine ombre sur quelques notes de sons\ntechno, des mains qui peu \u00e0 peu le cerne, un combat ou une pri\u00e8re&nbsp;: voici\ncomment St\u00e9phanie Lake, chor\u00e9graphe australienne renomm\u00e9e, a choisi de d\u00e9buter\nson nouveau spectacle, Pile of Bones qui se produit pour la premi\u00e8re fois en\nFrance.<\/p>\n\n\n\n<p>Un visage qui se distingue p\u00e9niblement dans la p\u00e9nombre de\ncette salle du th\u00e9\u00e2tre de Chaillot comme \u00e9mergeant \u00e0 la surface d\u2019un n\u00e9ant o\u00f9\nretentit un son presque insupportable \u00e0 \u00e9couter. <\/p>\n\n\n\n<p>Puis ces mains qui viennent de partout et de nulle part et\nqui \u00e9bauchent avec ce visage une danse singuli\u00e8re, o\u00f9 les unes semblent prendre\nle contr\u00f4le de l\u2019autre, comme un combat int\u00e9rieur. <\/p>\n\n\n\n<p>Des mains qui se rattachent progressivement \u00e0 des corps et\nqui entament alors une chor\u00e9graphie o\u00f9 le corps central n\u2019est plus qu\u2019un objet\nde contr\u00f4le. Paradoxal pourrait-on dire, puisque la danse n\u2019est elle pas\nl\u2019expression parfaite du contr\u00f4le de soi et donc de son corps&nbsp;? Pour moi\ntout ce spectacle repose ici et il me semble que le titre m\u00eame <em>pile of bones<\/em> (tas d\u2019os) traduise ce\nlien entre le corps en tant qu\u2019objet de la danse et le corps comme \u00e9l\u00e9ment\ninerte caract\u00e9ris\u00e9 par une masse osseuse. <\/p>\n\n\n\n<p>Puis une transition, comme le passage du corps inerte au\ncontr\u00f4le de soi, une femme, dont le corps se recouvre progressivement de\ncouleurs, marquant une rupture avec cette noirceur qui caract\u00e9rise le d\u00e9but du\nspectacle. Une sorte d\u2019avatar bleu qui se meut avec souplesse \u00e0 travers la\nsc\u00e8ne et qui perd progressivement ses couleurs. Des post-its, juste une\nmultitude de post-its qui colorient le d\u00e9cor, comme le dessin d\u2019un enfant sur\nune feuille de papier dont aucune logique ne r\u00e9gie l\u2019organisation. <\/p>\n\n\n\n<p>Cet avatar bleu marque un lien dans mes souvenirs avec le\nfilm de James Cameron (2009), lien cherch\u00e9 par la chor\u00e9graphe, peut-\u00eatre,\npeut-\u00eatre pas.&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Un autre lien se fait difficile \u00e0 tisser puisque la sc\u00e8ne\nqui suit pr\u00e9sente les 4 danseurs dont les corps se d\u00e9placent autour de 4 chaises\ndans des costumes aux tonalit\u00e9s africaines. Ces costumes m\u2019ont alors permis de\nfaire le lien avec l\u2019influence presque certaine de nombreux autres styles de\ndanses qui s\u2019introduisent dans la chor\u00e9graphie de St\u00e9phanie Lake&nbsp;: hip\nhip, salsa, danse africaine. Ce m\u00e9lange semble \u00eatre sa mani\u00e8re de traduire la\nmixite du monde, qu\u2019elle repr\u00e9sente en croisant la beaut\u00e9 et la souplesse\ndirais-je \u00e0 la rapidit\u00e9 et la noirceur&nbsp;: un monde \u00e0 la \u00ab&nbsp;fois beau et\nbrutal&nbsp;\u00bb (propos de St\u00e9phanie Blake recueillis par Nathalie Yokel dans la\nbrochure de pr\u00e9sentation du spectacle)<\/p>\n\n\n\n<p>Cette brutalit\u00e9, St\u00e9phanie Lake la reprend dans les\nderni\u00e8res minutes de la chor\u00e9graphie puisqu\u2019elle met en sc\u00e8ne les quatre\ndanseurs qui semblent s\u2019affronter dans une lutte des genres. Repr\u00e9sentation de\nnotre soci\u00e9t\u00e9&nbsp;o\u00f9 l\u2019\u00e9galit\u00e9 homme\/femme n\u2019est pas encore une normalit\u00e9, la\nchor\u00e9graphe d\u00e9tourne cette question contemporaine en placant les femmes comme\ndominantes de ces duels. Les deux hommes se retrouvent alors souvent en sol, et\nleurs d\u00e9placement lents dans l\u2019espace semblent une souffrance alors que les\nfemmes bougent avec une grande aisance sur des rythmes soutenus.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Cette question de l\u2019expression des sensations et du ressenti par le corps notamment \u00e0 travers la danse sont des questions au c\u0153ur de ce derni\u00e8re spectacle de St\u00e9phanie Lake, un spectacle \u00e0 voir\u00a0! <\/p>\n\n\n\n<p>Chiara Saporiti<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\" \/>\n\n\n\n<p>Photo : Bryony Jackson<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Microsoft Word &#8211; Critique-PilesofBones-BoubendirJanna-Mai2019.docx Quatre danseurs sur sc\u00e8ne, deux couples, deux danseurs et deux danseuses&#8230; Dans cette repr\u00e9sentation au rythme saccad\u00e9 et pr\u00e9gnant, \u00e0 la respiration haletante et toujours en tension, les chiffres, les comptes, sont d\u2019importance. 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