{"id":13044,"date":"2019-05-30T16:00:27","date_gmt":"2019-05-30T14:00:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13044"},"modified":"2019-05-30T16:00:27","modified_gmt":"2019-05-30T14:00:27","slug":"hors-la-loi-pauline-bureau-comedie-francaise-theatre-du-vieux-colombier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13044","title":{"rendered":"Hors-la-loi \/ Pauline Bureau \/ Com\u00e9die Fran\u00e7aise &#8211; Th\u00e9\u00e2tre du Vieux-Colombier"},"content":{"rendered":"\n<p> A l\u2019image de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qu\u2019elle proposait en f\u00e9vrier,\u00a0<em>Les Oubli\u00e9s<\/em>, la programmation du Vieux Colombier nous offre \u00e0 nouveau, et pour notre plus grand plaisir, une oeuvre th\u00e9\u00e2trale dont l\u2019enjeu central est la rencontre, la percussion, de la vie publique et de la vie intime.<\/p>\n\n\n\n<p> En collaboration avec la Compagnie fran\u00e7aise, Pauline Bureau soumet au public l\u2019histoire poignante et h\u00e9ro\u00efque de Marie-Claire Chevalier, dont la vie s\u2019est vue violemment saccag\u00e9e et boulevers\u00e9e par deux \u00e9v\u00e9nements tragiques, et de sa m\u00e8re, qui \u00e0 elles deux, accompagn\u00e9es d\u2019une troupe de femmes de renom, ont bouscul\u00e9 d\u2019un m\u00eame coup la l\u00e9gislation fran\u00e7aise, les m\u00e9dias et la foule.<\/p>\n\n\n\n<p> De fait, le destin de Marie-Claire a bascul\u00e9 alors qu\u2019elle avait quinze ans, un soir d\u2019ao\u00fbt \u00e0 la chaleur pesante, et qu\u2019elle se fait violer par un gar\u00e7on \u00e0 qui elle pensait pouvoir faire confiance. Quelques semaines plus tard, sa vie est \u00e0 nouveau chamboul\u00e9e lorsqu\u2019elle apprend le r\u00e9sultat malheureux de cette fameuse nuit : elle est enceinte. Une course contre la montre d\u00e9bute alors pour la famille Chevalier qui tente par tous les moyens de trouver une solution \u00e0 la situation d\u00e9plorable de Marie-Claire, malgr\u00e9 les faibles revenus d\u2019une m\u00e8re c\u00e9libataire responsable de deux jeunes filles dans la fleur de l\u2019\u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p> Nous sommes en 1971. Le mot avortement ne se prononce pas. La proc\u00e9dure ne se r\u00e9alise pas. Les femmes qui la pratiquent sont hors-la-loi. Raison pour laquelle Marie-Claire et sa m\u00e8re sont arr\u00eat\u00e9es par la justice deux mois apr\u00e8s. D\u00e9nonc\u00e9es par le m\u00eame homme qui a abus\u00e9 de la jeune fille pour avoir commis une infraction \u00e0 la loi contre l\u2019avortement. Devenue m\u00e9diatique, l\u2019affaire Chevalier est alors r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par le mouvement f\u00e9ministe de l\u2019\u00e9poque qui entend d\u00e9fendre le droit des femmes \u00e0 disposer de leur propre corps car\u00a0<em>\u00ab\u00a0Un \u00eatre humain qui ne poss\u00e8de pas son corps, c&rsquo;est un esclave\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0affirme Mme Halimi, l\u2019avocate charg\u00e9e de l\u2019affaire Chevalier.  Largement inspir\u00e9e de l\u2019authentique proc\u00e8s de Bobigny, la reconstitution de l\u2019audience met en sc\u00e8ne des grands personnages du XXe si\u00e8cle. De Simone de Beauvoir \u00e0 Delphine Seyrig en passant par Jacques Monod, prix Nobel de m\u00e9decine en 1965 et directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Institut Pasteur, et Michel Rocard, le spectateur peut constater l\u2019ampleur qu\u2019a pris l\u2019affaire Chevalier dans une p\u00e9riode o\u00f9 les m\u0153urs commencent \u00e0 \u00e9voluer, o\u00f9 les langues tendent \u00e0 se d\u00e9lier, o\u00f9 la pens\u00e9e cherche \u00e0 se lib\u00e9rer et les femmes \u00e0 s\u2019\u00e9manciper de la tutelle patriarcale qui p\u00e8se sur elles.<\/p>\n\n\n\n<p>\nGr\u00e2ce\n\u00e0 un montage parall\u00e8le, qui fait chronologiquement cohabiter la\nMarie-Claire jeune et la Marie-Claire d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es,\nPauline Bureau transmet habilement, \u00e0 travers la voix de la femme\n\u00e2g\u00e9e, l\u2019impact d\u00e9vastateur de cette exp\u00e9rience sur la vie de\nMarie-Claire : comment la honte et la peur l\u2019ont toujours\naccompagn\u00e9e telles sa propre ombre, comment elle a essay\u00e9\nd\u2019\u00e9chapper \u00e0 ses angoisses grandissantes en s\u2019enfuyant, comment\nen mettant en garde sa propre fille en lui racontant son histoire (et\nen int\u00e9grant peut-\u00eatre l\u2019importance qu\u2019a eu le proc\u00e8s Bobigny\npour la d\u00e9fense des droits des femmes) cette exp\u00e9rience\ntraumatisante est devenue sa plus grande fiert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p> La copr\u00e9sence de ces deux femmes, qui ne sont qu\u2019une seule et m\u00eame personne mais s\u00e9par\u00e9es par une distance temporelle qui fait toute la diff\u00e9rence, l\u2019une prise dans le vif d\u2019une affaire judiciaire qui la d\u00e9passe et sous un choc \u00e9motionnel inimaginable, l\u2019autre m\u00fbrie et gu\u00e9rie par le temps, permet de mettre en \u00e9vidence le parcours initiatique travers\u00e9 par la jeune fille et la n\u00e9cessaire reconstruction identitaire entam\u00e9e \u00e0 l\u2019issue de cette tranche de vie bouleversante. Elle d\u00e9montre la progressive perte d\u2019innocence de Marie-Claire et son entr\u00e9e brutale dans le monde violent des adultes, dans l\u2019espace public et m\u00e9diatique impitoyables.<\/p>\n\n\n\n<p>\nL\u2019environnement\nsc\u00e9nique est admirablement mobilis\u00e9 : d\u2019abord modeste cuisine\nfamiliale, le premier plan de la sc\u00e8ne devient petit \u00e0 petit le\nbureau de Gis\u00e8le Halimi qui accueille les rassemblements f\u00e9ministes,\npour finir en tribunal dans lequel se tient le proc\u00e8s Bobigny. Le\nsecond plan se transforme successivement de chambre criminelle \u00e0\nposte de police. L\u2019espace hors-champ est \u00e9galement employ\u00e9\nintelligemment : il laisse entrevoir la chambre de la m\u00e8re de\nMarie-Claire o\u00f9 a lieu l\u2019op\u00e9ration clandestine, les toilettes\ndans lesquelles la jeune fille se vide de son sang \u00e0 la suite de\ncelle-ci. Gr\u00e2ce \u00e0 cette ing\u00e9nieuse utilisation de l\u2019univers\nsc\u00e9nique, Pauline Bureau r\u00e9ussit \u00e0 tout dire, sans tabou, \u00e0\nparler de sang,&nbsp;<em>\u00ab de sondes, d\u2019ut\u00e9rus, de ventres, de\ngrossesses, et d\u2019avortements \u00bb<\/em>, tout en restant pudique.<\/p>\n\n\n\n<p>\nLoin\nd\u2019un pathos larmoyant et pitoyable, la pi\u00e8ce trouve le ton juste.\nEmouvante, elle atteint une harmonie en montrant subtilement la\ntristesse, le tourment et la perte de rep\u00e8re qui s\u2019installent dans\nla vie de Marie-Claire \u00e0 travers un langage corporel saisissant, une\ngestuelle appropri\u00e9e, un texte doux, touchant et fort, sans tomber\ndans l\u2019effusion de sentiments g\u00e9missants. Les plaidoyers soutenus\npar les diff\u00e9rentes femmes du Manifeste des 343, ainsi que des\nt\u00e9moins prestigieux d\u00e9fenseurs de la cause Chevalier, rappellent le\nlong et ardu combat que les femmes ont men\u00e9 dans les ann\u00e9es 70 pour\ns\u2019affranchir de la soumission \u00e0 laquelle elles \u00e9taient\ncontraintes, pour gagner leur libert\u00e9 et permettre \u00e0 toutes les\nfemmes des g\u00e9n\u00e9rations suivantes d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme les\n\u00e9gales des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>\nLa\npi\u00e8ce de Pauline Bureau est riche, foisonnante dans les th\u00e9matiques\nqu\u2019elle traite et les r\u00e9flexions qu\u2019elle soul\u00e8ve, ma\u00eetris\u00e9e,\nsolide dans l\u2019art de la mise en sc\u00e8ne, forte, volcanique dans les\nenjeux soci\u00e9taux qu\u2019elle fait \u00e9clater. Elle ravit les coeurs dont\nl\u2019id\u00e9al est la justice et la libert\u00e9. A voir d\u2019urgence !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Clara Lucas<\/p>\n\n\n\n<p>_________________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>\n\u00ab&nbsp;Hors\nla loi&nbsp;\u00bb, pi\u00e8ce r\u00e9alis\u00e9e par Pauline Bureau et jou\u00e9e au\nTh\u00e9\u00e2tre du Vieux Colombier, nous replonge dans les ann\u00e9es 70,\nquand l\u2019IVG \u00e9tait encore interdite et retrace l\u2019histoire du\nproc\u00e8s de Bobigny.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\nLa\npi\u00e8ce parle du viol d\u2019une jeune fille de 15 ans, Marie Claire\nChevalier, par un jeune homme qu\u2019elle fr\u00e9quentait. Suite \u00e0 ce\nviol, la jeune fille tombe enceinte et d\u00e9cide d\u2019avorter. Aid\u00e9e\npar sa m\u00e8re et leur voisine, elle trouve une femme qui accepte de le\nfaire clandestinement. Mais l\u2019affaire est d\u00e9couverte et Marie\nClaire, sa m\u00e8re et toutes celles qui \u00e9taient impliqu\u00e9es vont \u00eatre\njug\u00e9es. C\u2019est alors qu\u2019elles font appelle \u00e0 l\u2019avocate Gis\u00e8le\nHalimi, personnage historique et embl\u00e9matique de la lutte pour les\ndroits de la femme, merveilleusement interpr\u00e9t\u00e9 par Fran\u00e7oise\nGirard. Le proc\u00e8s qui jugera les \u00ab&nbsp;criminelles&nbsp;\u00bb est le\nc\u00e9l\u00e8bre proc\u00e8s de Bobigny, c\u00e9l\u00e8bre car il sera l\u2019un des\npr\u00e9mices de la Loi Veil autorisant l\u2019avortement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\nLa\nmise en sc\u00e8ne \u00e9tait fantastiquement novatrice, plusieurs\nprojections ont \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9es sur la sc\u00e8ne dont une qui r\u00e9v\u00e9lait\nun extrait poignant du&nbsp;Manifeste des 343&nbsp;de Simone\nde Beauvoir, suivi de tous les noms des femmes qui l&rsquo;ont sign\u00e9,\nparmi lesquels on pouvait lire celui de Catherine Deneuve et Agn\u00e8s\nVarda. Cette sc\u00e8ne \u00e9tait bouleversante, la pi\u00e8ce l\u2019\u00e9tait dans\nson enti\u00e8ret\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\nLes\nt\u00e9moignages de chaque personne venue \u00e0 la barre pour d\u00e9fendre la\njeune fille \u00e9taient particuli\u00e8rement touchants. D\u00e9put\u00e9, m\u00e9decin,\nactrice, tous ont d\u00e9fendu le droit qu\u2019a la femme \u00e0 donner la vie\net parmi eux, comme une cerise sur le g\u00e2teau, Simone de Beauvoir\nelle-m\u00eame vint t\u00e9moigner en faveur de Marie-Claire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\nA\ntravers la v\u00e9ritable histoire de Marie-Claire Chevalier et celle du\nproc\u00e8s de Bobigny, cette pi\u00e8ce nous rappelle avec brio et \u00e9motion\nce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 le combat des femmes pour leur droits,\nparticuli\u00e8rement pour le droit \u00e0 l\u2019avortement et toutes les\nsouffrances et les humiliations qu\u2019elles  ont d\u00fb subir. Elle rend\nainsi hommage, en les mettant en sc\u00e8ne, \u00e0 de grands noms de la\nlutte pour les droits des femmes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\nCette\npi\u00e8ce est, dans son enti\u00e8ret\u00e9, une r\u00e9ussite. Elle a su reproduire\nl\u2019atmosph\u00e8re particuli\u00e8re des ann\u00e9es 70, elle a su nous indigner\ncontre la soci\u00e9t\u00e9 de cette \u00e9poque, elle a su nous \u00e9mouvoir face \u00e0\nce que subit cette jeune fille, nous bouleverser par les diverses\nprojections illustrants les vrais faits de ce combat f\u00e9minin, et\nenfin, elle a su nous emplir d\u2019admiration pour ces militantes qui\nn\u2019ont jamais baiss\u00e9 les bras.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sarah Djaafar<\/p>\n\n\n\n<p>\n\n_________________________________________________________________________________\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>\n\u00ab&nbsp;Ce\nqui a \u00e9t\u00e9 ma plus grande honte est aujourd\u2019hui ma plus grande\nfiert\u00e9&nbsp;\u00bb. Ce sont les derniers mots qui cl\u00f4turent la pi\u00e8ce,\ndes mots prononc\u00e9s par Marie Claire Chevalier adulte qui r\u00e9sument\ntr\u00e8s bien son combat personnel, devenu le combat de toutes les\nfemmes. Il s\u2019agit de l\u2019articulation subtile entre l\u2019affaire\npriv\u00e9e et l\u2019affaire publique. C\u2019est une piqure de rappel, des\nmots qui nous rappellent que derri\u00e8re toutes nos diff\u00e9rences\npersonnelles, r\u00e9side la voix de l\u2019autre en nous.<\/p>\n\n\n\n<p>\nPauline\nBureau s\u2019inspire pour sa premi\u00e8re pi\u00e8ce \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise\ndu \u00ab proc\u00e8s de Bobigny \u00bb, qui contribua \u00e0 l\u2019adoption de la loi\nVeil. La pi\u00e8ce prend place en 1971.&nbsp;&nbsp;Elle met en sc\u00e8ne\nMarie Claire Chevalier, \u00e2g\u00e9e de 15 ans, portant l\u2019enfant de son\nvioleur. La jeune Marie Claire refuse de garder l\u2019enfant et a\nrecours \u00e0 l\u2019avortement clandestin. Nous assistons dans cette mise\nen sc\u00e8ne \u00e0 la souffrance de l\u2019enfant, \u00e0 l\u2019injustice d\u2019une\nloi qui ali\u00e8ne la femme de son propre corps. Le d\u00e9sarroi de\nl\u2019h\u00e9ro\u00efne est bien rendu par le d\u00e9doublement du personnage. En\neffet, sur sc\u00e8ne, nous avons deux repr\u00e9sentations de Marie Claire.\nTout d\u2019abord, une Marie Claire plus \u00e2g\u00e9e, spectatrice de son\npropre drame, ainsi que Marie Claire adolescente, qui subit en temps\nr\u00e9el son destin. Cette technique est d\u2019autant plus int\u00e9ressante\npuisqu\u2019elle introduit un temps de r\u00e9flexion au spectateur en\ncr\u00e9ant une mise en abyme de la pi\u00e8ce elle-m\u00eame. Le personnage\ncommente l\u2019action de temps en temps, la subit d\u2019autres fois. Il\ns\u2019agit d\u2019une pause dramatique puisque nous voyons en premier plan\nla version \u00e2g\u00e9e de Marie Claire tandis que les personnages au\nsecond plan sont totalement immobiles.<\/p>\n\n\n\n<p>\nUne\ngrande partie de la pi\u00e8ce constitue le proc\u00e8s de Marie Claire.\nCelle-ci voit son affaire devenir une affaire publique. La voix de\ntoutes les femmes qui d\u00e9sirent disposer de leurs propres corps se\njoignent \u00e0 la sienne pour r\u00e9primer cette loi. Ce deuxi\u00e8me temps du\nspectacle est celui qui expose l\u2019injustice de cette loi ainsi que\nles diff\u00e9rents points de vue des deux partis. Il s\u2019agit du\nparoxysme de la tension dramatique. Le personnage de Gis\u00e8le Halimi,\navocate de Marie Claire et militante contre l\u2019interdiction de\nl\u2019IGV, d\u00e9cortique la notion de loi et introduit une r\u00e9flexion sur\nses fondements. Cette r\u00e9flexion est nourrie par les t\u00e9moignages de\nfemmes, des faits r\u00e9els et m\u00eame par des v\u00e9rit\u00e9s scientifiques. Le\nspectateur est happ\u00e9 par cette repr\u00e9sentation, autant par la beaut\u00e9\ndu texte que par l\u2019ultra-modernit\u00e9 du th\u00e8me abord\u00e9. En effet, il\ns\u2019agit d\u2019une pi\u00e8ce extr\u00eamement d\u2019actualit\u00e9 puisqu\u2019elle\npose des questions qui reviennent dans le d\u00e9bat public. Les\nmanifestations contre l\u2019IGV et les protestations contre la loi Veil\nsont de plus en plus pr\u00e9sentes, non seulement en France mais aussi\ndans le monde entier. Ceci montre bien la pertinence de la pi\u00e8ce et\nle besoin pressant de faire remonter ces questions \u00e0 la surface.<\/p>\n\n\n\n<p>\nIl\ns\u2019agit \u00e9galement de d\u00e9construire les dogmes et des croyances du\nquotidien. La loi a en effet tendance \u00e0 devenir dans la pens\u00e9e\ncommune un dogme, une croyance fixe, voire une v\u00e9rit\u00e9 absolue.\nGis\u00e8le Halimi montre bien la diff\u00e9rence entre la justice et la loi,\net l\u2019importance d\u2019une r\u00e9flexion critique vis-\u00e0-vis de\ncelles-ci. Cette question est d\u2019une extr\u00eame importance,\npuisqu\u2019elle motive le spectateur, l\u2019\u00e9duque, le pousse \u00e0 se\nposer les bonnes questions et \u00e0 avoir une vision critique et\npersonnelle. Il s\u2019agit aussi d\u2019une pi\u00e8ce d\u2019une extr\u00eame\nimportance, notamment pour les femmes et les militants de la\ncondition f\u00e9minine. Nous avons en effet tendance \u00e0 prendre les\ndroits de la femme pour acquis, en oubliant tout ce qui a contribu\u00e9\n\u00e0 leur instauration et en oubliant que tout peut basculer d\u2019un\nmoment \u00e0 l&rsquo;autre. Il s\u2019agit d\u2019une prise de conscience vis-\u00e0-vis\nde la place de l\u2019individu dans la soci\u00e9t\u00e9 et de son importance\npour cr\u00e9er un changement. Cette pi\u00e8ce met en relief le combat de la\nfemme pour ses droits et souligne donc le besoin de continuer ces\nefforts en cr\u00e9ant un parall\u00e8le entre le pr\u00e9sent et le pass\u00e9. Elle\nmontre cette circularit\u00e9 historique d\u2019une mani\u00e8re fluide, de\nsorte que le spectateur tire lui-m\u00eame ses propres conclusions.<\/p>\n\n\n\n<p>\nCette\npi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre joint fond et forme, m\u00eale affaire priv\u00e9e et\naffaire universelle, pour donner \u00e0 voir le combat de la femme pour\nses droits. Il s\u2019agit d\u2019une pi\u00e8ce \u00e0 regarder absolument en tant\nque femme, en tant qu\u2019homme, en tant qu\u2019\u00eatre humain. \u00a0\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sarra Ben Dhia<\/p>\n\n\n\n<p>\n\n_________________________________________________________________________________\n\n<\/p>\n\n\n\n<p><em>Hors\nla Loi <\/em>est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00e0 vis\u00e9e de t\u00e9moignage mise\nen sc\u00e8ne par Pauline Bureau \u00e0 l\u2019annexe de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise&nbsp;:\nle vieux Colombier. La pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre est d\u00e9coup\u00e9e en deux\nparties&nbsp;: dans un premier temps, elle relate l\u2019histoire\npersonnelle de Marie-Claire, une jeune fille de 15 ans qui, en 1971,\na recours \u00e0 l\u2019avortement, ill\u00e9gal \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et donc\nclandestinement. La deuxi\u00e8me partie relate ce qui lui arrive suite\nau fait que cette histoire est rendue publique, et met en sc\u00e8ne son\nproc\u00e8s. Cette deuxi\u00e8me partie du spectacle met \u00e9galement en sc\u00e8ne\ntoutes les femmes qui se sont battues pour le droit \u00e0 l\u2019avortement\n\u00e0 l\u2019\u00e9poque. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Ce\nspectacle m\u2019a \u00e9norm\u00e9ment touch\u00e9e, personnellement, en tant que\nfemme. Je pense que chaque femme est de pr\u00e8s ou de loin famili\u00e8re\navec la pratique de l\u2019avortement, et sait la souffrance\npsychologique que cela entraine. Pauline Bureau nous donne ainsi \u00e0\nvoir le dur combat qu\u2019ont men\u00e9 ces femmes, pour que nous ayons le\ndroit de disposer librement de notre corps aujourd\u2019hui. En effet,\nla pi\u00e8ce retrace avec pr\u00e9cision les \u00e9l\u00e9ments et \u00e9v\u00e8nements qui\nont men\u00e9 \u00e0 l\u2019adoption de la loi Veil mais aussi la qu\u00eate de\nreconnaissance des femmes, en temps qu\u2019individus \u00e0 part enti\u00e8re,\ncapables de prendre des d\u00e9cisions personnelles. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Je\ntrouve que Pauline Bureau a fait un travail remarquable sur la\nrepr\u00e9sentation de la souffrance, du doute, mais de la d\u00e9termination\nde toutes ces femmes, qui sont tour \u00e0 tour repr\u00e9sent\u00e9es\npersonnellement. La premi\u00e8re partie du spectacle est sans doute la\nplus \u00e9prouvante, nous assistons \u00e0 l\u2019adolescence tout \u00e0 fait\n\u00ab&nbsp;normale&nbsp;\u00bb de Marie-Claire, qui se trouve compl\u00e8tement\nboulevers\u00e9e du jour au lendemain par ce viol, et peu de temps apr\u00e8s,\npar la prise de conscience qu\u2019elle est enceinte. Elle montre ce\nqu\u2019il s\u2019est pass\u00e9, sans trop en montrer, en gardant une certaine\npudeur, par rapport au manque d\u2019intimit\u00e9 dont a souffert la jeune\nfille \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>La\n\u00ab&nbsp;deuxi\u00e8me partie&nbsp;\u00bb du spectacle est introduite par des\neffets de lumi\u00e8re, des projections de texte sur le d\u00e9cor. On voit\napparaitre ainsi le texte du \u00ab&nbsp;manifeste des 343&nbsp;\u00bb, une\nd\u00e9claration publique d\u2019avortement faite par 343 femmes, dont\nSimone de Beauvoir, Catherine Deneuve, Marguerite Duras\u2026 De\npersonnelle, la pi\u00e8ce devient \u00ab&nbsp;universelle&nbsp;\u00bb, ou du\nmoins, nationale. Une distanciation s\u2019op\u00e8re quant au seul\npersonnage de Marie-Claire, le proc\u00e8s part certes d\u2019elle, mais\ns\u2019\u00e9largit \u00e0 toutes les femmes s\u2019\u00e9tant battues contre la loi de\nl\u2019\u00e9poque. Ceci est d\u2019autant plus probant par le fait que\nquasiment aucun homme n\u2019est pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne&nbsp;: outre deux\nt\u00e9moins, l\u2019adolescent et les policiers. Ainsi, en tant que\nspectatrice j\u2019ai eu l\u2019impression que la place pr\u00e9dominante des\nhommes dans la vie publique, et dans la vie des femmes s\u2019estompait\npeu \u00e0 peu, rendant \u00e0 juste titre la sc\u00e8ne et la parole aux femmes.\nLes jur\u00e9s (hommes) se trouvaient ainsi mat\u00e9rialis\u00e9s par des voix,\nmena\u00e7antes, violentes, mais qui restaient des voix, par rapport \u00e0\nla pr\u00e9sence physique d\u2019au moins toujours une femme sur sc\u00e8ne.\nJ\u2019ai trouv\u00e9 le monologue final du Ma\u00eetre Halimi, interpr\u00e9t\u00e9e\npar Fran\u00e7oise Gillard, particuli\u00e8rement poignant et impressionnant,\nde par son authenticit\u00e9 mais aussi dans la justesse de son\ninterpr\u00e9tation. En tant que spectateur, spectatrice, l\u2019ambiance de\nla premi\u00e8re partie de la pi\u00e8ce \u00e9tait tr\u00e8s froide, et lourde.\nGr\u00e2ce \u00e0 ce personnage, l\u2019atmosph\u00e8re de la deuxi\u00e8me partie de la\npi\u00e8ce se d\u00e9tend un peu, sa pr\u00e9sence et son t\u00e9moignage sont\nsatyriques et nous permettent quelques rires, qui cr\u00e9ent une\ncomplicit\u00e9 et un lien tr\u00e8s fort entre les personnages sur sc\u00e8ne et\nle public. Je pense que la justesse et la force du lien ainsi cr\u00e9\u00e9s\nest ce qui rend la pi\u00e8ce particuli\u00e8rement r\u00e9ussie, et qui\nd\u2019ailleurs a permis de faire se lever toutes les femmes de la salle\nde spectacle, par un commun accord implicite, lors du tonnerre\nd\u2019applaudissements final. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Charlotte\nMougenot<\/p>\n\n\n\n<p> _________________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photographe :  Vincent Pontet<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >A l\u2019image de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qu\u2019elle proposait en f\u00e9vrier,\u00a0Les Oubli\u00e9s, la programmation du Vieux Colombier nous offre \u00e0 nouveau, et pour notre plus grand plaisir, une oeuvre th\u00e9\u00e2trale dont l\u2019enjeu central est la rencontre, la percussion, de la vie publique et de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":13046,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[],"class_list":["post-13044","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13044","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13044"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13044\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13044"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13044"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13044"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}