{"id":13120,"date":"2019-05-14T17:56:22","date_gmt":"2019-05-14T15:56:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13120"},"modified":"2019-05-14T17:56:22","modified_gmt":"2019-05-14T15:56:22","slug":"carmen-georges-bizet-calixto-bieito-opera-bastille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13120","title":{"rendered":"Carmen \/ Georges Bizet \/ Calixto Bieito &#8211; Op\u00e9ra Bastille"},"content":{"rendered":"\n<p>A la fois digne et\nsulfureuse, 144 ans plus tard, Carmen a encore beaucoup de choses \u00e0\nnous apprendre sur la f\u00e9minit\u00e9 et le <em>sens de la vie<\/em>. \n<\/p>\n\n\n\n<p>La libert\u00e9, victime du\nnationalisme \n<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une Espagne marqu\u00e9e\npar une identit\u00e9 tr\u00e8s forte, Carmen ne c\u00e8de pas au validisme des\nautres civils. Sur la sc\u00e8ne, un porte-drapeau et un \u00e9tendard \u00e0\nl\u2019effigie de l\u2019Espagne. Sur un coin, au-devant, une cabine\nestampill\u00e9e \u00ab&nbsp;<em>telefona<\/em>&nbsp;\u00bb. On se pense dans une\nEspagne paisible jusqu\u2019\u00e0 ce que les militaires entrent en sc\u00e8ne,\nils semblent incarner l\u2019Etat. De fil en aiguille, la libert\u00e9 est\nr\u00e9duite au vandalisme et au brigandage de Carmen et ses cong\u00e9n\u00e8res,\nles marginaux. Pourtant, un homme mu par ses sentiments pour la belle\nd\u00e9serte son r\u00e9giment. Car Carmen est inspirante. Elle ne vit que\ncomme elle l\u2019entend, raill\u00e9e souvent par ses paires. Peu lui\nimporte, elle est libre et elle mourra libre, ce sont d\u2019ailleurs\nces derniers mots qui s\u2019\u00e9chappent de ses l\u00e8vres lorsque le\nd\u00e9serteur, Don Jos\u00e9, lui \u00f4te la vie. \n<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exhausteur qu\u2019est l\u2019arm\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>En plus d\u2019incarner la\nsoumission la plus extr\u00eame, l\u2019arm\u00e9e met en exergue un certain\ngenrage. Elle m\u00e8ne \u00e0 un d\u00e9terminisme du r\u00f4le des femmes qui\ndistraient les hommes, dont l\u2019une d\u2019entre elle vient \u00e0 danser\nvulgairement au-dessus de l\u2019un d\u2019eux. Ce qui peut choquer (mais\nnous avons \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu). La Carmen et ses amies sont malmen\u00e9es\npar le sexe oppos\u00e9 qui n\u2019a de sup\u00e9rieur que le physique.\nAll\u00e9gorie de la Libert\u00e9, Carmen vivra dans la passion et p\u00e9rira\ndans celle d\u2019un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>La Carmen avait tout pour plaire \n<\/p>\n\n\n\n<p>Le\nd\u00e9cor et les costumes sont revisit\u00e9s d\u2019un style bien plus\ncontemporain \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Le r\u00e9sultat est un peu d\u00e9cevant pour\nune premi\u00e8re Carmen. Cela manque un peu de panache, c\u2019est moins\n\u00e9blouissant que ce que l\u2019on pourrait s\u2019imaginer. On ressort avec\nl\u2019impression d\u2019un op\u00e9ra qui aurait \u00e9t\u00e9 surcot\u00e9. Ou alors,\ncette repr\u00e9sentation est plut\u00f4t destin\u00e9e aux personnes qui la\nconnaissaient d\u00e9j\u00e0, aux habitu\u00e9s de l\u2019op\u00e9ra qui en ont marre\ndes repr\u00e9sentations classiques. Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019on\npeut, parfois, avoir l\u2019impression d\u2019assister \u00e0 un op\u00e9ra au\nrabais, qui manque de grandiose. Dans l\u2019ensemble, Calixte Bieito a\ntout de m\u00eame r\u00e9ussi le pari d\u2019une mise en sc\u00e8ne moderne. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Fanny-Rachel Zimbler-Convert<\/p>\n\n\n\n<p>____________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019Op\u00e9ra Bastille, la <em>Carmen<\/em>\nde George Bizet trouve un nouveau souffle dans une mise en sc\u00e8ne du\ncastillan Calixto Bieito, originellement cr\u00e9\u00e9e en Espagne en 1999.\nLoin des costumes d\u2019\u00e9poque grandiloquents, des d\u00e9cors\ngigantesques et spectaculaires, mais aussi de l\u2019exotisme \u00e0 la\nfran\u00e7aise et des espagnolades parfois malheureuses, on retrouve un\nop\u00e9ra \u00e9pur\u00e9, d\u00e9nu\u00e9 de la plupart de ses sc\u00e8nes parl\u00e9es, r\u00e9duit\n\u00e0 ses probl\u00e9matiques essentielles et r\u00e9actualis\u00e9es. Transpos\u00e9\ndans les derni\u00e8res ann\u00e9es du franquisme, l\u2019histoire commence sur\nun plateau quasiment vide, affubl\u00e9 uniquement d\u2019un m\u00e2t central et\nd\u2019une cabine t\u00e9l\u00e9phonique autour desquels \u00e9voluent un r\u00e9giment\nmilitaire ultra-virilis\u00e9 et un groupe cigari\u00e8res ultra-sexualis\u00e9es.\nEt lorsque Carmen, interpr\u00e9t\u00e9e avec brio par l\u2019ouzb\u00e8ke Ksenia\nDudnikova, entre en sc\u00e8ne, elle domine imm\u00e9diatement l\u2019attention\ndes personnages et des spectateurs \u2014 seule sa prononciation\nfran\u00e7aise laisse parfois un peu \u00e0 d\u00e9sirer, mais les surtitres\ncomblent ses quelques lacunes.<\/p>\n\n\n\n<p>En trois heures,\nentracte compris, jamais l\u2019on ne questionne les choix de cette\nCarmen&nbsp;: femme forte, r\u00e9solue et militante, elle force\nl\u2019admiration par sa qu\u00eate infatigable et inassouvissable de\nlibert\u00e9. C\u2019est plus incontestablement la plus grande r\u00e9ussite de\ncette version de <em>Carmen&nbsp;<\/em>: d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9e et heureusement\nd\u00e9pourvue de tout exotisme, elle est toujours prise au s\u00e9rieux face\n\u00e0 la violence masculine qu\u2019elle d\u00e9joue presque jusqu\u2019\u00e0 la fin\nde la soir\u00e9e. Jean&nbsp;Fran\u00e7ois\nBorras, un Don Jos\u00e9 \u00e0 la diction impeccable, ravit d\u2019un amour\npassionn\u00e9 et vaniteux qui se croit tout d\u00fb quitte \u00e0 tomber dans\nl\u2019infatuation. Si le spectacle \u00e9blouit dans les sc\u00e8nes intimes,\ntout particuli\u00e8rement celles de la vaillante Mica\u00ebla (Nicole Car),\nil est tout aussi impressionnant lors de ses sc\u00e8nes de groupes,\nv\u00e9ritables m\u00eal\u00e9es chez les boh\u00e9miens et marches chor\u00e9graphi\u00e9es\nchez les soldats franquistes \u2014 le Ch\u0153ur de l\u2019Op\u00e9ra national de\nParis se montre tout \u00e0 fait \u00e0 la hauteur de sa r\u00e9putation. Ici,\nles boh\u00e9miens voyagent en Mercedes et trimballent leur contrebande\ndans des bo\u00eetes en carton qu\u2019ils brandissent fi\u00e8rement. Parmi\neux, les compagnes de Carmen Frasquita et Merc\u00e9d\u00e8s \u2014\nrespectivement interpr\u00e9t\u00e9es par Gabrielle Philiponet et Valentine\nLemercier \u2014 semblent tout droit sorties de <em>Grease<\/em> et font\nles compagnes parfaites de Carmen, notamment lors de leur superbe\ninterpr\u00e9tation en trio de \u00ab\u2009M\u00ealons\u2009!\nCoupons\u2009\u00bb, lorsque\nCarmen apprend son destin en tirant ses cartes&nbsp;: \u00ab\u2009la\ncarte impitoyable r\u00e9p\u00e9tera&nbsp;: la mort\u2009!\u2009\u00bb\n<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on doit trouver un d\u00e9faut \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne, cependant, c\u2019est qu\u2019elle cherche parfois \u00e0 en faire trop\u00a0: la tr\u00e8s dramatique figure gigantesque d\u2019un taureau \u00e9rig\u00e9e sur sc\u00e8ne apr\u00e8s l\u2019entracte et puis d\u00e9mont\u00e9e petit \u00e0 petit n\u2019apporte pas grand-chose \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, tout comme le tor\u00e9ro nu et enjou\u00e9 qui se pr\u00e9pare au combat en tournant autour ou encore la jeune femme en maillot de bain qui s\u2019applique longuement de la cr\u00e8me solaire au premier plan alors que derri\u00e8re elle s&rsquo;excite le public de la corrida. Les costumes, en revanche, sont un sans-faute\u00a0: \u00e0 la toute fin, Carmen \u00e9gorg\u00e9e et gisant sur le sol, continue \u00e0 briller dans sa robe paillet\u00e9e. Somme toute, les choix astucieux sont plus nombreux que les maladresses, et rien ne g\u00e2che le plaisir d\u2019entendre la merveilleuse partition de George Bizet jou\u00e9e par l\u2019orchestre sous la direction de Lorenzo Viotti\u00a0: <em>Carmen<\/em> demeure un spectacle total, ici d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9 et d\u2019autant plus puissant qu\u2019il comprend parfaitement ce qui fait l\u2019int\u00e9r\u00eat de son personnage titre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ewen Zimmermann <\/p>\n\n\n\n<p>_____________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Mardi 14 mai, le service\nculturel de la Sorbonne m\u2019a permis non seulement de me rendre \u00e0\nl\u2019Op\u00e9ra Bastille mais surtout d\u2019y voir sur sc\u00e8ne Carmen. Op\u00e9ra\ndevenu une r\u00e9f\u00e9rence culturelle et qu\u2019il me tardait de voir au\nmoins une fois dans ma vie. Carmen est une jeune boh\u00e9mienne, libre\net au temp\u00e9rament rebel, qui sait jouer de ses charmes pour obtenir\nce qu\u2019elle souhaite. Elle d\u00e9clenche une bagarre dans la\nmanufacture de tabac o\u00f9 elle travaille. Condamn\u00e9e \u00e0 aller en\nprison, elle est emmen\u00e9e par le brigadier Don Jos\u00e9, qui tombe sous\nle charme et la laisse s\u2019\u00e9chapper croyant \u00e0 un amour r\u00e9ciproque.\nIl fait donc de la prison \u00e0 sa place oubliant sa fianc\u00e9e Mica\u00ebla\net sa m\u00e8re. Au sortir de la prison, il d\u00e9cide de suivre la vie de\nCarmen et abandonne son m\u00e9tier pour rejoindre les contrebandiers.\nMais il est d\u00e9vor\u00e9 par la jalousie, et Carmen va se lasser de lui\net se laisser s\u00e9duire par le c\u00e9l\u00e8bre torero Escamillo\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ce\nfut un grand spectacle par le nombre de personnes impliqu\u00e9es dans un\ntel projet (un grand nombre de com\u00e9diens, de musiciens, r\u00e9gisseurs\u2026)\net par toutes les \u00e9motions qu\u2019il procure. Le spectacle a d\u00e9marr\u00e9\npar des merveilleux morceaux classiques jou\u00e9s par l\u2019Orchestre\ntalentueux de l\u2019Op\u00e9ra national de Paris. Puis \u00e0 ma grande\nsurprise, j\u2019ai d\u00e9couvert un spectacle tr\u00e8s moderne. La mise en\nsc\u00e8ne de Calixto Bieito \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9aliste tout comme le jeu de\ncom\u00e9diens, le d\u00e9cor et les costumes. Le spectateur pouvait se\nprojeter d\u2019autant plus dans cette histoire entra\u00eenante qu\u2019il\n\u00e9tait omniscient. La modernit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement visible\nlorsque plusieurs voitures sont arriv\u00e9es sur sc\u00e8ne, on a d\u00e9couvert\ndes gestes et sc\u00e8nes plus ou moins sensuels (voire obsc\u00e8nes pour\ncertains) mais du moins explicites, des selfies avec un appareil\nphoto etc&#8230; \n<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace sc\u00e9nique fut\ntr\u00e8s bien investi soit par les chanteurs d\u2019op\u00e9ra soit par le\nd\u00e9cor, lui-m\u00eame souvent imposant (voitures, un taureau en panneau,\nle m\u00e2t tr\u00e8s haut du drapeau de l\u2019Espagne). Le d\u00e9cor donnait\nsouvent le ton de l\u2019histoire et participait \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019un\nenvironnement r\u00e9aliste. Chaque \u00e9l\u00e9ment artistique apportait une\n\u00e9motion, une r\u00e9f\u00e9rence, que ce soit le chant, le d\u00e9cor,\nl\u2019orchestre\u2026 Ce combo a eu un effet sur le public. Certaines\npersonnes ont trouv\u00e9 que la modernit\u00e9 ou l\u2019explicitation de\ncertaines sc\u00e8nes (notamment sexuelles) \u00e9taient d\u00e9plac\u00e9es,\nd\u2019autres au contraire ont trouv\u00e9 ce choix audacieux voire dr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce spectacle, d\u2019une dur\u00e9e d\u2019environ 2h30, est pass\u00e9 tr\u00e8s vite tellement la pi\u00e8ce \u00e9tait entra\u00eenante. Une belle d\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Kenza Lazreq<\/p>\n\n\n\n<p>_____________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>Photographe : Vincent Pontet \/ OnP<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >A la fois digne et sulfureuse, 144 ans plus tard, Carmen a encore beaucoup de choses \u00e0 nous apprendre sur la f\u00e9minit\u00e9 et le sens de la vie. 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