{"id":13142,"date":"2019-06-22T16:41:01","date_gmt":"2019-06-22T14:41:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13142"},"modified":"2019-06-22T16:41:01","modified_gmt":"2019-06-22T14:41:01","slug":"courts-metrages-americains-en-competition-courts-metrages-americains-en-competition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13142","title":{"rendered":"Courts-m\u00e9trages am\u00e9ricains en comp\u00e9tition [Champs \u00c9lys\u00e9es Film Festival]"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Un cin\u00e9ma de l\u2019initiation <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le Champs-Elys\u00e9es Film Festival, parce qu\u2019il projette des films am\u00e9ricains et fran\u00e7ais, permet la comparaison. Celle-ci se r\u00e9v\u00e8le pr\u00e9cieuse, non pas pour en conclure qu\u2019une nation est plus talentueuse que l\u2019autre, mais parce qu\u2019elle permet de mettre en exergue les grandes questions qui les tourmentent. A la fin de la projection des huit courts-m\u00e9trages am\u00e9ricains, force est de constater que deux th\u00e9matiques obs\u00e8dent leurs artistes&nbsp;: l\u2019adolescence et l\u2019\u00e9trange. Tous traitent en effet d\u2019une premi\u00e8re fois ou d\u2019un d\u00e9voilement, celui-ci souvent exp\u00e9riment\u00e9 dans la peur. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la jeune fille de <em>How does it start&nbsp;?<\/em>&nbsp;agit pour la premi\u00e8re fois face \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif du d\u00e9sir qu\u2019elle ressent dans la violence. Il est format\u00e9 par l\u2019incons\u00e9quence des adultes et par des lectures dont le d\u00e9sir masculin est l\u2019unique enjeu. Ce d\u00e9sir nouveau, aux fronti\u00e8res encore floues, est \u00e9galement le sujet de <em>Jeremiah<\/em>. Ce court-m\u00e9trage, \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique tout \u00e0 fait diff\u00e9rente du premier, reprend les codes du cin\u00e9ma d\u2019horreur&nbsp;: musique tra\u00eenante dont l\u2019intensit\u00e9 augmente soudainement, sensation d\u2019\u00eatre suivi dans la rue, nuit omnipr\u00e9sente, monstre digne du <em>Voyage de Chihiro<\/em>, tout y est. Tout y est pour dire \u00e0 quel point refuser son amour \u00e0 quelqu\u2019un, sous pr\u00e9texte que son d\u00e9sir ne correspond pas \u00e0 la norme, peut faire de mal. Le salut vient de l\u2019autre, de sa capacit\u00e9 \u00e0 comprendre sans juger et \u00e0 refermer la porte du placard dont les monstres s\u2019\u00e9chappent\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Cette initiation au d\u00e9sir correspond donc souvent \u00e0 une premi\u00e8re fois&nbsp;: se d\u00e9voiler \u00e0 l\u2019autre, oser assumer son d\u00e9sir et voir son corps changer. C\u2019est notamment ce que filme de mani\u00e8re tr\u00e8s brute Erica Scoggins dans <em>The Boogeywoman<\/em>&nbsp;(La Croque-mitaine en fran\u00e7ais)&nbsp;: l\u2019h\u00e9ro\u00efne y a pour la premi\u00e8re fois ses r\u00e8gles, et la cam\u00e9ra, filmant au plus pr\u00e8s la jeune fille, initie le spectateur \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement qui peut rendre si vuln\u00e9rable. L\u2019esth\u00e9tique ma\u00eetris\u00e9e du court-m\u00e9trage n\u2019emp\u00eache pas que son sens ultime \u00e9chappe au spectateur, plong\u00e9 \u00e0 nouveau dans le cin\u00e9ma d\u2019horreur dont le sang est cette fois th\u00e8me principal. <\/p>\n\n\n\n<p>Les adolescentes sont bien le c\u0153ur battant de cette s\u00e9ance de projection et l\u2019amiti\u00e9 qui les lie est le sujet de <em>Liberty<\/em>&nbsp;and <em>Night Swim<\/em>. Le premier, qui met en sc\u00e8ne la communaut\u00e9 Afro-Am\u00e9ricaine, esquisse le deuil qu\u2019a v\u00e9cu r\u00e9cemment l\u2019une des deux jeunes protagonistes. Parce qu\u2019il pr\u00e9sente le quotidien dans tout ce qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le de tendresse partag\u00e9e, du linge \u00e9tendu aux cheveux coiff\u00e9s avec patience, <em>Liberty<\/em>&nbsp;poss\u00e8de un \u00e9clat qui brille d\u2019autant plus apr\u00e8s l\u2019horrifique mise en sc\u00e8ne de la peur. La danse, les glaces, les corps vivants et lib\u00e9r\u00e9s, rien ne dissimule pourtant la dure r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une Am\u00e9rique o\u00f9 le souvenir de la s\u00e9gr\u00e9gation n\u2019est pas si lointain. <em>Night Swim<\/em>&nbsp;au contraire, loin de filmer la relation solaire que partagent les deux jeunes femmes de <em>Liberty<\/em>, met en sc\u00e8ne une amiti\u00e9 malsaine dont les cons\u00e9quences d\u00e9passent celle qui se laisse envahir par son d\u00e9sir de possession. Par son \u00e9criture tr\u00e8s habile, le court-m\u00e9trage brouille les lignes entre ce qui est l\u00e9gitime et ne l\u2019est plus, entre le sentiment d\u2019abandon et ce qui devient vite pure manipulation. Par la mise en sc\u00e8ne de ce d\u00e9sir naissant, de la mise \u00e0 nu des peurs et de la confiance accord\u00e9e, cette s\u00e9ance de courts-m\u00e9trages am\u00e9ricains est une s\u00e9ance initiatique, pour ses personnages comme pour ses spectateurs. <\/p>\n\n\n\n<p>Mathilde Charras <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Un cin\u00e9ma de l\u2019initiation Le Champs-Elys\u00e9es Film Festival, parce qu\u2019il projette des films am\u00e9ricains et fran\u00e7ais, permet la comparaison. 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