{"id":13157,"date":"2019-06-20T23:29:13","date_gmt":"2019-06-20T21:29:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13157"},"modified":"2019-06-20T23:29:13","modified_gmt":"2019-06-20T21:29:13","slug":"masterclass-kyle-maclachlan-champs-elysees-film-festival","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13157","title":{"rendered":"Masterclass \u2013 Kyle Maclachlan [Champs \u00c9lys\u00e9es Film Festival]"},"content":{"rendered":"\n<p><em>La silhouette de Kyle Maclachlan se dessine enfin dans l\u2019obscurit\u00e9 de la salle. El\u00e9gant, une coupe de cheveux reconnaissable entre mille, arborant un doux sourire aux l\u00e8vres, il est accueilli par une ovation. La salle est compos\u00e9e en grande majorit\u00e9 de fans de David Lynch et en particulier de la s\u00e9rie Twin Peaks. A deux reprises, la tendresse qu\u2019inspire l\u2019acteur va pousser des admirateurs \u00e0 lui offrir une part de tarte aux cerises et quelques noix, sous les applaudissements de la salle. Sous ces heureux auspices commence alors l\u2019interview. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quels points communs y a-t-il entre tous les r\u00e9alisateurs avec lesquels vous avez travaill\u00e9&nbsp;? David Lynch, Steven Spielberg, Steven Soderbergh\u2026 <\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ils partagent tous la m\u00eame passion pour le \u00ab&nbsp;processus&nbsp;\u00bb du cin\u00e9ma, pour le travail en train de se faire. Ils poss\u00e8dent une v\u00e9ritable joie de cr\u00e9ation qui devient une force d\u2019inspiration pour tous. J\u2019ai tourn\u00e9 mes deux premiers films avec David Lynch (<em>Dune<\/em>, 1984&nbsp;; <em>Blue Velvet<\/em>, 1986) et il r\u00e9ussit toujours \u00e0 partager avec ses acteurs ce qu\u2019il veut dire du monde, il leur transmet cette vision et les accompagne \u00e0 travers elle. Tous les r\u00e9alisateurs avec lesquels j\u2019ai tourn\u00e9 partagent cette m\u00eame passion et ont ce m\u00eame lien avec leurs acteurs. <\/p>\n\n\n\n<p><em>La journaliste projette alors de nombreuses affiches de films dans lesquels K. Maclachlan a jou\u00e9. Il en commente certains et dit la chance qu\u2019il a eu de pouvoir tourner 41 films. <\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas pourquoi, je n\u2019\u00e9tais sans doute pas si mauvais (<em>rires<\/em>). Mais de l\u00e0 dire que je suis bon\u2026 Je suis juste disponible vous savez (<em>rires<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous dites toujours ressentir une forme de peur lorsque vous jouez pour la premi\u00e8re fois \u00e0 nouveau, pourquoi cela au vu de votre impressionnante carri\u00e8re&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand vous commencez un nouveau film, vous vous cr\u00e9ez une nouvelle famille. Vous ne la choisissez pas mais vous devez quand m\u00eame le faire puisque vous allez travailler avec ces m\u00eames personnes pendant longtemps. Cela se passe souvent tr\u00e8s vite et vous apprenez \u00e0 composer avec tout le monde, avec l\u2019humeur du jour, avec ce que chacun apporte sur le plateau. Et c\u2019est pourquoi la premi\u00e8re fois que vous jouez, il y a toujours cette fraction de seconde o\u00f9 tout semble \u00eatre nouveau et o\u00f9 vous vous demandez&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;est-ce que je sais encore jouer&nbsp;?&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;est-ce que je vais me souvenir de mes r\u00e9pliques&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s la premi\u00e8re prise g\u00e9n\u00e9ralement \u00e7a va mieux tout de m\u00eame (<em>rires<\/em>)\u2026 <strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>On nous invite alors \u00e0 visionner un extrait de <\/em>Blue Velvet<em>&nbsp;o\u00f9 le personnage que K. Maclachlan conc\u00e8de la fascination qu\u2019il \u00e9prouve pour le myst\u00e8re. <\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le myst\u00e8re a toujours \u00e9t\u00e9 un aspect important des r\u00f4les que vous avez accept\u00e9s, pourquoi cela&nbsp;? Est-ce parce qu\u2019il est un symbole du cin\u00e9ma lui-m\u00eame&nbsp;? <\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, sans doute. J\u2019aborde les films comme des puzzles g\u00e9ants&nbsp;: il s\u2019agit de tout d\u00e9couvrir. J\u2019ai besoin de tout savoir \u00e0 propos du voyage dans lequel je m\u2019engage. C\u2019est pourquoi je travaille les sc\u00e9narios autant que je le peux. Tout y est important, significatif. Ils sont comme les plans qui me permettent de construire mon personnage. Mais il n\u2019y a pas que le travail. A force de creuser, une forme d\u2019intuition vous saisit concernant votre personnage. Vous continuerez cependant \u00e0 vous poser les questions \u00ab&nbsp;pourquoi dit-il cela&nbsp;?&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;comment&nbsp;?&nbsp;\u00bb, tout au long du tournage. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle relation de travail entretenez-vous avec David&nbsp;Lynch&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise l\u2019un avec l\u2019autre. D\u00e8s le d\u00e9but nous avons entretenu une relation de confiance&nbsp;: il croyait en moi et savait que je pourrais faire \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce dont il aurait besoin. Il est tr\u00e8s terre-\u00e0-terre et direct, honn\u00eate. Il a une compr\u00e9hension tr\u00e8s claire du monde et demeure tr\u00e8s lucide. Il est un r\u00e9alisateur qui m\u2019a vraiment influenc\u00e9 et je r\u00e9alise dans cet extrait de <em>Blue Velvet<\/em>&nbsp;que j\u2019\u00e9tais un peu en train d\u2019imiter sa fa\u00e7on de parler. Ce n\u2019\u00e9tait sans doute pas conscient \u00e0 l\u2019\u00e9poque (<em>il l\u2019imite \u00e0 nouveau, rires<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avez-vous eu l\u2019impression qu\u2019il vous fallait d\u00e9sapprendre le jeu que vous aviez d\u00e9velopp\u00e9 avec David Lynch pour pouvoir jouer avec d\u2019autres r\u00e9alisateurs&nbsp;? <\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Non, je ne dirais pas cela. Il est vraiment ancr\u00e9 dans le monde r\u00e9el, pas du tout r\u00eaveur. Au mieux un peu d\u00e9cal\u00e9. Et comme j\u2019incarnais souvent le personnage stable de ses films, je n\u2019ai eu que tr\u00e8s peu ce sentiment de d\u00e9calage. De toute fa\u00e7on, chaque r\u00e9alisateur a sa propre mani\u00e8re de tourner, ses propres techniques. Il faut donc \u00e0 chaque fois s\u2019adapter \u00e0 de nouvelles m\u00e9thodes de travail. Par exemple, Oliver Stone a un tr\u00e8s fort caract\u00e8re et aimait cr\u00e9er une ambiance chaotique sur son plateau. Je me d\u00e9brouillais toujours pour l\u2019\u00e9viter afin qu\u2019il me laisse travailler en paix (<em>rires<\/em>&nbsp;\u2013 <em>\u00e0 l\u2019occasion du tournage de <\/em>The Doors). Steven Soderbergh en revanche a une mani\u00e8re de travailler tr\u00e8s pr\u00e9cise, tr\u00e8s rigoureuse. Nous avons tourn\u00e9 <em>I, flying bird<\/em>, avec un Iphone et c\u2019\u00e9tait parfois tr\u00e8s troublant. Mais j\u2019accueille avec bonheur tous ces changements, je parviens toujours \u00e0 en faire quelque chose de significatif pour moi. <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em><strong><em>Twin Peaks<\/em><\/strong><\/em><\/strong><strong>, 1990&nbsp;: quelles images, quels sentiments ce titre m\u00eame \u00e9voque-t-il pour vous&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Wow\u2026 Question difficile (<em>rires<\/em>). Ce r\u00f4le a tout chang\u00e9 pour moi. Cooper est un personnage incroyable. Je peux juste raconter une anecdote de tournage&nbsp;: David aimait toujours me garder occup\u00e9, \u00e0 faire mille choses \u00e0 la fois. Dans certaines sc\u00e8nes, je devais conduire, me recoiffer, lire\u2026 (<em>rires<\/em>) Mais je pense que l\u2019impression que je retiens de cette s\u00e9rie est que nous avions conscience de faire quelque chose de tout \u00e0 fait diff\u00e9rent. Quelque chose de si sp\u00e9cial que nous allions changer les codes de la t\u00e9l\u00e9vision. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Extrait d\u2019un \u00e9pisode<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Parce que la s\u00e9rie a effectivement \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 en clair. C\u2019\u00e9tait une autre \u00e9poque. Beaucoup de choses ont chang\u00e9 et la s\u00e9rie a r\u00e9ussi \u00e0 faire parler d\u2019elle avant m\u00eame les r\u00e9seaux sociaux [\u2026]. Il \u00e9tait difficile de prendre de la distance, de r\u00e9aliser ce que nous \u00e9tions vraiment en train de changer, de cr\u00e9er. Il existe trois films en un vous savez&nbsp;: celui du sc\u00e9nario, celui du plateau et celui qui est effectivement diffus\u00e9. Il est difficile pour un acteur d\u2019imaginer comment sera accueilli le produit fini. <\/p>\n\n\n\n<p><em>La journaliste l\u2019interroge alors \u00e0 propos du film<\/em>&nbsp;Against The Wall <em>(1994). L\u2019acteur relate une anecdote tout \u00e0 fait inappropri\u00e9e pour les yeux d\u00e9licats de nos lecteurs, par ailleurs intraduisible. Un indice, le mot \u00ab&nbsp;dick&nbsp;\u00bb fut prononc\u00e9\u2026 <\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle diff\u00e9rence existe-t-il entre un tournage de cin\u00e9ma et un tournage de s\u00e9rie&nbsp;?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien, l\u2019avantage avec la t\u00e9l\u00e9vision et que l\u2019on peut vraiment d\u00e9velopper un personnage, passer du temps avec lui. Cela d\u00e9pend bien s\u00fbr beaucoup de l\u2019\u00e9criture et des dialogues, mais c\u2019est ce qui fait la vraie qualit\u00e9 des s\u00e9ries pour un acteur. C\u2019est sans doute pourquoi je pr\u00e9f\u00e8re tourner pour la t\u00e9l\u00e9vision, m\u00eame si le cin\u00e9ma peut permettre cette m\u00eame qualit\u00e9 d\u2019appr\u00e9hension d\u2019un personnage. <\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un membre du public lui demande alors quel a \u00e9t\u00e9 son terroir d\u2019influence, ce qui l\u2019a inspir\u00e9 dans sa carri\u00e8re. <\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu, sans doute. Une petite ville pr\u00e8s de Washington, une enfance typiquement am\u00e9ricaine, deux fr\u00e8res, une famille aimante et la libert\u00e9 d\u2019\u00eatre un enfant. C\u2019\u00e9tait une vie prot\u00e9g\u00e9e. Quand j\u2019y repense maintenant, j\u2019\u00e9tais un gosse tr\u00e8s \u00e9motif. Je ne le montrais pas parce que \u00e7a ne se faisait pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque mais je ressentais les choses tr\u00e8s profond\u00e9ment. Et je ne savais pas comment exprimer ces \u00e9motions, donc je r\u00e9primais tout cela. M\u00eame lorsque j\u2019ai pris des cours pour apprendre \u00e0 jouer, je faisais \u00e7a. Maintenant avec l\u2019\u00e2ge, on s\u2019autorise davantage \u00e0 pleurer comme un enfant (<em>rires<\/em>). J\u2019ai donc eu cette \u00e9ducation tr\u00e8s saine, je suppose. Mes professeurs \u00e0 l\u2019universit\u00e9 m\u2019ont aussi influenc\u00e9, puis David Lynch bien s\u00fbr. Le m\u00e9lange de ses mondes \u00e9tranges et de ma propre gravit\u00e9, li\u00e9e \u00e0 ma personne et \u00e0 mon \u00e9ducation, ont fait que cette rencontre a vraiment fonctionn\u00e9. J\u2019ai accept\u00e9 le monde d\u2019o\u00f9 je viens, j\u2019ai travaill\u00e9 \u00e0 partir de cela et c\u2019est ce qui m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 vouloir approfondir toujours plus les personnages que j\u2019incarne. Je veux les conna\u00eetre, comprendre comment je peux les faire na\u00eetre \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et ainsi v\u00e9ritablement les honorer. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Un membre du public pose alors une derni\u00e8re question tr\u00e8s pr\u00e9cise \u00e0 K. Maclachlan \u00e0 propos du court m\u00e9trage <\/em>The Staggering Girl<em>&nbsp;o\u00f9 l\u2019acteur incarne diff\u00e9rents personnages qui croisent la vie de Julian Moore. K. Maclachlan explique \u00e0 cette occasion qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 choisi pour le r\u00f4le car il incarne selon son r\u00e9alisateur \u00ab&nbsp;the universal male&nbsp;\u00bb ou le m\u00e2le absolu. De quoi conclure cette s\u00e9ance et se pr\u00e9cipiter pour visionner toute la filmographie dudit m\u00e2le. <\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mathilde Charras <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >La silhouette de Kyle Maclachlan se dessine enfin dans l\u2019obscurit\u00e9 de la salle. 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