{"id":1316,"date":"2011-11-15T20:00:30","date_gmt":"2011-11-15T19:00:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=1316"},"modified":"2011-11-15T20:00:30","modified_gmt":"2011-11-15T19:00:30","slug":"je-disparais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=1316","title":{"rendered":"Je disparais"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><strong><em>Je disparais<\/em>, texte d&rsquo;Arne Lygre mis en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig au <a href=\"http:\/\/www.colline.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Th\u00e9\u00e2tre de la Colline<\/a>. <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Andrianasy\">La critique de Mirana Andrianasy<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Diot\">La critique de Timoth\u00e9e Diot<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Labouygues\">La critique de Claire Labouygues<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Lefebvre\">La critique de Luc Lefebvre<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L<a href=\"#Moracchini\">a critique de Vincent Moracchini<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#rozanes\">La critique de Jessica Rozanes<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Andrianasy\"><\/a>C\u2019est au Th\u00e9\u00e2tre National de la Colline qu\u2019\u00e9tait jou\u00e9 ce 15 Novembre 2011 <em>Je disparais<\/em>, de l\u2019\u00e9crivain et dramaturge norv\u00e9gien Arne Lygre. Mise en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig, cette pi\u00e8ce d\u2019un seul acte, en cr\u00e9ation mondiale, dure environ 1h30\u00a0; dur\u00e9e pendant laquelle le spectateur assiste aux luttes int\u00e9rieures du personnage central \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb interpr\u00e9t\u00e9 par Annie Mercier.<br \/>\nLa pi\u00e8ce a pour th\u00e8mes principaux l\u2019absence ainsi que la d\u00e9finition du soi par rapport aux liens qui nous unissent aux autres. Ainsi, \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb fuit un contexte qui nous est inconnu en compagnie de \u00ab\u00a0Mon Amie\u00a0\u00bb (Luce Mouchel) et de\u00a0 \u00ab\u00a0La Fille de Mon Amie\u00a0\u00bb (Pauline Lorillard). Pas de pr\u00e9noms dans cette pi\u00e8ce o\u00f9 tous les protagonistes sont identifi\u00e9s par leur lien avec \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb\u00a0: il s\u2019agit pour le spectateur d\u2019observer l\u2019\u00e9volution de \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb selon les unions et s\u00e9parations qui ponctuent la pi\u00e8ce et de constater non seulement son rapport aux autres mais aussi \u00e0 elle-m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Ainsi, St\u00e9phane Braunschweig insiste par un jeu sur les voix sur les diff\u00e9rents niveaux de narration\u00a0; la pi\u00e8ce se caract\u00e9risant par une construction en tiroir qui aboutit pour le spectateur \u00e0 ne plus savoir ce qui rel\u00e8ve pour \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb de la r\u00e9alit\u00e9 et de la fiction. De plus, la sc\u00e8ne tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9e ne pr\u00e9sentant qu\u2019une succession tout en perspective de pi\u00e8ces blanches, constitue \u00e9galement un \u00e9l\u00e9ment dans l\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019enfermement et de l\u2019isolation de \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb. En effet, alors que \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb se trouve dans la pi\u00e8ce la plus grande et la plus proche du public au d\u00e9but de la pi\u00e8ce\u00a0; c\u2019est dans la plus petite et la plus \u00e9loign\u00e9e qu\u2019elle fait sa derni\u00e8re apparition.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">En outre, tout est mis en \u0153uvre pour une concentration enti\u00e8re du spectateur sur les protagonistes\u00a0: absence d\u2019accessoires et de d\u00e9cors (sauf quelques fauteuils et valises), m\u00e9connaissance du contexte dans lequel se d\u00e9roule l\u2019intrigue, peu de personnages sur sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019exception d\u2019un tableau avec des figurantes. Cette tension est agr\u00e9ment\u00e9e par une bande son r\u00e9aliste et par les indications temporelles donn\u00e9es entre chaque tableau au moyen de projections sur \u00e9cran\u00a0: \u00ab\u00a0Un moment apr\u00e8s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le lendemain\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La semaine suivante\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le mois suivant\u00a0\u00bb, les ellipses temporelles s\u2019\u00e9largissent pr\u00e9cipitant la chute du r\u00e9cit tout en accentuant le d\u00e9sarroi du spectateur face \u00e0 tant de non-dits.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L\u2019excellent travail de St\u00e9phane Braunschweig pour la mise en sc\u00e8ne et le talent des acteurs me font recommander cette pi\u00e8ce. Cependant, j\u2019exprime quelques r\u00e9serves quant au fait qu\u2019elle puisse \u00eatre difficile \u00e0 comprendre au premier abord pour qui n\u2019est pas familier du th\u00e9\u00e2tre de Lygre ou de Braunschweig. &#8211; <strong>Mirana Andrianasy<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Diot\"><\/a>Le th\u00e9\u00e2tre de la Colline dans le 20<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement affiche complet. Ce soir, St\u00e9phane Braunschweig nous pr\u00e9sente sa mise en sc\u00e8ne du texte du dramaturge norv\u00e9gien Arne Lygre. On apprendra \u00e0 la fin du spectacle que c\u2019est la premi\u00e8re fois que cette pi\u00e8ce est mont\u00e9e et jou\u00e9e, le texte \u00e9tant pour ainsi dire tr\u00e8s r\u00e9cent.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">\u00ab\u00a0C\u2019est nous. Bient\u00f4t ce sera nous\u00a0\u00bb dit le personnage de \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb dans la pi\u00e8ce d\u2019Arne Lygre. Les protagonistes se projettent sans cesse, attendent que le futur, si proche soit-il, leur d\u00e9livre les cl\u00e9s pour comprendre leur pass\u00e9. Ils ont chacun v\u00e9cu une vie, parall\u00e8lement \u00e0 celle de l\u2019autre, et celle-ci est l\u2019objet perp\u00e9tuel de leur conversation. Les personnages tentent en vain de comprendre ce qui anime autrui. Ils ne poss\u00e8dent aucune r\u00e9ponse et demeurent ainsi seuls, les uns avec les autres. Lygre d\u00e9peint des personnages sans histoire qui se mettent \u00e0 en avoir une et par del\u00e0 se rapproche lorsque la narration de leur vie s\u2019entrecroise. Ils sont l\u00e0 les uns pour les autres et seul la mort o\u00f9 la disparition peut les dissoudre.<br \/>\nL\u2019auteur donne \u00e0 la fois une importance cruciale \u00e0 ce rapprochement et \u00e0 la mani\u00e8re selon laquelle les personnages oublient ceux qu\u2019ils ont abandonn\u00e9s. <em>Je disparais<\/em> est du th\u00e9\u00e2tre au pr\u00e9sent. Le spectateur est face \u00e0 lui-m\u00eame au moment pr\u00e9cis o\u00f9 il voit la pi\u00e8ce se d\u00e9rouler. Il est lui aussi seul et avec les personnages, il sait que cette histoire ressemble \u00e0 la sienne, il la contemple et l\u2019\u00e9coute.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Le texte de Lygre se donne \u00e0 voir lorsque les acteurs interpr\u00e8tent ce que l\u2019on appelle des \u00ab\u00a0hyper-r\u00e9pliques\u00a0\u00bb, ces didascalies \u00e9voqu\u00e9es \u00e0 la troisi\u00e8me personne et qui sont d\u00e9clam\u00e9es par les acteurs entre chaque dialogue. Ce m\u00e9canisme original peut alors surprendre mais donne \u00e0 la pi\u00e8ce tout le caract\u00e8re contemporain qu\u2019elle comporte. La mise en sc\u00e8ne, quant \u00e0 elle, structure un r\u00e9cit qui ne l\u2019est pas forc\u00e9ment. En jouant sur une sc\u00e9nographie alternant pi\u00e8ce close et perspective infinie, les personnages \u00e9voluent entre diff\u00e9rents tableaux et donnent aux spectateurs les cl\u00e9s pour suivre le d\u00e9roulement de la pi\u00e8ce. A la fois grandiose et innovante, cette sc\u00e9nographie oriente le regard par des contrastes de lumi\u00e8res percutants et supprime tout ce qui existe en dehors du cadre. Le spectateur est pour ainsi dire immerg\u00e9 dans sa propre histoire et ne devine pas la mani\u00e8re d\u2019en sortir.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Lygre, dans <em>Je disparais<\/em>, d\u00e9peint un monde o\u00f9 l\u2019\u00eatre cher est celui que l\u2019on comprend le moins, que l\u2019on veut accompagner dans la recherche de sa v\u00e9rit\u00e9 car c\u2019est seulement ainsi que la notre nous sera d\u00e9voil\u00e9e. Les acteurs, le metteur en sc\u00e8ne, le sc\u00e9nographe \u00e9l\u00e8vent la pi\u00e8ce au del\u00e0 du cadre dans lequel elle aurait pu \u00eatre mont\u00e9e, en jouant sur une contemporan\u00e9it\u00e9 \u00e0 la fois affirm\u00e9e et superbement ex\u00e9cut\u00e9e. &#8211; <strong>Timoth\u00e9e Diot<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Labouygues\"><\/a>Seulement trois femmes, et un couple occupent le plateau, mais l\u2019imaginaire des personnages d\u00e9multiplie ces pr\u00e9sences et donne \u00e0 voir d\u2019autres sc\u00e8nes charg\u00e9es d\u2019\u00e9motions. Les femmes r\u00eavent d\u2019autres femmes plus \u00e0 plaindre encore qu\u2019elles. Au cours de la pi\u00e8ce naissent en transparence d\u2019autres sc\u00e8nes o\u00f9 leur douleur est en \u00e9cho. Cela fait de <em>Je disparais<\/em> une pi\u00e8ce remarquable pour sa puissance po\u00e9tique de part la magnifique aptitude des com\u00e9diens \u00e0 nous transporter, \u00e0 nous faire voir des sc\u00e8nes qui n\u2019ont pas lieu sous nos yeux, mais ailleurs, dans l\u2019imaginaire de chacun, dans le leur avant tout.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Sur sc\u00e8ne, presque rien, sinon le vide de l\u2019exil, une page blanche o\u00f9 se d\u00e9ploie les visions de ces femmes. Isolement, solitude, \u00e9garement, espoir d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, <em>Je disparais<\/em> est une pi\u00e8ce sur l\u2019individu jet\u00e9 hors de chez lui, hors de lui. Plus largement, c\u2019est une pi\u00e8ce sur la puissance de l\u2019imaginaire, catharsis, exutoire jusqu\u2019au sadisme de la douleur. Les femmes se d\u00e9lectent de la souffrance possible\u00a0 des doubles qu\u2019elles s\u2019inventent pour oublier la leur, bien r\u00e9elle. Souffrir par d\u2019autres, un moyen de supporter la douleur des s\u00e9parations, de l\u2019isolement, de l\u2019\u00e9garement, de l\u2019exil en somme.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La sc\u00e9nographie met en place une perspective abyssale, enchev\u00eatrement de bo\u00eetes, comme un approfondissement de la conscience, une plong\u00e9e en soi, un p\u00e9riple infini dans l\u2019exil. Evolutive et captivante, elle a particuli\u00e8rement retenue mon attention. Le temps passe pour ceux qui s\u2019exilent, s\u2019\u00e9gr\u00e8ne m\u00eame, leur imaginaire prend le relais, seul secours dans un univers \u00e9tranger.<br \/>\nQu\u2018en est-il pour ceux qui restent\u00a0? &#8211; <strong>Claire Labouygues <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Lefebvre\"><\/a>La pi\u00e8ce <em>Je disparais<\/em> est jou\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre de la Colline tous les soirs jusqu&rsquo;au 9 d\u00e9cembre 2011.<br \/>\nD&rsquo;une dur\u00e9e d&rsquo;une heure et demi environ, cette repr\u00e9sentation refl\u00e8te les caract\u00e9ristiques du texte du dramaturge norv\u00e9gien Arne Lygre, auteur de th\u00e9\u00e2tre contemporain assez intellectuel et exp\u00e9rimental. La mise en sc\u00e8ne de St\u00e9phane Braunschweig est une cr\u00e9ation originale de la Colline.<br \/>\nUne troupe de cinq com\u00e9diens (et quatre figurants) donne vie \u00e0 ce texte : Annie Mercier en t\u00eate, accompagn\u00e9e de Luce Mouchel, de Pauline Lorillard ainsi que d&rsquo;Alain Liboit et Irina Dalle. Il y a moins une trame narrative qu&rsquo;une toile de fond : dans un pays en troubles (guerre, pers\u00e9cution politique peut-\u00eatre), une femme, son amie et la fille de cette derni\u00e8re prennent le parti de la fuite. La pi\u00e8ce est une succession de tableaux au fur et \u00e0 mesure de leur p\u00e9riple, et nous les montre face \u00e0 la douleur de la s\u00e9paration et du deuil, face \u00e0 l&rsquo;angoisse, la solitude et la mort, mais aussi face \u00e0 leurs fantasmes et leurs r\u00eaves, tant\u00f4t empreints d&rsquo;espoir, tant\u00f4t de cruaut\u00e9.<br \/>\nLa mise en sc\u00e8ne se range r\u00e9solument du c\u00f4t\u00e9 des cr\u00e9ations contemporaines, tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9e \u00e0 l&rsquo;image du texte de Lygre. L&rsquo;intrigue \u00e9tant mince, la chronologie des \u00e9v\u00e9nements n&rsquo;est pas tellement importante ; elle appara\u00eet principalement entre les tableaux, de mani\u00e8re saccad\u00e9e, par le biais d&rsquo;ellipses narratives qui sont de plus en plus longues (une heure, un jour, un mois), cr\u00e9ant une sorte<br \/>\nde perspective, un horizon temporel, une ligne de fuite.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Un des principes fondamentaux du texte est l&rsquo;ench\u00e2ssement des niveaux de r\u00e9el : le th\u00e9\u00e2tre de Lygre se caract\u00e9rise par le concept d&rsquo;\u00ab hyperr\u00e9pliques \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire des r\u00e9pliques des personnages commentant leur statut-m\u00eame de personnage ; on a ainsi jusqu&rsquo;\u00e0 trois plans exprim\u00e9s par le discours : 1) le personnage commentant la situation, 2) la situation elle-m\u00eame, et 3) le fantasme du personnage concr\u00e9tis\u00e9 sous la forme d&rsquo;un jeu dans le jeu, d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre dans le th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 les personnages se jouent des r\u00f4les dans lesquels ils s&rsquo;oublient et finissent par dispara\u00eetre.<br \/>\nLa sc\u00e8ne est presque nue, il y a peu d&rsquo;accessoires (quelques si\u00e8ges, des valises) ; s&rsquo;ajoutent \u00e0 cela des jeux de couleurs pour simplement sugg\u00e9rer une ambiance (bleu pour un paysage de mer). Un rideau transparent sur lequel sont projet\u00e9es des indications temporelles compl\u00e8te ce d\u00e9cor.<br \/>\nL&rsquo;espace est tr\u00e8s changeant gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;utilisation de panneaux mouvants qui cr\u00e9ent tant\u00f4t des effets de fermetures, qu&rsquo;ils s&rsquo;agisse de l&rsquo;enceinte d&rsquo;une maison ou de l&rsquo;\u00e9troitesse d&rsquo;un pi\u00e8ge, tant\u00f4t une impression d&rsquo;ouverture : morcel\u00e9, cet espace est \u00e9largi par des redoublements et des perspectives sur\u00a0 lesquels repose la profondeur de la sc\u00e8ne.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Le jeu sc\u00e9nique est parfois en contradiction avec les \u00ab hyperr\u00e9pliques \u00bb (les actes ne suivent pas toujours les paroles), ce qui peut troubler au d\u00e9but le spectateur. Des voix enregistr\u00e9es se superposent parfois \u00e0 la vraie voix des acteurs, ce qui renforce l&rsquo;effet de stratification du discours. La distance entre les individus est particuli\u00e8rement soulign\u00e9e et concr\u00e9tis\u00e9e par l&rsquo;utilisation de l&rsquo;espace de la sc\u00e8ne. Le jeu est aussi un jeu qui r\u00e9fl\u00e9chit sur lui-m\u00eame, puisqu&rsquo;il est question de personnages se mettant en sc\u00e8ne ; il reste cependant tr\u00e8s vivant et agr\u00e9able.<br \/>\nLa pi\u00e8ce est donc \u00e0 premi\u00e8re vue d\u00e9routante, mais le public a \u00e9t\u00e9 globalement s\u00e9duit une fois ces impressions d\u00e9stabilisantes surmont\u00e9es. On a beaucoup aim\u00e9 cette pi\u00e8ce dont les c\u00f4t\u00e9s intellectuels et exp\u00e9rimentaux ne lassent pas le spectateur qui, s&rsquo;il est invit\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, n&rsquo;en est pas moins diverti \u2013 de fait, une pointe d&rsquo;humour vient \u00e9quilibrer et all\u00e9ger avec profit le spectacle qui est en ce sens id\u00e9al pour qui veut s&rsquo;initier au th\u00e9\u00e2tre contemporain, \u00e9tant \u00e0 la fois avant-gardiste et plut\u00f4t accessible. &#8211; <strong>Luc Lefebvre<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Moracchini\"><\/a>\u00ab<em><a name=\"Moracchini\"><\/a>Nous avons r\u00e9ussi. Nous sommes parties<\/em>\u00a0\u00bb, c\u2019est cette sensation de vouloir quitter la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne que m\u2019ont permis les com\u00e9diens de <em>Je Disparais<\/em> pendant une heure et demi o\u00f9 mon esprit a pu s\u2019aventurer dans une histoire. Ce n\u2019est pas chose simple quand on d\u00e9couvre la sc\u00e9nographie immacul\u00e9e, sans identification possible \u00e0 un lieu, avec une impression de d\u00e9s\u00e9quilibre de par la perspective bancale. Cette derni\u00e8re est d\u00e9coup\u00e9e en 3 espaces successifs qui seront utilis\u00e9s \u00e0 travers les sc\u00e8nes, repr\u00e9sentant des niveaux parall\u00e8les pour la m\u00eame aventure, embrouillant ma compr\u00e9hension de la pi\u00e8ce.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">L\u2019h\u00e9ro\u00efne est \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb elle nous explique sa vie banale, ses gestes quotidiens, cela assise dans un fauteuil, seul \u00e9l\u00e9ment de mobilier, dont la couleur fait ressortir l\u2019objet. De cette position assise la catastrophe se pressent, par l\u2019intonation de la voix grave de cette femme apeur\u00e9e dans l\u2019attente de \u00ab\u00a0mon mari\u00a0\u00bb qui n\u2019arrive pas. C\u2019est ainsi que l\u2019on entre dans la peur de la mort, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, du n\u00e9ant blanc. Alors que l\u2019amie et sa fille sont dans la m\u00eame terreur de l\u2019attente du pire, les trois femmes r\u00e9unies, seules, nous font sourire, avec un humour noir en jouant le drame d\u2019autrui celui qui se d\u00e9roule dans \u00ab\u00a0la simultan\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La violence du monde est ainsi pr\u00e9sente, on imagine un g\u00e9nocide, ou une catastrophe naturelle, m\u00eame si le flou reste total sur ce qui se passe \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb. Hant\u00e9 par ces traumatismes collectifs, les personnages se retrouvent \u00e0 fuir dans ce d\u00e9cor vide de blanc, rythm\u00e9 par les sc\u00e8nes o\u00f9 de grands titres apparaissent. Une fuite vers la mort constante, marqu\u00e9e par des situations cruelles que d\u2019autres humains vivent. Un jeu pour quitter son malheur et ressentir celui des autres dans le but de pouvoir survivre malgr\u00e9 la peur.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">On voit apparaitre \u00e0 la derni\u00e8re sc\u00e8ne le \u00ab\u00a0mari\u00a0\u00bb clamant seul l\u2019histoire du f\u0153tus, de la mort de l\u2019enfant, une trag\u00e9die, et c\u2019est ainsi que l\u2019on comprend la mort pr\u00e9alable de cette enfant avant le drame qui s\u00e9pare \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb du mari. Puis une \u00e9trang\u00e8re vient donner de l\u2019espoir en allant vers l\u2019avenir, dans la voie de l\u2019amour o\u00f9 le futur \u00e0 de la valeur.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Je n\u2019avais pas mis les pieds, ou plut\u00f4t mon esprit au th\u00e9\u00e2tre depuis un petit moment, <em>Je disparais<\/em> a fait \u00e9cho \u00e0 ma vie, \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9 ponctu\u00e9 par des drames collectifs. M\u00eame si ma pens\u00e9e \u00e0 eu du mal \u00e0 suivre tous les monologues, j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 de l\u2019\u00e9motion \u00e0 travers la dr\u00f4lerie des fictions et le drame de la vie. &#8211; <strong>Vincent Moracchini<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"rozanes\"><\/a><em>Je disparais<\/em> est une pi\u00e8ce de l&rsquo;auteur Norv\u00e9gien Arne Lygre jou\u00e9e pour la premi\u00e8re fois du 4 novembre au 9 d\u00e9cembre 2011, au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline de Paris. L&rsquo;auteur contemporain fit ses d\u00e9buts au th\u00e9\u00e2tre avec <em>Maman et moi et les hommes<\/em> en 1996. Tr\u00e8s vite traduit en fran\u00e7ais, Arne Lygre s&rsquo;impose aujourd&rsquo;hui comme nouveau repr\u00e9sentant du th\u00e9\u00e2tre scandinave. Le Th\u00e9\u00e2tre de la Colline a d&rsquo;ailleurs d\u00e9cid\u00e9 de monter d\u00e8s f\u00e9vrier 2012 une autre de ses pi\u00e8ces, <em>Tage Unter<\/em>. Les deux pi\u00e8ces sont mises en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig qui avait d\u00e9j\u00e0 fait son entr\u00e9e en tant que directeur du Th\u00e9\u00e2tre de la Colline en 2009 en proposant deux pi\u00e8ces d&rsquo;Henrik Ibsen. Un bon d&rsquo;un si\u00e8cle dans le th\u00e9\u00e2tre norv\u00e9gien donc et pourtant des th\u00e8mes qui reviennent comme le d\u00e9part et la conqu\u00eate d&rsquo;une vie nouvelle.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Quand Peer Gynt se voit forcer de quitter le village \u00e0 cause de son comportement, \u00ab Moi \u00bb, le personnage principal de <em>Je disparais <\/em>interpr\u00e9t\u00e9 par Annie Mercier semble contraint de devoir abandonner sa maison et sa vie confortable, simple et banale \u00e0 cause d&rsquo;une menace ext\u00e9rieure. Cet \u00e9v\u00e8nement n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9 au cours de la pi\u00e8ce, ainsi s&rsquo;imagine-t-on un renversement politique ou une catastrophe naturelle peut-\u00eatre. Mais la question n&rsquo;est pas l\u00e0, il s&rsquo;agit pour Arne Lygre de la perte soudaine de son identit\u00e9. Sachant que l&rsquo;on se construit par rapport \u00e0 un lieu, \u00e0 des liens familiaux, amicaux, \u00e0 des habitudes&#8230; Comment se reconstruire dans la fuite et la mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve ? \u00ab Maintenant je ne peux plus comprendre \u00e7a. Je suis dans un autre endroit \u00bb. \u00ab Moi \u00bb devant fuir sa maison, perdra successivement \u00ab Mon Mari \u00bb, (interpr\u00e9t\u00e9 par Alain Libolt) sans savoir qu&rsquo;il compte de son c\u00f4t\u00e9 se reconstruire avec \u00ab Une \u00e9trang\u00e8re \u00bb (Irina Dalle), \u00ab La fille de mon amie \u00bb (Pauline Lorillard) et \u00ab Mon ami \u00bb (Luce Mouchel).<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La pi\u00e8ce d\u00e9bute avec la projection du texte \u00ab \u00e7a commence \u00bb recouvrant l&rsquo;ensemble de la sc\u00e8ne. Ces projections marqueront l&rsquo;avanc\u00e9e de l&rsquo;action dans le temps du \u00ab moment suivant \u00bb, \u00e0 l&rsquo;heure, au jour puis au \u00ab mois suivant \u00bb. Arne Lygre utilise \u00e9galement trois niveaux textuels : les hyper-r\u00e9pliques r\u00e9cit\u00e9es par la voix enregistr\u00e9e de \u00ab Moi \u00bb commentent bri\u00e8vement l&rsquo;action dans un style factuel comme si elle analysait avec recul la situation et ce qui s&rsquo;en d\u00e9gage \u00ab Je disparais dans la foule. Je me dissous \u00bb, les monologues et dialogues traditionnels et enfin des jeux de r\u00f4les que les personnages se cr\u00e9ent pour fuir la r\u00e9alit\u00e9, mais celle-ci les rattrape cruellement de mani\u00e8re insidieuse.<br \/>\n<em>Je disparais<\/em> traite de la fuite forc\u00e9e, sujet souvent utilis\u00e9 par les blockbusters larmoyants avec une sobri\u00e9t\u00e9 toute scandinave. Mais avant tout elle soul\u00e8ve la question de l&rsquo;identification. Comment se situer dans un monde qui change? Quels rep\u00e8res peut on utiliser? \u00ab Moi \u00bb perd ses rep\u00e8res g\u00e9ographiques, sociaux et ainsi dispara\u00eet. &#8211; <strong>Jessica Rozanes<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Je disparais, texte d&rsquo;Arne Lygre mis en sc\u00e8ne par St\u00e9phane Braunschweig au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline. 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