{"id":13195,"date":"2019-06-24T17:06:24","date_gmt":"2019-06-24T15:06:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13195"},"modified":"2019-06-24T17:06:24","modified_gmt":"2019-06-24T15:06:24","slug":"mary-said-what-she-said-robert-wilson-darryl-pinckney-theatre-de-la-ville-espace-cardin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13195","title":{"rendered":"Mary said what she said \/ Robert Wilson &#8211; Darryl Pinckney \/ Th\u00e9\u00e2tre de la ville &#8211; Espace Cardin"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce lundi 24 juin, je sors du m\u00e9tro Champs &#8211; \u00c9lys\u00e9es &#8211; Cl\u00e9menceau pour me<br> rendre au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville voir Mary said what she said. Cette pi\u00e8ce est la  nouvelle cr\u00e9ation de Robert Wilson avec pour seul et unique personnage  Isabelle Huppert. Autant dire que ce spectacle signe le retour de ces deux  grands du spectacle, d\u00e9j\u00e0 r\u00e9unis il y a 13 ans. <\/p>\n\n\n\n<p>Je suis pleine d&rsquo;appr\u00e9hension,  les critiques n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 tendres : pour beaucoup cette pi\u00e8ce est une pure  catastrophe. Moi qui viens voir pour la premi\u00e8re fois Isabelle Huppert sur  sc\u00e8ne j&rsquo;ai peur de trouver le temps long et d\u2019en ressortir d\u00e9\u00e7ue. Extr\u00eamement  surprise, d\u00e8s les premi\u00e8res minutes je comprends qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 j&rsquo;assiste \u00e0 une  v\u00e9ritable performance sc\u00e9nique, mais aussi artistique. Ce monologue met en  sc\u00e8ne la vie de Marie Stuart, ou plut\u00f4t conte l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de la reine d\u2019\u00c9cosse et  de France. Cette h\u00e9ro\u00efne a fait l&rsquo;objet de nombreuses mises en sc\u00e8ne, notamment du fait de son destin tragique. <\/p>\n\n\n\n<p>Durant 1h30, Robert Wilson pousse  le genre historique \u00e0 fond : le costume, la musique de Ludovico Einaudi.  Pourtant la pi\u00e8ce est bel et bien contemporaine. Apr\u00e8s un nombre  incalculable de films sur ce sujet ( Marie Stuart, Reine d\u2019\u00c9cosse en 2018,  Marie, Reine d\u2019\u00c9cosse en 2013\u2026), le metteur en sc\u00e8ne ne se g\u00eane  absolument pas pour rapprocher th\u00e9\u00e2tre et cinema, sc\u00e8ne et \u00e9cran. En effet,  d&rsquo;un point de vue sc\u00e9nographique, le seul d\u00e9cor pr\u00e9sent est un large \u00e9cran dont jaillit une lumi\u00e8re blanch\u00e2tre. La lumi\u00e8re varie en fonction des gestes  d&rsquo;Isabelle Huppert, l&rsquo;\u00e9cran s&rsquo;agrandit et se r\u00e9tr\u00e9cit. La com\u00e9dienne m\u00e8ne la  danse, son personnage dicte la sc\u00e8ne et son d\u00e9cor. La musique est  \u00e9galement un \u00e9l\u00e9ment central, elle donne le rythme \u00e0 la pi\u00e8ce. Elle est forte et  puissante, elle en devient presque un personnage donnant la r\u00e9plique \u00e0 Marie Stuart. Tous ces \u00e9l\u00e9ments, ensemble, donnent une force incroyable \u00e0 la pi\u00e8ce. <\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant ce qui est r\u00e9ellement grandiose ici, c&rsquo;est bien Isabelle Huppert<br> et son texte. Le texte de la pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Darryl Pinckney. Il rel\u00e8ve d&rsquo;un  v\u00e9ritable exercice de style. On y retrouve des allit\u00e9rations, assonances, des  vers, mais surtout des r\u00e9p\u00e9titions. Le rythme de diction quant \u00e0 lui est tant\u00f4t  extr\u00eamement lent ( nous rappelant le slow motion) tant\u00f4t tr\u00e8s rapide ( nous  rappelant l\u2019acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 du cin\u00e9ma ). Il en deviendrait presque indigeste, pourtant  Isabelle Huppert arrive \u00e0 le rendre intelligible, audible. Je dirais m\u00eame plus :  hormis le fait que l&rsquo;on ne s&rsquo;ennuie pas une seule seconde de fait, la beaut\u00e9 de  la langue nous est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. La pi\u00e8ce en devient d&rsquo;autant plus grandiose, car  Isabelle Huppert ne se laisse pas d\u00e9border par son monologue, au contraire, elle le dompte et le module de fa\u00e7on \u00e0 faire de Mary said what she said une<br> v\u00e9ritable performance de diction. Un micro l&rsquo;aide \u00e0 se faire entendre de<br> tous, le droit \u00e0 l&rsquo;erreur est donc proscrit, la perfection est de mise. <\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 du  c\u00f4t\u00e9 prodige de ce monologue, ce qu&rsquo;il raconte est tout aussi int\u00e9ressant. Il  rentre dans l&rsquo;intimit\u00e9 de Marie Stuart, grande figure historique feminine, nous  la rend famili\u00e8re. Il montre l&#8217;emprisonnement de cet embl\u00e8me f\u00e9minin du XVIe  si\u00e8cle. En passant de son adolescence \u00e0 sa vie de femme puis sa mort, Marie  Stuart nous est montr\u00e9e comme prisonni\u00e8re de son mariage puis de son titre.  \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 la femme n&rsquo;a pas son mot \u00e0 dire : il faut \u00eatre chaste et  pieuse pour avoir une quelconque autorit\u00e9 dans ce monde domin\u00e9 par les  hommes. Elle est donc reconnue en tant qu&rsquo;\u00e9pouse, m\u00e8re, Reine ou chef de  l&rsquo;\u00c9glise, mais jamais en tant qu&rsquo;elle-m\u00eame pour ce qu&rsquo;elle est r\u00e9ellement. Sa  beaut\u00e9 est constamment mise en avant, sa maternit\u00e9 aussi, ainsi que sa  chastet\u00e9. Une femme de pouvoir ne peut susciter le scandale, sa couronne ne  tient qu&rsquo;\u00e0 un fil. Dans ce tourbillon soci\u00e9tal, Robert Wilson nous livre un  v\u00e9ritable plaidoyer sur la place d&rsquo;une femme dans le milieu politique \u00e0 cette  \u00e9poque. La pi\u00e8ce en devient donc profond\u00e9ment f\u00e9ministe et engag\u00e9e. Elle  nous pousse \u00e0 nous poser des questions sur notre propre soci\u00e9t\u00e9, par des  phrases intemporelles, le lien entre le XVI\u00e8me et le XXI\u00e8me si\u00e8cle se fait.<br> Pour toutes choses qu&rsquo;un homme avait automatiquement, Marie Stuart a d\u00fb  se battre pour l&rsquo;obtenir : sa l\u00e9gitimit\u00e9, son tr\u00f4ne, le droit \u00e0 la parole ainsi que  le droit d\u00e9cisionnel, l&rsquo;autorit\u00e9, la crainte des autres. Son cercle de fid\u00e8les ?  Elle se le cr\u00e9a en prouvant sa d\u00e9termination, son courage et sa fiabilit\u00e9. Des  femmes aussi se mirent en travers de son chemin, par jalousie, mais surtout  par ambition, elles aussi seules dans un milieu profond\u00e9ment masculin.  Sa vie ne fut donc qu\u2019un perp\u00e9tuel combat, bien plus que celle d\u2019un homme  de son rang \u00e0 son \u00e9poque. Le point final de son combat, sa vie, est traduit par  quoi ? Avoir le droit de rentrer dans l&rsquo;histoire, faire de son histoire un des  rares moments o\u00f9 une femme r\u00e9gna sur deux royaumes tout en pouvant  pr\u00e9tendre \u00e0 un troisi\u00e8me. On en vient finalement \u00e0 se demander si le r\u00f4le de la femme dans les milieux de pouvoir a r\u00e9ellement chang\u00e9 et \u00e9volu\u00e9 ? Si un homme de par sa naissance ne continue pas \u00e0 garder ses privil\u00e8ges qui lui  sont octroy\u00e9s par automatisme ? Et de fait aura beaucoup moins \u00e0 prouver<br> qu&rsquo;une femme afin de l\u00e9gitimer son statut ?<\/p>\n\n\n\n<p>Leah Agranat <\/p>\n\n\n\n<p>_________________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p>M<em>ary\u00a0said what she said<\/em>\u00a0est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00e9crite par Darryl Pinckney dont la premi\u00e8re mondiale a eu lieu le 22 mai dernier. Cr\u00e9ation du th\u00e9\u00e2tre de la ville, elle est mise en sc\u00e8ne par Robert Wilson, et pr\u00e9sente Isabelle Huppert dans le r\u00f4le de Marie Stuart, reine d\u2019Ecosse et des \u00celes. Quelques heures avant sa condamnation \u00e0 mort par la reine Elizabeth Iere d\u2019Angleterre, celle-ci revient sur les angoisses, les doutes et les regrets qui ont ponctu\u00e9 sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reviendrai tout d\u2019abord sur la prestation d\u2019Isabelle Huppert, que j\u2019ai trouv\u00e9e surprenante en Marie Iere d\u2019Ecosse. Son jeu, nerveux et pr\u00e9cipit\u00e9, \u00e9tait aux antipodes de la sobri\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle je me serais attendue. Son d\u00e9sespoir, que j\u2019aurais pens\u00e9 grave et r\u00e9sign\u00e9, est repr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re beaucoup plus amer et orgueilleux&nbsp;: on comprend que Marie est rendue folle par l\u2019isolement, que sa voix est sa seule compagnie. Pour cette raison, elle ne peut s\u2019arr\u00eater de parler, et quand elle n\u2019a plus rien \u00e0 dire, elle r\u00e9p\u00e8te ce qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 dit. Son rythme est fr\u00e9n\u00e9tique, acharn\u00e9, elle alterne constamment entre folie furieuse et folie douce&nbsp;; dans les moments de col\u00e8re, on ne comprend pas ce qui est dit. La musique est forte, le d\u00e9bit est trop rapide, le micro gr\u00e9sille et emp\u00eache l\u2019articulation parfaite des mots. Au contraire, quand le calme revient, Isabelle Huppert fait vivre le texte d\u2019une mani\u00e8re impressionnante. Elle prend son temps, se pose, s\u2019\u00e9coute et \u00e9coute le silence avec justesse. Cette cyclothymie, cette alternance entre l\u2019\u00e9tat tranquille et orageux met en valeur la capacit\u00e9 de m\u00e9tamorphose de l\u2019actrice. Au-del\u00e0 de \u00e7a, c\u2019est un exercice d\u2019humilit\u00e9 pour le spectateur qui a conscience de la difficult\u00e9 de la performance livr\u00e9e, de l\u2019\u00e9nergie demand\u00e9e, et donc des ressources extraordinaires d\u2019Isabelle Huppert, qui, malgr\u00e9 tout, n\u2019est pas compl\u00e8tement inhumaine&nbsp;: ainsi son micro laisse \u00e9chapper un juron quand, emport\u00e9e par son \u00e9lan, elle manque de se fouler la cheville sur les escaliers de l\u2019avant-sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace sc\u00e9nique, lui, contribue \u00e0 placer Isabelle Huppert dans un \u00e9tat de solitude absolue. L\u2019actrice \u00e9volue sur sc\u00e8ne, comme fig\u00e9e dans son corps, telle une poup\u00e9e qui danse. Si le lieu n\u2019est pas explicit\u00e9, on s\u2019imagine ais\u00e9ment une cellule, les lumi\u00e8res aux couleurs froides aidant. Cependant, ce n\u2019est pas le plateau qui est la vraie prison, car Isabelle Huppert s\u2019y d\u00e9place sans probl\u00e8me, avance vers l\u2019avant-sc\u00e8ne et sort du cadre. Pour moi, la vraie prison de Marie n\u2019est pas sa cellule mais son corps. Effectivement, il est contorsionn\u00e9, il se d\u00e9place comme dou\u00e9 d\u2019une volont\u00e9 propre, chacun de ses membres ob\u00e9issent diff\u00e9remment, sans forc\u00e9ment de rapport avec ce qui est dit. La chor\u00e9graphie est s\u00e8che, elle l\u2019ex\u00e9cute comme si elle \u00e9tait automatique, comme si une force invisible, un surmoi royal, la poussait. Ses bras, et parfois son corps entier, sont secou\u00e9s de spasmes incontr\u00f4lables&nbsp;; ses mains sont tordues, rigides&nbsp;; son \u00eatre entier semble contr\u00f4l\u00e9. De plus, il est int\u00e9ressant de noter que, au-del\u00e0 des standards de l\u2019\u00e9poque, chaque partie de son costume la comprime, son cou, son dos, son ventre&nbsp;; la lib\u00e9ration ne survient qu\u2019\u00e0 travers le visage et les mots. Son visage, d\u2019ailleurs, est blanc \u2013 j\u2019ose dire&nbsp;: fantomatique -, il ressort sur sa robe sombre. Marie est proche, tr\u00e8s proche de la mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>A vrai dire, il m\u2019a sembl\u00e9 que tous les \u00e9l\u00e9ments de la pi\u00e8ce n\u2019\u00e9taient que pr\u00e9textes au jeu, des accessoires venant soutenir l\u2019\u00e9normit\u00e9 du travail fourni par Huppert. Ainsi, le texte en lui-m\u00eame ne pr\u00e9sentait pas un grand int\u00e9r\u00eat d\u2019apr\u00e8s moi, principalement du fait qu\u2019il \u00e9tait souvent inaudible. Le tourbillon de pens\u00e9es de Marie ne s\u2019adresse pas r\u00e9ellement au spectateur, mais \u00e0 elle-m\u00eame.&nbsp;Pour tout autre qu\u2019elle, il n\u2019est qu\u2019une logorrh\u00e9e incompr\u00e9hensible, un magma de mots herm\u00e9tique. Pour moi, ce flot de conscience n\u2019est pas destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre entendu, mais \u00e0 \u00eatre dit&nbsp;: c\u2019est un moyen de plonger le spectateur dans la d\u00e9tresse de cette reine d\u00e9chue, qui, dans ses derniers instants, se perd dans ses souvenirs. De fait, la pi\u00e8ce a du mal \u00e0 atteindre un but, si tant est qu\u2019elle en ait un. Plusieurs th\u00e8mes sont \u00e9voqu\u00e9s, plusieurs probl\u00e8mes soulev\u00e9s, mais rien n\u2019est approfondi, aucune solution n\u2019est apport\u00e9e. Marie parle de ses \u00e9poux, de son fils, de ses suivantes aussi nomm\u00e9es Marie, de la politique. Mais ce sont les m\u00eames tirades qui sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, en boucle, inlassablement, du d\u00e9but \u00e0 la fin. Le jeu d\u2019Isabelle Huppert \u00e9volue, passe d\u2019une fureur d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 une rage d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, traduite par la peur, la fatigue, la perte de la pr\u00e9cision des mouvements&nbsp;; mais le texte reste le m\u00eame, il ne nous emm\u00e8ne nulle part. Telle que je l\u2019aurais imagin\u00e9e, la pi\u00e8ce aurait retrac\u00e9 le parcours de deuil de Marie Stuart, commen\u00e7ant par le d\u00e9ni, encha\u00eenant par la col\u00e8re, les n\u00e9gociations, la d\u00e9pression, pour finir sur l\u2019acceptation. J\u2019ai senti la col\u00e8re et la d\u00e9pression, mais de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e&nbsp;; pour moi, n\u00e9gociations et d\u00e9ni \u00e9taient sugg\u00e9r\u00e9s mais de mani\u00e8re trop superficielle&nbsp;; quant \u00e0 l\u2019acceptation, j\u2019estime qu\u2019elle manque pour cl\u00f4turer la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gros reproche que je ferais \u00e0 la pi\u00e8ce porte sur toute la partie auditive. Le son n\u2019est pas \u00e0 la hauteur. Le texte est assez r\u00e9p\u00e9titif, et m\u00eame dans son phras\u00e9, Huppert a du mal \u00e0 y apporter des nuances. On y entend surtout de la col\u00e8re, du d\u00e9sespoir et autant de variations de sa folie, mais les \u00e9motions sont donc un peu absentes du discours. J\u2019aurais tendance \u00e0 penser que la pr\u00e9sence du micro, qui m\u2019a g\u00ean\u00e9e car la salle n\u2019en n\u00e9cessite pas l\u2019utilisation, a renforc\u00e9 cette impression.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de son est particuli\u00e8rement insoutenable au d\u00e9but, d\u2019autant plus que le spectateur est dans le noir et doit donc se concentrer sur ce qu\u2019il entend. Le souci, c\u2019est qu\u2019entre le volume excessif de la musique et des sons ext\u00e9rieurs, le gr\u00e9sillement du micro et le texte strident prononc\u00e9 \u00e0 une vitesse inimaginable, tout cela ressemble \u00e0 un brouhaha fort d\u00e9sagr\u00e9able&nbsp;: il y a trop d\u2019informations \u00e0 traiter, et c\u2019est \u00e9puisant pour l\u2019oreille attentive. De plus, certes l\u2019image noire-grise du d\u00e9but est immobile, noble et sublime, mais les deux n\u00e9ons parall\u00e8les qui enferment la sc\u00e8ne, s&rsquo;ils \u00e9voquent probablement la claustration, sont p\u00e9nibles pour la vue. De la m\u00eame mani\u00e8re, il est assez troublant que le mouvement de la m\u00e2choire d\u2019Isabelle Huppert dans la p\u00e9nombre ne corresponde pas aux mots prononc\u00e9s, comme si on avait eu recours \u00e0 une voix off enregistr\u00e9e. Ce peut \u00eatre un choix pour signifier une dissociation du corps et de la voix de Marie, une discordance entre ce qu\u2019elle est et ce qu\u2019elle dit&nbsp;; mais cela peut aussi \u00eatre un moyen de m\u00e9nager les cordes vocales de l\u2019actrice\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 conquise par la photographie, soutenue par les lumi\u00e8res, et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale la partie visuelle de la pi\u00e8ce. J\u2019ai trouv\u00e9 magnifiques les poses de l\u2019actrice, son immobilit\u00e9 statuaire renforc\u00e9e par le maquillage blanc, comme si elle n\u2019\u00e9tait pas une femme mais une \u0153uvre d\u2019art expos\u00e9e, admir\u00e9e. Derri\u00e8re elle, l\u2019\u00e9norme cyclo blanc pourrait avoir tendance \u00e0 l\u2019\u00e9craser, mais il nous la pr\u00e9sente en fait comme un tableau clair\/obscur, sur lequel l\u2019ombre port\u00e9e persiste quelques secondes m\u00eame apr\u00e8s qu\u2019elle se soit d\u00e9plac\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai donc regard\u00e9 ce spectacle avec int\u00e9r\u00eat et attention, mais sans passion. La mise en sc\u00e8ne \u00e9tait certes tr\u00e8s esth\u00e9tique et spectaculaire, mais de mani\u00e8re d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e car port\u00e9e sur la forme, voire parnassienne, avec un rapport trop abstrait au texte. Mon regard est donc forc\u00e9ment rest\u00e9 en partie ext\u00e9rieur, et tr\u00e8s peu impliqu\u00e9 \u00e9motionnellement. Ce que j\u2019ai le plus appr\u00e9ci\u00e9, et c\u2019est pour moi le grand int\u00e9r\u00eat de la pi\u00e8ce, est la force, la d\u00e9mesure des \u00e9l\u00e9ments qui s\u2019assemblent et s\u2019encha\u00eenent, se mettre en marchent comme une machine infernale et in\u00e9vitable, contre laquelle Marie\/Isabelle doit lutter pour les dominer&nbsp;; et elle est mise \u00e0 la torture, elle est \u00e9prouv\u00e9e de mani\u00e8re physique et psychologique, et en quelque sorte, ce combat contre la musique, le texte, les lumi\u00e8res, les souvenirs, est un moyen pour elle de briller une derni\u00e8re fois avant de s\u2019\u00e9teindre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ilona Jacotot<\/p>\n\n\n\n<p>_________________________________________________________________________________<\/p>\n\n\n\n<p> Une entr\u00e9e&#8230; Fracassante, gr\u00e2ce \u00e0 la voix off, celle d&rsquo;Isabelle Huppert qui, sur sc\u00e8ne, dos \u00e0 nous, a une allure royale parfaite. <\/p>\n\n\n\n<p>Cependant lorsqu&rsquo;elle se retourne pour faire un play-back sur cette voix pr\u00e9-enregistr\u00e9e, nous assistons \u00e0 un drame. Des paroles et des l\u00e8vres qui ne co\u00efncident pas. Serait-ce fait expr\u00e8s ? Une alternance entre play-back r\u00e9ussi et rat\u00e9 qui surprend et g\u00eane. Je guette les r\u00e9actions du public, plusieurs personnes baissent les yeux et pr\u00e9f\u00e8rent \u00e9couter. En effet, la forme de livre audio serait plus adapt\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais la prouesse physique de la com\u00e9dienne nous \u00e9bahit :un corps en tension permanante, un regard magn\u00e9tique, des expressions du visage \u00e9tonnantes&#8230;Quant \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, elle ne nous \u00e9blouit que peu avec un \u00e9cran qui diffuse quelques couleurs, deux accessoires seulement mais qui ne captivent pas. Pourtant une sc\u00e8ne ne s&rsquo;oublie pas. Nous y retrouvons Mary\u00a0entour\u00e9e de fum\u00e9e derri\u00e8re un mur en transparent. La bande son omnipr\u00e9sente d\u00e9range quelque peu et la voix de la com\u00e9dienne surgissante lorsque qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas enregistr\u00e9e nous fait penser \u00e0 des exercices d&rsquo; articulations, ce qui peut g\u00eaner ou amuser, mais cette intention du metteur en sc\u00e8ne nous d\u00e9stabilise et l&rsquo;on se questionne.<\/p>\n\n\n\n<p> Ainsi, nous n&rsquo;en sortons pas indemnes . Finalement, c&rsquo;est Isabelle Huppert et sa superbe \u00e9nergie lors du finale qui nous fait dire que quelque chose s&rsquo;est r\u00e9ellement pass\u00e9. Pourtant, en plein milieu de celui-ci, l&rsquo;actrice chute et lance un juron qui casse la magie de cette fin.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce nous d\u00e9range et c&rsquo;est ce qui fait sa force, mais tous les amateurs du th\u00e9\u00e2tre classique et de ses codes ne seront pas satisfaits. A vous de tenter l&rsquo;exp\u00e9rience, si le c\u0153ur vous en dit.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Melany Courtin<\/p>\n\n\n\n<p> _________________________________________________________________________________ <\/p>\n\n\n\n<p>Photographe : Lucie Jansch<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Ce lundi 24 juin, je sors du m\u00e9tro Champs &#8211; \u00c9lys\u00e9es &#8211; Cl\u00e9menceau pour me rendre au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville voir Mary said what she said. Cette pi\u00e8ce est la nouvelle cr\u00e9ation de Robert Wilson avec pour seul et unique personnage Isabelle Huppert. 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