{"id":1320,"date":"2011-11-15T20:00:40","date_gmt":"2011-11-15T19:00:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=1320"},"modified":"2011-11-15T20:00:40","modified_gmt":"2011-11-15T19:00:40","slug":"oh-les-beaux-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=1320","title":{"rendered":"Oh les beaux jours"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><strong><em>Oh les beaux jours<\/em>, texte de Samuel Beckett mis en sc\u00e8ne par Michel Abecassis au <a href=\"http:\/\/www.theatreachatillon.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Th\u00e9\u00e2tre de Ch\u00e2tillon<\/a>. <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Danon\">La critique de Johanna Danon<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#goehring\">La critique de Thea G\u00f6hring<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Grand\">La critique de Quentin Grand<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Hamy\">La critique d&rsquo;Apolline Hamy <\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Paumelle\">La critique de Marie Paumelle<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#pierret\">La critique de Coralie Pierret <\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#Pilorget\">La critique de Julie Pilorget <\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a href=\"#la mise en sc\u00e8ne\">La critique de Ma\u00ebvane Royer<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Danon\"><\/a>Aller voir Beckett au th\u00e9\u00e2tre de Ch\u00e2tillon c\u2019est d\u00e9j\u00e0 se mettre en condition pour \u00eatre le plus \u00e0 m\u00eame de recevoir la pi\u00e8ce <em>Oh les beaux jours\u00a0! <\/em>Excentr\u00e9, accessible gr\u00e2ce \u00e0 une navette, le lieu de la repr\u00e9sentation est d\u00e9j\u00e0 un <em>nowhere<\/em> dans lequel Winnie (St\u00e9phanie Lanier), juch\u00e9e sur un mamelon de sable et enterr\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la taille commence sa litanie ponctu\u00e9e de \u00ab Hein Willie ? \u00bb, \u00ab Oh le beau jour que \u00e7a aura \u00e9t\u00e9\u00a0! \u00bb, \u00ab le vieux style \u00bb ainsi que l\u2019inqui\u00e9tant \u00abet maintenant\u00a0?\u00bb prononc\u00e9 de plus en plus f\u00e9brilement, notamment dans l\u2019acte II. Winnie, dont on ne voit plus que la t\u00eate, a le visage d\u00e9fait \u00e0 mesure qu\u2019elle s\u2019enfonce et perd l\u2019enthousiasme feint de la premi\u00e8re partie de la pi\u00e8ce.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">La pr\u00e9gnance des deux acteurs, Willie cach\u00e9 la plupart du temps, mais dont on sent la pr\u00e9sence si fort que s\u2019en est angoissant, et Winnie, qui offre de faire sa toilette quotidienne aux yeux des spectateurs, est d\u00e9routante. Le jeu des acteurs est remarquable \u00e9tant donn\u00e9 la contrainte statique qui leur est impos\u00e9e, et le sobre d\u00e9cor ne met que plus en valeur cette \u00e9tonnante prestation, si agit\u00e9e dans l\u2019immobilit\u00e9, si enjou\u00e9e dans cet univers post-apocalyptique, sinistre et d\u00e9sert\u00e9 o\u00f9 m\u00eame une fourmi ne passe plus. &#8211; <strong>Johanna Danon<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"goehring\"><\/a>Ce fut un beau jour que je fis la d\u00e9couverte que tous les jours sont beaux. Etre conscient du fait d&rsquo;\u00eatre\u00a0en vie\u00a0et de faire cette exp\u00e9rience quotidiennement conf\u00e8re \u00e0 chaque jour une beaut\u00e9 \u00e0 la fois exceptionnelle et ordinaire. Est-ce le message de la pi\u00e8ce <em>Oh les beaux jours<\/em> de Samuel Beckett? Au moins, c&rsquo;en est une possibilit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Cette pi\u00e8ce\u00a0fut mise en sc\u00e8ne par Michel Ab\u00e9cassis du Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Eveil avec St\u00e9phanie Lanier et Pierre Ollier. La repr\u00e9sentation du 17 novembre au Th\u00e9\u00e2tre Ch\u00e2tillon fut une soir\u00e9e intense satisfaisant parfaitement la conception du th\u00e9\u00e2tre selon Samuel Beckett. Il \u00e9crivit cette pi\u00e8ce en deux actes en anglais en 1961 et la traduisit en fran\u00e7ais en 1963. Elle fait donc partie de son oeuvre bilingue. Bien que lui-m\u00eame ait\u00a0rejet\u00e9 ce terme, cette pi\u00e8ce est consid\u00e9r\u00e9e comme une oeuvre du \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;absurde\u00a0\u00bb. Il est vrai qu&rsquo;elle produit un effet d&rsquo;\u00e9tonnement ou d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 parmi les spectateurs, mais elle est tout de m\u00eame une expression imm\u00e9diate de la vie de tous les jours, des pens\u00e9es d&rsquo;une personne ordinaire. Cette pi\u00e8ce traite du d\u00e9sespoir et de la volont\u00e9 de survivre, tout en \u00e9tant confront\u00e9e \u00e0 un monde incompr\u00e9hensible.<br \/>\nCette personne ordinaire s&rsquo;appelle Winnie qui revoit sa vie en faisant l&rsquo;inventaire de son sac et de ses objets familiers. Chaque petit d\u00e9tail est d&rsquo;une \u00e9norme importance pour elle. Elle crie, elle chante, elle rit, elle se r\u00e9jouit et se condamne. Elle parle et elle \u00e9coute. Chaque jour le m\u00eame rituel, les m\u00eames objets, les m\u00eames bruits. La sonnerie qui la rappelle qu&rsquo;un nouveau jour commence. Tout de m\u00eame, le jour auquel les spectateurs assistent a quelque chose de particulier : c&rsquo;est la pr\u00e9sence de Willie, son seul interlocuteur que le public aper\u00e7oit \u00e0 peine. On \u00e9coute les phrases qu&rsquo;il lit au hasard dans un journal et qui font surgir de nouveaux souvenirs en Winnie, on voit la t\u00e2che rouge sur son occiput qui semble symboliser la menace omnipr\u00e9sente de la mort. Ainsi font \u00e9galement le revolver avec lequel Winnie joue et l&rsquo;\u00e9norme mamelon de sable dans lequel Winnie s&rsquo;ensevelit de plus en plus comme dans un tombeau. Son compagnon lui fait oublier sa solitude pendant quelques instants, le fait qu&rsquo;il y ait une r\u00e9action \u00e0 ses actions la r\u00e9jouit du beau sentiment de prendre soin de quelqu&rsquo;un.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Cette pi\u00e8ce est un v\u00e9ritable d\u00e9fi pour les acteurs car il n&rsquo;y a presque pas d&rsquo;action, tout consiste en des dialogues. De surcro\u00eet, il y a gu\u00e8re de mouvements car Winnie est ensevelie dans le mamelon de sable. Tout d\u00e9pend de sa mimique et de sa voix. La com\u00e9dienne St\u00e9phanie Lanier ma\u00eetrisait ces enjeux avec une bravoure excellente, un rafinnement dans ses mouvements et une profondeur d&rsquo;expression dans sa voix. Ce don se manifestait d&rsquo;autant plus dans les parties o\u00f9 elle imitait d&rsquo;autres personnages et jouait un jeu de r\u00f4le toute seule. Elle r\u00e9ussissait \u00e0 envo\u00fbter le public d&rsquo;une telle mani\u00e8re qu&rsquo;il suivait chaque mot avec attention, comme s&rsquo;il souffrait d&rsquo;une soif immense d&rsquo;\u00e9couter son r\u00e9cit. C&rsquo;est pourquoi on pourrait d\u00e9signer le langage comme troisi\u00e8me personnage dans la pi\u00e8ce : le fait que Winnie parle est la preuve qu&rsquo;elle est en vie, le langage devient un \u00e9l\u00e9ment autonome. Parfois on peut m\u00eame douter du vrai sens des mots car on est tent\u00e9 de penser que Winnie parle seulement pour entendre une voix et pour ne pas avoir \u00e0 supporter le silence. Elle-m\u00eame l&rsquo;avoue en disant \u00ab Oui, ce sont de beaux jours, les jours o\u00f9 il y a des bruits. \u00bb<br \/>\nDans les derni\u00e8res minutes de la pi\u00e8ce, on constate une acc\u00e9l\u00e9ration \u00e9norme due au manque de structures syntaxiques, au volume croissant de sa voix et aux nombreuses aposiop\u00e8ses. Ce crescendo vers la fin de la pi\u00e8ce est soulign\u00e9 par la variation de la phrase cl\u00e9 de la pi\u00e8ce : au d\u00e9but, c&rsquo;est \u00ab Oh le beau jour encore que \u00e7a va \u00eatre! \u00bb, mais \u00e0 la fin elle se transforme en \u00ab Oh le beau jour encore que \u00e7a aura \u00e9t\u00e9. \u00bb Winnie semble terminer avec sa vie en sachant que le temps passe vite mais tout en jouissant du pr\u00e9sent de la vie.<br \/>\nCe contraste tr\u00e8s fort, cette position entre la vie et la mort, o\u00f9 l&rsquo;homme est r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;essentiel est parfaitement repris par les d\u00e9cors : la simplicit\u00e9, les formes claires et nettes et le peu d&rsquo;attirail \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s par le mamelon de sable devant un \u00e9cran d&rsquo;un bleu vif. Comme le bleu est le symbole de l&rsquo;infini, il y avait un effet de calme et de tranquilit\u00e9 sur le spectateur non sans presque l&rsquo;\u00e9blouir avec sa couleur brillante. Il semblait que c&rsquo;est un monde bipolaire n&rsquo;offrant que deux options : soit le bleu infini, la trascendence, soit le mamelon, le tombeau. Mais entre ces deux options se trouve la petite t\u00eate de Winnie, parlant sans arr\u00eat et r\u00e9clamant son existence.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">En conclusion, cette pi\u00e8ce est un v\u00e9ritable chef d&rsquo;oeuvre, une repr\u00e9sentation extr\u00eamement fid\u00e8le au mod\u00e8le de Beckett. Au d\u00e9but, la mise en sc\u00e8ne choque par son imm\u00e9diatet\u00e9, sa pr\u00e9sence absolue, son \u00e9clat, mais au cours de la soir\u00e9e on commence \u00e0 sympathiser avec Winnie, \u00e0 s&rsquo;identifier m\u00eame un peu \u00e0 elle. Ensemble, on apprend \u00e0 se r\u00e9concilier avec le caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la vie. &#8211;<strong>Thea G\u00f6hring <\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Grand\"><\/a>Rien. Il ne \u00ab\u00a0se passe\u00a0\u00bb rien. Dans cette pi\u00e8ce, il ne \u00ab\u00a0se passe\u00a0\u00bb rien. Beckett est derri\u00e8re tout \u00e7a. Non content de faire parler ses personnages, il dicte \u00e9galement les d\u00e9tails de la mise en sc\u00e8ne. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e8s lors n\u00e9cessairement difficile pour Michel Ab\u00e9cassis de s\u2019imposer en terme de mise en sc\u00e8ne sur cette pi\u00e8ce qui est l\u2019une des \u0153uvres phares du dramaturge irlandais. Un drap recouvrant une infrastructure massive occupe la plus grande partie de la vaste sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre de Ch\u00e2tillon. Voil\u00e0 la mise en sc\u00e8ne. Le reste repose sur le jeu de lumi\u00e8res, diff\u00e9rent selon le moment de la journ\u00e9e, et le jeu des acteurs ou \u00e0 tout le moins pour Winnie sur l\u2019expression de son visage et de sa voix.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><em>Oh les beaux jours<\/em>, pi\u00e8ce dangereuse s\u2019il en est pour un metteur en sc\u00e8ne, pr\u00e9sente une histoire pourtant tr\u00e8s simple en apparence. Winnie, ensevelie jusqu\u2019au buste dans un mamelon de sable passe ses journ\u00e9es \u2013 toutes ses journ\u00e9es \u2013 \u00e0 ex\u00e9cuter ses \u00e9ternels rituels en compagnie de son sac, de ses accessoires et de son ami, Willie, figure de l\u2019Alt\u00e9rit\u00e9 jou\u00e9e par Pierre Ollier. Innocente, Winnie chante, se pr\u00e9pare, se souvient, et ignore sa condition. Elle ignore le soleil de plomb, elle ne se plaint pas de son immobilit\u00e9 et m\u00eame se r\u00e9jouit\u00a0 de ces moindres petits d\u00e9tails de la vie. Ses jours sont beaux&#8230;<br \/>\nSt\u00e9phanie Lanier dans le r\u00f4le de Winnie chante une ode \u00e0 la vie et \u00e0 l\u2019amour avec une incroyable vitalit\u00e9. L\u2019immobilit\u00e9 de son corps emm\u00e8ne le spectateur \u00e0 reconsid\u00e9rer ses pens\u00e9es et ses paroles comme autant de mises \u00e0 nu d\u2019une puissance d\u2019exister. La parole est le dernier vecteur de vie sur ce mamelon de sable et l\u2019on peut \u00e0 ce titre regretter quelques platitudes parfois dans la voix de St\u00e9phanie Lanier l\u00e0 o\u00f9 tout dans cette pi\u00e8ce doit passer par elle. N\u00e9anmoins, le jeu semble devoir nous montrer (ou nous apprendre) qu\u2019impuissance et d\u00e9rision ne riment pas n\u00e9cessairement avec d\u00e9raison. Winnie, les pieds bien sur terre \u2013 enfin en l\u2019occurrence plut\u00f4t sur le sable \u2013 est encore capable de r\u00e9flexion sur sa condition qui se fait le reflet de la condition humaine malgr\u00e9 l\u2019apparente imminence de sa fin.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Voil\u00e0 une pi\u00e8ce qui am\u00e8ne le spectateur \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir avec le personnage du rapport qu\u2019il a \u00e0 la vie et aux sens qu\u2019il souhaite lui donner. R\u00e9flexion inextinguible et comme pour le signifier, la pi\u00e8ce s\u2019ach\u00e8ve sur une chanson qui marque ais\u00e9ment la m\u00e9moire et qui, elle aussi, reste ainsi sans fin.<br \/>\n\u00ab\u00a0Tout vous dit gardez-moi parce que je suis \u00e0 vous\u00a0\u00bb De quoi parle ici Winnie dans les derniers mots de sa chanson\u00a0? De la vie\u00a0? De l\u2019amour\u00a0? De la mort\u00a0? Je n\u2019ai pas la r\u00e9ponse. &#8211; <strong>Quentin Grand<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Hamy\"><\/a>La repr\u00e9sentation a eu lieu au th\u00e9\u00e2tre de Ch\u00e2tillon le 16 novembre 2011. Ce th\u00e9\u00e2tre de banlieue tr\u00e8s sympathique a choisi d\u2019inviter Michel Ab\u00e9cassis pour mettre en sc\u00e8ne la pi\u00e8ce de Samuel Beckett.\u00a0 Michel Ab\u00e9cassis a l\u2019habitude de travailler des \u0153uvres contemporaines, l\u2019an dernier j\u2019avais assist\u00e9 \u00e0 une repr\u00e9sentation de <em>Oulipo pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es<\/em>, une cr\u00e9ation qui s\u2019interrogeait sur le langage, on retrouve d\u2019ailleurs ce th\u00e8me dans le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><em>Oh\u00a0! Les beaux jours<\/em> de Samuel Beckett met en sc\u00e8ne Winnie prisonni\u00e8re d\u2019un monticule de terre qui parle de sa vie, ses souvenirs, le contenu de son sac. Son compagnon Willie grogne de temps en temps mais n\u2019est gu\u00e8re plus actif. La mise en sc\u00e8ne choisit de nous pr\u00e9senter un monticule haut comme si Winnie tr\u00f4nait au dessus de nous. C\u2019est aussi une fa\u00e7on de nous inciter \u00e0 prendre du recul, de la hauteur par rapport \u00e0 ce qui para\u00eet normal. En effet il est normal de se brosser les dents le matin, m\u00eame si on n\u2019a pas mang\u00e9. Evidemment. Quand parfois, Willie se d\u00e9cide \u00e0 r\u00e9pondre aux nombreuses questions de Winnie, elle s\u2019exclame \u00e9bahie\u00a0: \u00ab\u00a0Oh\u00a0! Le beau jour que \u00e7a aura \u00e9t\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb Nous pourrions voir cette extase comme un rapprochement de \u00ab\u00a0Il en faut peu pour \u00eatre heureux\u00a0\u00bb. Car cette femme exalte la vie pour le peu qu\u2019il lui reste. Elle raconte la vie, celle qu\u2019elle a v\u00e9cu, celle qu\u2019elle vit, celle qu\u2019elle aimerait vivre, et cela occupe ses journ\u00e9es, qui sont sans doute beaucoup moins ennuyeuses que ne peuvent l\u2019\u00eatre celles de nos contemporains. Le fond bleu du plateau promet sans doute le r\u00eave ou alors la nuit, la mort de nos habitudes dans l\u2019engouement de nos r\u00eaves.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Michel Ab\u00e9cassis sublime dans cette pi\u00e8ce tout ce que l\u2019on trouve ennuyeux pour peut-\u00eatre nous amener \u00e0 la pens\u00e9e selon laquelle les plus heureux ne sont pas toujours ceux qu\u2019on croit. &#8211; <strong>Apolline Hamy<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Paumelle\"><\/a>C&rsquo;est dans la petite salle chaleureuse et accueillante du th\u00e9\u00e2tre de Ch\u00e2tillon que Michel Ab\u00e9cassis et le Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;\u00e9veil nous proposent une nouvelle mise en sc\u00e8ne d&rsquo;<em>Oh les Beaux Jours<\/em> de Samuel Beckett. Nous sommes mardi 15 novembre et il est 20h30 lorsque s&rsquo;ouvre le rideau sur la belle Stephanie Lanier, qui se rev\u00eat du r\u00f4le de Winnie pour cette toute premi\u00e8re repr\u00e9sentation. L&rsquo;actrice, ensevelie jusqu&rsquo;au buste dans un mamelon de terre, se livre avec brio \u00e0 l&rsquo;exercice difficile du quasi-soliloque et nous fait part de ses angoisses aussi bien que de son admiration pour la vie, sous cette tonalit\u00e9 caract\u00e9ristique de Beckett qui est l&rsquo;absurde. Parfois ses paroles atteignent l&rsquo;oreille de Willi -Pierre Ollier- son mari, cach\u00e9 dans un trou derri\u00e8re le mamelon, et qui se contente quant \u00e0 lui de quelques bribes ou grognements en guise de r\u00e9ponse, de quoi donner la r\u00e9plique \u00e0 Winnie. C&rsquo;est un beau d\u00e9fi qu&rsquo;\u00e0 choisi de relever sous nous yeux le metteur en sc\u00e8ne, car si au premier abord l&rsquo;atmosph\u00e8re de Beckett peut nous sembler aust\u00e8re, il fait r\u00e9sonner en v\u00e9rit\u00e9 toutes les vibrations de la vie sur un ton qui vacille entre le comique et le tragique.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">En effet, si le d\u00e9cor n&rsquo;est pas une r\u00e9invention en soi, le bleu presque \u00e9lectrique choisi pour fond a tout de m\u00eame un c\u00f4t\u00e9 captivant, de sorte que l&rsquo;\u0153il du spectateur ne puisse pas s&rsquo;\u00e9garer un instant de Winnie. Celle-ci n&rsquo;est dot\u00e9e que de quelques objets -caban noir, lunettes de soleil, brosse \u00e0 dents, r\u00e9volver&#8230;- et tente tant bien que mal de nourrir son quotidien par ces rituels r\u00e9ifi\u00e9s. Beckett s&rsquo;amuse \u00e0 m\u00ealer objets triviaux et tabous, faisant ainsi du r\u00e9volver, un jeu familier de Winnie, qui ne trouvera pourtant en lui jamais le rem\u00e8de fatal \u00e0 sa solitude.<br \/>\nAinsi, le spectateur rit de cette confrontation avec la mort, et St\u00e9phanie Lanier ne tombe jamais dans l&rsquo;\u00e9cueil -me semble-t-il- de la dramatisation de cette pi\u00e8ce pleine d&rsquo;humour. Winnie veut boire son tonique pour se remettre d&rsquo;aplomb, et sort son r\u00e9volver&#8230; d\u00e9calage grin\u00e7ant qui joue sur l&rsquo;interversion des sens que nous donnons traditionnellement aux choses. L&rsquo;actrice est lumineuse et path\u00e9tique, lucide et attachante, de sorte que l&rsquo;on a t\u00f4t fait de s&rsquo;identifier au personnage et de sentir soi-m\u00eame l&rsquo;absurdit\u00e9 de l&rsquo;existence humaine d&rsquo;autant plus fortement qu&rsquo;on en rit.<br \/>\nFinalement, les personnages sont-ils les derniers survivants d&rsquo;une catastrophe humaine ? Winnie ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter \u00ab\u00a0et maintenant ?\u00a0\u00bb comme si tout \u00e9tait perdu, elle s&rsquo;obstine \u00e0 parler malgr\u00e9 le silence, mais quand tout est silence, quand m\u00eame Willie ne r\u00e9pond plus, la parole demeure! Ce qui fait le propre de l&rsquo;homme, ce qui t\u00e9moigne de sa pens\u00e9e, de ses souvenirs. Voil\u00e0 tout ce qu&rsquo;il reste \u00e0 Winnie, qui dans le deuxi\u00e8me acte est ensevelie jusqu&rsquo;au cou.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Mais cette persistance de la parole est l&rsquo;un des plus bel \u00e9loge rendu au th\u00e9\u00e2tre, lieu o\u00f9 l&rsquo;on renouvelle les repr\u00e9sentations, o\u00f9 l&rsquo;on fait revivre la pi\u00e8ce. Cette notion de r\u00e9p\u00e9tition se caract\u00e9rise par les expressions de langue ch\u00e8res \u00e0 Winnie, lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;exclame : \u00ab\u00a0oh le beau jour que \u00e7a va \u00eatre\u00a0\u00bb comme un renouvellement cyclique. Et si tout semble perdu, les habitudes reprennent, l&rsquo;homme persiste en son \u00eatre. Cette pi\u00e8ce \u00e0 beau bousculer nos angoisses, l&rsquo;\u00e9motion de la chanson finale de Winnie apporte un souffle de vie qui vient l&rsquo;\u00e9quilibrer. Le rideau tombe sur cette charge d&rsquo;\u00e9motion, les applaudissements cr\u00e9pitent, avec la sensation d&rsquo;avoir lib\u00e9r\u00e9 quelque chose en vous, les acteurs sont rappel\u00e9s quatre fois&#8230; \u00ab\u00a0\u00c7a que je trouve si merveilleux\u00a0\u00bb. &#8211; <strong>Marie Paumelle<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"pierret\"><\/a>Premi\u00e8rement \u00e9crite en anglais, <em>Oh les beaux jours<\/em> (<em>Happy Days<\/em>) est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 New-York en 1961. Cette pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre a \u00e9t\u00e9 traduite en fran\u00e7ais et jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on dans une mise en sc\u00e8ne de Roger Blin. En 2007, au Th\u00e9\u00e2tre National de Chaillot, D\u00e9borah Warner met en sc\u00e8ne Fiona Shaw dans le r\u00f4le de Winnie, l\u2019h\u00e9ro\u00efne de la pi\u00e8ce. Et en 2010, au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e, Robert Wilson met en sc\u00e8ne <em>Oh les beaux jours<\/em>, avec Adriana Ati.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Un pari difficile pour Michel Ab\u00e9cassis qui propose une nouvelle adaptation, alors m\u00eame que la pi\u00e8ce mythique de Samuel Beckett a \u00e9t\u00e9 reprise d\u00e9j\u00e0 un certain nombre de fois ces derni\u00e8res ann\u00e9es en France. Le passage par le dramaturge irlandais \u00e9tait un d\u00e9tour indispensable dans la carri\u00e8re de Michel Ab\u00e9cassis. Directeur du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Eveil qu\u2019il fonde en 1982, il a pour vocation de privil\u00e9gier le travail sur les \u00e9critures contemporaines en adaptant des romans, r\u00e9cits, po\u00e8mes, correspondances\u2026 o\u00f9 la langue est plus importante que la fiction. <em>Oh les beaux jours<\/em> est justement une pi\u00e8ce o\u00f9 le langage tient quasiment lieu de personnage, o\u00f9 Winnie, l\u2019h\u00e9ro\u00efne de la pi\u00e8ce questionne le monde avec une incroyable vitalit\u00e9. Winnie fait l\u2019inventaire de son sac et de ses objets familiers. Elle prie, se pr\u00e9pare, se plaint, revit des souvenirs d\u2019amour\u2026 Parler signifie vivre, sa derni\u00e8re action possible.<br \/>\nPlus que des histoires, l\u2019\u0153uvre de Samuel Beckett propose des personnages\u00a0: ce sont des figures, des incarnations de la condition humaine et surtout ce sont des voix, qui ne cessent de parler, comme si parler \u00e9quivalait \u00e0 \u00eatre, \u00e0 subsister, \u00e0 continuer malgr\u00e9 l\u2019effondrement de tout. Ces intentions premi\u00e8res attach\u00e9es \u00e0 la pi\u00e8ce, Michel Ab\u00e9cassis les respectent. La voil\u00e0, Winnie, ensevelie dans un mamelon de sable, qui s\u2019abrite avec son ombrelle. Son corps est immobile, son instrument pour exister\u00a0: sa voix.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Cette voix, c\u2019est celle de St\u00e9phanie Lanier, ancienne danseuse devenue com\u00e9dienne. On salue le jeu de l\u2019actrice, ensevelie jusqu\u2019au torse, le bas du corps immobile et restant invisible pour le spectateur. Elle ne communique qu\u2019\u00e0 travers ses bras, ses mains, son visage, ses yeux expressifs et sa parole. Elle tente de transformer chaque jour qui passe en un jour heureux. On remarque une pointe de nostalgie dans le jeu de l\u2019actrice, comme si les beaux jours \u00e9taient pass\u00e9s et que les prochains ne seraient jamais aussi beaux.<br \/>\nPremier contact avec le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde de Samuel Beckett, avec le metteur en sc\u00e8ne Michel Ab\u00e9cassis et avec l\u2019actrice St\u00e9phanie Lanier. En bref, novice. Une novice globalement convaincue par le jeu et la mise en sc\u00e8ne qui honorent le texte de Samuel Beckett, mais c\u2019est surtout la gestuelle et la posture de l\u2019actrice qui, malgr\u00e9 l\u2019immobilit\u00e9 du personnage, doivent \u00eatre salu\u00e9es. &#8211; <strong>Coralie Pierret<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"Pilorget\"><\/a>Le rideau se l\u00e8ve et nous apercevons \u00e0-demi \u00e9tendue sur un mamelon de sable, Winnie, celle qui de ce promontoire va dominer et faire vivre la sc\u00e8ne durant plus d\u2019une heure trente. Le jeu de St\u00e9phanie Lanier \u2013 et celui de toute autre actrice dans sa position \u2013 s\u2019il parvient \u00e0 prendre le spectateur, peut \u00eatre qualifi\u00e9 de remarquable. En effet, au-del\u00e0 m\u00eame de la difficult\u00e9 que repr\u00e9sente l\u2019\u00e9nonciation d\u2019un tel monologue \u2013 monologue tenant de faire revivre un dialogue avec son camarade de sc\u00e8ne Pierre Ollier -, l\u2019actrice doit parvenir \u00e0 emplir la sc\u00e8ne alors m\u00eame qu\u2019elle appara\u00eet prisonni\u00e8re de ce mamelon de sable.<br \/>\nL\u2019effet op\u00e8re dans la mise en sc\u00e8ne de Michel Ab\u00e9cassis. Gr\u00e2ce au jeu de St\u00e9phanie Lanier nous parvenons \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer l\u2019univers imaginaire et quotidien qui l\u2019entoure. Si cette actrice, danseuse classique de formation, se trouve l\u00e0 pourtant loin de ses premi\u00e8res planches tourn\u00e9es vers le marivaudage, elle colle cependant \u00e0 une orientation prise depuis un certain nombre d\u2019ann\u00e9es qui la porte vers le th\u00e9\u00e2tre contemporain.\u00a0 L\u2019actrice parvient ainsi \u00e0 se frayer une place parmi les grandes figures qui avant elle incarn\u00e8rent ce personnage \u2026 On pense bien s\u00fbr \u00e0 Madeleine Renaud qui interpr\u00e9ta le r\u00f4le lors de la premi\u00e8re repr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce au Festival du Th\u00e9\u00e2tre de Venise puis \u00e0 L\u2019Od\u00e9on en 1963. Enfin, St\u00e9phanie Lanier parvient avec force \u00e0 faire pointer le d\u00e9sarroi qui menace l\u2019h\u00e9ro\u00efne tout en menant un jeu qui se veut avant tout dr\u00f4latique et tonique. Rod\u00e9e, elle r\u00e9ussit ici \u00e0 coller aux intentions de son metteur en sc\u00e8ne, rendant abordable, \u00e0 un public divers, un texte r\u00e9put\u00e9 \u00ab\u00a0difficile\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Lorsqu\u2019il fonde le Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Eveil en 1982, Michel Ab\u00e9cassis manifeste de fait une vocation pour un travail privil\u00e9giant les \u00e9critures contemporaines, provenant tr\u00e8s souvent d\u2019adaptations de romans, r\u00e9cits, correspondances. Il recherche des textes charg\u00e9s d\u2019histoire, rappelant les sempiternelles questions existentielles qui se posent \u00e0 l\u2019homme et le courage que celui-ci adopte face aux difficult\u00e9s qui traversent son existence. \u00ab Tiens-toi, Winnie \u00bb, se dit l\u2019h\u00e9ro\u00efne d\u2019<em>Oh\u00a0les beaux jours<\/em>, \u00ab advienne que pourra, tiens-toi. \u00bb Ainsi parmi ses cr\u00e9ations on retrouve des auteurs comme Georges Perec, et d\u2019autres membres de l\u2019Oulipo (Jacques Roubaud, Raymond Queneau), mais aussi Franz\u00a0 Kafka (<em>Lettre au p\u00e8re<\/em>), Fernando Pessoa et encore bien d\u2019autres aux cr\u00e9ations r\u00e9put\u00e9es ardues.<br \/>\nConcernant l\u2019\u0153uvre du dramaturge irlandais et la pi\u00e8ce qui nous int\u00e9resse ici tout particuli\u00e8rement, Michel Ab\u00e9cassis nous dit ceci\u00a0: \u00ab Monter un texte de Beckett c\u2019est s\u2019attaquer \u00e0 un monde au-del\u00e0 de toutes les conventions du th\u00e9\u00e2tre, un monde irrationnel \u00e0 l\u2019image de ce monde qui nous d\u00e9passe. Monter un texte de Beckett c\u2019est s\u2019attaquer &#8211; au-del\u00e0 du contenu &#8211; \u00e0 la dimension formelle de l\u2019\u0153uvre. Contraintes impos\u00e9es par l\u2019auteur tant les indications de Beckett sont omnipr\u00e9sentes. Un vrai d\u00e9fi au langage th\u00e9\u00e2tral conventionnel. Pour passer ce cap, il est \u00e9vident qu\u2019il faut l\u2019absolue n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 l\u2019auteur dans la fid\u00e9lit\u00e9. Monter un texte de Beckett c\u2019est c\u00e9l\u00e9brer le silence, le voyage immobile, les temps. Il faut donc donner de la valeur et de la vie \u00e0 ces indications, une v\u00e9ritable partition musicale, c\u2019est comme cela que j\u2019aborde ce texte et que je souhaite le r\u00e9v\u00e9ler. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Sous son ombrelle, Winnie prie, fredonne, parle, accomplit les gestes quotidiens d\u2019une nouvelle journ\u00e9e qui commence, convoque \u00e7a et l\u00e0 des bribes de souvenirs pour nous fournir un hymne \u00e0 la vie. Respectant l\u2019orientation donn\u00e9e par Beckett, cette mise en sc\u00e8ne parvient \u00e0 restituer toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019\u0153uvre qui montre \u00e0 quel point il faut parfois se faire violence afin que l\u2019optimisme triomphe au quotidien. &#8211; <strong>Julie Pilorget<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\"><a name=\"la mise en sc\u00e8ne\"><\/a>La mise en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce <em>Oh les beaux jours\u00a0<\/em> de Samuel Beckett, par Michel Abecassis, est remarquable\u00a0!<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Jou\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre intimiste de Chatillon, la pi\u00e8ce pr\u00e9sente une journ\u00e9e type de la vie de Winnie, femme ensevelie jusqu\u2019au buste dans une colline de sable, effectuant quotidiennement les m\u00eames rituels.<br \/>\nL\u2019actrice se d\u00e9tache sur un fond bleu, symbolique de l\u2019azur auquel elle fait allusion tout au long de la pi\u00e8ce\u00a0: \u00ab\u00a0je m\u2019en irai tout simplement flotter dans l\u2019azur\u2026\u00a0\u00bb. Le d\u00e9cor, r\u00e9duit \u00e0 son strict minimum, ne fait plus qu\u2019un avec elle. Les quelques accessoires qu\u2019elle sort de son sac et dont elle fait l\u2019inventaire\u00a0 au fur et \u00e0 mesure de la pi\u00e8ce, aussi disparates qu\u2019une brosse \u00e0 dents, un miroir ou un revolver, marquent l\u2019absurdit\u00e9 des habitudes de la vie .<br \/>\nMalgr\u00e9 le peu de mouvement sur\u00a0 la sc\u00e8ne, d\u00fb \u00e0 la nature m\u00eame de la pi\u00e8ce, on ne s\u2019ennuie pas un seul instant\u00a0: le visage de St\u00e9phanie Lanier est si expressif et son jeu si ma\u00eetris\u00e9 qu\u2019elle nous captive du d\u00e9but \u00e0 la fin. Sa prestance\u00a0 est\u00a0 aussi monumentale que la place qu\u2019occupe la motte de sable dans laquelle elle est enferm\u00e9e, sur\u00a0 sc\u00e8ne. Son interpr\u00e9tation oscille perp\u00e9tuellement entre une fragilit\u00e9 \u00e0 fleur de peau et une puissance qui tient presque de la folie. A de nombreuses reprises, l\u2019actrice est au bord des larmes et nous entra\u00eene avec elle dans les m\u00e9andres de son esprit. La gestuelle et la parole, entrecoup\u00e9e de longs\u00a0 silences, occupent ici une place plus importante que l\u2019action elle-m\u00eame, r\u00e9duite \u00e0 son strict minimum.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 12px;\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif;\">Gr\u00e2ce \u00e0 tous ces \u00e9l\u00e9ments, le spectateur, malgr\u00e9 le caract\u00e8re inhabituel de la pi\u00e8ce de Beckett , se reconna\u00eet dans Minnie, dans ses angoisses, mais aussi dans la terrible envie de vivre qu\u2019elle manifeste malgr\u00e9 le temps qui passe et la perte des \u00eatres chers, \u00ab\u00a0malgr\u00e9 tout\u00a0\u00bb, comme Minnie le dit si bien elle-m\u00eame \u00e0 de multiples reprises. Ce spectacle est un v\u00e9ritable hymne \u00e0 la vie, prise dans sa totalit\u00e9, avec ses aspects \u00e0 la fois dr\u00f4les, touchants et tragiques, hymne qui atteint son apog\u00e9e dans la chanson finale. &#8211; <strong>Ma\u00ebvane Royer<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Oh les beaux jours, texte de Samuel Beckett mis en sc\u00e8ne par Michel Abecassis au Th\u00e9\u00e2tre de Ch\u00e2tillon. 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