{"id":13545,"date":"2019-10-16T10:38:25","date_gmt":"2019-10-16T08:38:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13545"},"modified":"2019-10-16T10:38:25","modified_gmt":"2019-10-16T08:38:25","slug":"speed-dating-avec-carole-martinez-festival-livres-en-tete-11-samedi-5-octobre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13545","title":{"rendered":"Speed dating avec Carole Martinez \/ Festival Livres-en-t\u00eate #11 \/ Samedi 5 octobre 2019"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab \u00c0 tes c\u00f4t\u00e9s, je m\u2019\u00e9merveille.<br> Blottie dans mon ombre, tu partages ma couche.<br> Tu dors, \u00f4 mon enfance,<br> Et, pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9, dans la tombe, je veille. \u00bb<\/p><cite><em>La terre qui penche<\/em>, Carole Martinez<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans le quartier historiquement proustien du VIII\u00e8me arrondissement de Paris, alors qu\u2019une pluie fine coulait sur mon imperm\u00e9able bleu, je me rendais en toute h\u00e2te \u00e0 l\u2019h\u00f4tel litt\u00e9raire <em>Le Swann<\/em>, qui accueillait pour la premi\u00e8re fois le<strong> festival Livres en T\u00eate<\/strong>, organis\u00e9 par <strong>Les Livreurs<\/strong>, sp\u00e9cialistes de la lecture \u00e0 voix haute. <\/p>\n\n\n\n<p>Cet apr\u00e8s-midi d\u2019octobre, j\u2019entrais dans un vaste salon, aussi chaleureux que confortable, con\u00e7u par un admirateur des \u0153uvres de l\u2019\u00e9crivain Marcel Proust. Sous une toiture de verre, des fauteuils rembourr\u00e9s entouraient de petites tables o\u00f9 reposaient livres et tasses de caf\u00e9 chaud. Sur les murs s\u2019alignaient des \u0153uvres picturales inspir\u00e9es de l\u2019univers proustien. Alors que je m\u2019approchais de Carole Martinez pour la saluer, je fus surprise par l\u2019ambiance particuli\u00e8rement intimiste du lieu. Celle-ci, m\u2019avouant \u00eatre l\u00e9g\u00e8rement nerveuse, me serra chaleureusement la main. Nous \u00e9tions accompagn\u00e9es par une lectrice des Livreurs ainsi que par un p\u00e8re et ses deux jeunes adolescentes. La plus jeune avait onze ans, l\u2019\u00e2ge de Blanche, h\u00e9ro\u00efne de <em>La terre qui penche<\/em>, le dernier roman de Carole Martinez. <\/p>\n\n\n\n<p>Alors que l\u2019auteure nous contait son histoire, nous \u00e9coutions, \u00e9merveill\u00e9s. Carole Martinez est \u00e9crivaine et professeure de fran\u00e7ais. Elle est l\u2019auteure de trois romans, r\u00e9dig\u00e9s selon les codes du conte merveilleux. Son premier roman, <em>Le c\u0153ur cousu<\/em>, publi\u00e9 chez les \u00e9ditions Gallimard en 2011, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 par de nombreux prix. Son deuxi\u00e8me roman, <em>Du domaine des murmures<\/em>, a \u00e9galement connu un large succ\u00e8s et a notamment re\u00e7u le Prix Goncourt des lyc\u00e9ens. En 2016, elle a publi\u00e9 <em>La terre qui penche<\/em>, qui relate l\u2019histoire extraordinaire de la jeune Blanche, une fillette de onze ans vivant au XIV\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Assoiff\u00e9e de connaissances dans un monde qui n\u2019accorde pas aux femmes le droit de lire ou de dire, Blanche conteste l\u2019autorit\u00e9 paternelle. Elle cause comme une pie, se lib\u00e9rant gr\u00e2ce \u00e0 la parole du joug familial. Une rencontre avec son fianc\u00e9 va la changer \u00e0 jamais. Alors que Blanche vit des aventures palpitantes, son fant\u00f4me &#8211; aujourd\u2019hui une vieille \u00e2me \u2013, \u00e9coute l\u2019enfant qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 et se souvient\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Souhaitant comprendre le choix narratif de l\u2019auteure, je lui demandai pourquoi elle avait souhait\u00e9 faire parler le fant\u00f4me de Blanche. Elle me r\u00e9pondit : <em>\u00ab Parce qu\u2019on est \u00e9crit par les personnes qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es. Qu\u2019est-ce que la petite fille que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 penserait de ce que je suis aujourd\u2019hui ? J\u2019ai eu envie de la rencontrer. \u00bb<\/em> Carole Martinez fonde <em>La terre qui penche<\/em> sur les l\u00e9gendes et la magie qui entourent le domaine des murmures. Elle invite ainsi le lecteur \u00e0 la r\u00eaverie et au voyage.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00e9crire ce roman, dont l\u2019histoire se d\u00e9roule en 1361, l\u2019auteure m\u2019informa avoir effectu\u00e9 de tr\u00e8s nombreuses recherches. Elle compara d\u2019ailleurs cet effort \u00e0 un v\u00e9ritable <em>\u00ab voyage temporel \u00bb<\/em>. Son travail d\u2019\u00e9criture s\u2019est fait par points, qu\u2019elle a assembl\u00e9s par la suite. Elle ne r\u00e9dige pas de plans, mais pense et raconte son histoire longuement avant de la coucher sur papier : <em>\u00ab \u00c7a fait douze ans que je pense \u00e0 ce roman \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p> J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9mue par la beaut\u00e9 de ce livre. L\u2019auteure y c\u00e9l\u00e8bre l\u2019innocence et y d\u00e9nonce la condition de la femme d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui :<em> \u00ab Nous portons encore en nous tout ce que les femmes ont \u00e9t\u00e9 au cours des si\u00e8cles. \u00bb<\/em> \u00c0 la fois po\u00e9tique et cruelle, l\u2019histoire de Blanche est particuli\u00e8rement bien \u00e9crite, selon les r\u00e8gles du conte merveilleux :<em> \u00ab La fable permet tout, elle autorise tous les m\u00e9langes \u00bb<\/em>. En effet, la plume de Carole Martinez est capable de faire parler un fant\u00f4me vieux de neuf si\u00e8cles et de transformer une rivi\u00e8re, la Loue, en femme en col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Ana\u00efs TESTON<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >\u00ab \u00c0 tes c\u00f4t\u00e9s, je m\u2019\u00e9merveille. Blottie dans mon ombre, tu partages ma couche. 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