{"id":13551,"date":"2019-10-21T14:41:19","date_gmt":"2019-10-21T12:41:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13551"},"modified":"2019-10-21T14:41:19","modified_gmt":"2019-10-21T12:41:19","slug":"i-am-europe-par-falk-richter-theatre-de-lodeon-octobre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13551","title":{"rendered":"I am Europe, par Falk Richter \/ Th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Od\u00e9on \/ Octobre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe&nbsp;?<\/em> Une femme viol\u00e9e par un taureau. <em>Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe&nbsp;?<\/em> Une histoire de guerre et de barbarie. <em>Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe&nbsp;?<\/em> Une identit\u00e9 v\u00e9cue et interrog\u00e9e. <em>Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe&nbsp;?<\/em> Une all\u00e9gorie menac\u00e9e et en deuil. Voil\u00e0 la grande question, retentissante et unique, d\u00e9clin\u00e9e et conjugu\u00e9e, observ\u00e9e sous tous les angles, lors du spectacle de Falk Richter.<\/p>\n\n\n\n<p>Une question large, globale, sans r\u00e9ponse, incarn\u00e9e et d\u00e9ploy\u00e9e au sein d\u2019une repr\u00e9sentation totale, une performance fusionnant com\u00e9die, danse, gestuelle, musique et projections. En s\u2019appuyant sur des sujets br\u00fblants de l\u2019actualit\u00e9 \u2013 gilets jaunes, r\u00e9chauffement climatique, violences polici\u00e8res-, sur des cicatrices de l\u2019Histoire \u2013 l\u2019affaire Maurice Papon, l\u2019\u00e9clatement de la Yougoslavie-, sur les r\u00e9cits auto-fictionnels de huit performeurs pleinement enfants d\u2019une Europe cosmopolite et ouverte, Falk Richter esth\u00e9tise devant nous une question. Une sc\u00e9nographie \u00e9pur\u00e9e, en mouvement, \u00e0 peine construite et \u00e0 construire, o\u00f9 domine le vert, couleur maudite au th\u00e9\u00e2tre mais qui semble raisonner ici comme le chant d\u2019un espoir. La question pos\u00e9e se rev\u00eat de toutes les langues qui fusent, de l\u2019anglais \u00e0 l\u2019allemand, du fran\u00e7ais au croate en passant par l\u2019espagnol et l\u2019arabe. Le champ de la question est toutefois restreint par un parti-pris&nbsp;de d\u00e9part : <em>qu\u2019est-ce que l\u2019Europe en tant que v\u00e9cue dans la chair des individus qui la font&nbsp;? Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe dans et pour la vie quotidienne de ces huit com\u00e9diens, \u00e9crivains ou danseurs qui nous proposent des bribes discontinues de points de vue, de chants, de d\u00e9rision, d\u2019humour et de dramatisation&nbsp;?<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>La narration n\u2019est pas lin\u00e9aire, le quatri\u00e8me mur est souvent bris\u00e9, les proc\u00e9d\u00e9s de distanciation se bousculent&nbsp;: autant de dispositifs qui nous rappellent avec force que la question pos\u00e9e est avant tout notre question, qu\u2019elle nous appartient comme \u00e0 ceux qui sont aujourd\u2019hui sur sc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<p>On regrettera peut-\u00eatre le choix d\u2019un point de vue quelque peu radical au fur et \u00e0 mesure du spectacle\u00a0: le propos n\u2019est pas neutre mais comment l\u2019\u00eatre sur ce sujet sans se fragmenter soi-m\u00eame ? Les \u00c9tats-nations sont fustig\u00e9s, tout autant que les extr\u00eames politiques, les mod\u00e8les sociaux traditionnels, les fronti\u00e8res, le capitalisme d\u00e9brid\u00e9\u2026 Se m\u00ealent une condamnation des erreurs pass\u00e9es et des \u00e9clairs d\u2019espoir quant \u00e0 l\u2019avenir, \u00e0 l\u2019instar d\u2019un joli monologue sur la mise en place d&rsquo;une monnaie locale partout dans le monde. Comme il est dit durant ce passage, la monnaie n\u2019est qu\u2019une histoire que l\u2019on se raconte et \u00e0 laquelle nous d\u00e9cidons de croire. L\u2019Europe est ainsi\u00a0: elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite mais nous pouvons la r\u00e9\u00e9crire et de nouveau la hurler et la chanter, au th\u00e9\u00e2tre comme ailleurs. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Anne FENOY<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Falk Richter nous promet un parti-pris risqu\u00e9 avec sa revue alliant th\u00e9\u00e2tre, chant, danse et discours politiques, le tout avec pour toile de fond une mise en avant des d\u00e9fauts chroniques de l\u2019Europe. Jou\u00e9e dans l\u2019annexe moderne du 17\u00e8me arrondissement du Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Od\u00e9on, les Ateliers Berthier,&nbsp;<em>I am Europe<\/em>&nbsp;est la cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale n\u00e9e de la collaboration entre Falk Richter et les acteurs et actrices de la pi\u00e8ce.<em>&nbsp;I am Europe<\/em>&nbsp;s\u2019organise autour de portraits \u2013 d\u2019autoportraits, chacun mettant en avant des individus en pleine qu\u00eate identitaire, en pleine r\u00e9volution int\u00e9rieure. L\u2019id\u00e9e est prometteuse, les acteurs sont bons (malgr\u00e9 quelques nombreux cafouillages), les pas de danse, pour la plupart, bien ex\u00e9cut\u00e9s, les chansons chant\u00e9es avec brio\u2026 Mais l\u2019enjeu final se heurte malheureusement \u00e0 un \u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n<p>I a<em>m Europe<\/em>&nbsp;s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 de ces nouvelles mani\u00e8res de penser, pr\u00f4n\u00e9es par les r\u00e9seaux sociaux&nbsp;et qui mettent en avant (par le biais de discours \u00ab&nbsp;chocs&nbsp;\u00bb) la bien-pensance. La modernit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne, la destruction du quatri\u00e8me mur et le m\u00e9lange des genres artistiques sont ma\u00eetris\u00e9s parfaitement par les acteurs, mais sont utilis\u00e9s non pas pour parler d\u2019un mal-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral et le d\u00e9noncer, mais pour transmettre des th\u00e8ses strictes et ferm\u00e9es \u00e0 une jeunesse tr\u00e8s pr\u00e9sente dans la salle, emp\u00eachant les plus mall\u00e9ables d\u2019exercer une v\u00e9ritable pens\u00e9e critique. Le discours perd sa fonction initiale&nbsp;: ici il n\u2019\u00e9duque plus, il&nbsp;<em>endoctrine<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les acteurs-personnages \u00e9noncent des r\u00e9alit\u00e9s, apparemment dures \u00e0 entendre pour certaines personnes dans la salle \u2013 qui pr\u00e9f\u00e8rent quitter les lieux plut\u00f4t que d\u2019y faire face ; mais des r\u00e9alit\u00e9s importantes, des piq\u00fbres de rappel n\u00e9cessaires sur la souffrance de nombreux europ\u00e9ens et contre une amn\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale. Ces r\u00e9alit\u00e9s sont malheureusement accumul\u00e9es, mises bout \u00e0 bout, emp\u00eachant par cons\u00e9quent le spectateur de v\u00e9ritablement prendre conscience de l\u2019ampleur des in\u00e9galit\u00e9s en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>On a d\u00e8s lors l\u2019impression d\u2019avoir affaire \u00e0 un bourrage de cr\u00e2ne. Falk Richter cherche \u00e0 dresser le portrait d\u2019une Europe en perp\u00e9tuelle qu\u00eate d\u2019identit\u00e9, une Europe des contradictions, une Europe qui ne peut concevoir le futur sans se d\u00e9tacher du pass\u00e9. Et c\u2019est l\u00e0 que son projet th\u00e9\u00e2tral \u00e9choue, en voulant montrer du doigt une Europe qui ne prend pas en compte les besoins de chacun, une Europe qui ne sait pas se projeter dans l\u2019avenir et qui ne sait plus prendre soin du pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement, la pi\u00e8ce en elle-m\u00eame ne sait ni se s\u00e9parer du pass\u00e9, ni chercher \u00e0 trouver un sens au pr\u00e9sent. Futur et pass\u00e9 sont m\u00eal\u00e9s, mais jamais le pr\u00e9sent ne fait surface, il est \u00e9touff\u00e9 par des discours de mal-\u00eatre, prenant leur source dans une histoire conflictuelle et dure \u00e0 accepter, ainsi que dans dans les angoisses d\u2019un futur incertain. Le projet \u00e9tait ambitieux, trop ambitieux peut-\u00eatre, et n\u2019a malheureusement pas su trouver d\u2019\u00e9quilibre entre d\u00e9nonciation et discours-choc, mais surtout entre qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 et haine envers le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Isaure LEROY-AVY<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle commence avec un d\u00e9bat, une discussion mouvement\u00e9e entre des personnes habill\u00e9es de couleurs, assis autour d\u2019une table. Et c\u2019est un vent de diversit\u00e9 qui souffle dans la salle : les acteurs parlent tous au moins deux langues diff\u00e9rentes, et l\u2019on sent tr\u00e8s vite que leur personne constitue en grande partie leur personnage. Ils sont l\u00e0, avec l\u2019histoire de leur vie, et vont finalement tous la raconter.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s vite, le mur invisible entre la sc\u00e8ne et public est rompu : les acteurs s\u2019adressent \u00e0 nous, se moquent des \u00ab bobos \u00bb, et donc de l\u2019assembl\u00e9e que l\u2019on forme. Car, il est vrai, le public est bien moins diversifi\u00e9 que l\u2019ensemble des acteurs. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un spectacle qui aborde la notion de culture, de pluralit\u00e9, mais aussi de singularit\u00e9. L\u2019on parlera plus d\u2019Europe au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, et &#8211; petit \u00e0 petit &#8211; la d\u00e9signation d\u2019un lieu g\u00e9ographique pr\u00e9cis est abandonn\u00e9e, valorisant davantage les individus qui forment l\u2019Europe, que l\u2019espace g\u00e9opolitique en lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie permet par ailleurs une grande modularit\u00e9, \u00e0 l\u2019image d\u2019un continent qui serait en construction permanente. Aussi, les blocs modulables, souvent d\u00e9plac\u00e9s par les acteurs, sont mous, ce qui conf\u00e8re un sentiment d\u2019incertitude au spectateur, de part les tremblements que les acteurs ont quand ils marchent dessus. Cela est \u00e0 l\u2019image d\u2019une \u00e9volution impr\u00e9visible de l\u2019Europe et de sa population. Il y a aussi la pr\u00e9sence de trois \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision, qui diffusent de mani\u00e8re quasi permanente des actualit\u00e9s, des extraits de JT ou de vid\u00e9os <em>Youtube<\/em>. Cela submerge le spectateur d\u2019informations, devant op\u00e9rer un choix de regard entre ce qu\u2019il y a aux \u00e9crans et le jeu des acteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectateur est d\u2019autant plus submerg\u00e9 qu\u2019il y a peu de temps de pause, c\u2019est-\u00e0-dire de moments de silence o\u00f9 seules actions des acteurs seraient \u00e0 observer. C\u2019est, au contraire, un continuel entrain auquel on assiste, un encha\u00eenement de tableaux o\u00f9 l\u2019on danse, chante, o\u00f9 l&rsquo;on r\u00e9fl\u00e9chit et o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9bat. Il y a aussi une certaine dimension didactique dans ce spectacle. Les id\u00e9ologies sont fortement marqu\u00e9es, avec une vive critique du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique ou du conservatisme religieux. Ainsi, peu de sc\u00e8nes nous laissent recourir \u00e0 notre imagination, mais appellent plut\u00f4t \u00e0 notre propre exp\u00e9rience culturelle, europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant la fin du spectacle coupe court \u00e0 l\u2019 \u00e9nergie positive que les acteurs nous transmettaient jusqu\u2019alors, cette volont\u00e9 de prendre part \u00e0 la construction d\u2019une identit\u00e9 europ\u00e9enne fi\u00e8re, pr\u00f4nant l\u2019ouverture d\u2019esprit. On assiste \u00e0 un discours s\u00e9v\u00e8rement critique envers le r\u00e9chauffement climatique, la politique intra- et inter-gouvernementale, redondant avec le discours m\u00e9diatique actuel. L\u2019on sortira tout de m\u00eame de ce spectacle l\u2019esprit questionn\u00e9 sur la notion d\u2019identit\u00e9, aussi bien culturelle qu\u2019id\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; F\u00e9licie FRANCOISE <\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><em>Il y a des spectacles qui vous bouleversent<\/em>. En sortant de la salle, une irr\u00e9sistible envie de communiquer votre enthousiasme s\u2019empare de vous et, sur le chemin du retour, chaque usager du m\u00e9tro est susceptible d\u2019entendre vos louanges. <em>I am Europe<\/em> n\u2019appartient <span style=\"text-decoration: underline\">h\u00e9las pas \u00e0 cette cat\u00e9gorie<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma premi\u00e8re pr\u00e9occupation, en sortant de cette performance th\u00e9\u00e2trale, fut d\u2019essayer de trouver deux ou trois choses positives \u00e0 \u00e9crire\u2026 Un peu comme lorsque vous r\u00e9digez une dissertation sur un sujet non-inspirant et que vous cherchez d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment quelques arguments pour alimenter la partie antith\u00e8se de votre copie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je commence par un bref r\u00e9sum\u00e9 du spectacle. Des hommes et des femmes venant de diff\u00e9rents pays europ\u00e9ens \u00e9changent leurs r\u00e9flexions sur l\u2019Europe dans leurs langues respectives. Certains moments dans\u00e9s rythment la pi\u00e8ce. Les corps des protagonistes s\u2019\u00e9coutent les uns les autres, une harmonie chor\u00e9graphique s\u2019empare alors du plateau. Et lorsqu\u2019une descendante de Fernando Pessoa \u00e9voque avec \u00e9motion le souvenir de l\u2019\u00e9crivain, l\u2019on assiste \u00e0 un authentique moment de gr\u00e2ce.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif affich\u00e9 de cette pi\u00e8ce ultra-contemporaine serait de sortir d\u2019une forme de manich\u00e9isme en \u00e9num\u00e9rant une s\u00e9rie de faits historiques et sociaux. Sauf que, malheureusement&nbsp;: il y a d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les gentils,&nbsp;de l\u2019autre les m\u00e9chants. Et, une fois pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge de sept ans, impossible de confondre les uns avec les autres. <\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des gentils&nbsp;: les nouvelles familles \u00e0 trois (couple homosexuel + une amie femme), le petit oisillon qui se fait broyer par une moissonneuse batteuse, les insectes qui meurent \u00e0 cause du glyphosate, les alg\u00e9riens injustement victimes des ordres du pr\u00e9fet Maurice Papon et dont la R\u00e9publique n\u2019honore pas la m\u00e9moire, les gilets jaunes qui gal\u00e8rent pour se nourrir en fin de mois\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des m\u00e9chants&nbsp;: le grand Emmanuel, Macron de son petit nom. Celui qui raconte des \u00e9normit\u00e9s comme <em>\u00ab&nbsp;il suffit de traverser la rue pour trouver un travail&nbsp;\u00bb<\/em>. L\u2019enseignante en zone prioritaire qui, non seulement ne croit pas aux espoirs de ses \u00e9l\u00e8ves mais en plus se permet de rire lorsqu\u2019ils racontent leurs r\u00eaves d\u2019avenir. Le ministre italien Matteo Salvini qui attise la haine de l\u2019\u00e9tranger afin d\u2019asseoir sa popularit\u00e9. Les x\u00e9nophobes, les homophobes, les antis\u00e9mites et les puissants qui profitent du syst\u00e8me\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le contenu id\u00e9ologique de ce spectacle apparait donc d\u2019une transparence \u00e9c\u0153urante\u2026 On ne fait pas du bon th\u00e9\u00e2tre uniquement avec de bons sentiments. Cela se saurait&nbsp;! Il faut autre chose\u2026 Ici, le texte de Falk Richter manque de litt\u00e9rarit\u00e9, de silence, de respiration\u2026 mais surtout d\u2019implicite. Le spectateur n\u2019accomplit aucunement sa part du chemin. Les choix de mise en sc\u00e8ne ont annihil\u00e9 sa r\u00e9flexion par une surexposition de lumi\u00e8res criardes, une superposition d\u2019\u00e9crans, une surench\u00e8re de violence. Le plus souvent, le dire remplace le ressentir. Par exemple, on raconte une \u00e9rection avec des mots mais jamais l\u2019on ne ressent la circulation du d\u00e9sir. <\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, je ne regrette pas d\u2019\u00eatre all\u00e9e voir ce spectacle car, gr\u00e2ce \u00e0 lui, j\u2019ai pu identifier avec clart\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments susceptibles de provoquer en moi une profonde r\u00e9action de rejet. L\u2019exercice aura \u00e9t\u00e9 profitable.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; F\u00e9licie PASOTTI<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Europe en projet, l\u2019Europe en question&nbsp;: l\u2019obsession bien pens\u00e9e et bien-pensante de la gauche<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Projet qui se veut et qui se revendique comme un coup de pied donn\u00e9 dans la fourmili\u00e8re scl\u00e9ros\u00e9e du monde de la culture, <em>I am Europe<\/em> s\u2019attaque \u00e0 la tr\u00e8s \u00e9pineuse question de l\u2019Europe ; tr\u00e8s \u00e9pineuse, en particulier pour les \u00e9lites de la gauche. Entre amour et d\u00e9samour, la repr\u00e9sentation s\u2019\u00e9gare \u00e0 vouloir \u00e9num\u00e9rer tous les torts de l\u2019Europe \u2013 dont elle ne pr\u00e9cise jamais s\u2019il s\u2019agit de l\u2019espace politique ou de l\u2019espace g\u00e9ographique \u2013 et de cette \u00e9num\u00e9ration n\u2019\u00e9merge aucune perspective constructive. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019identit\u00e9 multinationale ou encore l\u2019Europe f\u00e9d\u00e9rale sont des concepts abord\u00e9s mais jamais d\u00e9velopp\u00e9s, et la frustration \u2013 intellectuelle comme esth\u00e9tique \u2013 demeure le sentiment pr\u00e9pond\u00e9rant au sortir du th\u00e9\u00e2tre. En effet, ici, point de personnages, point d\u2019histoire. Ce qui aurait pu donner lieu \u00e0 une innovation esth\u00e9tique, d\u2019ailleurs brillamment exploit\u00e9e&nbsp;par le post-dramatique, peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9 ainsi&nbsp;: les com\u00e9diens relatent leur pass\u00e9, parlent de leurs vies personnelles dans une d\u00e9marche presque journalistique et qui rel\u00e8ve de la question <em>\u00ab&nbsp;est-ce que tu peux nous parler de ton exp\u00e9rience&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Sans chercher jamais \u00e0 \u00e9tendre la port\u00e9e d\u2019un propos qui demeure somme toute tr\u00e8s convenu (\u00ab\u00a0<em>la guerre c\u2019est mal\u00a0<\/em>\u00bb), ces historiettes peinent \u00e0 acqu\u00e9rir la force \u00e9vocatrice que l\u2019on esp\u00e8re d\u2019une sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale. Le questionnement de concepts complexes tels l\u2019identit\u00e9 et sa relation \u00e0 la nation \u2013 qui, certes, dans leurs d\u00e9rives peuvent mener au nationalisme \u2013 se conclue par une condamnation sans appel qui ferme les yeux sur les contradictions ainsi soulev\u00e9es. Une com\u00e9dienne explique ainsi qu\u2019elle regrette de ne pas voir d\u2019inscrit \u00ab\u00a0Yougoslavie\u00a0\u00bb pour lieu de naissance sur sa carte d\u2019identit\u00e9, et ce du fait de la guerre civile. Bien que ce sentiment d\u2019appartenance soit pr\u00e9sent\u00e9 comme naturel et la blessure qui en r\u00e9sulte comme compr\u00e9hensible, ils sont tous deux d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9s par les propos d\u2019un second com\u00e9dien qui d\u00e9nonce dans ce m\u00eame sentiment d\u2019appartenance nationale, la cause de tous les maux. Cette juxtaposition ne m\u00e8ne jamais \u00e0 la confrontation des id\u00e9es et contribue \u00e0 une approximation pr\u00e9judiciable. <\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, la ligne id\u00e9ologique semble claire. Si claire qu\u2019elle en est <span style=\"text-decoration: underline\">aveuglante<\/span>. Le pamphlet n\u2019atteint pas l\u2019exercice de style et se limite \u00e0 un cri \u00e0 la limite du supportable. <\/p>\n\n\n\n<p>Car si la repr\u00e9sentation souligne avec une justesse et une ironie bienvenues les d\u00e9rives de la politique de diversit\u00e9 dans la culture, elle omet d\u2019appliquer cette m\u00eame ironie \u00e0 l\u2019ensemble des situations d\u00e9cri\u00e9es.<em> \u00ab&nbsp;On sait bien que les policiers sont du c\u00f4t\u00e9 des fascistes&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;: cette sentence, qui r\u00e9sonne encore aux oreilles d\u2019un spectateur abasourdi, d\u00e9montre par son extr\u00e9misme mal plac\u00e9 une m\u00e9connaissance dangereuse de l\u2019Histoire. La th\u00e9orie du complot semble tout contaminer puisque les m\u00e9dias sont naturellement d\u00e9nonc\u00e9s comme outil de formatage de la pens\u00e9e des masses. Or, ces derniers paraissent bien innocents \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un discours d\u2019une lisibilit\u00e9 enfantine, qui divise le monde en coupables et en victimes identifiables. Ils se nomment policiers, agriculteurs, politiciens et menacent le peuple \u2013 par ailleurs jamais d\u00e9fini \u2013 dernier d\u00e9tenteur d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 mystique que malheureusement nous peinons aujourd\u2019hui \u00e0 interpr\u00e9ter. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette repr\u00e9sentation fut pour certains un coup de c\u0153ur, elle est pour moi l\u2019occasion d\u2019un coup de gueule. Car il est insupportable d\u2019entendre des v\u00e9rit\u00e9s pr\u00e9con\u00e7ues sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre. Il est insupportable de constater que l\u2019on confond \u00e0 ce point aujourd\u2019hui moralit\u00e9 et opinion politique. Il est insupportable enfin de se faire imposer si fort ce que chacun devrait pouvoir choisir librement et sans \u00eatre derechef catalogu\u00e9 comme fasciste ou social-tra\u00eetre, pr\u00e9cis\u00e9ment dans un lieu dont le c\u0153ur battant est le dialogue avec autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Mathilde CHARRAS<\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe&nbsp;? Une femme viol\u00e9e par un taureau. Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe&nbsp;? Une histoire de guerre et de barbarie. Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe&nbsp;? Une identit\u00e9 v\u00e9cue et interrog\u00e9e. Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe&nbsp;? Une all\u00e9gorie menac\u00e9e et en deuil. 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