{"id":13581,"date":"2019-10-24T14:58:58","date_gmt":"2019-10-24T12:58:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13581"},"modified":"2019-10-24T14:58:58","modified_gmt":"2019-10-24T12:58:58","slug":"haute-surveillance-jean-genet-texte-balabanov-compagnie-montociel-theatre-la-croisee-des-chemins-octobre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13581","title":{"rendered":"Haute surveillance \/ Jean Genet (texte), Balabanov,  Compagnie Montociel  \/ Th\u00e9\u00e2tre la Crois\u00e9e des Chemins \/ Octobre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p>Image : <em>Haute surveillance<\/em>, Tony Taffin, Robert Hossein et Claude Romain<br>(photo DR), Collection A.R.T. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Haute Surveillance<\/em>, pi\u00e8ce \u00e9crite par Jean Genet en 1949 &#8211; jou\u00e9e ici par la <strong>Compagnie Montociel<\/strong>, nous raconte l\u2019histoire de trois prisonniers enferm\u00e9s dans la m\u00eame cellule&nbsp;: Yeux-Verts, enferm\u00e9 pour le meurtre d\u2019une jeune femme; Maurice, qui se dit braqueur, et Lefranc, un jeune homme enferm\u00e9 ici pour une raison inconnue. Ces trois prisonniers, interpr\u00e9t\u00e9s par Paco Balabanov, le metteur en sc\u00e8ne, Louis Marsot et Matthieu Clav\u00e9, forment avec Le Surveillant, interpr\u00e9t\u00e9 par Justin Pastres, le quatuor que<br> nous allons suivre dans cette pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019ambiance anxiog\u00e8ne et \u00e9touffante.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce semble \u00e9voluer autour d&rsquo;enjeux de pouvoir. Dans le trio, il y a un leader : Yeux-Verts, admir\u00e9 de tous. Cette qualit\u00e9 de h\u00e9ros d\u00e9clenchera chez ses compagnons de cellule une lutte acharn\u00e9e pour acc\u00e9der \u00e0 sa reconnaissance. La sc\u00e8ne d\u2019exposition nous laisse d\u00e9couvrir Maurice tentant d\u2019\u00e9trangler Lefranc. Cette entr\u00e9e en mati\u00e8re nous donne \u00e0 entendre toute la violence inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019univers carc\u00e9ral &#8211; cette violence qui d\u00e9range et qui nous fait m\u00eame, parfois, d\u00e9tourner le regard aux moments les plus intenses. Mais plus encore que la violence, c\u2019est la folie qui appara\u00eet comme ma\u00eetre mot de la pi\u00e8ce&nbsp;: Yeux-Verts, d\u00e9j\u00e0 enferm\u00e9 depuis longtemps, rentre en transe lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9voquer son crime. La lutte pour l\u2019attention de Yeux-Verts conduit \u00e0 des projets de meurtres fictifs, \u00e0 des menaces, \u00e0 des combats, le tout donnant un caract\u00e8re fantastique et absurde \u00e0 ces vies plus que jamais soumises \u00e0 un univers carc\u00e9ral qui les broie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette mise en sc\u00e8ne, reprenant le texte de la derni\u00e8re version de <em>Haute Surveillance<\/em> datant de 1983, bien qu\u2019in\u00e9gal sur la longueur, fonctionne tout de m\u00eame bien, on croit en ses personnages et en ce qu\u2019ils nous racontent, on croit en Maurice, qui d\u00e9sire plus que tout ressembler \u00e0 Yeux-Verts, en Lefranc, jeune homme insolent et faussement d\u00e9tach\u00e9, en Yeux-Vert, le bel assassin rong\u00e9 par son crime. Ce projet, le premier de la compagnie, m\u00e9rite \u00e0 mon sens plus de visibilit\u00e9, et je conseille aux lecteurs de cette critique d\u2019aller le voir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; S\u00e9bastien FAGET<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes douze dans la salle et ils sont trois sur sc\u00e8ne, bient\u00f4t quatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes douze assis dans l\u2019obscurit\u00e9 de la minuscule salle du th\u00e9\u00e2tre de <strong>La Crois\u00e9e des Chemins<\/strong> et ils sont trois impassibles sur les planches, allong\u00e9s en tenue de prisonnier ray\u00e9e. On se sent imm\u00e9diatement proches de ces corps, immobiles sur sc\u00e8ne, que l\u2019on pourrait toucher en tendant le pied. Et <em>Haute Surveillance<\/em> commence en m\u00eame temps que les corps s\u2019agitent. La pi\u00e8ce de Genet \u00e9crite en 1949 &#8211; alors qu\u2019il purgeait une peine de prison au centre p\u00e9nitentiaire de Fresnes, prend tout son sens&#8230; enferm\u00e9s que nous sommes dans cette salle exigu\u00eb : le huis clos du texte se ressent dans le huis clos de la salle.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont trois prisonniers, dont un qui va mourir &#8211; Yeux-Vert le sait, et il est d\u00e9j\u00e0 <em>seul <\/em>dans la cellule qu\u2019il partage avec les deux autres. Il est d\u00e9tach\u00e9 car il a accept\u00e9 la fatalit\u00e9 : il va mourir. Puis il y a Maurice et Lefranc qui s\u2019opposent et cherchent leur place. L\u2019un est jeune et a une belle gueule de petit d\u00e9linquant. Il cherche l\u2019amour du condamn\u00e9 \u00e0 mort pour marcher sur ses traces. L\u2019autre est plus vieux et lettr\u00e9. Passionn\u00e9 par le monde du crime il est jaloux de Yeux-Vert qui lui, a d\u00e9j\u00e0 tu\u00e9. Et ces trois hommes sont enferm\u00e9s dans une cellule noire, sans d\u00e9cor avec un simple toilette au centre. Le gardien lui, est autant spectateur que nous de ces heures fatales.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes douze mais chacun ressent toute la tension de la pi\u00e8ce, induite par la proximit\u00e9 avec les com\u00e9diens, qui subliment la puissance du texte. Les hommes sont l\u00e0, face \u00e0 nous dans un d\u00e9cor nu et eux-m\u00eames sont presque d\u00e9nud\u00e9s. Ils n\u2019ont plus aucune intimit\u00e9 face au spectateur et l\u2019on voit jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 ils d\u00e9f\u00e8quent. Leur regard est au m\u00eame niveau que le n\u00f4tre. Lorsque Yeux-Vert dit que dans un mois, il aura la t\u00eate coup\u00e9e &#8211; on sait qu\u2019il dit vrai car il regarde chacun de nous. La promiscuit\u00e9 que l\u2019on ressent dans la salle permet un malaise face \u00e0 la mort \u00e9voqu\u00e9e, et aux corps qui s\u2019entrem\u00ealent dans un tourment de violence et de sensualit\u00e9 incertaine. <\/p>\n\n\n\n<p>Ces taulards vivent face \u00e0 nous et se battent. Surtout Maurice et Lefranc qui se ha\u00efssent. Ils s\u2019empoignent et se tordent ensemble dans une danse aussi ridicule que r\u00e9aliste. Les corps se heurtent et se m\u00ealent. Les t\u00eates se fracassent au sol et le spectateur assiste \u00e0 cela, impuissant. On d\u00e9tourne presque le regard ; je me surprends m\u00eame \u00e0 fermer les yeux. Le face \u00e0 face de ces hommes est magnifique. Et derri\u00e8re, Yeux-Vert observe et intervient parfois. Lui qui a tu\u00e9, devient un sage penseur.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sors du th\u00e9\u00e2tre et tombe sur la rue <em>Mathurin L\u00e9ger<\/em> en ayant vu un meurtre. La haine, n\u00e9e dans l\u2019enfermement, ne pouvait finir qu\u2019ainsi. Les images restent en moi. La pi\u00e8ce est belle gr\u00e2ce \u00e0 ce jeu physique qui, pour moi, a d\u00e9pass\u00e9 le texte tout en respectant son esprit. La simplicit\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne est une r\u00e9ussite &#8211; comme souvent au th\u00e9\u00e2tre. Les acteurs sont bons et se donnent, le malaise du th\u00e9\u00e2tre de Genet est bien pr\u00e9sent. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous douze partons sans col\u00e8re et je garde les mots de Yeux-Vert en<br> t\u00eate : <em>\u00ab Ce n\u2019est rien savoir du malheur si vous croyez qu\u2019on peut le choisir ? Le mien m\u2019a choisi. J\u2019ai tout essay\u00e9 pour m\u2019en d\u00e9p\u00eatrer. J\u2019ai lutt\u00e9, box\u00e9, dans\u00e9, j\u2019ai m\u00eame chant\u00e9 et l\u2019on peut en sourire, le malheur je l\u2019ai d\u2019abord refus\u00e9. C\u2019est seulement quand j\u2019ai vu que tout \u00e9tait foutu que j\u2019ai compris : il me le fallait total. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Lucas RYSER<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Cela devait faire deux ans que je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre, et ce n\u2019est pas par faute d\u2019amour pour cet art. Alors, quand j\u2019ai choisi ma place sur le site de la Sorbonne, j\u2019ai saut\u00e9 sur l\u2019occasion&nbsp;: le Mercredi 9 octobre, au <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Crois\u00e9e des Chemins<\/strong>, j\u2019allais voir <em>Haute Surveillance<\/em>, une pi\u00e8ce \u00e9crite par Jean Genet en 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u2019abord \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s surprise de me rendre dans ce petit th\u00e9\u00e2tre que je ne connaissais pas&nbsp;; j\u2019ai failli passer devant sans le voir tant je m\u2019attendais \u00e0 une salle plus grande. Arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019avance, je patiente devant le th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: l\u2019affiche du spectacle \u00e9pingl\u00e9e me r\u00e9v\u00e8le la distribution de la pi\u00e8ce&nbsp;: Paco Balabanov, Matthieu Calvi\u00e9, Louis Marsot, Justin Pastres sont tous les quatre acteurs, metteurs en sc\u00e8ne et issus de la compagnie lyonnaise<br><strong>Montociel<\/strong>. Nous sommes une dizaine \u00e0 venir voir la pi\u00e8ce et \u00e0 nous engouffrer dans la salle&nbsp;: trois bancs accol\u00e9s \u00e0 une petite estrade. On se sentirait presque sur la sc\u00e8ne, et cet agencement me plait&nbsp;; quoi de mieux pour un huis clos qu\u2019une salle o\u00f9 l\u2019on se sent enferm\u00e9s avec les personnages&nbsp;? Alors que nous nous installons je constate que les acteurs sont d\u00e9j\u00e0 sur sc\u00e8ne, immobiles et dans le noir. Quelques instants plus tard, c\u2019est au tour du public de passer dans l\u2019ombre tandis que la sc\u00e8ne s\u2019\u00e9claire&nbsp;: c\u2019est le d\u00e9but d&rsquo;une heure et demi de spectacle &#8211; qui s\u2019ach\u00e8vera dans un tonnerre d\u2019applaudissements.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute l\u2019action se passe dans une cellule, o\u00f9 la prison pousse le huis clos \u00e0 son extr\u00eame&nbsp;: les trois personnages principaux sont des d\u00e9tenus enferm\u00e9s ensemble, et hautement surveill\u00e9s. L\u2019un attend son proc\u00e8s pour meurtre et risque la condamnation \u00e0 mort (Yeux-Verts), les deux autres sont emprisonn\u00e9s pour de petits d\u00e9lits de vols sans gravit\u00e9 (Jules et Maurice). La prison est repr\u00e9sent\u00e9e comme un univers \u00e0 part&nbsp;: la hi\u00e9rarchie y est invers\u00e9e, et c\u2019est le plus meurtrier qui obtient le plus de reconnaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant toute la pi\u00e8ce, on observe une lutte permanente entre Maurice et Jules, qui sont tous les deux en qu\u00eate de la reconnaissance de Yeux-Verts. Jaloux des attentions que Yeux-Verts porte \u00e0 l\u2019un ou \u00e0 l\u2019autre, ils se querellent sans cesse. Leur bataille est visible sur le plan physique et psychologique&nbsp;: elle n\u2019a de r\u00e9pit que de courts moments, quand tous deux \u00e9coutent religieusement le discours de Yeux-Verts, ou bien lorsque le ge\u00f4lier appara\u00eet tel un ange &#8211; tout de blanc v\u00eatu. Cette lutte apporte une atmosph\u00e8re violente et \u00e9crasante \u00e0 la pi\u00e8ce, remplie de tension et d\u2019\u00e9rotisme. La fin fait culminer ces tensions avec le meurtre de Maurice par Jules, sous les yeux verts, passifs de Yeux-Verts.<\/p>\n\n\n\n<p>A travers cette pi\u00e8ce, Jean Genet s\u2019en prend \u00e0 l\u2019univers carc\u00e9ral et ses effets troublants sur les hommes. Il nous montre que la prison est le lieu du d\u00e9r\u00e8glement, aussi bien sur le plan social que sur le plan du corps, de l\u2019humain. Il m\u2019a sembl\u00e9 que la mise en sc\u00e8ne et le jeu des quatre acteurs \u00e9taient mis au service de ce postulat, et l\u2019association du texte et de la sc\u00e9nographie m\u2019a donn\u00e9 \u00e0 distinguer plusieurs enjeux inh\u00e9rents \u00e0 cette pi\u00e8ce. Avec les costumes, les gestes et les d\u00e9placements des personnages, on constate combien la prison est un espace qui perturbe l\u2019organisation des corps. La sc\u00e8ne du huit clos est minuscule, il s\u2019agit d\u2019une cellule&nbsp;que les acteurs occupent enti\u00e8rement, en se d\u00e9pla\u00e7ant d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Ce mouvement perp\u00e9tuel met en avant la petite taille de l\u2019espace, et l\u2019absence d\u2019\u00e9chappatoire pour ces trois prisonniers. Habill\u00e9s de tenues de bagnards t\u00e2ch\u00e9es et d\u00e9chir\u00e9es, les personnages se tra\u00eenent, se jettent au sol, s\u2019agenouillent, se recroquevillent. On per\u00e7oit une ambigu\u00eft\u00e9 des pulsions du corps entre Maurice et Jules&nbsp;qui se battent avec violence et \u00e9rotisme. A la sc\u00e8ne d\u2019ouverture de la pi\u00e8ce, Maurice est au sol et Jules se tient sur lui et l\u2019\u00e9trangle dans un mouvement assez explicite&nbsp;: \u00e0 ce moment de la pi\u00e8ce, on ne peut pas savoir s\u2019il s\u2019agit d\u2019un rapport sexuel ou bien d\u2019une sc\u00e8ne de bataille violente. Cette sc\u00e8ne fait \u00e9cho \u00e0 la sc\u00e8ne de fin, o\u00f9 Jules tue Maurice dans la m\u00eame position&nbsp;&#8211; cette mise en sc\u00e8ne questionne le spectateur sur le rapport entre violence et \u00e9rotisme entre ces deux personnages. Cette ambigu\u00eft\u00e9 est moins pr\u00e9sente dans les dialogues, c\u2019est donc un choix de mise en sc\u00e8ne qui m\u2019a beaucoup plu car je trouve qu\u2019il sert \u00e0 merveille le propos de la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne sert aussi un autre enjeu du texte&nbsp;: montrer que la prison perturbe l\u2019organisation sociale. Comme je l\u2019ai dit plus t\u00f4t, la pi\u00e8ce montre une inversion de la hi\u00e9rarchie entre les personnages&nbsp;: le plus meurtrier est le plus admir\u00e9. Ainsi, m\u00eame le ge\u00f4lier respecte plus le meurtrier que les deux voleurs. Dans cet univers parall\u00e8le, Maurice et Jules sont pr\u00e9sent\u00e9s comme inf\u00e9rieurs face au personnage de Yeux-Verts. Alors qu\u2019il se d\u00e9crit lui-m\u00eame comme hors du monde, il semble \u00eatre celui qui garde encore l\u2019aspect le plus humain&nbsp;: il est le seul \u00e0 avoir une veste et des chaussures sur sc\u00e8ne, le seul qui prend sa douche et prend soin de son corps. Cette sup\u00e9riorit\u00e9 se voit aussi dans l\u2019admiration que lui portent les deux autres&nbsp;: Yeux-Verts est le seul \u00e0 faire de longs monologues et lorsqu\u2019il parle, tous deux sont muets et l\u2019\u00e9coutent. Totalement soumis \u00e0 sa volont\u00e9, ils se mettent \u00e0 genoux devant lui, dans une posture d\u2019adoration&nbsp;: la mise en sc\u00e8ne sugg\u00e8re m\u00eame une repr\u00e9sentation christique de Yeux-Verts, qui met ses mains sur la t\u00eate des deux autres \u00e0 genoux.<\/p>\n\n\n\n<p>La prison laisse peu de place pour exister&nbsp;: alors que l&rsquo;ext\u00e9rieur, le dehors est ni\u00e9 par Yeux-Verts qui pense ne jamais s\u2019en sortir au proc\u00e8s, les deux autres semblent aussi totalement oublier le monde ext\u00e9rieur. Jules commet un meurtre alors qu\u2019il allait \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 le lendemain et \u00e0 aucun moment, il ne semble se pr\u00e9occuper des cons\u00e9quences de son acte. Seul l\u2019instant compte, l\u2019existence, l&rsquo;exp\u00e9rience de soi est r\u00e9duite \u00e0 n\u00e9ant puisque Maurice et Jules n\u2019existent plus que par le regard que Yeux-Verts porte sur eux. Ainsi la prison laisse peu de place pour l\u2019existence des corps, au sens physique (puisque la cellule est minuscule) mais aussi au sens existentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 la concordance entre le texte et la mise en sc\u00e8ne&nbsp;; je trouve que les acteurs ont bien su exploiter le postulat de Genet sur le milieu carc\u00e9ral. Toutefois, un certain aspect du texte \u00e9tait peu mis en valeur&nbsp;: la notion de surveillance sugg\u00e9r\u00e9e par le titre n\u2019est pas mise en sc\u00e8ne. La sc\u00e8ne de fin rappelle cette notion \u00e0 travers un texte&nbsp;: le ge\u00f4lier arrive une fois le meurtre termin\u00e9 et explique qu\u2019il a tout vu et tout observ\u00e9 sans rien faire. A ce moment, le public se sent un peu comme le ge\u00f4lier&nbsp;: nous sommes au th\u00e9\u00e2tre et nous avons tout vu sans r\u00e9agir. Ce rappel au public m\u2019a questionn\u00e9 sur l\u2019implication de \u00ab&nbsp;ceux qui surveillent&nbsp;\u00bb dans cette pi\u00e8ce. Alors que le ge\u00f4lier n\u2019apparait qu\u2019\u00e0 deux courts moments de la pi\u00e8ce, il reste une pr\u00e9sence qui a tout vu et tout entendu \u00e0 l\u2019insu des personnages. Cette fin m\u2019a tout de suite fait penser \u00e0 Foucault et son \u0153uvre,&nbsp;<em>Surveiller et Punir<\/em>. Il est av\u00e9r\u00e9 que Genet aimait beaucoup l\u2019\u0153uvre de Foucault. Bien qu\u2019il ait cr\u00e9\u00e9 cette pi\u00e8ce une trentaine d\u2019ann\u00e9es avant la publication de <em>Surveiller et Punir<\/em>, on peut se demander si cette \u0153uvre n\u2019a pas influenc\u00e9 la pi\u00e8ce, qu\u2019il a r\u00e9\u00e9crite \u00e0 plusieurs reprises. Ainsi, on peut penser cette fin comme une mise en avant du panoptisme carc\u00e9ral. Cet aspect de la pi\u00e8ce \u00e9tait peu exploit\u00e9 dans la mise en sc\u00e8ne, je trouve cela un peu dommage. Cependant, le jeu des acteurs m\u2019a sembl\u00e9 excellent et je me suis sentie transport\u00e9e dans cette prison, dans cet univers parall\u00e8le, ce bouleversement de toute l\u2019organisation humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Aude CAZORLA<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image : Haute surveillance, Tony Taffin, Robert Hossein et Claude Romain(photo DR), Collection A.R.T. Haute Surveillance, pi\u00e8ce \u00e9crite par Jean Genet en 1949 &#8211; jou\u00e9e ici par la Compagnie Montociel, nous raconte l\u2019histoire de trois prisonniers enferm\u00e9s dans la m\u00eame cellule&nbsp;: Yeux-Verts, enferm\u00e9 pour le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":13582,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-13581","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13581","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13581"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13581\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13581"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13581"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13581"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}