{"id":13599,"date":"2019-10-25T17:12:48","date_gmt":"2019-10-25T15:12:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13599"},"modified":"2019-10-25T17:12:48","modified_gmt":"2019-10-25T15:12:48","slug":"sonates-lucas-debargue-philharmonie-de-paris-octobre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13599","title":{"rendered":"Sonates \/ Lucas Debargue \/ Philharmonie de Paris \/ Octobre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate : <\/strong>(c) Bernard DEBARGUE, http:\/\/www.lucasdebargue.com\/photos\/<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 Paris, je r\u00eavais d\u2019assister \u00e0 un r\u00e9cital de musique classique dans une grande salle de concert : c\u2019est chose faite avec la performance de Lucas Debargue. <\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, avant de m\u2019installer dans les fauteuils en velours de l\u2019immense salle, tout \u00e9tait in\u00e9dit pour moi : je ne connaissais l\u2019interpr\u00e8te que pour sa 4\u00e8me place au prestigieux concours <em>Tchaikovsky<\/em>, les compositeurs &#8211; Scarlatti, Medtner et Liszt &#8211; ne m\u2019\u00e9taient que vaguement familiers. En outre, je n\u2019\u00e9tais jamais entr\u00e9 \u00e0 <strong>la Philharmonie de Paris<\/strong> et, chose exceptionnelle, j\u2019\u00e9tais enfin parvenu \u00e0 arriver \u00e0 la bonne station de m\u00e9tro, \u00e0 l\u2019heure. Aussi, plong\u00e9 dans l\u2019inconnu, je ne pouvais m\u2019attendre \u00e0 rien m\u00eame si j\u2019\u00e9prouvais une certaine <em>excitation<\/em>, tant le r\u00e9pertoire pour piano en musique baroque et romantique est riche et saisissant \u00e0 mes yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Au milieu de cette salle gigantesque et enveloppante aux allures de vaisseau spatial et constitu\u00e9e d&rsquo;un pourtour de si\u00e8ges, la sc\u00e8ne est sobre, un piano tr\u00f4nant simplement au milieu, majestueux. Lorsque Lucas Debargue s\u2019installe, seuls quelques projecteurs restent braqu\u00e9s sur lui et son instrument, en toute intimit\u00e9. Et d\u00e8s les premi\u00e8res notes,  l\u2019acoustique irr\u00e9prochable de la salle me permet d\u2019entendre chaque note, chaque respiration, chaque souffle, comme si je me trouvais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du pianiste. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette justesse du son se retrouve aussi dans l\u2019interpr\u00e9tation. Accompagn\u00e9 d\u2019une technique sans faille, Lucas Debargue sait rester humble dans le r\u00e9pertoire baroque de Scarlatti, passionn\u00e9 chez les romantiques Medtner et Liszt. Il est remarquable de voir que l\u2019agencement des sonates, interpr\u00e9t\u00e9es dans l\u2019ordre chronologique des p\u00e9riodes musicales, laisse transparaitre l\u2019\u00e9volution technique et id\u00e9ologique de la musique. L\u2019interpr\u00e8te sait en tirer parti et les sonates se font \u00e9cho entre elles dans les sensations qu\u2019elles procurent. <\/p>\n\n\n\n<p>Tandis qu\u2019il semble encore sur la r\u00e9serve avec Scarlatti, comme cloitr\u00e9 dans une technique encore assez rigide, Debargue fait preuve d\u2019une fougue sans \u00e9gale au moment d\u2019aborder le r\u00e9pertoire romantique apr\u00e8s l\u2019entracte. Se succ\u00e8dent alors les \u00e9motions, les parfums et les souvenirs, tandis que les sonates se succ\u00e8dent et nous font voyager dans notre for int\u00e9rieur, par ce pouvoir d\u2019introspection qui leur est propre. Au moment de revenir \u00e0 l\u2019interpr\u00e8te, il est saisissant de voir qu&rsquo;au milieu d\u2019une technique irr\u00e9prochable, il reste une part d\u2019exp\u00e9rimentation chez ce jeune interpr\u00e8te de bient\u00f4t vingt-neuf ans. Le souffle de cet artiste semble emporter le public qui, \u00e9merveill\u00e9, en redemande. En r\u00e9compense, une succession de rappels nous permet de rester encore un peu au contact de la musique. Dans une suite de pi\u00e8ces plus ou moins longues, tant\u00f4t m\u00e9lancoliques, tant\u00f4t emport\u00e9es, Lucas Debargue semble improviser quand il vient seulement confirmer sa ma\u00eetrise du r\u00e9pertoire. <\/p>\n\n\n\n<p>Devant moi, \u00e0 la fin de la repr\u00e9sentation, un jeune gar\u00e7on se l\u00e8ve pour applaudir, en faisant tomber sa feuille de d\u00e9pit face au sommet \u00e0 escalader. Mais, comme pour tout, le travail et la passion suffisent pour faire ce que la musique se doit de faire toujours : <em>inspirer, passionner, rassembler<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Hugo DE GAILLANDE<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lucas Debargue a conquis la Philharmonie.<br><em>Peut-il s\u00e9duire au-del\u00e0 de ces murs ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La musique occupe un r\u00f4le majeur dans le domaine de la culture. Bien plus pro\u00e9minente que d&rsquo;autres arts vivants comme le cirque ou le th\u00e9\u00e2tre dans la <em>pop culture<\/em>, elle se scinde &#8211; comme dans toutes disciplines, en courants irr\u00e9conciliables. La musique classique, solidement ancr\u00e9e dans les m\u0153urs et largement subventionn\u00e9e par les collectivit\u00e9s, semble (au premier abord) moins populaire que d&rsquo;autres styles de musiques contemporains. Pourtant, la <strong>salle Pierre Boulez<\/strong> \u00e9tait bien remplie \u00e0 l&rsquo;heure de d\u00e9buter ce r\u00e9cital de piano. <\/p>\n\n\n\n<p>Avant de se pencher sur le contenu de celui-ci, interpr\u00e9t\u00e9 par Lucas Debargue, comment ne pas s\u2019appesantir sur l&rsquo;imposante salle Pierre Boulez de la <strong>Philharmonie de Paris<\/strong> ? Dans cette salle r\u00e9cente, inaugur\u00e9e en 2015, le regard du spectateur se retrouve attir\u00e9 par une multitude de formes et proc\u00e9d\u00e9s architecturaux contemporains, o\u00f9 les formes circulaires apportent un sentiment de chaleur et de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 ind\u00e9niable. Le volume de la salle donne un certain vertige mais aussi un esprit de libert\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;imagination tient une place ma\u00eetresse. Mais bient\u00f4t, la sobri\u00e9t\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne contraste avec la grandiloquence du lieu. Un simple projecteur donne vie au piano \u00e0 queue, nous tenant d\u00e9j\u00e0 en respect par sa seule pr\u00e9sence. <\/p>\n\n\n\n<p>Puis, vient l&rsquo;\u00e9toile montante Lucas Debargue, qui, \u00e0 vingt-huit ans, s&rsquo;est notamment r\u00e9v\u00e9l\u00e9 en remportant le concours <em>Tcha\u00efkovski<\/em> en 2015. Bient\u00f4t, les \u00e9l\u00e9ments vont se sublimer mutuellement. Seul sur sc\u00e8ne, Debargue est v\u00eatu sobrement, s&rsquo;inscrivant dans les codes vestimentaires du milieu des interpr\u00e8tes de la musique classique. Le temps se suspend quelques secondes, pour permettre au pianiste de se concentrer et de proc\u00e9der aux derniers ajustements. Celui-ci entre bient\u00f4t dans une sorte de transe artistique. Il semble alors se d\u00e9tacher de son environnement, se donnant corps et \u00e2me pour son piano. De Scarlatti au plus confidentiel Medtner, en terminant par Liszt, Debargue semble avoir m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chi sa programmation &#8211; qui peut para\u00eetre d\u00e9cousue au premier abord. Mais dans celle-ci s&rsquo;affiche en r\u00e9alit\u00e9 une r\u00e9elle continuit\u00e9. En effet, la douceur et les volupt\u00e9s de la premi\u00e8re partie ont peu \u00e0 peu laiss\u00e9 place \u00e0 des morceaux plus tranchants qui impliquaient un r\u00e9el jeu physique. Non seulement Debargue r\u00e9unit une palette de compositeurs tr\u00e8s vari\u00e9s, d&rsquo;\u00e9poques et d&rsquo;horizons diff\u00e9rents, mais il en fait une force, y incorporant des \u00e9motions bien distinctes d&rsquo;un morceau \u00e0 l&rsquo;autre. <\/p>\n\n\n\n<p>En effet, l&rsquo;auditoire est invit\u00e9 \u00e0 se laisser guider par ses propres intuitions. Cela se passe, en allant du recueillement \u00e0 une forme de nostalgie froide, jusqu&rsquo;\u00e0 un sentiment de r\u00e9bellion avec les nuances fortes et les faux rythmes de Liszt. Il ne faut pas non plus oublier la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des pi\u00e8ces de Scarlatti, semblant d\u00e9j\u00e0 introduire des teintes classicistes d\u00e8s son \u00e9poque baroque de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XVIII\u00e8me si\u00e8cle. Bien qu&rsquo;un seul ou deux eurent \u00e9t\u00e9 suffisants, les trois bis montrent la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dans l&rsquo;effort et la passion de Debargue, qui r\u00e9ussit largement son unique date \u00e0 la Philharmonie. <\/p>\n\n\n\n<p>Des points de r\u00e9sistance semblent toutefois se r\u00e9v\u00e9ler apr\u00e8s une vue d&rsquo;ensemble de la prestation propos\u00e9e. La mise en sc\u00e8ne, extr\u00eamement centr\u00e9e autour du pianiste, contribue en effet \u00e0 maintenir une certaine condescendance qui semble parfois immuable aux spectacles sous la forme concertante. Il est possible de s&rsquo;interroger sur la possibilit\u00e9 ou non de briser ce quatri\u00e8me mur, et r\u00e9fl\u00e9chir autour du caract\u00e8re immuable de celui-ci dans la musique classique. Dans ces conditions, comment parvenir \u00e0 toucher une plus grande part de la population \u00e0 travers ces formes tr\u00e8s magistrales, conventionnelles et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es ? Cela revient \u00e0 maintenir l&rsquo;univers de la musique classique dans une forme d&rsquo;\u00e9litisme, ce qui est d&rsquo;autant plus dommageable que la repr\u00e9sentation propos\u00e9e \u00e9tait de haut vol. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;utilisation de la musique classique, faite \u00e0 travers des morceaux pr\u00e9sents dans les films, les publicit\u00e9s et d&rsquo;autres m\u00e9dias contribue \u00e0 d\u00e9mocratiser celle-ci, mais il serait int\u00e9ressant de se pencher, \u00e0 partir de ce cas, sur les origines sociales des spectateurs du concert de Lucas Debargue. Ainsi, cela donnerait des pistes sur l&rsquo;identit\u00e9 du public \u00e0 conqu\u00e9rir pour rendre accessible cette forme de quintessence de l&rsquo;art.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Victor PICARDEAU<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Le lundi 14 octobre 2019, dans la <strong>Grande salle Pierre Boulez<\/strong> \u00e0 la <strong>Philharmonie de Paris<\/strong>, Lucas Debargue est parvenu \u00e0 nous faire douter des autres compositeurs. Il avait une telle tenue, une telle droiture et une telle imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 dans son interpr\u00e9tation, en particulier de Franz Liszt, qu&rsquo;on en vient \u00e0 penser qu&rsquo;\u00e9couter autre chose est inutile.<\/p>\n\n\n\n<p>Br\u00e8ve d\u00e9finition de la musique : <em>ce qui ne hait pas le silence<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cital de piano donn\u00e9 hier ne privait pas du silence &#8211; mais le creusait, l&rsquo;amplifiait, le renversait. Il lui donnait une forme \u2013 Scarlatti et Medtner nous mettaient en relation avec le silence. La technique de Debargue c&rsquo;est son art, comme l&rsquo;indique parfaitement le mot grec <em>tekhn\u00e8<\/em>. Les \u00ab vrais pianistes \u00bb sont des pianistes dont la technique ne se s\u00e9pare pas de leur art. Lucas Debargue a <em>travaill\u00e9<\/em> la sonate. Durant les deux heures du concert il ne l&rsquo;a pas laiss\u00e9e en paix un seul moment ; on pourrait aussi dire qu&rsquo;il <em>a fait travailler<\/em> la sonate dans toute sa musique. M\u00eame si l\u2019on peut \u00eatre surpris par l\u2019absence de cravate chez l\u2019interpr\u00e8te, la qualit\u00e9 de sa confrontation avec le piano a pu rendre compte de toutes les subtilit\u00e9s de l\u2019harmonie.<\/p>\n\n\n\n<p>La forme sonate est li\u00e9e, historiquement, au premier mouvement. Le centre de gravit\u00e9 d&rsquo;une sonate, mais aussi d&rsquo;une symphonie ou d&rsquo;un <em>concerto<\/em>, au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, \u00e9tait nettement situ\u00e9 au commencement. Beethoven n&rsquo;a cess\u00e9 de le d\u00e9placer. Les <em>scherzos<\/em> (descendants du menuet), par exemple, ont chang\u00e9 de place, et ont fini par dispara\u00eetre. Le principal mouvement de la sonate, pour le dernier Beethoven, est d\u00e9sormais le dernier. Ce d\u00e9placement du centre de gravit\u00e9 n\u2019existe pas dans le cas de Scarlatti, Medtner et Liszt. Par voie de cons\u00e9quence, le dernier mouvement est toujours une accumulation d&rsquo;\u00e9nergie conduisant \u00e0 une apoth\u00e9ose virtuose et paroxystique.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, j\u2019ai eu la sensation que le r\u00e9cital \u00e9tait trop grand pour lui. Ce n&rsquo;est pourtant pas un novice, ni un pitre comme il y en a tant, mais il y avait trop \u00e0 contr\u00f4ler, trop de param\u00e8tres, trop d&rsquo;\u00e9quilibres, trop de d\u00e9s\u00e9quilibres, trop de forces \u00e0 dompter, trop de fluides dont il faut mesurer \u00e0 chaque instant le d\u00e9bit pour que la musique puisse s&rsquo;\u00e9tablir sans que l&rsquo;interpr\u00e8te soit au-dessus, \u00e0 la fois en dehors et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e9difice.. mais toujours au-dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les variations rapides, les contours rythmiques \u00e9taient \u00e9mouss\u00e9s, et il en r\u00e9sultait un grand flou, les harmonies ne se donnaient plus comme une \u00e9vidence, on sentait que le pianiste leur courait apr\u00e8s, malgr\u00e9 des doigts solides et intelligents. La vitesse de la sonate et celle de l&rsquo;interpr\u00e8te n&rsquo;\u00e9taient pas synchrones, et donnaient cette impression de tremblement qui nous laissait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, spectateurs, d\u00e9sol\u00e9s. Cela manquait singuli\u00e8rement de respirations et le r\u00e9sultat \u00e9tait tel qu&rsquo;on avait la sensation d&rsquo;une accumulation de notes et d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements sans r\u00e9elle port\u00e9e autre que sonore. C&rsquo;\u00e9tait du piano, du tr\u00e8s beau piano, pas de la musique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Pierre-Hugues BARRE<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on devait choisir une seule expression pour d\u00e9crire ce concert, on pourrait utiliser un oxymore : <em>\u00e9clectisme unitaire<\/em>. Et c\u2019est justement de celui-ci dont a fait preuve, de mani\u00e8re brillante et virtuose, le jeune pianiste Lucas Debargue pendant son r\u00e9cital du lundi 14 octobre dans la magnifique<strong> salle Pierre Boulez<\/strong> de la <strong>Philharmonie de Paris<\/strong>. L\u2019artiste prometteur a su guider son public dans un r\u00e9pertoire qui lui permettait de traverser diff\u00e9rents si\u00e8cles sans jamais donner \u00e0 percevoir une diminution d\u2019\u00e9motion.<\/p>\n\n\n\n<p>En commen\u00e7ant par l\u2019embl\u00e8me de la musique &#8211; avec une s\u00e9lection, entre le baroque et le classicisme, de dix sonates parmi les 555 compos\u00e9es par le claveciniste Domenico Scarlatti, on est arriv\u00e9s au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle avec la <em>Sonate op.22 en Sol mineur<\/em> du compositeur russe Nikolai Medtner, sans oublier une des pierres angulaires du romantisme tardif, Franz Liszt, avec l\u2019ex\u00e9cution d&rsquo;<em>Apr\u00e8s une lecture du Dante<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019int\u00e9rieur de chaque \u0153uvre, Debargue a r\u00e9ussi \u00e0 rendre totalement les grands contrastes dynamiques, en respectant les trois diff\u00e9rentes p\u00e9riodes historiques avec beaucoup de pr\u00e9cision : variations soudaines de la couleur dans les sonates de Scarlatti, en rempla\u00e7ant \u00e0 la perfection les changements des claviers clavecinistes avec la m\u00e9canique pianistique des dynamiques ; \u00e9lans virtuoses de grande rapidit\u00e9 dans la premi\u00e8re partie de Medtner, altern\u00e9s par l\u2019 abandon \u00e9mouvant et passionn\u00e9 de l\u2019<em>Interludium<\/em> ; le r\u00e9sultat parfait des trois th\u00e8mes principaux dans Liszt, lesquels partent d\u2019une pr\u00e9cision technique et d\u2019une force sonore incroyable jusqu\u2019\u00e0 un son doux et m\u00e9lodieux, presque palpable.<\/p>\n\n\n\n<p>A cet \u00e9clectisme de syst\u00e8mes sonores et de comp\u00e9tences pianistiques, bien observables dans les diff\u00e9renciations inter- et intratextuelles, s\u2019ajoute aussi une grande unit\u00e9 de fond, \u00e9vidente &#8211; encore une fois, soit dans le choix du r\u00e9pertoire, soit dans la virtuosit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e8te. En effet, s\u2019il est vrai que le spectateur a fait un voyage \u00e0 travers des \u00e9poques contrastantes, il est \u00e9galement vrai que toutes les sonates dont l\u2019oreille a pu profiter sont compos\u00e9es d\u2019un seul mouvement, fil rouge pas tellement innocent si on pense \u00e0 la distance de conception des trois compositeurs. <\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne les capacit\u00e9s mises en jeu par le pianiste, on remarque principalement deux constantes propres \u00e0 sa signature. En premier lieu, son talent de ne jamais faire perdre \u00e0 l\u2019auditeur les th\u00e8mes et sujets musicaux principaux, de m\u00eame quand ces derniers passent de la main droite \u00e0 la main gauche et <em>vice versa<\/em> ; ensuite, le respect presque religieux du silence et des pauses, qui cr\u00e9ent un certain suspens et une charge \u00e9motionnelle de grande importance &#8211; lesquelles r\u00e9ussissent \u00e0 se lib\u00e9rer d\u00e8s que le tourbillon d\u00e9sinvolte de notes recommence. <\/p>\n\n\n\n<p>Le public, chaleureux d\u00e8s le premier applaudissement, a montr\u00e9 un enthousiasme et une appr\u00e9ciation toujours croissants, couronn\u00e9s par l\u2019ex\u00e9cution de trois rappels \u00e0 la fin du concert, symboles de son extraordinaire endurance technique. <\/p>\n\n\n\n<p>Unique semblant de fatigue : lors du dernier rappel, Lucas Debargue est remont\u00e9 sur sc\u00e8ne, d\u00e9lassant sa veste de costume ; s\u00fbrement un t\u00e9moignage suppl\u00e9mentaire de son \u00e9clectisme, dans la mode cette fois.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;  Cecilia Maria FRANCO<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : (c) Bernard DEBARGUE, http:\/\/www.lucasdebargue.com\/photos\/ Arriv\u00e9 \u00e0 Paris, je r\u00eavais d\u2019assister \u00e0 un r\u00e9cital de musique classique dans une grande salle de concert : c\u2019est chose faite avec la performance de Lucas Debargue. 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