{"id":13611,"date":"2019-11-07T12:34:14","date_gmt":"2019-11-07T11:34:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13611"},"modified":"2019-11-07T12:34:14","modified_gmt":"2019-11-07T11:34:14","slug":"la-traviata-verdi-texte-simon-stone-mise-en-scene-opera-garnier-octobre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13611","title":{"rendered":"La Traviata \/ Verdi (texte), Simon Stone (mise en sc\u00e8ne) \/ Op\u00e9ra Garnier \/ Octobre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\" (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-19-20\/opera\/la-traviata\" target=\"_blank\">Galerie de l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai vu ce spectacle \u00e0 l&rsquo;<strong>Op\u00e9ra Garnier<\/strong>, le mercredi 16 octobre. Il s&rsquo;agit-l\u00e0 d&rsquo;un classique, que je ne connaissais pourtant que de nom. J&rsquo;ai pu admirer la performance vocale, attendue, mais aussi &#8211; plus surprenante, la performance d&rsquo;acteur de chaque chanteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce spectacle est \u00e0 voir d&rsquo;abord en tant que partie de l&rsquo;oeuvre \u00ab&nbsp;populaire&nbsp;\u00bb de Verdi&nbsp;: les effets musicaux sont int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la perfection \u00e0 la m\u00e9lodie et au chant. En t\u00e9moignent les vocalises de Zuzana Markova (<em>Violetta<\/em>) apr\u00e8s une l&#8217;embl\u00e9matique d\u00e9clamation, qui rythme un des airs les plus connus de l&rsquo;op\u00e9ra et qui donne au spectateur une description touchante du personnage principal&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Que dois-je faire&nbsp;? Jouir de la vie et puis p\u00e9rir sans les vertiges de la volupt\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>. De m\u00eame, apr\u00e8s la terrible (et \u00f4 combien paradoxale!) phrase de s\u00e9paration&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Aime-moi, Alfredo&nbsp;\u00bb<\/em>, la musique redouble le d\u00e9chirement int\u00e9rieur de Violetta en \u00e9voquant des coups de tonnerre. L&rsquo;art avec lequel musique et voix sont li\u00e9es constitue la premi\u00e8re raison d&rsquo;aller voir l&rsquo;op\u00e9ra&nbsp;; d&rsquo;autant plus que dans cette mise en sc\u00e8ne les chanteurs lyriques\/acteurs portent le tout avec une gr\u00e2ce que j&rsquo;ai rarement vue sur sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 un autre niveau, la sp\u00e9cificit\u00e9 de cette adaptation par Simon Stone r\u00e9side dans la sc\u00e9nographie \u00e9labor\u00e9e par Zakk Hein, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans l&rsquo;usage de la vid\u00e9o, qui accompagne le spectacle d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre. L&rsquo;adaptation des enjeux \u00e0 un public contemporain est port\u00e9e par la diffusion d&rsquo;images et de vid\u00e9os que l&rsquo;on pourrait trouver (pour la plupart) dans un smartphone (des pages <em>Instagram<\/em>, des notifications, des publicit\u00e9s, des conversations sms&#8230;)&nbsp;; lequel serait alors le smartphone de Violetta. La distance est franchie entre l&rsquo;\u00e9criture de 1853 et la salle de 2019&#8230; une salle qui, en se rendant \u00e0 l&rsquo;institution classique de l&rsquo;<strong>Op\u00e9ra Garnier<\/strong>, s&rsquo;attend cependant \u00e0 voir une mise en sc\u00e8ne classique. Nous nous trouvons, comme le metteur en sc\u00e8ne a sans doute cherch\u00e9 \u00e0 le sugg\u00e9rer, face \u00e0 un miroir de notre soci\u00e9t\u00e9 de repr\u00e9sentation, dans laquelle l&rsquo;intimit\u00e9 est expos\u00e9e. M\u00eame si l&rsquo;\u00e9cran, souvent, rebute, il nous donne des points de comparaison entre la dite soci\u00e9t\u00e9 virtuelle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, le Paris de 1853 assis \u00e0 nos places et s&rsquo;observant (est-ce, ou non, fantasm\u00e9 ?) au lorgnon d&rsquo;une loge \u00e0 l&rsquo;autre, celui de Verdi, puissamment italien, et celui enfin du roman de Dumas. Ainsi m\u00eame si \u00ab&nbsp;<em>l&rsquo;effet-hashtag<\/em>&nbsp;\u00bb qui consisterait \u00e0 redoubler la fiction jou\u00e9e sur sc\u00e8ne en affichant ses enjeux \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran peut sembler r\u00e9ducteur et frustrant \u00e0 bien des \u00e9gards, puisqu&rsquo;il divise notre attention, est porteur de sens et d\u00e9passe \u00e0 certains moments le simple doublon illustratif.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, \u00e0 plusieurs moments, une concordance peut se trouver entre ce qui est dit et ce qui est montr\u00e9, et qui n&rsquo;est pas de l&rsquo;ordre de l&rsquo;explicite pour autant. Certains propos, s&rsquo;ils ne sont pas exprim\u00e9s litt\u00e9ralement, passent et forment une passerelle intertextuelle&nbsp;; d&rsquo;abord entre <em>La Traviata<\/em> et la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, voire le roman originel d&rsquo;Alexandre Dumas <em>La Dame aux Cam\u00e9lias<\/em> &#8211; mais pas seulement. Par exemple, au moment o\u00f9, sur son lit de malade, Violetta se lamente avec beaucoup de douceur et de m\u00e9lancolie, un diaporama de photos du couple heureux, en noir et blanc, passe \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran. Un v\u00e9ritable clich\u00e9, toutefois assum\u00e9 comme tel &#8211; et m\u00eame empreint d&rsquo;une certaine justesse. La superposition des images et de la lamentation semble tout d&rsquo;abord artificielle, ou bien seulement ironique, mais lorsqu&rsquo;elle d\u00e9clare&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;L&rsquo;amour d&rsquo;Alfredo me manque&nbsp;\u00bb<\/em>, une photographie des amoureux montre une Violetta espi\u00e8gle prenant un<em> selfie<\/em> d&rsquo;elle et d&rsquo;un Alfredo endormi, sur le torse duquel est pos\u00e9 un roman. On imagine fort bien le dimanche apr\u00e8s-midi bourgeois, les loisirs de la vie \u00e0 la campagne d&rsquo;un couple cultiv\u00e9 mais surtout au-del\u00e0 de ce clin d&rsquo;oeil \u00e0 une occupation \u00ab&nbsp;bobo&nbsp;\u00bb, la couverture du livre r\u00e9v\u00e8le qu&rsquo;il s&rsquo;agit de <em>La Douleur<\/em> de Marguerite Duras. Ainsi, la notion de manque, d&rsquo;absence et de douleur morale et physique peut trouver un prolongement (m\u00eame s&rsquo;il est peut-\u00eatre un peu forc\u00e9 \u2013 du c\u00f4t\u00e9 des images projet\u00e9es en fond de sc\u00e8ne&nbsp;; m\u00eame si ces derni\u00e8res nous d\u00e9tournent du beau visage de la chanteuse) non moins \u00e9loquents selon moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette mise en sc\u00e8ne de <em>La Traviata<\/em>, op\u00e9ra que j&rsquo;ai trouv\u00e9 si touchant pour l&rsquo;alternance r\u00e9guli\u00e8re entre le malheur et l&rsquo;all\u00e9gresse de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, brille \u00e0 mes yeux par la performance de ses acteurs et dans une moindre mesure, par le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9cran&nbsp;; un usage notamment m&rsquo;a marqu\u00e9e&nbsp;: c&rsquo;est celui d&rsquo;une image d&rsquo;oeil de femme, maquill\u00e9, clos. L&rsquo;image, r\u00e9currente, intervient au cours de la premi\u00e8re partie puis ouvre le deuxi\u00e8me acte. A sa troisi\u00e8me apparition, l&rsquo;oeil &#8211; d&rsquo;abord ouvert, se cl\u00f4t, symbole qui nous invite en v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 comprendre que la mort de Violetta hante, r\u00e9trospectivement et avant m\u00eame qu&rsquo;elle ne se r\u00e9alise \u00e0 la fin de l&rsquo;acte, l&rsquo;ensemble de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Emma SCHINDLER<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019<strong>Op\u00e9ra de Paris<\/strong> accueille cet automne la c\u00e9l\u00e8bre <em>Traviata<\/em> de Giuseppe Verdi. Cette \u0153uvre, qui adapte \u00e0 la sc\u00e8ne <em>La Dame aux Cam\u00e9lias<\/em> d\u2019Alexandre Dumas Fils, est l\u2019une des plus connues de Verdi et l\u2019une des pi\u00e8ces lyriques les plus jou\u00e9es et appr\u00e9ci\u00e9es au monde. La repr\u00e9sentation du 16 octobre n\u2019a pas fait exception \u00e0 la r\u00e8gle : le Palais Garnier affichait presque complet pour accueillir cette mise en sc\u00e8ne de Simon Stone. Le directeur musical \u00e9tait Carlo Montanaro, et l\u2019on a pu admirer la splendide interpr\u00e9tation de Violetta Val\u00e9ry (l\u2019h\u00e9ro\u00efne de la pi\u00e8ce) par Zuzana Markova, celle d\u2019Alfredo Germont (son amant) par Atalla Ayan, d\u2019Anina (la gouvernante de Violetta) par Marion Leb\u00e8gue et enfin Ludovic T\u00e9zier dans le r\u00f4le de Giorgio Germont (le p\u00e8re d\u2019Alfredo).<\/p>\n\n\n\n<p>La lecture de l\u2019\u0153uvre s\u2019est av\u00e9r\u00e9e contemporaine. Simon Stone a voulu mettre l\u2019\u0153uvre \u00e0 jour et a donc int\u00e9gr\u00e9 des enjeux actuels dans son adaptation. Les costumes simples et actuels d\u2019Alice Babidge et surtout les d\u00e9cors r\u00e9alis\u00e9s par Bob Cousins ont particuli\u00e8rement aid\u00e9 cette cause. Ainsi, durant le prologue, on peut voir des messages s\u2019afficher sur un \u00e9cran tournant : \u00e0 travers les r\u00e9seaux sociaux qui admirent Violetta, mais aussi \u00e0 travers une foule de mails et de messages, on constate que les nombreuses f\u00eates qui \u00e9gaillent la vie de \u00ab la d\u00e9voy\u00e9e \u00bb (la <em>traviata<\/em>) fatiguent Violetta qui apprend qu\u2019elle a contract\u00e9 un cancer tandis que Marguerite Gautier, l\u2019h\u00e9ro\u00efne du roman de Dumas Fils, avait la tuberculose. Ce changement de maladie me semble justifi\u00e9 puisque le cancer &#8211; qui peut s\u2019av\u00e9rer incurable, comme la tuberculose au temps de Verdi, est donc susceptible de mieux toucher le spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois cette actualisation de l\u2019\u0153uvre a rapidement trouv\u00e9 ses limites. \u00c0 l\u2019\u00e9poque de Dumas Fils et de Verdi, la liaison de la courtisane avec un homme de haut rang paraissait choquante aux yeux de la soci\u00e9t\u00e9 aristocratique. L\u2019histoire a gard\u00e9 le souvenir de Fran\u00e7ois-Joseph d\u2019Autriche refusant d\u2019assister au mariage morganatique de son neveu Fran\u00e7ois-Ferdinand avec Sophie Chotek. Cette dimension est difficile \u00e0 retrouver dans la mise en sc\u00e8ne de M. Stone, puisque ce type de liaisons n\u2019est plus condamn\u00e9 aujourd\u2019hui comme il l\u2019\u00e9tait autrefois. Le metteur en sc\u00e8ne a vaguement tent\u00e9 de rem\u00e9dier \u00e0 ce probl\u00e8me en imaginant qu\u2019Alfredo \u00e9tait le prince h\u00e9ritier d\u2019Arabie saoudite mais les noms et lieux ne se pr\u00eatent gu\u00e8re \u00e0 ce genre de subterfuges.  <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est n\u00e9anmoins l\u2019usage des messages et des \u00e9crans qui a paru plus hasardeux. S\u2019il permet d\u2019imaginer davantage de d\u00e9cors, cet usage a ses limites : ainsi un probl\u00e8me technique a bloqu\u00e9 les \u00e9crans devant la sc\u00e8ne, cette derni\u00e8re se trouvant r\u00e9duite \u00e0 un cinqui\u00e8me de sa surface habituelle. Mais, surtout, cette invasion du digital dans la mise en sc\u00e8ne est probl\u00e9matique car les multiples messages et d\u00e9cors \u00e9volutifs incitent le spectateur \u00e0 s\u2019int\u00e9resser davantage aux smileys et photographies d\u00e9filantes plut\u00f4t qu\u2019aux artistes. Ce d\u00e9cor a donc le lourd inconv\u00e9nient de relativiser le chant et le jeu des acteurs au lieu de les mettre en lumi\u00e8re. Une mise en sc\u00e8ne plus simple aurait permis de valoriser ces \u00e9l\u00e9ments qui restent les plus importants d\u2019une pi\u00e8ce. Les com\u00e9diens ont n\u00e9anmoins d\u00e9pass\u00e9 ces obstacles pour offrir une belle interpr\u00e9tation, marqu\u00e9e par une gestuelle simple et naturelle, adapt\u00e9e \u00e0 la mise en sc\u00e8ne contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, si cette actualisation du chef-d\u2019\u0153uvre de Verdi avait pour but de mieux toucher les spectateurs, la r\u00e9alisation a \u00e9lud\u00e9 le n\u0153ud de l\u2019intrigue, la diff\u00e9rence sociale qui a rendu impossible l\u2019amour d\u2019Alfredo et de Violetta, ainsi que la beaut\u00e9 de la musique, presque secondaire apr\u00e8s les d\u00e9cors. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Augustin LEGER<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\n\n\u2042\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>On ne pr\u00e9sente plus<em> La Triaviata<\/em>, la plus c\u00e9l\u00e8bre \u0153uvre de Giuseppe Verdi et l\u2019un des op\u00e9ras les plus repr\u00e9sent\u00e9s au monde, d\u00e9coup\u00e9 en trois actes. Mercredi 16 octobre 2019, il \u00e9tait encore une fois jou\u00e9 pour la 496\u00e8me fois \u00e0 l\u2019<strong>Op\u00e9ra national de Paris<\/strong> (l\u2019Op\u00e9ra Garnier) sous une forme tr\u00e8s particuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019obtenir ma place, j\u2019ai eu l\u2019occasion de regarder un documentaire sur cette mise en sc\u00e8ne originale qui m\u2019avait toute de suite donn\u00e9 envie de la d\u00e9couvrir. Ce documentaire nous vantait l\u2019adaptation du metteur en sc\u00e8ne Simon Stone qui, semblait-il, avait r\u00e9ussi \u00e0 transposer cette \u0153uvre du XIX\u00e8me si\u00e8cle en une trag\u00e9die du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Dans sa mise en sc\u00e8ne, l\u2019histoire d\u2019amour entre Violetta et Alfredo \u00e9tait apparemment mise au go\u00fbt du jour dans un d\u00e9cor moderne et r\u00e9aliste. Ainsi, <em>Instagram, Twitter<\/em> et les messageries instantan\u00e9es semblaient \u00eatre le quotidien de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, v\u00e9ritable star des r\u00e9seaux sociaux. Violetta, personnage principal de la pi\u00e8ce, avait en effet d\u00e9laiss\u00e9 son r\u00f4le de femme mondaine du XIX\u00e8me et \u00e9tait devenue, sous la direction de Simon Stone, une influenceuse aux millions d\u2019abonn\u00e9s. \u00c9g\u00e9rie de plusieurs marques de luxe et d\u00e9sir\u00e9e de tous, elle s\u2019appr\u00eatait \u00e0 vivre avec Alfredo l\u2019une des plus tragiques histoires d\u2019amour de l\u2019op\u00e9ra, entre bo\u00eetes de nuit, <em>Uber<\/em> et coupes de champagne. <\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor tournant \u00e9tait aussi vant\u00e9 dans le reportage et me donna l\u2019envie de d\u00e9couvrir pour la premi\u00e8re &#8211; comme pour la derni\u00e8re fois, cette repr\u00e9sentation \u00e9tant la derni\u00e8re au Palais Garnier &#8211; cette <em>Traviata<\/em> si singuli\u00e8re. Quelques semaines plus tard, j\u2019ai appris que la Sorbonne offrait des places dans son dispositif de places offertes et ai d\u00e9cid\u00e9 de saisir cette occasion\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois install\u00e9e dans la salle, j\u2019attends, impatiente, que le rideau se l\u00e8ve. La pi\u00e8ce doit commencer \u00e0 19h30. Vers 19h40 cependant, un homme entre sur sc\u00e8ne et nous annonce qu\u2019un probl\u00e8me technique est mais qu\u2019il a &#8211; normalement &#8211; \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9. La pi\u00e8ce va commencer sous peu. Le rideau se l\u00e8ve. M\u2019\u00e9tant renseign\u00e9e en amont, je savais que la chanteuse Pretty Yende n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9sente ce soir, je n\u2019ai donc pas \u00e9t\u00e9 surprise de d\u00e9couvrir la talentueuse Zuzana Markov\u00e0 dans le r\u00f4le de Violetta. Dans cette premi\u00e8re partie, l\u2019actualisation de la pi\u00e8ce se fait bien ressentir et fonctionne plut\u00f4t bien. Violetta arpente la sc\u00e8ne, le portable greff\u00e9 \u00e0 sa main tandis que des messages ou des mails s\u2019affichent en arri\u00e8re plan, sur l\u2019immense \u00e9cran rotatif, inscrivant cette repr\u00e9sentation dans notre si\u00e8cle. <\/p>\n\n\n\n<p>Rapidement, une soir\u00e9e mondaine est organis\u00e9e et rassemble tous les amis de l\u2019influenceuse. Le d\u00e9cor tourne sur lui m\u00eame tandis que les artistes chantent mais subitement, il s\u2019immobilise, bousculant un peu les artistes qui continuent pourtant de jouer et de chanter, imperturbables. Ce bref moment me fait douter. Est-ce que l\u2019arr\u00eat du plateau rotatif est une erreur technique ou est-ce que cela fait partie de la mise en sc\u00e8ne ? Perplexe, j\u2019attends et observe les chanteurs et musiciens continuer comme si de rien n\u2019\u00e9tait. Commence alors l\u2019air le plus connu de cet op\u00e9ra <em>\u00ab&nbsp;Libiamo, ne\u2019 lieti calici&nbsp;\u00bb<\/em>. Dans le documentaire, j\u2019avais pu avoir un aper\u00e7u de cette sc\u00e8ne : un homme \u00e9tait cens\u00e9 se tenir tout en haut d\u2019une pile de verres qu\u2019il remplissait de champagne. Or, c\u2019est une toute autre sc\u00e8ne qui se d\u00e9roule devant mes yeux ce soir-l\u00e0. Les chanteurs jouent bien leur r\u00f4le mais derri\u00e8re eux, le d\u00e9cor lumineux est immobile. Aucune trace de cette montagne vertigineuse de verres cens\u00e9s \u00eatre remplis en direct. Un homme arrive alors avec une bouteille de champagne, enl\u00e8ve le bouchon et tous feignent de faire la f\u00eate sans le d\u00e9cor pr\u00e9vu, se contentant de rire, de boire et de danser. Le doute se fait alors certitude, quelque chose ne se d\u00e9roule pas comme pr\u00e9vu : le d\u00e9cor est bloqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier acte, d\u2019une dur\u00e9e de 35 minutes, se termine pourtant rapidement et le premier entracte commence. L\u2019homme qui nous avait expliqu\u00e9 la cause du retard revient alors vers nous. Il s\u2019excuse : le plateau rotatif refuse de fonctionner, rendant impossible le changement de d\u00e9cor. Il nous explique que les artistes ont cependant pris la d\u00e9cision de continuer la repr\u00e9sentation sous forme de concert, abandonnant ainsi l\u2019essence m\u00eame de la repr\u00e9sentation qui se voulait moderne et technologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u2019il nous annonce ce changement de programme, je repense \u00e0 tous les extraits du documentaire et aux d\u00e9cors originaux que je ne verrai pas. Je trouve \u00e7a tr\u00e8s dommage mais r\u00e9alise que ma d\u00e9ception n\u2019est  rien compar\u00e9e \u00e0 celle des artistes en coulisse qui, je le rappelle, pr\u00e9sentent cette pi\u00e8ce pour la derni\u00e8re fois ce soir \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier. Ce genre d&rsquo;impr\u00e9vu technique est assez terrible pour une troupe qui s\u2019entra\u00eene depuis des mois pour proposer un spectacle parfait. La situation en elle-m\u00eame est assez ironique : la pi\u00e8ce qui avait la volont\u00e9 de s\u2019inscrire dans notre si\u00e8cle doit, \u00e0 cause d\u2019un probl\u00e8me technique, abandonner tout le superflu et revenir \u00e0 l\u2019essentiel : le chant, sans mise en sc\u00e8ne ni d\u00e9cors extravagants.<\/p>\n\n\n\n<p>Au vu du d\u00e9roulement particulier de cette repr\u00e9sentation, je ne peux donc pas dire si l\u2019adaptation de l&rsquo;op\u00e9ra au XXI\u00e8me si\u00e8cle fonctionne enti\u00e8rement. N\u2019ayant assist\u00e9 qu\u2019\u00e0 une quinzaine de minutes \u00e0 la pi\u00e8ce initiale et disposant seulement de bribes provenant du documentaire, je ne me sens pas en mesure d\u2019apporter une critique sur ce point.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, je ne peux qu\u2019insister sur le professionnalisme des chanteurs, chanteuses, musiciens et de toute l\u2019\u00e9quipe qui se sont montr\u00e9s imperturbables et qui ont su terminer la pi\u00e8ce comme si de rien n\u2019\u00e9tait avec pour seul d\u00e9cor un mur d\u2019\u00e9cran et un banc en bois. Celui-ci a pu \u00eatre utilis\u00e9 en projetant le visage de l\u2019interpr\u00e8te de Violetta, des repr\u00e9sentations graphiques plus abstraites et certaines fois, du texte. Dans les derni\u00e8res sc\u00e8nes, le banc a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un lit &#8211; dans lequel Violetta, atteinte ici d\u2019un cancer et non de la tuberculose, a v\u00e9cu les derniers instants de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les soucis techniques (peut-\u00eatre l\u2019\u0153uvre du fant\u00f4me qui hante le lieu, qui sait ?), la troupe a su rendre un bel hommage \u00e0 cet op\u00e9ra. Je salue le courage des artistes qui ont pris la d\u00e9cision de continuer le spectacle malgr\u00e9 la panne de d\u00e9cor et je remercie le dispositif des places offertes de la Sorbonne qui m\u2019a permis d\u2019assister \u00e0 cette repr\u00e9sentation unique de la <em>Traviata<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Florine GARREL<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\n\n\u2042\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>Mercredi 18 octobre, vers 23h, les badauds, pressant le pas pour rentrer chez eux, pouvaient entendre aux abords de l\u2019Op\u00e9ra Garnier le m\u00e9lodieux mais non moins d\u00e9chirant chant du coeur d\u2019une jeune femme expirante d\u2019amour. Ce soir-l\u00e0 en effet, l\u2019<strong>Op\u00e9ra Garnier<\/strong> proposait \u00e0 son public d\u2019assister \u00e0 l\u2019histoire tumultueuse et passionn\u00e9e de Violetta et Alfredo, couple h\u00e9ros de La Traviata de Verdi, l\u2019un des op\u00e9ras les plus connus et repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 travers le monde. <\/p>\n\n\n\n<p>Violetta Val\u00e9ry, courtisane pris\u00e9e, m\u00e8ne une vie enti\u00e8rement tourn\u00e9e vers les plaisirs, o\u00f9 les folles soir\u00e9es s\u2019encha\u00eenent \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9. Au cours de l\u2019une d\u2019elles, l\u2019un de ses amis lui pr\u00e9sente Alfredo Germont, admirateur secr\u00e8tement \u00e9pris d\u2019elle. Profitant d\u2019un instant de t\u00eate \u00e0 t\u00eate, Alfredo r\u00e9v\u00e8le sa passion \u00e0 Violetta qui troubl\u00e9e, se trouve d\u00e9chir\u00e9e entre son go\u00fbt pour la frivolit\u00e9 et la d\u00e9couverte de ce sentiment si puissant qu\u2019est l\u2019amour. Si Violetta choisit finalement l\u2019amour \u00e0 l\u2019acte II, permettant au couple de vivre une passion \u00e9panouie, le bonheur des amants est troubl\u00e9 par des probl\u00e8mes financiers, lesquels poussent Violetta \u00e0 vendre ses biens pour maintenir son train de vie. L\u2019apprenant, Alfredo se rend \u00e0 Paris pour r\u00e9gler les dettes de sa ma\u00eetresse. En l\u2019absence de son amant, Violetta re\u00e7oit la visite inattendue du p\u00e8re d\u2019Alfredo, Giorgio, qui, l\u2019accusant d\u2019entacher la r\u00e9putation de leur famille, la somme de mettre fin \u00e0 leur relation. Au cours d\u2019un \u00e9change poignant, Violetta lui oppose d\u2019abord un refus cat\u00e9gorique, plaidant son amour pour Alfredo, avant de fl\u00e9chir face aux rappels \u00e0 la raison de Giorgio pr\u00e9textant le bien de son fils. Violetta laisse une lettre de rupture \u00e0 Alfredo et retourne \u00e0 Paris, o\u00f9 elle reprend son ancienne vie. Ivre de douleur, Alfredo part \u00e0 sa suite et la retrouve lors d\u2019une f\u00eate parisienne, accompagn\u00e9e du Baron Douphol. Alfredo humilie publiquement Violetta&nbsp;; en r\u00e9ponse, le Baron Douphol le provoque en duel. A l\u2019acte III, Violetta, affaiblie, est malade et mourante. Dans une lettre, Giorgio Germont lui confesse avoir tout avou\u00e9 \u00e0 Alfredo&nbsp;; son fils et lui-m\u00eame sont en route pour la rejoindre. L\u2019entr\u00e9e d\u2019Alfredo sur sc\u00e8ne laisse entrevoir l\u2019espoir d\u2019une fin heureuse, o\u00f9 l\u2019amour triompherait enfin. Mais Violetta, trop affect\u00e9e, meurt au grand d\u00e9sespoir d\u2019Alfredo et de Giorgio.<\/p>\n\n\n\n<p>Le metteur en sc\u00e8ne, Simon Stone, a fait le pari de remettre au go\u00fbt du jour cette \u0153uvre faisant d\u00e9sormais partie du r\u00e9pertoire classique. Parti pris apparemment prometteur, mais qui s\u2019est tr\u00e8s vite r\u00e9v\u00e9l\u00e9 inaccompli, voire m\u00eame d\u00e9cevant, par des choix sc\u00e9niques \u00e0 la pertinence plus que douteuse. Dans cette version revisit\u00e9e de <em>La Traviata<\/em>, la courtisane de Verdi, incarn\u00e9e par Zuzana Markova, se m\u00e9tamorphose en star des r\u00e9seaux sociaux, alimentant ses comptes <em>Instagram<\/em> et <em>Twitter<\/em> d\u2019une multitude de photos et de messages rapportant ses faits et gestes les plus insignifiants. La sc\u00e8ne \u00e9tait occup\u00e9e par quatre \u00e9crans, dispos\u00e9s en cube et plac\u00e9s sur un plateau tournant ; l&rsquo;ensemble faisait office de d\u00e9cor. Au cours de l\u2019acte I, ces \u00e9crans projetaient le contenu des pages<em> Instagram<\/em> et <em>Facebook<\/em> de Violetta, celui de ses mails \u2013 mails de son m\u00e9decin, de son assurance ou encore de son banquier \u2013, ainsi que des extraits de ses conversations <em>textos<\/em> avec sa m\u00e8re. Par ailleurs, les chanteurs \u00e9taient sur sc\u00e8ne portables \u00e0 la main. Placer l\u2019op\u00e9ra dans le monde contemporain&nbsp;: choix audacieux, moderne certes, mais excessif dans sa mise en \u0153uvre en ce qu\u2019il conduisait \u00e0 d\u00e9tourner totalement le spectateur de la beaut\u00e9 de la musique, du chant et des paroles, en le rappelant \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 envahissante dans sa vie quotidienne et qu\u2019il cherchait peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 fuir en venant \u00e0 l\u2019op\u00e9ra. Il \u00e9tait de ce point de vue dommage de retenir le public par cette interf\u00e9rence massive de la technologie dans la repr\u00e9sentation, dans son univers journalier&nbsp;; de ne pas lui offrir l\u2019opportunit\u00e9 de le transcender par l\u2019art et de s\u2019\u00e9vader par la musique et par le chant. L\u2019audace du metteur en sc\u00e8ne, faute de finesse et de mesure, a desservi l\u2019\u0153uvre de Verdi qui, \u00e0 grands regrets, paraissait n\u2019\u00eatre plus que le support d\u2019un pari extravagant et provocateur. <\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, le soir de notre repr\u00e9sentation \u2013 heureux ou funeste hasard&nbsp;? \u2013, le dispositif du d\u00e9cor n\u2019a pas tenu ses promesses&nbsp;: \u00e0 la fin de l\u2019acte I, le public s\u2019est entendu annoncer qu\u2019en raison d\u2019un probl\u00e8me technique concernant le d\u00e9cor, la repr\u00e9sentation allait se poursuivre en chant et en musique. Cela a, semble-t-il, permis de redonner momentan\u00e9ment l\u2019honneur \u00e0 l\u2019op\u00e9ra de Verdi&nbsp;: la sc\u00e8ne entre Violetta et le p\u00e8re d\u2019Alfredo, uniquement port\u00e9e par la voix divine des chanteurs, Zuzana Markova et Atalla Ayan, a captiv\u00e9 l\u2019auditoire par son intensit\u00e9 dramatique. Plaisir de courte dur\u00e9e&nbsp;: d\u00e8s la sc\u00e8ne suivante, en guise de d\u00e9cor pour la f\u00eate \u00e0 laquelle assiste Violetta une fois de retour \u00e0 Paris, les \u00e9crans montraient des tubes de n\u00e9on multicolores repr\u00e9sentant des corps nus s\u2019embo\u00eetant de toutes les mani\u00e8res possibles. Si ce d\u00e9cor a provoqu\u00e9 l\u2019amusement chez une partie des spectateurs \u2013 \u00e9galement la g\u00eane et l\u2019indignation chez d\u2019autres \u2013 le constat reste qu\u2019une fois de plus, il a d\u00e9tourn\u00e9 le public de la beaut\u00e9 de la musique et du chant \u00e0 proprement parler. L\u2019op\u00e9ra contenait certes de nombreux appels au plaisir et sous-entendus grivois dans les sc\u00e8nes de soir\u00e9es libertines&nbsp;qui pouvaient justifier ce choix de les repr\u00e9senter de fa\u00e7on explicite et crue. Le metteur en sc\u00e8ne a sans doute voulu utiliser la libert\u00e9 de cr\u00e9ation qui est celle de notre \u00e9poque d\u2019aujourd\u2019hui pour montrer quelle aurait \u00e9t\u00e9 la version de cet op\u00e9ra si les r\u00e8gles de biens\u00e9ance, pr\u00e9valant \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa cr\u00e9ation, n\u2019avaient pas pes\u00e9 sur lui. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait bonne mais \u00e0 cause de sa mise en \u0153uvre excessive, elle a conduit \u00e0 effacer le contraste entre les sc\u00e8nes de frivolit\u00e9 et celles d\u2019amour&nbsp;: l\u2019ensemble de la repr\u00e9sentation se teintait de d\u00e9bauche. Ce contraste \u00e9tait pourtant essentiel dans l\u2019op\u00e9ra&nbsp;: il manifestait l\u2019opposition entre deux mondes \u2013 celui, superficiel, de la d\u00e9bauche et celui, plus profond, de l\u2019amour. Deux mondes dans lesquels les personnages allaient et venaient, \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 de leur \u00eatre. <\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, une mise en sc\u00e8ne manquant de nuances qui a terni cette repr\u00e9sentation de <em>La Traviata<\/em>. Dommage que le talent ind\u00e9niable des chanteurs et de l\u2019orchestre n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 davantage valoris\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Eva ABRAMIAN<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\n\n\u2042\n\n<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une Traviata moderne. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Inspir\u00e9e de la <em>Dame aux cam\u00e9lias<\/em> d&rsquo;Alexandre Dumas Fils, Verdi \u00e9crit cet op\u00e9ra en 1853 ; op\u00e9ra qu\u2019il nomme <em>la Traviata<\/em>. Jou\u00e9 depuis \u00e0 travers l\u2019Europe et le Monde, celui-ci trouve un \u00e9cho tout particulier chez Simon Stone qui voit en lui une intemporalit\u00e9 qu\u2019il d\u00e9cide alors de mettre en sc\u00e8ne en 2019. Il pose l\u2019op\u00e9ra dans un monde ultra-moderne, caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019hyper-connectivit\u00e9, l\u2019angoisse et la \u00ab&nbsp;d\u00e9bauche&nbsp;\u00bb (sexe, alcool, argent) d\u2019o\u00f9 une jeune femme, Violetta Valery (interpr\u00e9t\u00e9 par la soprano Zuzana Markov\u00e0), tente de s\u2019\u00e9chapper, pouss\u00e9e par l\u2019amour d\u2019un homme. <\/p>\n\n\n\n<p>Issu du cin\u00e9ma, Simon Stone fait appel \u00e0 ce qu\u2019il connait : l\u2019\u00e9cran. Ces \u00e9crans comme outils de travail pour le cin\u00e9matographe, mais aussi comme le support d\u2019une vie virtuelle que m\u00e8nent beaucoup de jeunes aujourd\u2019hui, \u00e0 travers les r\u00e9seaux sociaux. Cet op\u00e9ra nous pousse alors \u00e0 nous interroger sur l\u2019image que nous v\u00e9hiculons &#8211; l&rsquo;image de nous-m\u00eames, sur ces r\u00e9seaux sociaux mais aussi sur les relations presque fictives, entretenues par des suites de messages et d\u2019<em>emojis<\/em>. Toutefois, le metteur en sc\u00e8ne a choisi de d\u00e9tourner ces questions angoissantes de soci\u00e9t\u00e9 en utilisant l\u2019humour, dans des situations d\u00e9plaisantes du quotidien et auxquelles le spectateur r\u00e9ussit facilement \u00e0 s\u2019identifier. <\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, malgr\u00e9 cet humour, Simon Stone a choisi de rester fid\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00e9criture originale en ce qui concerne la fin de l\u2019op\u00e9ra. Le d\u00e9c\u00e8s de Violetta d\u00fb \u00e0 un cancer m\u2019est alors paru comme un dernier cri du c\u0153ur de la part de ce jeune metteur en sc\u00e8ne, \u00e0 la fois pour finir d\u2019imposer aux spectateurs le caract\u00e8re tragique de la vie humaine mais aussi pour pousser les jeunes \u00e0 vivre pleinement en d\u00e9passant ce fl\u00e9au que sont les r\u00e9seaux sociaux.  <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment faire vivre un op\u00e9ra sans d\u00e9cors&nbsp;? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lors de cette 496\u00e8me repr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019<strong>Op\u00e9ra de Paris<\/strong>, le d\u00e9cor a choisi de n\u2019en faire qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate, obligeant d\u2019abord le metteur en sc\u00e8ne \u00e0 faire le choix ou non de poursuivre la s\u00e9ance puis en imposant une contrainte majeure aux chanteurs. Cette repr\u00e9sentation, cens\u00e9e d\u2019abord se reposer sur les voix plus que sur une mise en sc\u00e8ne et un d\u00e9cor, comme cela pourrait \u00eatre le cas au th\u00e9\u00e2tre, nous a montr\u00e9 \u00e0 quel point le d\u00e9cor pouvait jouer un r\u00f4le crucial. En effet, \u00e0 la fin du premier acte, un homme en costume vient nous annoncer que le d\u00e9cor est bloqu\u00e9 mais qu\u2019il a toutefois \u00e9t\u00e9 convenu de poursuivre la repr\u00e9sentation. <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques minutes de contestations dans le public, les esprits se calment et la repr\u00e9sentation reprend son cours avec pour seuls \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor un banc puis une chaise. La pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9cran permet alors de garder un certain dynamisme sur sc\u00e8ne. Le choix du metteur de poursuivre la repr\u00e9sentation me parait toutefois s\u2019expliquer vers la fin puisqu\u2019\u00e0 mes yeux, cette mise en sc\u00e8ne de <em>la Traviata<\/em> est sa mani\u00e8re de t\u00e9moigner des al\u00e9as et des difficult\u00e9s de la vie (perdre un amour, un \u00eatre cher\u2026). A cela s\u2019ajoute la difficult\u00e9 des chanteurs de se mouvoir dans l\u2019espace \u00e0 cause de l\u2019exigu\u00eft\u00e9 de la sc\u00e8ne, surtout lorsque le ch\u0153ur fait son apparition. Pourtant, par leur puissance de chant, ces derniers parviennent \u00e0 transformer cette exig\u00fcit\u00e9 en une force, faisant r\u00e9sonner leurs voix. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le corps a-t-il plus de puissance que la voix&nbsp;?<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p>Cette repr\u00e9sentation de la <em>Traviata<\/em> n\u2019\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 pas une d\u00e9couverte pour moi, puisque j\u2019ai eu la chance l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re de me rendre \u00e0 un ballet&nbsp;: <em>la Dame aux cam\u00e9lias<\/em>, de John Neumeier, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e9galement \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris.  Transcend\u00e9e l\u2019an pass\u00e9 par cette repr\u00e9sentation plus que classique, j\u2019ai voulu comparer ces deux exp\u00e9riences. <\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, des danseurs &#8211; port\u00e9s par un orchestre somptueux, qui se meuvent dans l\u2019espace avec une gr\u00e2ce et une puissance sans pareilles. La musique et l&rsquo;orchestre m\u2019avaient alors sembl\u00e9 guider les corps sur cette sc\u00e8ne de l\u2019Op\u00e9ra de Paris. Dans cet op\u00e9ra, celui de Simon Stone, les r\u00f4les m\u2019ont sembl\u00e9 invers\u00e9s. Ainsi, le chef d\u2019orchestre ne semblait plus l\u00e0 pour guider les interpr\u00e8tes mais plut\u00f4t comme un accessoire, comme un fond sonore, perdant ainsi de sa puissance pour ne pas d\u00e9ranger les chanteurs. C&rsquo;est un \u00e9l\u00e9ment que j\u2019ai fortement regrett\u00e9 lors de cette repr\u00e9sentation. <br>Toutefois, la puissance des ch\u0153urs de l\u2019op\u00e9ra ne peut laisser de marbre, une telle intensit\u00e9 vous porte et tend \u00e0 nuancer le constat fait pr\u00e9c\u00e9demment.    <\/p>\n\n\n\n<p> &#8212; Chiara SAPORITI<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : Galerie de l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier J&rsquo;ai vu ce spectacle \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra Garnier, le mercredi 16 octobre. Il s&rsquo;agit-l\u00e0 d&rsquo;un classique, que je ne connaissais pourtant que de nom. 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