{"id":13623,"date":"2019-11-07T12:32:01","date_gmt":"2019-11-07T11:32:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13623"},"modified":"2019-11-07T12:32:01","modified_gmt":"2019-11-07T11:32:01","slug":"la-puce-a-loreille-g-feydeau-texte-lilo-baur-mise-en-scene-comedie-francaise-octobre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13623","title":{"rendered":"La puce \u00e0 l&rsquo;oreille \/ G. Feydeau (texte), Lilo Baur (mise en sc\u00e8ne) \/ Com\u00e9die Fran\u00e7aise \/ Octobre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> <a href=\"https:\/\/www.comedie-francaise.fr\/fr\/evenements\/la-puce-a-loreille-1920#\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Galerie de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">Galerie de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise<\/a>, \u00a9 Brigitte Engu\u00e9rand <\/p>\n\n\n\n<p>Pour la premi\u00e8re fois depuis 1978, la Troupe de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise joue <em>La Puce \u00e0 l\u2019oreille <\/em>de Georges Feydeau. Et Lilo Baur a totalement d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9 ce monument du th\u00e9\u00e2tre de boulevard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai toujours cru conna\u00eetre Feydeau. Alors que je me rendais au th\u00e9\u00e2tre, en attendant sur le quai de la ligne 1, Jacques Charon, Jean Piat et Robert Hirsch se succ\u00e9daient dans ma t\u00eate. Assis dans le m\u00e9tro, c\u2019\u00e9tait cette r\u00e9plique de Camille Bouzin qui m\u2019occupait l\u2019esprit&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;C\u2019est\u2026 le Figaro que Madame lit&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em> (\u00e0 lire avec la voix), je souriais. Mais ce soir-l\u00e0, Il m\u2019a sembl\u00e9 red\u00e9couvrir Feydeau. Lilo Baur a tout simplement fait rena\u00eetre Feydeau devant mes yeux. Et je suis rentr\u00e9 avec la satisfaction d\u2019avoir <strong>vu<\/strong> un Feydeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les quelques secondes qui s\u00e9parent ce premier silence &#8211; fait par les spectateurs impatients, des premi\u00e8res r\u00e9pliques, on s\u2019imagine l\u2019action qui va animer l\u2019espace. Que va-t&rsquo;il se passer dans cet int\u00e9rieur bourgeois&nbsp;des ann\u00e9es soixantes ? Que va-t-on \u00e9crire sur cette table, et quelles sont les histoires qu\u2019on va se raconter sur ce canap\u00e9 vert, qui tr\u00f4ne au centre de la pi\u00e8ce&nbsp;? A peine a-t-on le temps d\u2019imaginer comment les acteurs vont interagir avec le globe terrestre plac\u00e9 au fond qu\u2019une musique tr\u00e8s dansante &#8211; qui rappelle celle des films de Jacques Tati, accompagne l\u2019entr\u00e9e d\u2019un premier acteur. La pi\u00e8ce est lanc\u00e9e, les quiproquos peuvent commencer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Raymonde Chandebise soup\u00e7onne son \u00e9poux Victor-Emmanuel Chandebise, pourtant tr\u00e8s fid\u00e8le, de la tromper. C\u2019est un colis re\u00e7u du Minet-Galant qui lui a mis \u00ab&nbsp;la puce \u00e0 l\u2019oreille&nbsp;\u00bb. Elle d\u00e9cide alors de monter un coup \u00e0 son mari pour le pincer. Un vieux truc vu au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: une lettre anonyme et bien parfum\u00e9e, \u00e9crite par son amie Lucienne Hom\u00e9nid\u00e8s de Histangua, invite Victor-Emmanuel \u00e0 se rendre au Minet-Galant. Par un concours de circonstances, tout le monde se retrouve \u00e0 l\u2019h\u00f4tel et tout le monde cherche \u00e0 s\u2019\u00e9viter car personne ne veut y \u00eatre vu. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les portes claquent, les acteurs rentrent et sortent, des skieurs passent derri\u00e8re la baie vitr\u00e9e et soudain, des coups de feu sont tir\u00e9s, la tournette intervient et un vieillard appara\u00eet sur un lit. Ensuite, c\u2019est une serviette qui tombe et un acteur qui, d\u2019un coup, est nu devant nous \u2013 pour cette sc\u00e8ne, l\u2019action se passe \u00e0 Montretout. Un whisky remet le facteur sur son v\u00e9lo et la valse des cocus reprend. Un acteur nous laisse \u00e0 peine le temps de r\u00e9agir \u00e0 sa r\u00e9plique qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 sorti par la fen\u00eatre. Quand le premier acte est fini, les acteurs reviennent sur sc\u00e8ne, ils changent le d\u00e9cor en dansant, toujours sur la m\u00eame musique et sans interruption : on est projet\u00e9 \u00e0 l\u2019acte deux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous ai dit ce que j\u2019ai vu et voil\u00e0 ce que vous allez voir. Pr\u00eatez attention aux nombreux d\u00e9tails qui font la pi\u00e8ce mais m\u00e9fiez-vous des lettres anonymes en rentrant du th\u00e9\u00e2tre, elles sont souvent le d\u00e9but d\u2019histoires vaudevillesques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Simon LEFEBVRE<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\n\n\u2042\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>Le salon immense d\u2019un chalet de montagne, en bois du sol au plafond \u2013 par la fen\u00eatre de la baie vitr\u00e9e, un paysage enneig\u00e9. A l\u2019int\u00e9rieur, un canap\u00e9 vert vif et une table basse d\u2019un bleu \u00e9clatant sont accompagn\u00e9s d\u2019une chemin\u00e9e qui cr\u00e9pite artificiellement gr\u00e2ce \u00e0 une image num\u00e9rique, ainsi que d\u2019une peau de tigre servant de tapis. Le d\u00e9cor est plant\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, voici deux femmes toutes color\u00e9es qui s\u2019animent et s\u2019agitent&nbsp;: Raymonde Chandebise confie \u00e0 sa meilleure amie Lucienne Hom\u00e9nid\u00e8s de Histangua qu\u2019elle soup\u00e7onne son mari, Victor-Emmanuel, de la tromper. Pour preuve, un colis arriv\u00e9 le matin m\u00eame de l\u2019h\u00f4tel du Minet-Galant, et qui lui a mis \u00ab&nbsp;la puce \u00e0 l\u2019oreille&nbsp;\u00bb. Seule solution, \u00e9crire une lettre \u00e0 Victor-Emmanuel, sous une fausse identit\u00e9 de femme, et lui donner rendez-vous \u00e0 ce m\u00eame h\u00f4tel. S\u2019il se pr\u00e9sente, c\u2019est qu\u2019il est coupable&nbsp;! Mais les choses ne se passent pas comme pr\u00e9vu, d\u2019autant que ce mari \u00ab&nbsp;volage&nbsp;\u00bb ne peut croire que la lettre lui est r\u00e9ellement adress\u00e9e. Pour s\u00fbr, c\u2019est \u00e0 son associ\u00e9, Romain Tournel, un bel et grand homme un peu ben\u00eat, auquel cette femme pensait&nbsp;! Les voil\u00e0 tous, d\u00e9guis\u00e9s pour ne pas \u00eatre reconnus, qui arrivent par vagues successives dans le fameux h\u00f4tel, rep\u00e8re des amours adult\u00e8res. Mais les quiproquos s\u2019encha\u00eenent, et l\u2019on est assailli de mensonges et de v\u00e9rit\u00e9s, dont les r\u00e9v\u00e9lations se font toujours \u00e0 contre-temps&nbsp;! D\u2019autant que Victor-Emmanuel Chandebise ressemble trait pour trait \u00e0 Poche, le valet alcoolique de l\u2019h\u00f4tel &#8211; ce qui ne simplifie en rien la r\u00e9solution des intrigues&nbsp;!&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les portes claquent, les d\u00e9cors tourbillonnent, les personnages apparaissent et disparaissent dans un jeu de non-dits tout \u00e0 fait \u00e9nergique et dr\u00f4le. Les traits sont quelque peu forc\u00e9s, mais c\u2019est ce qui rend si palpitante et touchante cette course folle vers des amours que l\u2019on croyait perdus et que l\u2019on s\u2019\u00e9chine et s\u2019\u00e9charpe \u00e0 retrouver&nbsp;! Il y a quelque chose de tr\u00e8s actuel, sous couvert de rires, dans cette pi\u00e8ce que Feydeau r\u00e9digea en 1907. Sans vulgarit\u00e9 ni trop de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, la pi\u00e8ce dessine l\u2019amour sous toutes ses formes, les doutes qu\u2019il inspire, les combats \u00e0 mener pour le conserver. Elle parle du d\u00e9clin de la sexualit\u00e9 masculine avec une simplicit\u00e9 rare et d\u00e9sarmante. Dialogues d\u2019orf\u00e8vre et situations tant g\u00e9niales que grotesques, <em>La puce \u00e0 l\u2019oreille <\/em>est un pr\u00e9sent th\u00e9\u00e2tral \u00e0 savourer&nbsp;!&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Margaux Daridon<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\"> \u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Mise en sc\u00e8ne par Lilo Baur avec les sublimes com\u00e9diens de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise, la pi\u00e8ce de Georges Feydeau, <em>La puce \u00e0 l&rsquo;oreille<\/em>, re\u00e7oit rires, acclamations et applaudissements.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec art, Lilo Baur produit un spectacle hilarant mais raffin\u00e9. Le texte de Feydeau nous livre une intrigue loufoque : jeux de duperies, tromperies, jeux de doubles, portes qui claquent, malentendus et quiproquos chers \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture de G. Feydeau. Comme toujours chez Feydeau, le n\u0153ud de l&rsquo;intrigue est simple : Raymonde Chandebise se croit tromp\u00e9e par son \u00e9poux et tente de le pincer. Cependant, quiproquos et malentendus ramifient ce sc\u00e9nario de base, et ce jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tourdissement. On voit se pr\u00e9cipiter sur la sc\u00e8ne : un mari espagnol jaloux et hilarant, aux intentions meurtri\u00e8res ; un cousin saugrenu ne sachant pas articuler les consonnes ; un boxeur afro-am\u00e9ricain, s\u00e9ducteur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 ; une g\u00e9rante d&rsquo;h\u00f4tel d\u00e9guis\u00e9e en sapin de No\u00ebl ; son mari, ancien militaire n\u00e9vros\u00e9 ; un domestique rou\u00e9 de coups de pieds au derri\u00e8re ; un m\u00e9decin charlatan et, enfin, tout un personnel farfelu et comique. Tous les types de comiques sont pr\u00e9sents : comique de gestes \u2013 coups de pieds et bastonnades, chutes et sauts -, comique de mots &#8211; jeux de mots et sous-entendus grivois-, comique de situation \u2013 jeu de sosies et de doubles, lits qui tournent -, comique de caract\u00e8re \u2013 le grivois am\u00e9ricain, l&rsquo;espagnol jaloux et sanguinaire avec son accent risible \u2013, comique de r\u00e9p\u00e9tition &#8211; le d\u00e9faut de prononciation du cousin\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un d\u00e9lice de divertissement. Le vaudeville de Feydeau et son \u00e9criture de l&rsquo;absurde disent des choses sur <em>\u00ab la fid\u00e9lit\u00e9, la jalousie, l&rsquo;amour et la passion, avec les chagrins qui les accompagnent et qui sont des th\u00e8mes \u00e9ternels \u00bb<\/em> (Lilo Baur), intemporels. Cette intemporalit\u00e9 se traduit par le parti-pris de modernisation de la pi\u00e8ce par Lilo Baur : \u00ab<em> dans mon parti-pris spatio-temporel, je projette l&rsquo;histoire et les m\u0153urs de Feydeau dans l&rsquo;univers des ann\u00e9es 1960 \u00bb<\/em>. Le cadre bourgeois\/parisien de Feydeau s&rsquo;efface au profit d&rsquo;un univers, toujours bourgeois mais rural : une station de ski pour les plus ais\u00e9s au milieu des ann\u00e9es 60. Un grand int\u00e9rieur avec baie vitr\u00e9e se donne \u00e0 voir dans le premier et le troisi\u00e8me acte : <em>\u00ab un contraste entre le calme de l&rsquo;ext\u00e9rieur et l&rsquo;hyst\u00e9rie dans l&rsquo;appartement \u00bb<\/em> nous livre la metteuse en sc\u00e8ne. Quant au deuxi\u00e8me acte, il se passe dans l&rsquo;h\u00f4tel du Minet-Galant, h\u00f4tel o\u00f9 l\u2019on se livre librement \u00e0 la tromperie et \u00e0 l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9, en particulier durant la p\u00e9riode de No\u00ebl. Cette transposition temporelle \u2013 ann\u00e9es 60 \u00e0 No\u00ebl \u2013 et spatiale \u2013 la montagne pour le Paris bourgeois cr\u00e9e un \u00e9merveillement nouveau chez le spectateur familier des mises en sc\u00e8ne de Feydeau. L&rsquo;\u00e9l\u00e9gance du d\u00e9cor et des costumes modernes enthousiasme le spectateur. Le spectacle n&rsquo;en perd n\u00e9anmoins pas sa vis\u00e9e originelle et universelle : remettre en question la violence des passions humaines. \u00c0 la lumi\u00e8re du r\u00e9cent ouvrage <em>The Trial of Lady Chatterley&rsquo;s Lover<\/em>, Lilo Baur nous confie sa vision de la Femme chez Feydeau : une femme qui prend en main la situation, usant de ruse pour se venger de son mari. Les deux personnages de Raymonde et Lucienne incarnent l&rsquo;intelligence f\u00e9minine face au mari&nbsp;tourn\u00e9 au ridicule. Lilo Baur nous donne \u00e0 sentir un f\u00e9minisme sous-jacent dans l&rsquo;\u00e9criture de Feydeau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, nous pourrions dire que la pi\u00e8ce de Feydeau dirig\u00e9e par Lilo Baur nous offre une multitude de coloris : tout d&rsquo;abord, bien \u00e9videmment, le rire, l&rsquo;humour, le divertissement ; mais \u00e9galement un discours, plus discret, sur la folie de la jalousie humaine, et la subtile puissance de l&rsquo;autonomie f\u00e9minine. Un spectacle d\u00e9sopilant, burlesque, comique, cocasse, amusant, dr\u00f4le, r\u00e9cr\u00e9atif mais profond\u00e9ment soign\u00e9, \u00e0 voir !<strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Maeva GRECO<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;La puce \u00e0 l\u2019oreille&nbsp;\u00bb<\/em> ouvre la saison automnale de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise. La pi\u00e8ce, adapt\u00e9e d\u2019apr\u00e8s un vaudeville de Georges Feydeau, a plus de cent ans. N\u00e9anmoins, nous pouvons nous r\u00e9jouir de la g\u00e9niale interpr\u00e9tation de <em>\u00ab&nbsp;La puce \u00e0 l\u2019oreille&nbsp;\u00bb<\/em>, ici mise en sc\u00e8ne par l\u2019actrice et metteuse en sc\u00e8ne suisse Lilo Baur. Le choix d\u2019une telle pi\u00e8ce pi\u00e8ce, \u00e9crite par cet auteur comique de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle est le bienvenu&nbsp;: une grande diversit\u00e9 de personnages qui interagissent sur sc\u00e8ne, le sujet de la trahison conjugale et une excellente r\u00e9alisation de l\u2019effet comique par des malentendus et des quiproquos. Par ailleurs,<em> <\/em>la metteuse en sc\u00e8ne a choisi de ne pas garder le contexte classique du vaudeville, transportant l\u2019action dans les ann\u00e9es 1960, \u00e0 la maison de famille des Chandebise pendant la p\u00e9riode de No\u00ebl. <em>\u00ab&nbsp;J\u2019avais envie d\u2019un int\u00e9rieur bourgeois avec une grande baie vitr\u00e9e \u00e0 travers laquelle on voit la neige. Un contraste entre le calme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et l\u2019hyst\u00e9rie dans la maison&nbsp;\u00bb<\/em>, &#8211; explique dans l\u2019une de ses interviews Lilo Baur. Effectivement, sans lire la version originale du vaudeville, on pourrait jurer que ce contexte avait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part&nbsp;: le d\u00e9cor, tout en couleurs <em>pop<\/em>, s\u2019associe harmonieusement avec la situation comique. Le style vestimentaire respecte \u00e9galement l\u2019\u00e9l\u00e9gance des ann\u00e9es 60&nbsp;(les costumes sont r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l\u2019atelier de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise par Agn\u00e8s Falque).<em>&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En parlant du d\u00e9cor et de son r\u00f4le dans la r\u00e9alisation th\u00e9\u00e2trale, on ne peut faire l\u2019impasse sur le th\u00e9\u00e2tre qui accueille les spectateurs, et ce d\u00e8s sa magnifique entr\u00e9e, son p\u00e9ristyle et l\u2019escalier d\u2019honneur. La salle Richelieu est impressionnante&nbsp;: le velours pr\u00e9cieux, les lustres, les moulures dor\u00e9es\u2026 Le plafond, orn\u00e9 par Apollon, les Muses et le Jardin d\u2019Eden&#8230; Le lustre brille de ses cent-vingt ampoules et quatre-cent-cinquante pendeloques de cristal, si l&rsquo;on en croit l\u2019ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral du th\u00e9\u00e2tre, Patrick Devaux. Cette riche d\u00e9coration augmente le plaisir esth\u00e9tique. Je concentre mon regard sur la sc\u00e8ne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La com\u00e9die compte trois actes sans entracte. Aux premier et troisi\u00e8me actes; les h\u00e9ros sont au domicile de Monsieur Chandebise, directeur de la Boston Life Company. On voit un grand salon avec plusieurs portes et une baie vitr\u00e9e permettant de suivre les actions qui se d\u00e9roulent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Madame Chandebise (Anna Cervinka) soup\u00e7onne son mari de trahison : elle a trouv\u00e9 des bretelles livr\u00e9es par l\u2019h\u00f4tel du Minet-Galant. Raymonde Chandebise d\u00e9cide alors de tendre un pi\u00e8ge \u00e0 son mari Victor-Emmanuel (Serge Bagdassarian). Elle demande \u00e0 son amie Lucienne (Pauline Cl\u00e9ment) d\u2019\u00e9crire une lettre anonyme \u00e0 Victor-Emmanuel dans laquelle elle lui propose un rendez-vous \u00e0 l\u2019h\u00f4tel du Minet-Galant. Les dames parfument la lettre et la postent. Le premier acte se termine par la lecture de cette lettre compromettante par tous les h\u00e9ros de la com\u00e9die&nbsp;: Romain Tournel, coll\u00e8gue de Victor-Emmanuel, croyant que cette lettre lui est adress\u00e9e ; Carlos Homenid\u00e8s de Histangua, mari de Lucienne, qui reconna\u00eet l\u2019\u00e9criture de sa femme &#8211; ce qui le rend furieux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me acte nous emm\u00e8ne \u00e0 l\u2019h\u00f4tel du Minet-Galant, o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre la salle de r\u00e9ception avec son grand escalier qui monte au premier \u00e9tage, ainsi que quelques portes menant aux chambres o\u00f9 sont log\u00e9s les clients de l\u2019h\u00f4tel. Tous nos h\u00e9ros se retrouvent \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, cr\u00e9ant une situation comique. Le simple fait que le gar\u00e7on d\u2019h\u00f4tel, Poche, soit le parfait sosie de Monsieur Chandebise fait rire les spectateurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, j\u2019ai vu un changement de d\u00e9cor entre les actes par les acteurs eux-m\u00eames, qui dansaient en \u00e9coutant de la musique rythmique. Le d\u00e9placement des meubles, inclus harmonieusement dans la pi\u00e8ce, n\u2019emp\u00eache en rien d\u2019appr\u00e9cier celle-ci. La musique originale de Mich Ochowiak accompagne toute la pi\u00e8ce th\u00e9\u00e2trale, du premier acte (le bar musical avec les boissons alcoolis\u00e9es) jusqu\u2019au dernier moment du spectacle et les applaudissements des spectateurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie d\u2019Andrew D. Edwards a trouv\u00e9 une solution fonctionnelle pour utiliser l\u2019espace et le d\u00e9cor&nbsp;: \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, nous observons la chambre double o\u00f9 le mur et le lit tournent, permettant ainsi de voir et la chambre de Madame Chandebise et la chambre de Baptistin, l\u2019oncle du chef de l\u2019h\u00f4tel. Plusieurs portes permettent \u00e9galement aux acteurs de circuler librement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le succ\u00e8s du spectacle est d\u2019abord incarn\u00e9 par la troupe des acteurs&nbsp;et leur jeu professionnel. Les r\u00e9pliques exactes, les mouvements naturels et les interactions coh\u00e9rentes entre les nombreux artistes \u2013 tous ces \u00e9l\u00e9ments nous offrent un vrai plaisir esth\u00e9tique. Je voudrais mettre en avant le jeu du jeune acteur fran\u00e7ais J\u00e9r\u00e9my Lopez dans le r\u00f4le de Carlos Hom\u00e9nid\u00e8s de Histangua. L\u2019acteur montre parfaitement le caract\u00e8re hyst\u00e9rique de cet espagnol en col\u00e8re qui soup\u00e7onne sa femme de trahison.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut reprocher \u00e0 la pi\u00e8ce quelques mouvements exag\u00e9r\u00e9s au moment de changer les d\u00e9cors. La danse des acteurs devient trop comique, trop artificielle quand tous les personnages essaient de faire rire au maximum &#8211; mais c\u2019est cela la com\u00e9die, \u00e7a d\u00e9passe les limites et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 s\u2019en va ; parfois, on n\u2019a plus confiance dans les acteurs et on devient s\u00e9rieux, on regarde ces gens sans rire. Il faut noter \u00e9galement le moment o\u00f9 le docteur Finache sort nu devant le spectateur, quelques secondes &#8211; mais le public n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9venu et la r\u00e9action d\u2019une m\u00e8re qui ferme les yeux de sa fille de neuf ans me donne \u00e0 comprendre qu\u2019il aurait quand m\u00eame fallu pr\u00e9venir ce moment avant le spectacle.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure, je voudrais ajouter juste une phrase&nbsp;: je reviendrai avec plaisir \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise pour voir <em>\u00ab&nbsp;Un fil \u00e0 la patte&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em>, la deuxi\u00e8me com\u00e9die pleine d\u2019humour de Feydeau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Katsiaryna SAMKOVA<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\n\n\u2042\n\n<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 voir le 22 octobre 2019 la pi\u00e8ce de Georges Feydeau <em>La Puce \u00e0 l\u2019oreille<\/em>, mise en sc\u00e8ne par Lilo Baur avec les com\u00e9diens de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise. L\u2019intrigue est assez typique des vaudevilles bourgeois de Feydeau&nbsp;: Madame Chandebise soup\u00e7onne \u00e0 tort son mari de la tromper. Au moyen d\u2019une fausse lettre d\u2019amour, \u00e9crite par sa meilleure amie Lucienne, elle l\u2019attire \u00e0 l\u2019h\u00f4tel du Minet-Galant pour le prendre sur le fait. Mais quand celui-ci envoie \u00e0 sa place son meilleur ami, et que la lettre tombe entre les mains du mari de Lucienne, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 se venger, tout se complique. La maisonn\u00e9e enti\u00e8re se retrouve dans l\u2019h\u00f4tel, pour un <em>imbroglio<\/em> de portes qui s\u2019ouvrent et de panneaux coulissants. Ajoutez \u00e0 cela que le valet de l\u2019h\u00f4tel est le sosie parfait de Monsieur Chandebise, et le quiproquo devient inextricable\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re qualit\u00e9 de la mise est sc\u00e8ne reposait sur la gestuelle des com\u00e9diens. Lilo Baur reconna\u00eet qu\u2019elle a puis\u00e9 \u00e0 la source du cin\u00e9ma muet, et c\u2019est l\u00e0 une heureuse inspiration qui donne \u00e0 sa mise en sc\u00e8ne tout son charme. Les changements de d\u00e9cor en sont devenus hilarants, et le comique de gestes \u00e9tait toujours r\u00e9ussi. Les sc\u00e8nes de lutte, de courses-poursuites, de chutes, etc, \u00e9taient particuli\u00e8rement r\u00e9ussies, presque acrobatiques, et de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale les com\u00e9diens me semblaient toujours avoir le geste juste. On peut aussi noter que Lilo Baur a ajout\u00e9 quelques \u00e9l\u00e9ments comiques muets. Elle a transpos\u00e9 la sc\u00e8ne dans une station de sports d\u2019hiver des ann\u00e9es 60, et la baie vitr\u00e9e qui fermait l\u2019un des pans du d\u00e9cor permettait de voir passer des skieurs, qui guettaient m\u00eame les disputes du III\u00e8me acte. S\u2019ils \u00e9taient r\u00e9ussis, on peut presque regretter que ces gags adventices n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 plus nombreux. Leur apparition somme toute tr\u00e8s sporadique en faisait des moments plaisants, mais pas vraiment int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la pi\u00e8ce, comme un essai rest\u00e9 finalement \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9bauche timide.<\/p>\n\n\n\n<p>La gestuelle m\u2019a donc beaucoup plu, mais ce qui m\u2019a vraiment g\u00ean\u00e9e dans cette mise en sc\u00e8ne, c\u2019est la diction des personnages. J\u2019ai trouv\u00e9 que les deux personnages f\u00e9minins principaux, Mme Chandebise et son amie Lucienne, \u00e9taient beaucoup trop caricaturaux. Les deux com\u00e9diennes adoptaient une voix tr\u00e8s aigu\u00eb, ce qui donnait vraiment l\u2019impression que le personnage \u00e9tait celui d\u2019une sotte superficielle. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre effectivement la vision qu\u2019avait Feydeau des bourgeoises qu\u2019il mettait en sc\u00e8ne, mais cette mani\u00e8re de jouer de la part des com\u00e9diennes m\u2019a vraiment fatigu\u00e9e. Au final, tous les personnages f\u00e9minins donnaient l\u2019impression d\u2019\u00eatre des potiches interchangeables, et c\u2019est vraiment dommage &#8211; car m\u00eame en mettant de c\u00f4t\u00e9 toute question de repr\u00e9sentation des genres, on se retrouve avec des personnages qui n\u2019attirent vraiment aucune sympathie, et des com\u00e9diennes qui n\u2019attirent pas du tout l\u2019admiration.<\/p>\n\n\n\n<p>Au contraire, on peut saluer les performances de deux com\u00e9diens. Serge Bagdassarian est amen\u00e9 \u00e0 jongler entre deux personnages qu\u2019il joue simultan\u00e9ment, et avec tant de brio que j\u2019entends \u00e0 la sortie certains spectateurs qui n\u2019ont compris qu\u2019au moment du salut final, Bagdassarian passait d\u2019un personnage \u00e0 l\u2019autre. Quant \u00e0 Jean Chevalier, il incarne un personnage affubl\u00e9 d\u2019un d\u00e9faut de prononciation, et joue donc tout son r\u00f4le sans prononcer une seule consonne&nbsp;! Une belle performance.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon avis final est donc mitig\u00e9. Je me suis bien amus\u00e9e, oui, et j\u2019ai trouv\u00e9 que les effets visuels de la mise en sc\u00e8ne de Lilo Baur \u00e9taient une r\u00e9ussite compl\u00e8te. Mais je reste un peu d\u00e9\u00e7ue du traitement des personnages f\u00e9minins, qui respirent trop la superficialit\u00e9. Est-ce la faute de Feydeau&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Mathilde Bernardot<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : Galerie de la Com\u00e9die Fran\u00e7aise, \u00a9 Brigitte Engu\u00e9rand Pour la premi\u00e8re fois depuis 1978, la Troupe de la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise joue La Puce \u00e0 l\u2019oreille de Georges Feydeau. Et Lilo Baur a totalement d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9 ce monument du th\u00e9\u00e2tre de boulevard.&nbsp; J\u2019ai toujours cru [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":13624,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,4],"tags":[],"class_list":["post-13623","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-comedie-francaise","category-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13623","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13623"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13623\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13623"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13623"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13623"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}