{"id":13654,"date":"2019-11-14T15:32:47","date_gmt":"2019-11-14T14:32:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13654"},"modified":"2019-11-14T15:32:47","modified_gmt":"2019-11-14T14:32:47","slug":"body-and-soul-crystal-pite-opera-de-paris-palais-garnier-octobre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13654","title":{"rendered":"Body and Soul \/ Crystal Pite \/ Op\u00e9ra de Paris, Palais Garnier \/ Octobre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-19-20\/ballet\/crystal-pite\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Galerie OnP (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">Galerie OnP<\/a>, (c) Julien Benhamou. H\u00e9lo\u00efse Bourdon, Axel Ibot<\/p>\n\n\n\n<p>Nouvelle \u00e9toile de la danse contemporaine, la chor\u00e9graphe et danseuse canadienne Crystal Pite revient sur le devant de la sc\u00e8ne avec son nouveau ballet intitul\u00e9 <em>Body and Soul<\/em>. Trois ans apr\u00e8s le triomphe de <em>The Season\u2019s Canon<\/em>, Crystal Pite fait danser et virevolter les mots. Et si tout n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une affaire de points de vue ? Crystal Pite, dans ce ballet haut en couleur, joue avec le c\u00f4t\u00e9 polys\u00e9mique de la danse mais aussi des Interpr\u00e9tations. Un texte lu par Marina Hands en guise de bande sonore vient se r\u00e9p\u00e9ter tout au long du spectacle. Comment interpr\u00e9ter et mettre en sc\u00e8ne cette m\u00eame m\u00e9lodie ? C\u2019est \u00e0 cette question que Crystal Pite a tent\u00e9 de trouver une r\u00e9ponse en d\u00e9ployant un fil rouge en trois actes qui donne lieu \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 diversifi\u00e9e de mises en sc\u00e8ne, toutes plus ubuesques les unes que les autres.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un premier acte th\u00e9\u00e2tral<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acte I de <em>Body and Soul<\/em> sonne comme un savoureux m\u00e9lange entre duo et ensembles. Confront\u00e9s \u00e0 l\u2019individualit\u00e9 des corps mais aussi des \u00e2mes, les danseurs s\u2019enlacent et se d\u00e9laissent jusqu\u2019\u00e0 cette sc\u00e8ne ultime : le combat. La danse &#8211; comme salvatrice des pulsions, vient rompre et casser ce fil tendu autour de la po\u00e9sie et du phras\u00e9 si particulier de Marina Hands. Un acte II sur du Chopin, entre lyrisme et m\u00e9lancolie douce. Crystal Pite semble avoir \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par les trag\u00e9dies antiques, laissant place \u00e0 la dualit\u00e9 des corps et des \u00e2mes. Un sentiment d\u2019incertitude plane tout le long de cet acte, laissant chaque spectateur s\u2019interroger sur le devenir des personnages. Une mise en avant par des jeux de lumi\u00e8re accorde une place pr\u00e9pond\u00e9rante \u00e0 l\u2019espace sc\u00e9nique et aux jeux chor\u00e9graphiques men\u00e9s \u00e0 merveille par la troupe des danseurs de l\u2019<strong>Op\u00e9ra de Paris<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un acte trois&#8230; surr\u00e9aliste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me acte laisse quant \u00e0 lui place \u00e0 un tout autre univers, celui de l\u2019empreinte futuriste. Tim Burton a du souci \u00e0 se faire, et c\u2019est peu dire. Sur des airs techno voire \u00e9lectro, l\u2019ensemble des danseurs vient revisiter la dimension bestiale du corps et des gestes humains. \u00c0 l\u2019image d\u2019un clip Youtube, le dernier acte nous fait retrouver la parole et donne \u00e0 exprimer cette rage contenue depuis le d\u00e9but. Une conclusion surr\u00e9aliste qui vient nous questionner : et si, finalement, nous humains n&rsquo;\u00e9tions que des animaux ? Trois niveaux d\u2019interpr\u00e9tation qui ne cessent d&rsquo;osciller entre le fond et la forme, sugg\u00e9r\u00e9s par des mouvements amples et a\u00e9riens.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Avec <em>Body and Soul<\/em> Crystal Pite signe son grand retour \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier. Un ballet en trois actes prosa\u00efques et teint\u00e9 de notes baroques, classiques voire pop et \u00e9lectro. Un doux m\u00e9lange qui flirte donc avec la polys\u00e9mie des genres et des interpr\u00e9tations.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Antonin Bodiguel<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9\u00e9e par la chor\u00e9graphe canadienne Crystal Pite pour le ballet de l\u2019<strong>Op\u00e9ra de Paris<\/strong>, la pi\u00e8ce <em>Body and Soul<\/em> est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier du 25 octobre au 29 novembre 2019. Crystal Pite avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e une premi\u00e8re fois en 2016, par Benjamin Millepied : imagin\u00e9e au ballet de Francfort de William Forsythe, <em>The Seasons\u2019 Canon<\/em> revisitait l\u2019\u0153uvre de Vivaldi et avait \u00e9t\u00e9 programm\u00e9e avec trois autres pi\u00e8ces : <em>Sehgal \/ Peck \/ Forsythe<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nouvelle pi\u00e8ce \u00e9tait tr\u00e8s attendue, au point qu\u2019elle est affich\u00e9e au programme sous le nom de la chor\u00e9graphe et non sous le nom de l\u2019\u0153uvre. Le programme annonce un ballet en trois actes qui alternent duos, trios et ensembles.Quand le rideau se l\u00e8ve, on trouve sur sc\u00e8ne deux danseurs et on est frapp\u00e9s par la voix de la com\u00e9dienne Marina Hands, qui nous accompagnera durant tout le premier acte avec des descriptions en temps r\u00e9el de ce qui se passe sur sc\u00e8ne, d\u00e9clam\u00e9es de sa voix chaleureuse : droite, gauche, front, menton, poitrine, genoux&#8230; La magie se r\u00e9alise dans la deuxi\u00e8me sc\u00e8ne, quand le duo reprend les m\u00eames mouvements mais accompagn\u00e9 par l\u2019ensemble : cet ensemble a le pouvoir de donner l\u2019impression d\u2019\u00eatre un seul individu ; le groupe a le pouvoir de donner de la force aux gestes &#8211; on dirait qu\u2019il crie de plus en plus fort au fur et \u00e0 mesure que le nombre de danseurs augmente.Cet individu, compos\u00e9 de plusieurs corps, n\u2019arr\u00eate pas de changer de direction, d\u2019avancer, de reculer jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un ou deux corps s\u2019en d\u00e9tachent, toujours document\u00e9 par la voix de la com\u00e9dienne qui nous accompagnera aussi durant le deuxi\u00e8me acte.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Si les duos du premier acte nous ont fait penser \u00e0 des individus qui s\u2019entraident, ceux du deuxi\u00e8me sont des duels &#8211; avec des renversements de rapport de force. Ici encore, les ensembles sont remarquables ; ces ensembles, qui sont la signature de Crystal Pite, mettent en sc\u00e8ne la foule, une foule qui multiplie la force du mouvement et cr\u00e9e le va-et-vient des vagues, d\u2019un champ de bataille ou encore des animaux. Et c\u2019est justement les animaux du troisi\u00e8me acte qui marquent une rupture : il n\u2019y a plus d\u2019individus, mais un ensemble d\u2019insectes qui agit comme la foule, c\u2019est un groupe harmonieux dans ses mouvements. Cette troisi\u00e8me partie marque une rupture \u00e0 tous les niveaux : on passe par exemple de la musique de classique au rock. Habill\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant de costumes noirs et de chemises blanches, les danseurs portent d\u00e9sormais une combinaison brillante qui leur cache le visage et prolonge leurs mains d&rsquo;appendices pointus qui rappellent des griffes. Et c&rsquo;est une cr\u00e9ature mi-homme mi-b\u00eate qui se d\u00e9tache alors du groupe.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie des deux premiers actes, avec ses d\u00e9cors aux murs nus, anim\u00e9s seulement par le jeu des lumi\u00e8res et des projecteurs install\u00e9s sur sc\u00e8ne, est remplac\u00e9e par un d\u00e9cor de for\u00eat aux branches dor\u00e9es. Apr\u00e8s le noir et blanc, on est engloutis pas autant d\u2019\u00e9clat.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce ballet on partira avec le souvenir de la puissance des tableaux d\u2019ensembles, de leurs mouvements ondulatoires, d\u2019une foule qui danse \u00e0 l\u2019unisson. La signature du style de Crystal Pite est sans aucun doute dans les ensembles.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Monica MELE<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Body and Soul<\/em><\/strong><strong> : une exp\u00e9rience existentielle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Actuellement pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Paris, <em>Body and Soul<\/em>, le nouveau ballet contemporain de Crystal Pite, est une invitation au voyage. Aussi bien parcours d\u2019une ext\u00e9riorit\u00e9 spatiale et temporelle que mouvement int\u00e9rieur et r\u00e9flexif qui sillonne corps et \u00e2mes, cette pi\u00e8ce renvoie \u00e0 ce qui fait sens, <em>est<\/em> sens ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019essence m\u00eame de la vie. M\u00e9tissage tout \u00e0 la fois de lutte, d\u2019amour, de mort et d\u2019humour, elle r\u00e9unit ce qui s\u2019oppose et \u00e9clate nos lieux communs tandis que s\u2019esquisse devant nos yeux un nouvel horizon de la danse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au commencement \u00e9tait le verbe. Ni mouvement, ni musique, seulement des mots : \u00ab Droite, gauche, droite. Gauche, droite, gauche. \u00bb Telles des r\u00e9pliques \u00e9pur\u00e9es \u00e0 la Beckett, les pens\u00e9es se meuvent sans un geste et se font fil narratif de marionnettes dansantes mises peu \u00e0 peu en mouvement. Le danseur, fid\u00e8le intonation de cette voix, illustre et ponctue son discours. Mais tandis que, pour faire sens, le langage demeure \u00e0 la fois prisonnier de ses concepts et encha\u00een\u00e9 \u00e0 quelque contexte, la danse se suffit \u00e0 elle-m\u00eame. La dialectique s\u2019op\u00e8re et d\u2019esclave, la danse devient ma\u00eetre : le geste dans\u00e9 demeure universel. Ainsi, tout au long du premier acte, les danseurs d\u00e9clinent en diff\u00e9rentes variations la situation initiale et nous entra\u00eenent dans leur qu\u00eate. Alternance entre duos et ensembles, le premier acte est \u00e0 la fois dualiste et profond\u00e9ment marqu\u00e9 des flux et reflux inspir\u00e9s de la nature, tant de th\u00e9matiques dont s\u2019inspire particuli\u00e8rement la jeune chor\u00e9graphe. Tant\u00f4t expression d\u2019une entit\u00e9 \u00e9motive \u00e0 l\u2019instar d\u2019un danseur, tant\u00f4t celle d\u2019un ensemble faillible et divisible -repr\u00e9sent\u00e9 par le corps de ballet-, elle refl\u00e8te l\u2019humanit\u00e9 dans toute sa splendeur, sa mis\u00e8re et sa finitude. &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; \t &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; \t<\/p>\n\n\n\n<p>Sans rupture totale, le deuxi\u00e8me acte se d\u00e9tache du rep\u00e8re initial : la voix <em>off<\/em> ne fait plus rythme. Au contraire, elle laisse place \u00e0 un r\u00e9pertoire musical classique, lequel s\u2019accompagne d\u2019une succession de duos dont la gestuelle reste cependant similaire et comparable \u00e0 celle du premier acte. Alors que les danseuses retrouvent leurs pointes, elles prennent l\u2019impulsion du danseur pour se propulser dans l\u2019espace. La narration s\u2019efface donc au profit de ce dernier, lequel est trac\u00e9 et d\u00e9limit\u00e9 par l\u2019\u00e9volution chor\u00e9graphique incessante des couples qui h\u00e9sitent, vacillent et oscillent entre chute, perte et reprise d\u2019\u00e9quilibre. L\u2019on assiste alors \u00e0 l\u2019\u00e9ternel jeu du danseur avec la gravit\u00e9.\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 <\/p>\n\n\n\n<p>Bien que miroir du pr\u00e9sent, et h\u00e9ritier de canons classiques, le spectacle de Crystal Pite ne se satisfait cependant pas d\u2019une telle d\u00e9finition. Certes, empreint d\u2019une temporalit\u00e9 actualis\u00e9e dans et par l\u2019espace, <em>Body and Soul<\/em> \u00e9voque ce que peu de chor\u00e9graphes ont encore os\u00e9 faire : un futur. En effet, elle d\u00e9tourne brillamment nos perceptions et fantasmes de l\u2019avenir, du transhumanisme ou encore de la vie extraterrestre, et dessine avec humour et parodie une <em>trans-\u00ab cen \u00bb-danse<\/em> : inconnue, et dont le potentiel n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 explor\u00e9 mais qui s\u2019annonce prometteur.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Le mouvement ne ment pas. \u00bb<\/em>&nbsp; &#8211; Martha Graham. <em>Body and Soul<\/em> refl\u00e8te le mouvement de la pens\u00e9e incarn\u00e9 par le geste dans\u00e9 et rompt le dualisme cart\u00e9sien, pour nous permettre de contempler l\u2019\u00eatre dans son rapport \u00e0 soi, au temps, \u00e0 l\u2019espace, et aux autres : une belle exp\u00e9rience de l\u2019unit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Ambre MANNU<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019estime beaucoup la danse, et quoique j\u2019aille peu \u00e0 peu vers le ballet classique, qui me charme, j\u2019ai d\u2019abord \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9 aux danses contemporaines. <em>Body and Soul<\/em> de Crystal Pite est annonc\u00e9 ainsi, comme un ballet contemporain, mais il est plut\u00f4t, me semble-t-il, trois actes d&rsquo;un d\u00e9lire ti\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acte premier est litt\u00e9ralement un bug informatique. C\u2019est sans doute un virus dans l&rsquo;esprit de Descartes : r\u00e9p\u00e9tition obs\u00e9d\u00e9e, obs\u00e9d\u00e9e par une voix \u00e0 laquelle les danseurs ob\u00e9issent ; voix coup\u00e9e, rythm\u00e9e, num\u00e9ris\u00e9e &#8211; et toutefois superflue. Point de nom ni de chair, mais <em>\u00ab Figure 1 \u00bb<\/em> et<em> \u00ab Figure 2 \u00bb<\/em> s&rsquo;articulant dans la voix de Marina Hands. L\u2019exploration du motif de la dualit\u00e9 est assez agr\u00e9able : les vagues et l\u2019\u00e9cume, les amants et la foule, le duo et le duel, l&rsquo;harmonie et le conflit, le particulier et le tout\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acte deuxi\u00e8me m\u2019\u00e9meut un peu. La pr\u00e9lude, op.24 n4, rel\u00e8ve le niveau. Chopin rel\u00e8ve le niveau. L\u2019acte est meilleur que le pr\u00e9c\u00e9dent, l&rsquo;acte est plus tendre, les bras des danseurs repr\u00e9sentent des oiseaux, c&rsquo;est un peu de chaleur ; mais tout ceci (ce second romantisme, qui ne laisse pas grand chose \u00e0 quoi se tenir), tout ceci, dis-je, ne vole pas bien haut. Duo trop g\u00e9n\u00e9rique, structure trop artificielle, mais groupe passionn\u00e9, ensemble touffu et anim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin l\u2019acte troisi\u00e8me para\u00eet comme une r\u00eaverie des temps premiers \u2014 le bug est sublim\u00e9, cannibalis\u00e9, et sans crier gare, on assiste \u00e0 de la science fiction. Apr\u00e8s le corps politique, le corps amoureux, le corps naturel, l&rsquo;esprit des sons, l&rsquo;esprit des mati\u00e8res, voil\u00e0 des insectes, voil\u00e0 un homme des cavernes. Quoiqu\u2019assez incoh\u00e9rent dans l\u2019ensemble, la sorte de roche dor\u00e9e est tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante, les cr\u00e9atures le sont \u00e9galement. Saluons les d\u00e9cors, saluons les costumes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour derni\u00e8re sc\u00e8ne : une chor\u00e9graphie semblable aux c\u00e9r\u00e9monies am\u00e9ricaines. <em>Awards<\/em> avec <em>boum boum, tralala<\/em>. Le tout para\u00eet squelettique et \u00e9trange (il y\u2019a peut-\u00eatre du charme \u00e0 l\u2019\u00e9trange?) et le tout se conclut avec et dans un rire d\u00e9lirant qui r\u00e9v\u00e8le que tout ceci est d\u00e9risoire. La fin est comique, le spectateur rit. Mon dernier \u00e9tonnement va donc au public. Il est toujours trop content, il est malade de contentement. Il approuve ce d\u00e9lire et le porte en triomphe ; de mon c\u00f4t\u00e9, j&rsquo;applaudis les techniciens et les ex\u00e9cutants, qui sont admirables, et non la froideur de cette cr\u00e9ation, ni ces id\u00e9es ti\u00e8des que l&rsquo;on a jet\u00e9es sur sc\u00e8ne, \u00e0 corps perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Marvin ADOUL<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Op\u00e9ra Garnier re\u00e7oit durant cet automne la cr\u00e9ation de Crystal Pite, plus pr\u00e9cis\u00e9ment un ballet chor\u00e9graphi\u00e9 par celle-ci et d\u00e9compos\u00e9 en trois parties pens\u00e9es comme des \u00ab Figures \u00bb. Du XX\u00e8me si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 nos jours, cette notion de \u00ab figure \u00bb abonde : elle enrubanne la litt\u00e9rature, notamment au sein du mouvement structuraliste. C\u2019est un v\u00e9ritable biais par lequel s\u2019appr\u00e9hendent les arts ; d\u00e9sormais, l\u2019on aime que toutes choses soient d\u00e9limit\u00e9es. D\u00e9sormais, l\u2019on donne \u00e0 penser que l\u2019on souhaite butiner les arts non pas comme des spectateurs motiv\u00e9s par l\u2019exercice de subjectivit\u00e9, mais comme des spectateurs qui voudraient faire \u00e9conomie de temps et de curiosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Body and Soul <\/em>est d\u00e9compos\u00e9 en trois figures, donc. Chacune des chor\u00e9graphies de Crystal Pite voit sa sc\u00e8ne partag\u00e9e en deux et d\u00e8s lors, l\u2019on peut avoir l\u2019impression de voir se profiler deux ventricules en exercice, de voir s\u2019exercer l\u2019effort de coordination entre deux entit\u00e9s diff\u00e9rentes. Cette masse de corps mouvante enfle et d\u00e9-enfle, acheminant l\u2019ensemble de la repr\u00e9sentation vers l\u2019av\u00e8nement d\u2019une monstrueuse fr\u00e9n\u00e9sie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier morceau, car c\u2019en est un, superpose \u00e0 la chor\u00e9graphie une voix narrative : les corps se touchent \u00e0 mesure que la voix, monotone, \u00e9met \u00ab cou contre cou \u00bb. Or, loin d\u2019\u00eatre gris\u00e9, l\u2019on attend quelque fois que la danse puisse \u00eatre un id\u00e9al figuratif, m\u00e9taphysique \u00e0 en devenir exempt d\u2019un superflu verbal. Le troisi\u00e8me morceau est d\u00e9lirant et c\u2019est le point culminant de ce monstre de repr\u00e9sentation : musique assourdissante, des danseurs comme des mutants, un y\u00e9ti pour guide. Et, entre ces deux morceaux oppressants, est \u00e9mis en guise d\u2019acte II une bulle davantage rattach\u00e9e \u00e0 un h\u00e9ritage classique, dans laquelle l\u2019histoire de deux \u00eatres se m\u00eale aux musiques de Chopin et d\u2019autres.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On se demande souvent ce par quoi les artistes sont motiv\u00e9s. Le ballet de Crystal Pite est bien \u00e9videmment joli, il est plaisant d\u2019assister \u00e0 ces chor\u00e9graphies dans lesquelles chaque mouvement est a\u00e9rien et permet de sentir un tant soit peu l\u2019exercice des lois gravitationnelles. Cependant il manque, \u00e0 tous ces arts en morceaux, de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, un brin de simplicit\u00e9 exempt de concepts : il manque un fil tenu et continu, peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&#8212; Julia VALETTE<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Body and Soul: \u00e0 la qu\u00eate de dualit\u00e9<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le grand succ\u00e8s de <em>The Seasons\u2019 Canon<\/em> en 2016, Crystal Pite revient au <strong>Palais Garnier<\/strong> avec sa nouvelle cr\u00e9ation <em>Body and Soul<\/em>. La chor\u00e9graphe canadienne fait ici repr\u00e9senter un ballet en trois actes, avec un entracte et un pr\u00e9cipit\u00e9, et dont la dur\u00e9e totale est d\u20191h15.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s marqu\u00e9s par la dualit\u00e9, les deux premiers actes s\u2019accompagnent de la voix de Marina Hands et se d\u00e9roulent dans une alternance duos\/ensembles d\u2019o\u00f9 se d\u00e9gagent les rapports contradictoires entre l\u2019individu et le groupe, entre Figure 1 et Figure 2. D\u2019ailleurs, le contraste entre le noir et le blanc de la d\u00e9coration, des lumi\u00e8res et des costumes accentue cet effet. La conception de la danse chez Pite pourrait \u00eatre tout \u00e0 fois conflits et communication, ou bien une sollicitation \u00e9ternelle entre la coh\u00e9sion et la s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans <em>The Seasons\u2019 Canon<\/em>, Pite met l\u2019accent sur la continuit\u00e9 et l\u2019harmonie, accomplies par l\u2019encha\u00eenement des mouvements de corps &#8211; sans oublier la finesse des petits gestes individuels, issus du balancement des diff\u00e9rentes parties du corps, afin de montrer la correspondance et la fluidit\u00e9 de la danse et de la musique. Cependant, l\u2019originalit\u00e9 de <em>Body and Soul<\/em> tient aux mots simples d\u00e9crits par Hands : <em>droit, gauche, front, menton, poitrine, genoux\u2026 <\/em>qui indiquent les mouvements des danseurs. Ce sont des mots qui commandent au&nbsp; <em>Body<\/em>, \u00e0 son <em>mouvement<\/em>, et le mouvement de <em>Body<\/em> est effectivement celui d\u00e9crit par \u201c<em>Soul<\/em>\u201d. On dirait que <em>Body<\/em> et (<em>and<\/em>) <em>Soul<\/em> sont deux \u00e9l\u00e9ments essentiels et indissociables de la danse. Tous les deux doivent aller de pair.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant qu\u2019oeuvre tr\u00e8s structur\u00e9e, le d\u00e9roulement des trois actes ne me para\u00eet cependant pas tout \u00e0 fait coh\u00e9rent. Par rapport aux deux premiers actes, le troisi\u00e8me acte s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rent, brusque m\u00eame. Les corps des danseurs sont envelopp\u00e9s dans des combinaisons m\u00e9talliques, la danse est assez m\u00e9canique et \u00e9trange avec des bruits \u00e9lectroniques. Tout cela donne une impression de modernit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 s\u2019\u00e9tait jusqu\u2019alors tenue l\u2019inspiration n\u00e9o-classique qui caract\u00e9rise la danse contemporaine chez Pite. Sur la sc\u00e8ne brillante et dor\u00e9e, les extraterrestres s&rsquo;amusent dans une ambiance de carnaval. La danse avec des pattes pointues efface les traits humains. Cette partie du ballet s\u2019inscrit sans doute dans l\u2019intention de montrer une certaine animalit\u00e9 &#8211; au contraire de l\u2019humanit\u00e9, qui dispose plut\u00f4t d\u2019un plaisir exaltant et sauvage. Ce que Pite cherche dans ces trois actes, c\u2019est, en d\u00e9pit de mani\u00e8res prot\u00e9iformes et plus ou moins r\u00e9ussies de repr\u00e9senter, le dualisme existant dans toutes les circonstances et \u00e0 tous les moments.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Chenghui Shi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : Galerie OnP, (c) Julien Benhamou. H\u00e9lo\u00efse Bourdon, Axel Ibot Nouvelle \u00e9toile de la danse contemporaine, la chor\u00e9graphe et danseuse canadienne Crystal Pite revient sur le devant de la sc\u00e8ne avec son nouveau ballet intitul\u00e9 Body and Soul. 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