{"id":13681,"date":"2019-11-21T17:36:08","date_gmt":"2019-11-21T16:36:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13681"},"modified":"2019-11-21T17:36:08","modified_gmt":"2019-11-21T16:36:08","slug":"the-jungle-book-robert-wilson-mise-en-scene-cocorosie-musique-theatre-13eme-art-novembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13681","title":{"rendered":"The Jungle Book \/ Robert Wilson (mise en sc\u00e8ne), CocoRosie (musique) \/ Th\u00e9\u00e2tre 13\u00e8me Art \/ Novembre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate : <\/strong><a aria-label=\"Galerie de Robert Wilson (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/www.robertwilson.com\/jungle-book\" target=\"_blank\">Romain Tissot<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Jungle Book, <\/em>le grand bal freak-pop de Robert Wilson et CocoRosie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jungle Book<\/em>, soit une grande et joyeuse (con)fusion entre le monde animal et celui des hommes. Fable extravagante \u00e0 l&rsquo;absurde singulier, ce nouveau spectacle de Bob Wilson en collaboration avec le duo musical CocoRosie est une ode \u00e0 la libert\u00e9; libert\u00e9 de ton, d&rsquo;adaptation et de cr\u00e9ation. Cette com\u00e9die musicale propose par ses chansons, ses danses et sa sc\u00e9nographie une interpr\u00e9tation tr\u00e8s libre de l\u2019\u0153uvre originale de Kipling, distillant au sein de la narration beaucoup de fra\u00eecheur et d\u2019ironie.<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00ab Jungle \u00bb de n\u00e9ons \u00e0 la lumi\u00e8re intermittente, un rideau satur\u00e9 de couleurs \u00e9lectriques, du jazz grin\u00e7ant, des musiciens \u00e0 d\u00e9couvert\u2026 Le spectateur fra\u00eechement install\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 transport\u00e9 dans l&rsquo;onirisme de la jungle wilsonienne &#8211; un onirisme moderne, in\u00e9dit, d\u00e9routant o\u00f9 <em>beatboxing<\/em> et jazz, caddies et plantes font bon mariage. La narratrice-\u00e9l\u00e9phant annonce ses pairs avant m\u00eame de commencer \u00e0 conter l&rsquo;histoire, chaque animal apparaissant comme une \u00ab star \u00bb qui participerait \u00e0 ce grand<em> freak show<\/em> riant et acidul\u00e9. Les dix com\u00e9diens, voix de cette jungle volontairement artificielle, affichent tous une allure minutieusement travaill\u00e9e qui sugg\u00e8re l&rsquo;animalit\u00e9 plus qu&rsquo;elle ne la mime. Cela repose parfois sur un d\u00e9tail &#8211; comme les griffes, les oreilles ou encore des gestes-<em>leitmotiv<\/em> \u00e9vocateurs. La jungle devient le lieu d&rsquo;une d\u00e9monstration lib\u00e9ratrice pour ces personnages qui exacerbent tous une \u00e9tranget\u00e9\/une excentricit\u00e9 propre, chacun poss\u00e9dant une signature vocale et corporelle assum\u00e9e. <em>Jungle Book <\/em>c\u00e9l\u00e8bre ainsi toutes les morphologies, tous les corps mais aussi toutes les voix, tous les timbres. Bob Wilson ne cherche pas directement \u00e0 questionner le rapport entre l&rsquo;animal et l&rsquo;humain, mais explore plut\u00f4t l\u2019animalit\u00e9, le potentiel animal de chacun. Cette charge animale se veut positive, elle lib\u00e8re les corps des com\u00e9diens dont le jeu semble en \u00eatre une exploration. Les cheveux de l\u2019acteur deviennent par extension les oreilles de Baloo, sa voix rauque et bestiale sugg\u00e8re celle de l\u2019ours afin que nous ne sachions plus qui nous rappelle qui : l\u2019homme l\u2019animal ou l\u2019animal, l\u2019homme?<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une jungle hi\u00e9rarchis\u00e9e \u00e0 l\u2019image de celle des hommes, \u00e9nonc\u00e9e par Kipling, est l\u2019occasion pour Wilson de fantasmer, de m\u00e9caniser le milieu naturel en d\u00e9ployant une sc\u00e9nographie \u00e0 praticables, \u00e0 cordes, \u00e0 herbus synth\u00e9tiques et autres chariots \u00e0 roulettes, une jungle o\u00f9 l&rsquo;homme est partout. Si la <em>Loi <\/em>maintient l\u2019ordre &#8211; elle emp\u00eache Shere Khan de d\u00e9vorer Mowgli &#8211; elle ne peut rien contre le d\u00e9sordre esth\u00e9tique. Le code de la jungle est mat\u00e9rialis\u00e9 par un grand livre rouge en pop-up que le \u00ab petit d\u2019homme \u00bb feuill\u00e8te avec attention. Alors, le livre s&rsquo;ouvre &#8211; laissant apercevoir ses pages en volume, toutes blanches\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor, qui se fait et se d\u00e9fait sous nos yeux avec des changements de plateaux apparents, propose des fresques aux images in\u00e9dites. Parmi les tableaux qui s\u2019encha\u00eenent, le spectacle saisissant d\u2019un tribunal de t\u00e9l\u00e9s obsol\u00e8tes, amoncellement d&rsquo;un modernisme sur lequel on s\u2019assoie litt\u00e9ralement. Pourtant Wilson ne semble pas d\u00e9livrer un quelconque \u00ab message \u00bb : le sens est visuel.<\/p>\n\n\n\n<p>La cruaut\u00e9 de l\u2019Homme, \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 travers le t\u00e9moignage de la panth\u00e8re Bagheera, ou encore par la pr\u00e9sence du chasseur au teint blafard, ne donne pas lieu \u00e0 une v\u00e9ritable critique. L\u2019homme arm\u00e9 est ridiculis\u00e9 et ne fait jamais usage de son fusil. Il en va de m\u00eame pour la cruaut\u00e9 animale repr\u00e9sent\u00e9e par le tigre Shere Khan. Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un spectacle adapt\u00e9 \u00e0 un jeune public, Wilson ne cherche pas \u00e0 moraliser son audience, mais plut\u00f4t \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la fable. Pas de manich\u00e9isme, pas de marges : ici, \u00ab gentils \u00bb et \u00ab m\u00e9chants \u00bb dansent et chantent ensemble dans le m\u00eame bal sympathique et d\u00e9lirant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Jungle Book<\/em>,<em> <\/em>l\u2019absurde est donc un rire, celui de la femme-\u00e9l\u00e9phant; un sourire fig\u00e9, celui du mi-solaire\/mi-lunaire Mowgli. Il est encore une r\u00e9plique qu\u2019on r\u00e9p\u00e8te comme un refrain, ou un nourrisson en plastique qui appara\u00eet et dispara\u00eet de mani\u00e8re inattendue. Pourtant, le rire wilsonien est chaud, il ne cr\u00e9e pas de malaise. Wilson, CocoRosie et tous les com\u00e9diens r\u00e9ussissent le pari d&rsquo;un absurde \u00e9dulcor\u00e9, un absurde dont on pressent l\u2019angoisse sans r\u00e9ellement l\u2019\u00e9prouver, s\u2019adressant de fait plus ais\u00e9ment \u00e0 un jeune public. Mais en fondant la dimension d\u00e9cal\u00e9e de l\u2019adaptation, l\u2019ironie \u00e0 l\u2019\u0153uvre (notamment dans les chansons en anglais) fait de ce spectacle autre chose qu\u2019une simple fable pour enfants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, on peut \u00eatre g\u00ean\u00e9 par la pluralit\u00e9 des adresses sans doute mal \u00e9quilibr\u00e9e par moments, la pi\u00e8ce manquant peut-\u00eatre sa cible en voulant viser tout le monde. On aimerait parfois que l&rsquo;absurde d\u00e9range, que l&rsquo;ironie soit plus appuy\u00e9e, plus prononc\u00e9e &#8211; ou bien que l&rsquo;adresse au jeune public soit un peu plus clairement assum\u00e9e. Ce spectacle, qui est une r\u00e9ussite d\u2019un point de vue esth\u00e9tique, peut nous laisser sur notre faim, bien que l\u2019on reparte chez soi avec la m\u00e9lodie finale en t\u00eate\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Emilie SAINT-PASTOU&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir tourn\u00e9 en rond pendant vingt minutes sur la Place d\u2019Italie et m\u2019\u00eatre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment dirig\u00e9e vers un vigile, je m\u2019engouffre dans le <strong>Th\u00e9\u00e2tre du 13\u00e8me Art<\/strong> et descends les escaliers. Le lieu est atypique et pour le moins original : le sous-sol d\u2019un centre commercial.<\/p>\n\n\n\n<p>Me voil\u00e0 plong\u00e9e dans une foule de gens o\u00f9 la diversit\u00e9 et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, comme dans la jungle, sont les ma\u00eetres-mots. Certains parlent anglais, d\u2019autres fran\u00e7ais. De jeunes enfants d\u2019\u00e0 peine sept ans courent dans tous les sens, rattrap\u00e9s par leur m\u00e8re \u00e0 bout de souffle, tentant de les faire tenir en place dans la queue qui m\u00e8ne \u00e0 la salle de spectacle. Plus loin, des personnes d\u2019un \u00e2ge plus m\u00fbr discutent de leurs esp\u00e9rances et des pr\u00e9c\u00e9dentes mises en sc\u00e8ne de Robert Wilson. \u00c9tant venue sans id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues et vierge de toute attente, je laisse mon oreille tra\u00eener dans ces conversations et tente d\u2019imaginer ce que pourrait \u00eatre la pi\u00e8ce.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>19h40, l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre grouille de monde. En face de nous, six n\u00e9ons verts en forme de lettres clignotent par intermittence. Six n\u00e9ons verts, et un mot suspendu : JUNGLE.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les bavardages et les causeries entre spectateurs n\u2019ont m\u00eame pas encore cess\u00e9 &#8211; et la lumi\u00e8re \u00e9claire toujours la salle, qu\u2019un formidable et sauvage <em>brouhaha<\/em> s\u2019\u00e9l\u00e8ve <em>crescendo<\/em>. Je me retourne, tends l\u2019oreille \u00e0 gauche avec cette \u00e9trange impression qu\u2019un singe est derri\u00e8re moi ; puis \u00e0 droite, o\u00f9 j\u2019entends le barrissement d\u2019un \u00e9l\u00e9phant. Le public s\u2019excite et gesticule, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de cette polyphonie. Le travail sur le son est tr\u00e8s ing\u00e9nieux : il est \u00e0 la fois partout et nulle part. Le chahut des animaux et cette sorte de d\u00e9flagration sonore n\u2019\u00e9manent pas uniquement de la sc\u00e8ne, mais de toute la salle : Robert Wilson et CocoRosie cosignent une immersion compl\u00e8te et r\u00e9aliste dans la jungle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Jungle Book<\/em> est une revisite du <em>Livre de la Jungle<\/em> de Rudyard Kipling. En effet, Robert Wilson m\u00e9tamorphose et renouvelle l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9crivain britannique tout en gardant \u00e0 l\u2019esprit un fil rouge : le cheminement et la vie de Mowgli, jalonn\u00e9s de tribulations, de d\u00e9couvertes et d\u2019aventures, \u00e0 la fois dans le monde de la jungle et dans celui des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9merveill\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne et le choix des d\u00e9cors. Cette recomposition minimaliste de la jungle, cette atmosph\u00e8re \u00e9pur\u00e9e et ces lumi\u00e8res entrecoup\u00e9es et cisel\u00e9es m\u2019ont faite replonger dans le monde de l\u2019enfance. Plut\u00f4t agr\u00e9able, comme sensation. Par exemple, l\u2019immense d\u00e9coupage d\u2019herbe dans du papier blanc r\u00e9appara\u00eet tout au long de la pi\u00e8ce et cr\u00e9e un fin d\u00e9calage avec les costumes des com\u00e9diens ; des costumes aux couleurs vives, parsem\u00e9s de paillettes et accompagn\u00e9s de maquillages \u00e0 la fois amusants et ludiques. Certes, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une jungle tr\u00e8s imag\u00e9e &#8211; mais garante d\u2019une explosion visuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la sc\u00e9nographie de Wilson nous fait part d\u2019une r\u00e9flexion int\u00e9ressante sur le monde d\u2019aujourd\u2019hui. La colline, voire l\u2019amas de t\u00e9l\u00e9viseurs usag\u00e9s en ombres chinoises nous interroge : que reste-t-il de la nature dans nos cultures ? Ou encore, le monde dans lequel nous \u00e9voluons rompt-il avec son origine naturelle ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, on tend presque vers l\u2019effacement du conte tant la lumi\u00e8re et la musique sont omnipr\u00e9sents. Cette mise en sc\u00e8ne remarquable et impressionnante en devient presque aveuglante et aga\u00e7ante : un plaisir et une explosion de couleurs pour les yeux, quoiqu\u2019\u00e0 la limite de l\u2019exc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Robert Wilson a voulu m\u00e9langer tous les genres : arts du cirque, chant, danse et th\u00e9\u00e2tre &#8211; mais est-il bien s\u00fbr de ne pas en avoir perdu la substance ? \u00c0 trop vouloir hypnotiser le public devant ce panel de styles, le jeu th\u00e9\u00e2tral est peut-\u00eatre pass\u00e9 \u00e0 la trappe. Dommage\u2026 Robert Wilson d\u00e9crit ce spectacle comme un \u00ab th\u00e9\u00e2tre musical \u00bb, je lui donnerais plut\u00f4t le nom de \u00ab com\u00e9die musicale \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, et m\u00eame si le th\u00e9\u00e2tre manque cruellement \u00e0 ce spectacle, je tiens \u00e0 saluer le talent et la fabuleuse \u00e9nergie d\u00e9ploy\u00e9e par les com\u00e9diens (qui se r\u00e9v\u00e8lent plut\u00f4t \u00eatre des chanteurs) et les musiciens. La musique compos\u00e9e par CocoRosie est entra\u00eenante et dynamique : un vrai plaisir pour l\u2019oreille ! En outre, dans l\u2019orchestre situ\u00e9 \u00e0 gauche de la sc\u00e8ne \u2014 dans un l\u00e9ger renfoncement \u2014, s\u2019entrem\u00ealent m\u00e9lodies classiques et musique plus moderne gr\u00e2ce \u00e0 la virtuosit\u00e9 du trompettiste, du guitariste et de la violoniste et \u00e0 la dext\u00e9rit\u00e9 du <em>beatmaker<\/em> (\u00ab faiseur de sons \u00bb).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En bref, de cette pi\u00e8ce ressort un avis mitig\u00e9. Je me suis bien amus\u00e9e certes, mais les partis pris sc\u00e9niques, sonores et th\u00e9\u00e2traux se sont pour ma part r\u00e9v\u00e9ler \u00eatre \u00e0 double tranchant.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Julia LEMONNIER<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cette soir\u00e9e de novembre 2019, Robert Wilson nous propose de revisiter le classique de Rudyard Kipling, <em>The Jungle Book<\/em> (<em>Le livre de la jungle).<\/em> Pour ce faire, le dramaturge investit le <strong>Th\u00e9\u00e2tre Le 13\u00e8me Art <\/strong>avec une version moderne et dansante.<\/p>\n\n\n\n<p>La musique est particuli\u00e8rement bien assur\u00e9e par quatre musiciens (dont le <em>beatboxer<\/em> Tez, tr\u00e8s dou\u00e9) qui varient les instruments et les styles avec prestance! Les acteurs sont \u00e9galement tr\u00e8s bons, tant dans leur jeu en fran\u00e7ais que dans leurs chants en anglais. Tous incorporent un certain type de mouvement et\/ou de gestuelle, rappelant les tendances du disco et donnant une coh\u00e9rence profonde \u00e0 la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut regretter que cette coh\u00e9rence soit mise \u00e0 mal par les choix de costumes. L\u2019usage de pantalons, robes et vestes de costume met en avant une certaine volont\u00e9 d\u2019humaniser les animaux, contrebalanc\u00e9e par l\u2019usage d\u2019un maquillage et d\u2019accessoires mimant les attributs des animaux. La modernit\u00e9 de ces costumes r\u00e9actualise la port\u00e9e de la pi\u00e8ce. D\u2019une part, la couleur et les tissus de certains restent sobres et efficaces pour allier humanit\u00e9 et animalit\u00e9 : le velours noir de la robe port\u00e9e par l\u2019actrice jouant la panth\u00e8re, ou encore le pantalon beige de l\u2019acteur torse-nu qui incarne \u00e0 lui seul tous les singes de la jungle. D\u2019autre part, cependant, certains costumes se r\u00e9v\u00e8lent moins efficaces. Le couple de loups qui recueille le jeune Mowgli, ainsi que son fid\u00e8le ami &#8211; l\u2019ours Balou, par exemple : tous sont incarn\u00e9s par des com\u00e9diens dont les costumes sont tr\u00e8s color\u00e9s, aux motifs un peu \u00e9tranges, <em>flashy <\/em>et aux d\u00e9tails presque <em>kitsch<\/em>. \u00ab Loup \u00bb est brod\u00e9 en paillettes sur la veste en jean du p\u00e8re Loup Akela, chef de meute ; de la m\u00eame mani\u00e8re, Balou voit une t\u00eate d\u2019ours quelque peu agressive imprim\u00e9e sur le dos de son <em>T-shirt<\/em>. Le manque de coh\u00e9rence rend ces costumes inefficaces, les inscrivant d\u2019une fa\u00e7on \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019horizon d\u2019attentes, ce qui fr\u00f4le le non-sens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019inverse, les d\u00e9cors sont plut\u00f4t \u00e9pur\u00e9s et laissent une grande place \u00e0 l\u2019imagination et \u00e0 l\u2019appropriation. L\u2019empilement de vieux \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision pour repr\u00e9senter des montagnes rocheuses est particuli\u00e8rement bien venu. Utilis\u00e9s pour les sc\u00e8nes de jugement, ces monts d\u2019\u00e9crans noirs cr\u00e9ent un pont entre la fiction et la r\u00e9alit\u00e9. Ils semblent \u00eatre pos\u00e9s l\u00e0 pour rappeler que les hauts sommets propos\u00e9s par la Nature comme lieu de jugement semblent avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9s par les hommes, tout en permettant de donner le dernier mot \u00e0 ces \u00e9crans qu\u2019on empile dans nos vies. Les personnages du <em>Livre de la jungle<\/em> demeurent des animaux pour lesquels, sur sc\u00e8ne comme dans la r\u00e9alit\u00e9, ces \u00e9crans s\u2019apparentent simplement \u00e0 un amas solide sur lequel ils s\u2019\u00e9l\u00e8vent. Montagne ou d\u00e9charge? Il faut avoir les yeux d\u2019un humain pour y voir des d\u00e9bris de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, la force de la mise en sc\u00e8ne de Robert Wilson r\u00e9side dans les diff\u00e9rentes lectures possibles. Ce spectacle n\u2019est pas destin\u00e9 uniquement aux enfants, ni uniquement aux adultes. Si la narration est simple, aussi abordable que la version <em>Disney<\/em>, des \u00e9chos subtils au monde contemporain se laissent trouver ici et l\u00e0. <em>The Jungle Book<\/em> am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir petits et grands ; chacun comprend le propos \u00e0 sa mani\u00e8re, mais tous repartent en fredonnant les m\u00e9lodies du spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Alice CLABAUT<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Ce th\u00e9\u00e2tre musical de Robert Wilson est une r\u00e9adaptation du livre de Rudyard Kipling, Le livre de la Jungle. La musique et les paroles sont issues de CocoRosie, un projet musical men\u00e9 par Sierra et Bianca Casady. Dans cette repr\u00e9sentation, neuf acteurs \u00e9taient pr\u00e9sents sur sc\u00e8ne pour incarner les di\ufb00\u00e9rents personnages : il y avait Astrid Bayiha, Aurore Dion, Na\u00efs El Fassi, Yuming Hey, Roberto Jean, Jo Moss, Nancy NKudi, Fran\u00e7ois Pain-Douzenel et Ga\u00ebl Sall. Robert Wilson, dans son th\u00e9\u00e2tre musical, a souhait\u00e9 cr\u00e9er un spectacle qui puisse r\u00e9unir tous les \u00e2ges &#8211; et il a enti\u00e8rement r\u00e9ussi puisqu\u2019adultes et enfants sont rest\u00e9s fascin\u00e9s par les costumes et le talent des personnages. Nous avons rigol\u00e9. N\u00e9anmoins, derri\u00e8re l\u2019exub\u00e9rance et le comique apparents de cette repr\u00e9sentation, il ne faut pas nier la dimension p\u00e9dagogique\/critique pr\u00e9sente dans les d\u00e9cors, dans les paroles et dans les actions des personnages.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, Robert Wilson traite dans son <em>Jungle Book <\/em>de questions contemporaines, notamment sur la pollution. Il montre par le choix des d\u00e9cors que l\u2019Homme d\u00e9truit la Terre &#8211; par exemple, quand les animaux de la jungle se r\u00e9unissent pour leur conseil sur un tas de t\u00e9l\u00e9visions usag\u00e9es, alors que nous pouvons retrouver ces m\u00eames \u00e9crans dans le village des hommes. Robert Wilson veut nous montrer que ce sont les hommes qui d\u00e9gradent la Nature et qui poussent les animaux \u00e0 s\u2019en aller, \u00e0 dispara\u00eetre. Il tient ainsi \u00e0 faire une critique de la soci\u00e9t\u00e9 humaine. Les animaux, dans ce conte, paraissent plus humanis\u00e9s que les personnages humains. On le voit visuellement, avec les costumes. Les animaux sont v\u00eatus comme des hommes, et leurs caract\u00e9ristiques animales ne se voient que par des clich\u00e9s. L\u2019\u00e9l\u00e9phante Hatchi porte une robe blanche et des talons, cependant elle a gard\u00e9 ses \u00e9normes oreilles et une seule de ses pattes. Leur attitude est aussi celle des hommes, avec une dimension critique &#8211; bien \u00e9videmment. Nous nous rappellerons ainsi de Baloo qui, tenant un cadis pour d\u00e9noncer la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, est compl\u00e8tement ivre. Les animaux sont plus moraux que les hommes. Ils ont une vraie justice dans la jungle, et celle-ci parait plus logique que celle des hommes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans leurs paroles, les animaux sont dot\u00e9s de raison tandis que lorsque l\u2019homme appara\u00eet sur sc\u00e8ne, il semble d\u00e9muni de tout raisonnement, il ne sait plus parler, est repr\u00e9sent\u00e9 comme un homme qui ne sert qu\u2019\u00e0 tuer avec son fusil. C\u2019est d\u2019ailleurs pour cette raison que Mowgli ne revient que peu de temps dans son village : il ne comprend pas le langage des hommes. De nombreuses r\u00e9p\u00e9titions dans ses paroles montrent que le langage de l\u2019homme est insens\u00e9. On a m\u00eame l\u2019impression que Mowgli est incapable de comprendre leurs r\u00e8gles, leurs comportements &#8211; alors qu\u2019il s\u2019est tr\u00e8s bien acclimat\u00e9 aux lois de la Jungle. La panth\u00e8re Bagheera donnera m\u00eame une le\u00e7on \u00e0 Mowgli en pronon\u00e7ant ces mots \u00ab ce n\u2019est qu\u2019un homme \u00bb. Elle essaye par ce biais de montrer que l\u2019homme s\u2019est perdu dans sa volont\u00e9 de dominer, et que cela ne sert \u00e0 rien de chercher \u00e0 le comprendre, le r\u00e8gne animal demeurant le seul \u00e0 \u00eatre encore pur&#8230; mais pour combien de temps ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Camille MASSON<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Le nouveau spectacle du cr\u00e9ateur et metteur en sc\u00e8ne Robert Wilson, <em>The Jungle Book<\/em>, coproduit par le <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la ville de Paris<\/strong> en collaboration avec le projet musical CocoRosie, nous plonge dans le monde de Mowgli, personnage principal de l\u2019ouvrage Le livre de la Jungle de l\u2019\u00e9crivain anglais et laur\u00e9at 1907 du Prix Nobel de Litt\u00e9rature, Rudyard Kipling.<\/p>\n\n\n\n<p>Un spectacle dont le narrateur est l\u2019un des animaux les plus sages de la jungle : l\u2019\u00e9l\u00e9phante Hathi nous raconte l\u2019histoire de ce tout jeune enfant, Mowgli &#8211; dr\u00f4le de petit homme qui, par le hasard du destin, est accueilli au sein d\u2019une meute de loups et, d\u00e8s lors, devra affronter avec valeur et persistance l&rsquo;implacable loi de la jungle.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette aventure, qui se d\u00e9roule dans la fin fond de la jungle indienne, est originalement repr\u00e9sent\u00e9e par Robert Wilson au moyen d\u2019un d\u00e9cor construit avec des mat\u00e9riaux recycl\u00e9s, et dont le jeu des lumi\u00e8res aux couleurs chatoyantes et fluorescentes est en parfaite symbiose avec le spectacle. On a l\u2019impression de se trouver dans un monde color\u00e9, tant\u00f4t dynamique et explosif, tant\u00f4t plus lent et po\u00e9tique. Les costumes et le d\u00e9cor nous rappellent l\u2019abstraction g\u00e9om\u00e9trique, laquelle cr\u00e9e un certain dynamisme &#8211; notamment dans la sc\u00e8ne entre les animaux sauvages, digne d\u2019une toile qui aurait \u00e9t\u00e9 peinte \u00e0 la fa\u00e7on de Kandinsky.<\/p>\n\n\n\n<p>Un <em>casting<\/em> compos\u00e9 de jeunes et d\u2019\u00e9minents com\u00e9diens : chaque personnage, ou plut\u00f4t, chaque animal de la jungle nous apporte son grain de g\u00e9nie, minutieusement choisi par Robert Wilson. Qu\u2019adviendrait-il du jeune Mowgli sans la protection de la panth\u00e8re Bagheera ? Sans la direction et la sagesse de l\u2019ours Baloo face \u00e0 son ennemi, le tigre Shere Khan ? Chacun trouve sa place dans la sc\u00e8ne, enrichissant de son propre talent l\u2019adaptation du laur\u00e9at Anglais.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, la participation de deux s\u0153urs am\u00e9ricaines, Sierra et Bianca Casady (CocoRosie), du c\u00f4t\u00e9 de la cr\u00e9ation musicale apporte une touche de nature sauvage qui ne passe certainement pas inaper\u00e7ue. L\u2019ensemble musical compos\u00e9 par quatre musiciens &#8211; dont un <em>beatboxer<\/em>, nous livre un aper\u00e7u de l\u2019originalit\u00e9 et de la diversit\u00e9 musicale du projet CocoRosie. D\u2019ailleurs, on a l\u2019impression que Wilson fait la part belle \u00e0 la musique et au chant, lesquels sont, \u00e0 mon sens, le point fort de cette pi\u00e8ce th\u00e9\u00e2trale et musicale &#8211; ravissant l\u2019audience des \u201cpetites personnes\u201d, les enfants, comme celle des grands.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Robert Wilson nous offre un <em>show<\/em> unique et parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 tous les publics. Magn\u00e9tique et hypnotique, cette collaboration franco-am\u00e9ricaine ravit le spectateur de bout en bout. \u00c0 ne pas manquer, la pi\u00e8ce contemporaine se jouera au 13\u00e8me Art jusqu\u2019au 8 novembre 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; David CORDOVA MORALES<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : Romain Tissot Jungle Book, le grand bal freak-pop de Robert Wilson et CocoRosie Jungle Book, soit une grande et joyeuse (con)fusion entre le monde animal et celui des hommes. 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