{"id":13688,"date":"2019-11-27T12:38:31","date_gmt":"2019-11-27T11:38:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13688"},"modified":"2019-11-27T12:38:31","modified_gmt":"2019-11-27T11:38:31","slug":"samsara-jann-gallois-choregraphie-et-scenographie-theatre-national-de-chaillot-novembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13688","title":{"rendered":"Samsara\/ Jann Gallois (chor\u00e9graphie et sc\u00e9nographie)\/ Th\u00e9\u00e2tre national de Chaillot \/ Novembre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p> <strong>Image d&rsquo;ent\u00eate : <\/strong>Photo de r\u00e9p\u00e9tition &#8212; Agathe POUPENEY<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Artiste associ\u00e9e au\nTh\u00e9\u00e2tre National de la Danse de Chaillot depuis septembre 2017, Jann Gallois\npropose cet automne <em>Samsara<\/em>, une cr\u00e9ation qui puise dans la philosophie\nbouddhiste tib\u00e9taine, pour mettre \u00e0 jour les contraintes qui p\u00e8sent \u00e0 la fois\nsur le corps et l\u2019individu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce a un sens particulier pour l\u2019artiste, elle-m\u00eame bouddhiste depuis longtemps, puisqu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de sa septi\u00e8me cr\u00e9ation. Le chiffre sept r\u00e9sonne en elle \u2013 Jann Gallois le qualifie m\u00eame de \u00ab&nbsp;magique&nbsp;\u00bb &#8211; et c\u2019est en ce sens qu\u2019elle a choisi sept danseurs pour incarner cette pi\u00e8ce. D\u2019ailleurs, le chiffre sept trouve un \u00e9cho artistique et cosmique depuis la nuit des temps&nbsp;: il repr\u00e9sente les sept couleurs de l\u2019arc-en-ciel, les sept cordes de la lyre d\u2019Orph\u00e9e, les sept jours de la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute\nla pi\u00e8ce, qui dure une heure quinze, repose sur un dispositif sc\u00e9nique\nambitieux&nbsp;: un entrelacs de cordes tress\u00e9es noires qui relient les\ndanseurs entre eux. Ces cordes cristallisent ce que la philosophie bouddhiste\nappelle \u00ab&nbsp;attachement&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019importance que nous pouvons\naccorder aux choses substantielles, aux autres \u00eatres, ou m\u00eame \u00e0 la mat\u00e9rialit\u00e9\nde notre propre corps. L\u2019enjeu de cette cr\u00e9ation est justement de parvenir \u00e0\nbriser cet attachement, et de tendre \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9vation, \u00e0 la spiritualit\u00e9, au\ncontact avec notre moi int\u00e9rieur. <\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque le rideau s\u2019ouvre, nous d\u00e9couvrons le groupe, compact, reli\u00e9 par ces cordes qui les entravent. Pendant ce prologue, les danseurs ne font qu\u2019un, et se d\u00e9placent unanimement, repr\u00e9sentant le mim\u00e9tisme qui r\u00e9git nos actions en soci\u00e9t\u00e9. Puis ce mouvement de groupe se brise lorsqu\u2019ils semblent prendre conscience de leur singularit\u00e9, essayant alors de se d\u00e9tacher de leurs contraintes et de s\u2019\u00e9chapper. Tous ces efforts sont vains&nbsp;: leurs corps retombent lourdement sur le sol. Un des tableaux les plus marquants de la cr\u00e9ation de Jann Gallois est ce moment o\u00f9 deux danseuses essayent de toutes leurs forces de se rejoindre en une \u00e9treinte, que le reste du groupe s\u2019applique \u00e0 d\u00e9manteler, \u00e0 briser. On prend alors conscience de la pression, de la violence qu\u2019exerce le groupe sur l\u2019individu. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette oscillation entre fuite et coop\u00e9ration, mouvements coordonn\u00e9s et dissociations corporelles est sublim\u00e9e par la musique, une composition originale de Charles Amblard, qui alterne entre des temps l\u00e9gers, et d\u2019autres tr\u00e8s graves, pesants, \u00e0 la limite du supportable, compos\u00e9s de sortes de cr\u00e9pitements, symbolisant la souffrance physique des individus rejet\u00e9s ou oppress\u00e9s par le groupe. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui domine \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, c\u2019est la forme circulaire. Les danseurs s\u2019efforcent de retrouver une circularit\u00e9, une certaine harmonie. Soulignons en ce sens que \u00ab&nbsp;samsara&nbsp;\u00bb signifie en sanskrit \u00ab&nbsp;ce qui circule&nbsp;\u00bb, d\u00e9signant le cycle des r\u00e9incarnations spirituelles. Pour la troisi\u00e8me fois, une structure cylindrique descend des cintres, mais cette fois-ci, ce n\u2019est plus un technicien qui attache les corps inertes et \u00e9tendus des danseurs \u00e0 cette structure, mais bien ces derniers qui s\u2019y accrochent de leur propre volont\u00e9. La structure s\u2019\u00e9l\u00e8ve alors pour la derni\u00e8re fois, cristallisant donc une \u00e9l\u00e9vation spirituelle des \u00e2mes qui se d\u00e9tachent de leur emprise corporelle, ainsi que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une forme de transcendance, \u00e0 ce que le bouddhisme nomme le \u00ab&nbsp;nirvana&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>On peut en outre souligner le travail remarquable de Cyril Mulon, qui joue avec la lumi\u00e8re, d\u00e9voilant les ombres dansantes des corps lors du balai a\u00e9rien final, pendant que s\u2019\u00e9l\u00e8ve une fum\u00e9e repr\u00e9sentant peut-\u00eatre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un monde autre, \u00e0 un au-del\u00e0 o\u00f9 les \u00e2mes trouveront enfin la paix int\u00e9rieure. <\/p>\n\n\n\n<p>  &#8212; Charlotte DESPRE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">  \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai tout oubli\u00e9. J\u2019ai oubli\u00e9\nque nous sommes le 12 novembre. Qu\u2019il est 20h pass\u00e9es. Que je suis dans une\nsalle de spectacle de <strong>Chaillot<\/strong>,\nremplie d\u2019un public. Je suis litt\u00e9ralement hypnotis\u00e9e par le spectacle de danse\nqui se d\u00e9roule devant moi, <em>Samsara<\/em>,\nchor\u00e9graphi\u00e9 et sc\u00e9nographi\u00e9 par Jann Gallois. Le th\u00e8me chor\u00e9graphique est\nparticulier, et tout commence par le titre, \u00ab&nbsp;samsara&nbsp;\u00bb, qui signifie\nen sanskrit \u00ab&nbsp;l\u2019ensemble de ce qui circule&nbsp;\u00bb&nbsp;: donc\nl\u2019enchainement des existences que vit l\u2019\u00eatre humain avant de trouver la paix.\nCela s\u2019explique par la forte inspiration de la chor\u00e9graphe de la philosophie bouddhiste\nthib\u00e9taine&nbsp;: l\u2019id\u00e9e enti\u00e8re de la pi\u00e8ce r\u00e9side dans le fait de montrer les\ndanseurs chercher \u00e0 se lib\u00e9rer de l\u2019emprise qu\u2019ils ont les uns sur les autres,\npour atteindre la paix, tout en partant des contraintes de leur corps, et de\nl\u00e0, explorer leur relation aux autres. <\/p>\n\n\n\n<p>Les tableaux s\u2019enchainent, se\nfont, se d\u00e9font sans que l\u2019on ne s\u2019aper\u00e7oive de rien. Les mouvements aussi\ns\u2019enchainent, souvent secs, abrupts, et tourn\u00e9s vers le sol, ou gracieux, doux,\nquand soulev\u00e9s dans les airs. Tout cela est mis en valeur par la mise en\nsc\u00e8ne&nbsp;: un sol et des murs blancs, par lesquels passe la lumi\u00e8re, c\u2019est\ntout. Et ce qui marque, c\u2019est cette corde, symbole d\u2019attachement, accroch\u00e9e \u00e0\nchaque hanche des 7 danseurs et qui les relie les uns aux autres. Cette corde est\nle fondement m\u00eame de la chor\u00e9graphie, puisque les danseurs ne la retirent pas\nen une heure et quart de spectacle&nbsp;; parfois, elle est au service des\ndanseurs \u2013 cela leur permet des mouvements habituellement interdits par la\ngravit\u00e9-, souvent ils en sont victimes (ils cherchent souvent \u00e0 s\u2019en d\u00e9faire,\net la corde fait parfois l\u2019effet de fils reli\u00e9s \u00e0 des pantins, les obligeant \u00e0\nbouger malgr\u00e9 eux). <\/p>\n\n\n\n<p>La danse est litt\u00e9ralement\nendiabl\u00e9e. Lorsque le rideau se l\u00e8ve, et pendant une quinzaine de secondes,\nnous faisons face aux danseurs, immobiles. Puis ils se mettent \u00e0 danser,\nex\u00e9cutant les m\u00eames mouvements, marchant, r\u00e9alisant des sauts, s\u2019arr\u00eatant brusquement\npour rire ou \u00e9ternuer. Cela se reproduit comme un cycle une dizaine de fois,\nacc\u00e9l\u00e9rant jusqu\u2019\u00e0 ce que les danseurs ne puissent plus suivre physiquement,\navant qu\u2019un cri hurl\u00e9 n\u2019arr\u00eate tout&nbsp;: STOOOOOP&nbsp;! <\/p>\n\n\n\n<p>Cette id\u00e9e de cycle, et donc de\ncercle, se r\u00e9p\u00e8te beaucoup dans les mouvements de la partition. Les danseurs\nsont tr\u00e8s souvent en cercle, debout ou allong\u00e9s. Un danseur tire la corde,\ncherchant \u00e0 s\u2019extraire de la forme circulaire impos\u00e9e par le groupe, sans\nsucc\u00e8s, mais cela d\u00e9s\u00e9quilibre le cercle, et d\u2019autres danseurs sont entrain\u00e9s\npar l\u2019effet de la corde qui se soul\u00e8ve, et ex\u00e9cutent \u00e0 leur tour des figures.\nCe sch\u00e9ma se r\u00e9p\u00e8te tout au long de la pi\u00e8ce. Et vers la fin du spectacle, les\nprotagonistes se mettent \u00e0 tourner presque coll\u00e9s les uns aux autres, dans un\ncercle qui ne s\u2019arr\u00eate pas et donne une impression de folie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce, somme toute, si\nelle m\u2019a tant marqu\u00e9e, est parce qu\u2019elle est une v\u00e9ritable prouesse.<\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9ritable prouesse technique\nd\u2019abord&nbsp;: les danseurs sont totalement engag\u00e9s et d\u00e9vou\u00e9s dans leur danse,\nse jetant litt\u00e9ralement au sol pour se d\u00e9faire de la corde, et d\u00e9fiant les\nlimites du possible.<\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9ritable prouesse sportive ensuite&nbsp;: les danseurs se trouvent plus d\u2019une fois pendus en l\u2019air, accroch\u00e9s par les cordes \u00e0 un appareil tournant, qui les am\u00e8ne vers la paix qu\u2019ils cherchent&nbsp;: par ce biais des airs ils se mettent \u00e0 ex\u00e9cuter des formes au ralenti, gardent parfois presque une minute la t\u00eate en bas, se servant pour cela de leur propre corps guen\u00e9, mais aussi des cordes, et du corps des autres danseurs&nbsp;: dans le tableau final, ils r\u00e9alisent cette prouesse presque 15 minutes sans toucher le pied au sol. <\/p>\n\n\n\n<p>Seul b\u00e9mol \u00e0 la pi\u00e8ce, la\nlongueur de quelques tableaux, qui m\u2019ont fait rel\u00e2cher une fois ou deux\nl\u2019attention&nbsp;; mais au moment d\u2019applaudir, j\u2019\u00e9tais bouche b\u00e9e, le corps\ntotalement courb\u00e9 en tension et tendu vers la sc\u00e8ne&nbsp;: ce spectacle est\ndonc une v\u00e9ritable r\u00e9ussite. <\/p>\n\n\n\n<p> &#8212; Mathilde FONDANECHE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042  <\/p>\n\n\n\n<p>Avant que le spectacle ne d\u00e9marre, les ouvreurs distribuent un maigre dossier o\u00f9 l\u2019on peut retrouver un entretien avec Jann Gallois, la metteuse en sc\u00e8ne et chor\u00e9graphe du spectacle \u00ab&nbsp;<em>Samsara<\/em>&nbsp;\u00bb. On apprend que le spectacle qui va nous \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 est inspir\u00e9 du Bouddhisme, philosophie de vie qu\u2019elle a elle-m\u00eame adopt\u00e9e dans sa vie de tous les jours. Le spectateur est piqu\u00e9 dans sa curiosit\u00e9 puisqu\u2019il se demande comment la danse peut repr\u00e9senter la philosophie Bouddhiste. &nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p> Le rideau s\u2019ouvre et l\u2019on d\u00e9couvre sept danseurs, trois gar\u00e7ons, quatre filles dans un d\u00e9cor tr\u00e8s simple. Le parterre est blanc tout comme les parois form\u00e9es de trois rideaux qui entours la sc\u00e8ne et o\u00f9 se projettera plus tard la lumi\u00e8re&nbsp;; parfois blanche, parfois rouge et jaune. Les danseurs, tous pieds nus et habill\u00e9s de mani\u00e8re color\u00e9e, commencent \u00e0 danser sans musique. On remarque tout de suite qu\u2019ils sont reli\u00e9s par un entrelacs de corde noire, qui selon les entretiens, p\u00e8se pr\u00e8s de cent kilos. &nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Le premier tableau est un encha\u00eenement de mouvements qui traduit la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du monde. En effet, les interpr\u00e8tes utilisent leurs mains pour mimer le t\u00e9l\u00e9phone portable, ils se moquent du public, s\u2019entrelacent et courent d\u2019un point \u00e0 un autre. Ce sch\u00e9ma se r\u00e9p\u00e8te de plus en plus vite, comme s\u2019ils d\u00e9crivaient la boucle infernale de la routine. Au fur et \u00e0 mesure, un son r\u00e9p\u00e9titif se fait entendre comme un bourdonnement sourd, pas tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 l\u2019oreille.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 cette incompr\u00e9hension et pression du monde contemporain, les danseurs veulent \u00e9videmment s\u2019\u00e9chapper de cette sph\u00e8re infernale. Chacun leur tour, ils tentent de fuir mais la corde et les autres les en emp\u00eachent et les ram\u00e8nent au centre. On a ici l\u2019impression d\u2019une fatalit\u00e9, contre laquelle ils luttent sans cesse, sans succ\u00e8s. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Trois fois de suite, une sorte de plate-forme descend du ciel et un intervenant ext\u00e9rieur les accroche gr\u00e2ce \u00e0 la corde. Les deux premi\u00e8res fois, les interpr\u00e8tes sont contraints et se retrouvent en l\u2019air durant un temps certain. L\u2019image et les jeux de lumi\u00e8re montrent un tas de corps sans pour autant pouvoir bien les distinguer. La troisi\u00e8me fois que cette plate-forme descend du haut, les danseurs sont pr\u00eats, ils s\u2019accrochent eux-m\u00eames, ils ne sont plus contraints mais volontaires et effectuent des figures en l\u2019air qui sont tr\u00e8s agr\u00e9ables \u00e0 l\u2019\u0153il, puisqu\u2019ils donnent comme l\u2019impression de voler.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>On peut alors associer la philosophie Bouddhiste \u00e0 cette plate-forme qui finalement trouve la solution face \u00e0 cette vie vide de sens. En effet, les danseurs s\u2019agitent moins qu\u2019au d\u00e9but, sont plus s\u00fbrs de leurs mouvements et plus sereins. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>On peut cependant s\u2019interroger sur le terme de danse puisque pass\u00e9es les dix premi\u00e8res minutes, le spectateur a du mal \u00e0 percevoir de la danse. Les interpr\u00e8tes courent de tous les c\u00f4t\u00e9s, on a plus l\u2019impression de flou et d\u2019improvisation. La chor\u00e9graphie au sens classique du terme semble floue, mais c\u2019est en partie pour cela que l\u2019on parle de danse contemporaine pour ce genre de performance. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>La metteuse en sc\u00e8ne voulait avant tout mettre en sc\u00e8ne des \u00e9tats de corps par la d\u00e9composition articulaire des danseurs et il est vrai que son objectif artistique est ici r\u00e9ussi. Cependant, son message concernant le Bouddhisme n\u2019est pas forc\u00e9ment tr\u00e8s clair. Heureusement que ses entretiens sont distribu\u00e9s au d\u00e9but du spectacle. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>  &#8212; Hafi SIMON&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Samsara<\/em> ou le Cycle de Vie : Une Invitation \u00e0 l\u2019\u00c9veil et \u00e0 la Contemplation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord le silence, puis le mouvement. Les corps prennent peu \u00e0 peu forme et cr\u00e9ent un rythme, s\u2019engagent dans l\u2019espace, interagissent entre eux. Posant la question de l\u2019attachement, du recommencement et de la r\u00e9p\u00e9tition, ils d\u00e9roulent un cycle d\u2019une heure quinze dont nous ne savons rien ni de son commencement, ni de sa fin, et dont nous nous rem\u00e9morons encore le d\u00e9roulement apr\u00e8s que le rideau soit tir\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Donner \u00e0 m\u00e9diter sur nos relations \u00e0 notre environnement \u00e0 travers l\u2019expression du corps est l\u2019impulsion premi\u00e8re de la chor\u00e9graphe et interpr\u00e8te Jann Gallois dans sa pi\u00e8ce <em>Samsara<\/em>  (2019). Produite en association avec <strong>Chaillot <\/strong>\u2013 Th\u00e9\u00e2tre National de la Danse et repr\u00e9sent\u00e9e du6 au 17 novembre 2019, <em>Samsara <\/em>se d\u00e9ploie sur des tableaux bruts aux couleurs \u00e9pur\u00e9es. Le plateau blanc permet un jeu important sur les \u00e9clairages et la musique, qui bien souvent se r\u00e9sume \u00e0 une bande sonore \u00e9lectronique aux basses profondes et satur\u00e9es. Accompagn\u00e9e de six autres   danseurs contemporains, Gallois pousse les corps dans leur retranchement, les liant les uns aux autres par un immense entrelacs de cordes noires pesant pr\u00e8s de cent kilos, leur imposant ainsi de d\u00e9passer leurs limites dans une expression esth\u00e9tis\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p>Le groupe des sept entament alors une interpr\u00e9tation contrainte du cycle, du sa\u1e43s\u0101ra. Un temps marque d\u2019abord des gestes du quotidien, effectu\u00e9s en   synchronisation totale et entrecoup\u00e9s d\u2019\u00e9clatements de rire,d\u2019\u00e9changes   dans une langue ne faisant sens qu\u2019au sein du groupe. Attach\u00e9s en ronde du d\u00e9but \u00e0 la fin, les danseurs font d\u2019abord face au public, mettant en avant tant\u00f4t un individu tant\u00f4t un autre, l\u2019unit\u00e9 groupe formant une toile de fond constante au tableau. L\u2019impression de familiarit\u00e9 entre les individus,   d\u2019entente et d\u2019habitude dans la r\u00e9p\u00e9tition des mouvements tourne rapidement \u00e0 l\u2019\u00e9touffement, lorsque l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, chacun des   membres tentent de s\u2019individualiser et d\u2019\u00e9chapper \u00e0 leur condition d\u2019\u00eatres sociaux interd\u00e9pendants. Cette lutte acharn\u00e9e est vaine et meurtri\u00e8re \u2013 comment se relever quand tout notre monde est \u00e0 terre ? La lib\u00e9ration implique-t-elle un d\u00e9tachement total? Ce d\u00e9tachement est-il r\u00e9ellement atteignable et souhaitable ?<\/p>\n\n\n\n<p>A ces interrogations, chacun est libre d\u2019y apposer son interpr\u00e9tation. Le r\u00f4le du personnage du technicien, intervenant \u00e0 deux reprises dans le cycle, est celui de recharger les corps du principe vital qui les anime afin qu\u2019ils   renaissent et qu\u2019enfin ils trouvent la synchronie et la paix souhait\u00e9es. Dans une impressionnante installation a\u00e9rienne, les danseurs flottent, suspendus par leurs cordes au-dessus d\u2019un plateau embrum\u00e9, sur lequel se projettent leurs ombres telles une vision kal\u00e9idoscopique. Malgr\u00e9 toutes les attaches repr\u00e9sent\u00e9es de fa\u00e7on m\u00e9taphorique par la corde, nous ne distinguons plus qu\u2019harmonie et b\u00e9atitude. <\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9 comme un <em>work in progres<\/em>s dans lequel l\u2019improvisation tient une place pr\u00e9pond\u00e9rante, <em>Samsara<\/em> fait \u00e9cho au principe de renaissance et de r\u00e9incarnation  karmique que nous pouvons trouver dans la plupart des religions pratiqu\u00e9es en Inde, et en particulier dans le Bouddhisme Tib\u00e9tain. \u00abLe bouddhisme est un mode de vie entier et fascinant, une vision de l\u2019homme qui permet \u00e0 chacun de se conna\u00eetre pleinement et de mieux comprendre les m\u00e9canismes de l\u2019esprit afin de diminuer nos souffrances et faire grandir une paix int\u00e9rieure\u00bb, confie Gallois dans un entretien avec Isabelle Calabre datant d\u2019octobre dernier. Pratiquant elle-m\u00eame le bouddhisme depuis de nombreuses ann\u00e9es, l\u2019association entre danse et spiritualit\u00e9 permet une incarnation palpable des principes de d\u00e9tachement et d\u2019attachement \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans cette philosophie. De l\u2019\u00e9veil spirituel au nirvana, le travail religieux et spirituel de Gallois s\u2019inscrit dans sa pens\u00e9e chor\u00e9graphique, en y ajoutant une r\u00e9flexion contemplative sur des espaces et \u00e9tats de l\u2019\u00e2me relevant de l\u2019intangible. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Emma NAROUMBO ARMAING<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">  \u2042  <\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne du <strong>Th\u00e9\u00e2tre national de danse Chaillot <\/strong>est totalement blanche et d\u00e9nu\u00e9e d\u2019asp\u00e9rit\u00e9s. Sept acteurs forment un cercle serr\u00e9. Fix\u00e9 \u00e0 eux durant tout le spectacle, un \u00e9pais cordage les lie plus ou moins \u00e9troitement selon qu\u2019ils se l\u2019enroulent autour du cou et du corps&nbsp;: deux acteurs ne peuvent pas s\u2019\u00e9loigner de plus de trois m\u00e8tres les uns des autres. Par-l\u00e0, Jann Gallois sugg\u00e8re l\u2019ambivalence des liens qui regroupent des individus isol\u00e9s en une soci\u00e9t\u00e9 unie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette union est critiqu\u00e9e \u00e0 travers la force des\ncontrastes qui d\u00e9coupent les moments du spectacle :&nbsp; le d\u00e9but de la chor\u00e9graphie est minutieusement\nrythm\u00e9. Sept corps se d\u00e9placent \u00e0 l\u2019unisson&nbsp;: ils marchent en rythme,\nclaquent des mains, \u00e9clatent en rires brefs, invoquent une puissance sup\u00e9rieure\navant de finalement \u00e9ternuer, et <em>bis repetita<\/em>. C\u2019est l\u00e0 le principe\nbouddhiste du <em>samsara<\/em>, la succession ind\u00e9finie des \u00e9tats d\u2019existence,\noppos\u00e9 en cela au nirvana, qui est perfection et donc immobilit\u00e9. Ici, les\nhumeurs et tonalit\u00e9s chor\u00e9graphiques se succ\u00e8dent en s\u2019entrecoupant avec autant\nde brutalit\u00e9 que de sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, cette premi\u00e8re partie se termine lorsque Jann Gallois\n(rempla\u00e7ante au pied lev\u00e9 de Marie-Hanna Klemm qui s\u2019\u00e9tait bless\u00e9e) quitte le\nrang en vocif\u00e9rant, tirant au sol ses deux coll\u00e8gues amarr\u00e9s \u00e0 elle. Cette\nattitude marginale, ce refus de l\u2019intercorpor\u00e9it\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en norme, attire une\nautre danseuse, et les deux tentent alors de s\u2019atteindre tandis que leur groupe\nles tirent en arri\u00e8re&nbsp;: les \u00e9lans fougueux des deux amies sont arr\u00eat\u00e9s\nparfois en vol par leurs camarades qui les interrompent brusquement. Voir Ikeun\nBa\u00efk bondir hors du cercle avec c\u00e9l\u00e9rit\u00e9, soudainement aspir\u00e9 vers l\u2019arri\u00e8re\npar les cordes qui l\u2019encha\u00eenent, l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s le voil\u00e0 enserr\u00e9 dans les\nbras d\u2019un troisi\u00e8me partenaire&nbsp;: le spectacle marque par les images\nvisuelles qu\u2019il donne du groupe \u2013 d\u2019une mani\u00e8re qui fait \u00e9cho au ch\u0153ur dans l\u2019<em>Electre\n<\/em>de Ivon van Hove \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9l\u00e9ment technique vient ponctuer la repr\u00e9sentation \u00e0\ntrois reprises&nbsp;: descendant du plafond, un cercle de m\u00e9tal auquel sont\nmousquetonn\u00e9s les danseurs. L\u2019outil est parfaitement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la mise en sc\u00e8ne\npuisqu\u2019il sert \u00e0 projeter au sol des motifs humains en ombres port\u00e9es. La sc\u00e8ne\nblanche devient alors un tableau g\u00e9om\u00e9triquement ombr\u00e9 par les silhouettes des\ndanseurs. Une fois suspendus, ils s\u2019assemblent en cercles fluctuants&nbsp;: ils\nallient alors l\u2019agilit\u00e9 des trap\u00e9zistes \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de leur rythme et aux rotations\nlentes de leur chor\u00e9graphie. <\/p>\n\n\n\n<p>Jann Gallois a bien su \u00e9taler toute la richesse de sens et\nd\u2019usages de ce cordage qui semble d\u2019abord contraindre les possibilit\u00e9s de\nmouvement des danseurs. Tant\u00f4t lien vital, tant\u00f4t cha\u00eene mortif\u00e8re, ce cordage,\ndont les danseurs seraient la voile, qui s\u2019affiche aussi comme un cordon\nombilical ou une m\u00e9taphore des rapports sociaux, permet une in\u00e9puisable\ninterpr\u00e9tation. Il contraint les pouss\u00e9es individuelles et exige la\ncoordination des corps &#8211; qui forment alors un unique corps, le corps social.<\/p>\n\n\n\n<p> &#8212;  Val\u00e9rian JEUNEHOMME<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : Photo de r\u00e9p\u00e9tition &#8212; Agathe POUPENEY Artiste associ\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre National de la Danse de Chaillot depuis septembre 2017, Jann Gallois propose cet automne Samsara, une cr\u00e9ation qui puise dans la philosophie bouddhiste tib\u00e9taine, pour mettre \u00e0 jour les contraintes qui p\u00e8sent [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":13691,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,7],"tags":[],"class_list":["post-13688","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-theatre-national-de-chaillot"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13688","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13688"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13688\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13688"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13688"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13688"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}