{"id":13718,"date":"2019-12-05T15:42:00","date_gmt":"2019-12-05T14:42:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13718"},"modified":"2019-12-05T15:42:00","modified_gmt":"2019-12-05T14:42:00","slug":"forme-simple-loic-touze-theatre-de-la-bastille-novembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13718","title":{"rendered":"Forme simple \/ LO\u00cfC TOUZ\u00c9 \/ Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille \/ Novembre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> Le Double, Ronan Rivi\u00e8re. Photographie de Martin Argyroglo <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans une petite salle intimiste o\u00f9 le spectateur se sent presque sur sc\u00e8ne que trois danseurs s\u2019\u00e9lancent devant un clavecin d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9chappent les <em>Variations Goldberg<\/em> de Bach. Voici en r\u00e9sum\u00e9 le cadre du spectacle que le danseur et chor\u00e9graphe Loic Touz\u00e9 offre au <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille<\/strong>, 76 Rue de la Roquette. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Forme simple<\/em>, un titre o\u00f9 tout est dit et pourtant&#8230; Une note, un l\u00e9ger mouvement de coude, un silence, un regard pos\u00e9 et \u00ab 1, 2, 3 \u00bb, fait le tempo.         \u00ab Premi\u00e8re, seconde, troisi\u00e8me \u00bb, font les danseurs. Cadence et postures, tout commence comme une le\u00e7on de danse. Trois visages fard\u00e9s de blanc, chignon, tresse serr\u00e9e, cr\u00e2ne ras\u00e9, \u00e0 la fois danseurs et pantomimes, deux femmes et un homme d\u00e9ploient lentement bras-mains-doigts, jambes-pieds-pointes. La l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la langue musicale et la lenteur du langage corporel cr\u00e9ent, d\u00e8s les premiers instants, l\u2019harmonie et la fusion entre musique et danse. <\/p>\n\n\n\n<p>Blandine Rannou, claveciniste de renom, s\u2019emploie dans un jeu plein de couleurs et de vivacit\u00e9 \u00e0 suivre les respirations, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 laisser une place centrale au silence. C\u2019est dans cet interstice et \u00e0 mesure que les variations progressent que les corps se lient au clavecin en ayant recours \u00e0 des mouvements et des postures toujours plus inventives les unes que les autres. On rit \u00e0 l\u2019\u00e9vocation d\u2019un chevalier, suscit\u00e9e par des gestes simples ou des positions loufoques. L\u2019expressivit\u00e9 interpelle le spectateur et on se surprend \u00e0 sourire, souvent, malgr\u00e9 nous. Forme simple, donc comme une valse des corps, valse des notes qui \u00e0 mesure que les variations se succ\u00e8dent va en s\u2019intensifiant autant sur les visages des danseurs que sur les jeux sc\u00e9niques. <\/p>\n\n\n\n<p>Les regards avec le public deviennent de plus en plus profonds, la chor\u00e9graphie des corps plus brutale tout en restant \u00e0 un tempo ralenti. Les chignons se desserrent, le rouge raye les l\u00e8vres et le blanc des joues s\u2019effrite. Serait-ce pour montrer la duret\u00e9 d\u2019un monde o\u00f9 maquillage et tutus ne sont que des artifices masquant la rivalit\u00e9 des coulisses et ce qui peut se cacher derri\u00e8re la complicit\u00e9 de la sc\u00e8ne ? Jeu d\u2019\u00e9chos et de correspondances o\u00f9 lenteur et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 cachent quelque chose de plus enfoui, on en ressort \u00e9merveill\u00e9 tant par la prouesse artistique qu\u2019auditive et visuelle. Allez-y. <\/p>\n\n\n\n<p>  &#8212;   Marie BOSS\u00c9                          <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Simplicit\u00e9 d&rsquo;entrelacements<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019obscurit\u00e9 de la salle, on aper\u00e7oit sur sc\u00e8ne des silhouettes humaines \u00e0 peine visibles qui semblent se mouvoir lentement, on entend des notes singuli\u00e8res sortant de l\u2019ombre, calmes, claires. Petit \u00e0 petit, comme un rideau invisible, les lumi\u00e8res s\u2019allument et la sc\u00e8ne apparait maintenant aux yeux des spectateurs : un clavecin au milieu, trois figures immobiles sur sc\u00e8ne et rien d\u2019autre.   <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est   ainsi   que   commence   le   spectacle <em> Forme Simple<\/em>,   le   mardi   19 Novembre au <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille<\/strong> : une heure d\u2019interaction entre la musique d\u2019une s\u00e9lection de quinze<em> Variations Goldberg<\/em> de J.S.Bach et la danse de trois danseurs, sur la chor\u00e9graphie de Lo\u00efc Touz\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Aria initial donne au public une sensation de suspension temporelle et \u00e9motive due aux diff\u00e9rents choix de la mise en sc\u00e8ne. Tout d\u2019abord, les trois danseurs, deux femmes et un homme, ont le visage peint en blanc, leur donnant des allures de masques imaginaires, avec des expressions impassibles et \u00e9trang\u00e8res \u00e0 tout ce qui se passe autour d\u2019eux. Mais si au d\u00e9but on sent comme une froideur dans l\u2019atmosph\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral, elle s\u2019efface par la suite gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019interaction entre les danseurs et le public, lorsque,   chacun leur tour,  ils s\u2018approchent des premiers si\u00e8ges de la salle ou   encore,  au moment o\u00f9 des chor\u00e9graphies burlesques et presque comiques d\u00e9crivent la musique d\u2019une fa\u00e7on ironique, suscitant ainsi l\u2019hilarit\u00e9 parmi le public. <\/p>\n\n\n\n<p>Un trait absolument remarquable de cette performance est d\u2019avoir ajout\u00e9 l\u2019art de la danse sur une musique qui est l\u2019embl\u00e8me de la musique instrumentale pure. La vraie surprise est de constater comment ces deux arts r\u00e9ussissent \u00e0 garder leur propre autorit\u00e9 et ind\u00e9pendance tout en se   valorisant mutuellement, sans pr\u00e9valoir l\u2019une sur l\u2019autre mais, au   contraire, en s\u2019harmonisant bien ensemble. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9galement beaucoup aim\u00e9 l\u2019id\u00e9e de rapprocher une musique polyphonique avec trois danseurs, qui semblent justement vouloir repr\u00e9senter cette intrigue de lignes m\u00e9lodiques. La m\u00e9lodie est donc rendue \u00e9vidente par les mouvements des danseurs. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019agogique qui varie dans chaque Variation est tr\u00e8s bien accompagn\u00e9e par les chor\u00e9graphies et par le rythme de la danse. Les temps les plus statiques sont accompagn\u00e9s par des mouvements lents et d\u00e9tendues et les temps les plus rapides par des mouvements plus serr\u00e9s et des entrelacements parmi les corps. Cette attention \u00e0 une harmonie g\u00e9n\u00e9rale, se concr\u00e9tise aussi dans une composition circulaire,  qui commence avec un  rythme lent qu s&rsquo;intensifie,  puis retourne au calme initiale.<\/p>\n\n\n\n<p>La simplicit\u00e9 et neutralit\u00e9 des coutumes s\u2019adaptent parfaitement \u00e0 la puret\u00e9 du style de Bach, en valorisant soit la rigueur musicale soit les   mouvements repr\u00e9sent\u00e9s sur la sc\u00e8ne. M\u00eame la sc\u00e9nographie, assez sobre, \u00e0 part la beaut\u00e9 de l\u2019instrument ancien avec ses d\u00e9corations raffin\u00e9es, permet aux spectateurs d\u2019entreprendre un retour vers la simplicit\u00e9,  guid\u00e9 par   deux expressions artistiques qui se subliment. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; C\u00e9cilia Maria FRANCO<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Une pi\u00e8ce dans laquelle les mouvements de trois danseurs r\u00e9pondent aux notes d\u2019un clavecin. Une pi\u00e8ce dans laquelle un chor\u00e9graphe, Lo\u00efc Touz\u00e9,   fond ensemble danse et musique pour n\u2019en faire qu\u2019une forme, une <em>Forme simple<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ensemble est \u00e0 d\u00e9couvrir au <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille<\/strong>. Une m\u00e9lodie n\u2019est pas qu\u2019un encha\u00eenement de noires, croches ou soupirs. Elle est une langue,   la partition une page pour \u00e9crire ses sentiments. Ceci, le chor\u00e9graphe l\u2019a bien compris. Forme simple, c\u2019est une lecture des <em>Variations Goldberg<\/em> de Bach, puis une imagination des \u00e9motions ressenties. Un travail d\u2019interpr\u00e8te, une d\u00e9marche artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a ceux qui aiment se rendre au th\u00e9\u00e2tre pour penser, d\u2019autres pour souffler. Avis \u00e0 ces derniers, la danse contemporaine est parfois herm\u00e9tique. Si elle ne vous saisit pas, c\u2019est \u00e0 vous de faire effort pour entrer dans l\u2019\u0153uvre pr\u00e9sent\u00e9e.  <em>Forme simple<\/em>  \u2013 que dis-je,  complexe  \u2013 n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette loi. D\u00e9marche honorable, donc, mais r\u00e9sultat satisfaisant, ou non, selon les attentes de chacun. <\/p>\n\n\n\n<p> &#8212;  Ma\u00e9vane DO\u00cbGL\u00c9  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">  \u2042  <\/p>\n\n\n\n<p><em>Forme Simple<\/em>, mis en sc\u00e8ne par Lo\u00efx Touz\u00e9 et jou\u00e9 au <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille <\/strong>ce 19 novembre, m\u2019a laiss\u00e9 une impression de malaise, de cyclicit\u00e9 d\u00e9saccord\u00e9e et laborieuse qui n\u2019est pas sans rappeler celle de l\u2019existence m\u00eame. Une mise en sc\u00e8ne d\u00e9pouill\u00e9e, sans d\u00e9cor, sans sur\u00e9l\u00e9vation des trois danseurs par rapport au public, sans effet de lumi\u00e8re particulier, avec des costumes neutres et un maquillage qui accentue les grimaces du visage en en gommant les expressions naturelles, caract\u00e9ristique des mimes. Le seul objet sur sc\u00e8ne&nbsp;: un clavecin, instrument magnifique plac\u00e9 en position centrale, en retrait, et qui constitue \u00e0 lui seul la continuit\u00e9 du spectacle du fait de sa solitude dans l\u2019univers musical de la repr\u00e9sentation, au-del\u00e0 des accrocs r\u00e9fl\u00e9chis d\u2019une chor\u00e9graphie qui illustre la douleur d\u2019un enfermement invisible.  <\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont donc les danseurs avant tout qui incarnaient de brusques contradictions dans les divers aspects de leur jeu. Leurs visages h\u00e9b\u00e9t\u00e9s et na\u00effs de mimes, peints en rouge et blanc, basculaient parfois brutalement dans un r\u00e9gime de grimaces horribles et clownesques qui faisaient rire le public. Leur corps, pleins de gr\u00e2ce contenue dans la lenteur des mouvements, entraient parfois tout \u00e0 coup dans une transe fr\u00e9n\u00e9tique accompagn\u00e9e par les trilles des <em>Variations Goldberg<\/em> de Bach, avant de se figer, au c\u0153ur les soupirs de la partition, dans des tableaux vivants douloureusement contorsionn\u00e9s, en semi-l\u00e9vitation, dont le grotesque grin\u00e7ant \u2013 l\u00e0 encore source de rires de la part du public \u2013 touchait sans nul doute \u00e0 une forme de sublime qu\u2019on trouve selon un mode analogue dans les sculptures tortur\u00e9es et tordues de Rodin.  <\/p>\n\n\n\n<p>Tout l\u2019\u00e9trange de la performance r\u00e9sidait ainsi dans ces brusques retournements sans r\u00e9gularit\u00e9, parfois entrecoup\u00e9s de s\u00e9quences que j\u2019appellerais <em>circulaires<\/em>, pour le choix des mouvements r\u00e9alis\u00e9s alors (rondes presque enfantines ou danses du sabbat, roues simultan\u00e9es ou en d\u00e9calage les unes par rapport aux autres, tours des danseurs sur eux-m\u00eames dans une immobilit\u00e9 tremblotante \u00e9voquant la figure des ballerines des bo\u00eetes \u00e0 musique, avec la r\u00e9gularit\u00e9 du m\u00e9canisme et ses accrocs ponctuels). En cela, le clavecin avec ses notes tintinnabulantes est longtemps rest\u00e9 le point d\u2019ancrage continu et rassurant de la repr\u00e9sentation&nbsp;: par-del\u00e0 les contorsions, les arr\u00eats, l\u2019absence de chor\u00e9graphie sym\u00e9trique des corps, il laissait se d\u00e9ployer dans l\u2019espace sonore sa m\u00e9lodie chaude et rassurante. <\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, brusquement, le clavecin lui-m\u00eame est entr\u00e9 dans le mode du bizarre. Au sortir d\u2019un morceau particuli\u00e8rement enjou\u00e9 qui avait presque r\u00e9uni les danseurs dans une symbiose parfaite, la claveciniste s\u2019est lanc\u00e9e dans une long passage silencieux&nbsp;; appuyant sur les touches, elle semblait ne plus solliciter les cordes, et le son des blocs de bois s\u2019enfon\u00e7ant sur le clavier s\u2019est substitu\u00e9 aux notes habituellement reli\u00e9es aux touches. Ce moment de silence relatif a laiss\u00e9 le public en haleine&nbsp;; les danseurs, hors de sc\u00e8ne et dans l\u2019ombre, \u00e9taient alors immobiles, et la musicienne virtuose se d\u00e9cha\u00eenait sur son instrument avec passion, sans qu\u2019aucune m\u00e9lodie n\u2019en sorte. Ce fut, \u00e0 mon sens, l\u2019acm\u00e9 paradoxale de la repr\u00e9sentation, le moment \u00e0 partir duquel peuvent se comprendre tous les autres. <\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019y r\u00e9alise le grotesque clownesque de <em>Forme Simple<\/em>, et s\u2019y d\u00e9ploie le vide qui constitue l\u2019essence pleine de la repr\u00e9sentation&nbsp;: c\u2019est dans le silence incomplet, dans l\u2019immobilit\u00e9 partielle et tremblante que se con\u00e7oit la m\u00e9lancolie simple et insolvable de ce monde o\u00f9 rien n\u2019est total, complet, o\u00f9 les notes ne sont pas rondes, o\u00f9 les mouvements n\u2019aboutissent pas, o\u00f9 la face bien lisse des danseurs se met \u00e0 fondre sous l\u2019effet de leur sudation et des frottements entre leurs corps. Le tableau final est navrant et sublime&nbsp;: trois danseurs, \u00e9chevel\u00e9s, au maquillage ab\u00eem\u00e9, dans des postures toujours contorsionn\u00e9es et une semi-p\u00e9nombre \u2013 toujours incompl\u00e8te \u2013 qui laisse deviner le clavecin dont le son, dans la phase finale du spectacle, est redevenu r\u00e9gulier et gai, comme pour signifier que la repr\u00e9sentation est cyclique, que les d\u00e9buts laborieux, les milieux d\u00e9saccord\u00e9s et les fins dynamiques reviendront perp\u00e9tuellement.  <\/p>\n\n\n\n<p> &#8212;   \u00c9lo\u00efse BIDEGORRY<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : Le Double, Ronan Rivi\u00e8re. Photographie de Martin Argyroglo C\u2019est dans une petite salle intimiste o\u00f9 le spectateur se sent presque sur sc\u00e8ne que trois danseurs s\u2019\u00e9lancent devant un clavecin d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9chappent les Variations Goldberg de Bach. 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