{"id":13724,"date":"2019-11-29T16:53:10","date_gmt":"2019-11-29T15:53:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13724"},"modified":"2019-11-29T16:53:10","modified_gmt":"2019-11-29T15:53:10","slug":"grammaire-etrangere-lecon-5-collectif-le-grand-magasin-p-murtin-f-hiffler-amphitheatre-richelieu-sorbonne-novembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13724","title":{"rendered":"Grammaire \u00e9trang\u00e8re, le\u00e7on 5 \/ Collectif le Grand Magasin, P. Murtin, F. Hiffler \/ Amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu, Sorbonne \/ Novembre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> <a aria-label=\"galerie du Festival d'Automne (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.festival-automne.com\/edition-2019\/grand-magasin-grammaire-etrangere\" target=\"_blank\">galerie du Festival d&rsquo;Automne<\/a>, (c) le Grand Magasin <\/p>\n\n\n\n<p><em>Grammaire \u00e9trang\u00e8re<\/em> est un ensemble de six le\u00e7ons qui traitent de notre langue et de ses myst\u00e8res. La le\u00e7on \u00e0 laquelle j\u2019assiste est la num\u00e9ro 5 et se concentre sur la cat\u00e9gorie grammaticale du nom. Ainsi, d\u00e8s que je prends place dans l\u2019<strong>amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu<\/strong>, je vois qu\u2019on a d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 ma place un petit morceau de papier sur lequel figure justement un nom. Mon nom ? Si tel est le cas, ce soir, je m\u2019appelle <em>Postillon<\/em>. Quel honneur. Mon voisin, quant \u00e0 lui, s\u2019appelle <em>Lampadaire<\/em>. Quelle po\u00e9sie. Bienvenue dans l\u2019univers de la d\u00e9cortication linguistique du Grand Magasin, un collectif fond\u00e9 par Pascale Murtin et Fran\u00e7ois Hiffler en 1982. <\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux personnes sont aussi les deux personnages excentriques qui vous accueillent sur sc\u00e8ne avec des airs de clowns. L\u2019un est en costard cravate bleu ciel, l\u2019autre en jupe et t-shirt multicolores. Il est grand, elle est petite. Il lui arrive de jouer du piano, elle ponctue le spectacle de morceaux de ukul\u00e9l\u00e9 et de chants aux paroles ubuesques. Bref, ils font la paire. <\/p>\n\n\n\n<p>Le spectacle qui nous est pr\u00e9sent\u00e9 est quant \u00e0 lui difficile \u00e0 d\u00e9crire. Tout d\u2019abord, comment d\u00e9finir sa nature ?&nbsp; <em>\u00ab Ce n\u2019est pas du th\u00e9\u00e2tre\u2026 Ni une r\u00e9citation&#8230;Ni un d\u00e9bat \u00bb<\/em> nous affirment Pascale Murtin et Fran\u00e7ois Hiffler pendant la repr\u00e9sentation. Alors, qu\u2019est-ce ? La repr\u00e9sentation a lieu dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu, ce qui lui donne des allures de cours magistral. Mais on voit bien que les moyens de communication diff\u00e8rent des pratiques d\u2019enseignement habituelles. Car si les deux personnages s\u2019appuient ici et l\u00e0 sur leurs notes, leur texte\u2026 ou bien sur leur partition (je ne saurais, encore une fois, comment les d\u00e9finir), ils jouent \u00e9galement avec leurs corps et l\u2019espace qui les entoure. Ce <em>jeu<\/em> est assez minimaliste. Les personnages brandissent une pancarte sur laquelle rien ne figure, et chacun leur tour ils prononcent un nom. Ce jeu de passe-passe dure un certain temps, comme si l\u2019on essayait d\u2019\u00e9num\u00e9rer tous les noms de la langue fran\u00e7aise de fa\u00e7on tout \u00e0 fait al\u00e9atoire. Puis se met en place un dialogue absurde o\u00f9 l\u2019on joue en permanence sur le signifiant et le signifi\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Alors, on nous apprend qu\u2019il n\u2019y a pas assez de noms pour tout nommer, qu\u2019un nom peut en cacher un autre ; qu\u2019un seul nom d\u00e9signe plusieurs choses, plusieurs r\u00e9alit\u00e9s, plusieurs personnes ; qu\u2019on peut finalement d\u00e9cider de nommer ces choses comme on veut, que le choix d\u2019un nom semble assez arbitraire &#8211; qu\u2019en somme, la langue fran\u00e7aise nous fait marcher sur la t\u00eate. <em>Grammaire \u00e9trang\u00e8re,<\/em> c\u2019est une aventure qui veut nous faire prendre du recul sur notre langue maternelle. Et pour cela, Pascale Murtin et Fran\u00e7ois Hiffler sont pr\u00eats \u00e0 tout. Ils testent une multitude de combinaisons de noms, repoussant la langue dans ses plus profonds retranchement. On la tord, on la distord jusqu\u2019\u00e0 nous en faire perdre notre latin\u2026 ou simplement notre patience, si l\u2019on en croit les quelques d\u00e9parts qui ont ponctu\u00e9 la repr\u00e9sentation. J\u2019ai pour ma part fini par en appr\u00e9cier le jeu, m\u00eame s\u2019il est quelque peu p\u00e9nible de rentrer dans cet univers incompr\u00e9hensible &#8211; puisque son objectif m\u00eame est de d\u00e9noncer le sens\u2026 ou l\u2019absence de sens\u2026 Tout cela donne finalement place \u00e0 des situations tr\u00e8s absurdes qui, personnellement, m\u2019ont beaucoup fait rire. Il est agr\u00e9able de temps en temps de se d\u00e9crocher de notre rep\u00e8re premier, de la fondation de notre pens\u00e9e : le langage. Ainsi, si vous voulez oublier votre propre langue pendant un court instant, je vous recommande d\u2019assister \u00e0 cette dr\u00f4le de le\u00e7on, l\u00e9g\u00e8re et pleine de malice.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Alix PHILIPPOT<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Grammaire \u00e9trang\u00e8re&nbsp;\u00bb&nbsp;: le Discours sans la m\u00e9thode<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;S\u2019\u00e9tonner du miracle de la langue maternelle&nbsp;\u00bb<\/em>, l\u2019explorer comme une langue \u00e9trang\u00e8re&nbsp;: l\u2019id\u00e9e de Fran\u00e7ois Hiffler et Pascale Murtin est s\u00e9duisante. Ils entendent mettre en avant l\u2019arbitraire de la langue, puisqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9vidence, une suite de lettres al\u00e9atoirement combin\u00e9es &#8211; comme Borges l\u2019imagine dans <em>La<\/em> <em>Biblioth\u00e8que de Babel<\/em>,&nbsp; ne forme pas forc\u00e9ment un mot signifiant. La r\u00e9flexion amorc\u00e9e sur la langue, noy\u00e9e dans des listes et des listes de phrases aux airs d\u2019inventaire (\u00e0 la Pr\u00e9vert), est int\u00e9ressante mais jamais approfondie. C\u2019est pourquoi, et malgr\u00e9 la valeur du projet de d\u00e9part, les deux artistes ne parviennent malheureusement pas \u00e0 partager r\u00e9ellement leur fascination, la vis\u00e9e ludique de la performance occultant toute r\u00e9flexion constructive. Le spectacle est en effet entach\u00e9 d\u2019un amateurisme revendiqu\u00e9&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Depuis 1982, nous pr\u00e9tendons, en d\u00e9pit et gr\u00e2ce \u00e0 une m\u00e9connaissance quasi-totale du th\u00e9\u00e2tre, de la danse et de la musique, r\u00e9aliser les spectacles auxquels nous r\u00eaverions d\u2019assister&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00e9crivent les acteurs dans leur pr\u00e9sentation. Mais l\u2019effet est inverse&nbsp;; ce manque de technicit\u00e9 est d\u00e9finitivement r\u00e9dhibitoire. L\u2019ensemble para\u00eet improvis\u00e9 &#8211; ce qui n\u2019est pas forc\u00e9ment un d\u00e9faut, mais cette improvisation est mal ma\u00eetris\u00e9e et ne parvient pas \u00e0 retenir efficacement l\u2019attention de l\u2019auditoire. En particulier, les s\u00e9quences musicales sont lamentables&nbsp;: quelques accords gratt\u00e9s \u00e0 la guitare, ou quelques arp\u00e8ges massacr\u00e9s au piano accompagnent des chansonnettes aux paroles d\u2019une consternante vacuit\u00e9&nbsp;: l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu de la Sorbonne a certainement connu mieux. L\u2019autod\u00e9rision dont les deux acteurs ont su faire preuve tombait malheureusement trop juste pour faire vraiment rire, car le spectacle ploie irr\u00e9m\u00e9diablement sous cet amateurisme qui, bien qu\u2019assum\u00e9, n\u2019en dessert pas moins grandement la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, quelques rares fulgurances de po\u00e9sie et d\u2019humour, dans un texte qui prend des allures ionesciennes, parviennent \u00e0 d\u00e9clencher les rires du public&nbsp;; mais les deux acteurs usent des m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9c\u0153urement, donnant l\u2019impression d\u2019un spectacle poussif o\u00f9 deux clowns aux habits excentriques s\u2019acharnent sur la sc\u00e8ne. Aussi l\u2019ennui \u00e9tire-t-il \u00e0 l\u2019infini la dur\u00e9e de la le\u00e7on&nbsp;: bien que le format du spectacle soit court (il n\u2019a dur\u00e9 qu\u2019une cinquantaine de minutes), quelques spectateurs ont quitt\u00e9 avant la fin une salle n\u00e9anmoins bien remplie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les artistes font rire aux d\u00e9pens des manuels scolaires et autres grammaires, et cette prise de distance est saine et n\u00e9cessaire&nbsp;; pour autant, leur prestation r\u00e9habilite <em>de facto<\/em> ces outils didactiques d\u00e9cri\u00e9s, en d\u00e9montrant que, sans m\u00e9thode, toute d\u00e9monstration risque de rester lettre morte. Le spectacle manque incontestablement de construction, de rythme&nbsp;; on en est rest\u00e9 au stade du brouillon. En un mot, le travail est \u00e0 peine passable&nbsp;: il y avait de l\u2019id\u00e9e \u2013 mais rien de plus.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Claire de MARESCHAL<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai\nvu ce spectacle lundi 18 novembre, dans le cadre du Festival d&rsquo;automne, dans l&rsquo;<strong>amphith\u00e9\u00e2tre Richelieu<\/strong>. Ce qu\u2019il m\u2019importe\nd&rsquo;explorer dans cette critique, c\u2019est avant tout la relation sc\u00e8ne-salle, qui\nconstitue pour moi la dimension la plus marquante de <em>Grammaire \u00c9trang\u00e8re<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais\nassist\u00e9 \u00e0 <em>Marie Stuart<\/em>, dont le texte\nshakespearien et le dispositif pla\u00e7aient le public r\u00e9solument dans la\nconvention th\u00e9\u00e2trale. Nous \u00e9tions beaucoup moins au clair avec ce qui nous a\n\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 lundi : m\u00eame le duo en sc\u00e8ne semblait ne pas savoir ce qu&rsquo;il\npr\u00e9sentait. Ainsi le premier probl\u00e8me \u00e9tait d&rsquo;adopter une posture qui\nconvienne. Laquelle privil\u00e9gier ? Celle du spectateur de th\u00e9\u00e2tre ? Mais nous\n\u00e9tions dans un amphith\u00e9\u00e2tre prestigieux, la salle n&rsquo;\u00e9tait pas plong\u00e9e dans le\nnoir, certains prenaient des notes, et surtout, le spectacle \u00e9tait \u00e9nigmatique\n: pas d&rsquo;intrigue, des \u00ab&nbsp;acteurs&nbsp;\u00bb qui consultent ostensiblement un\ncarnet, un rythme flottant (et une attention t\u00e9nue en r\u00e9ponse) &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>La\nbonne attitude \u00e9tait-elle celle d&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve, ou d&rsquo;un invit\u00e9 \u00e0 une causerie\nintellectuelle qui se voudrait intimiste et d\u00e9cal\u00e9e ? Mais nous n&rsquo;\u00e9tions pas\ninvit\u00e9s \u00e0 prendre la parole, et le tissu de la \u00ab&nbsp;conf\u00e9rence&nbsp;\u00bb \u00e9tait\nd\u00e9cousu, alternant entre silences, passages parl\u00e9s ou fredonn\u00e9s (accompagn\u00e9s au\nukul\u00e9l\u00e9 ou au piano). La tenue des \u00ab&nbsp;clowns doctes&nbsp;\u00bb brouillait elle\naussi les pistes. L&rsquo;homme \u00e0 jardin portait un complet bleu lavande, une chemise\nblanche et des souliers marrons. La femme portait une tenue plus extravagante :\nune boucle d&rsquo;oreille, un haut et des chaussettes anis, un gilet cuivr\u00e9, une\njupe bleue \u00e0 rayures, des collants violets et des sandales compens\u00e9es chrom\u00e9es.\nIls \u00e9taient tous deux pourvus d&rsquo;un cahier bleu et d&rsquo;un \u00e9criteau noir. <em>\u00ab&nbsp;Ni th\u00e9\u00e2tre, ni le\u00e7on, ni\nperformance&#8230;&nbsp;\u00bb. <\/em>Il est rare que les\nartistes invitent le public \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir en m\u00eame temps qu&rsquo;eux sur la nature de\nce qui est en train de se d\u00e9rouler. Une d\u00e9finition en creux s&rsquo;est alors\ndessin\u00e9e&nbsp;; elle \u00e9tait peu satisfaisante.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res minutes, il m&rsquo;a sembl\u00e9 \u00eatre face \u00e0 une tentative de r\u00e9aliser une liste. D&#8217;embl\u00e9e, une forme de d\u00e9ception a accompagn\u00e9 ma r\u00e9ception du spectacle. Pendant vingt minutes le duo a nomm\u00e9 des choses en levant la pancarte noire ; en faisant suivre d&rsquo;un silence de quelques secondes chaque \u00e9nonciation. Cependant, m\u00eame cette prise de parole \u00e9tait d\u00e9cousue dans sa pr\u00e9sentation, et nous avons pu, dans l&rsquo;asym\u00e9trie du geste, sentir l&rsquo;absence du regard d&rsquo;un metteur en sc\u00e8ne pendant l&rsquo;\u00e9laboration du spectacle : c&rsquo;est un d\u00e9tail, mais \u00e0 chaque fois, l&rsquo;homme regardait sa pancarte et la femme, le public ou le plafond. Plusieurs bafouillages ont entrav\u00e9 le propos sur les fonctions des noms (lesquels \u00ab&nbsp;annoncent\/pr\u00e9sentent\/d\u00e9limitent\/jugent&#8230;&nbsp;\u00bb). Les mots choisis n&rsquo;\u00e9taient pas pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s : \u00ab&nbsp;cerveau-cambouis-mascarade&#8230;&nbsp;\u00bb puis \u00e0 un moment, un t\u00e9l\u00e9phone sonne dans l&rsquo;auditoire : \u00ab&nbsp;t\u00e9l\u00e9phone-rires&#8230;&nbsp;\u00bb. Nous nous sommes d&rsquo;abord pr\u00eat\u00e9s au jeu, assez unanimement, l&rsquo;homme commentant la r\u00e9action qui aurait pu \u00eatre la n\u00f4tre au mot \u00ab&nbsp;couleur&nbsp;\u00bb ; qui appelle en nous un choix de repr\u00e9sentation. Il a \u00e9t\u00e9 plaisant de r\u00e9fl\u00e9chir un peu \u00e0 la tension entre d\u00e9finitions g\u00e9n\u00e9rale et particuli\u00e8re. Pourtant je regrette (et je pense ne pas avoir \u00e9t\u00e9 la seule) que le duo ne soit pas all\u00e9 beaucoup plus loin, et n&rsquo;ait pas fait plus attention au rythme de la prestation. La simplicit\u00e9 de la forme, qu&rsquo;ils revendiquaient, n&rsquo;explique ni n&rsquo;excuse le rel\u00e2chement du souci du public \u2013 dont la frustration s&rsquo;est traduite assez clairement&nbsp;: plusieurs personnes ont quitt\u00e9 la salle apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 poliment un propos qui ne progressait pas vraiment, au bout d&rsquo;une demi-heure. J&rsquo;ignore s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un exc\u00e8s de z\u00e8le p\u00e9dagogique, ou tout bonnement de l\u2019incertitude des acteurs quant au regard qu&rsquo;ils se proposaient de porter sur la langue, mais je me suis sentie \u00e0 la fois au avant d&rsquo;eux dans la r\u00e9flexion sur la langue et abandonn\u00e9e dans mon incompr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p>En\nfait, je crois que mon embarras face \u00e0 ce spectacle tient avant tout \u00e0 mon incapacit\u00e9\nde d\u00e9terminer \u00e0 qui il s&rsquo;adressait v\u00e9ritablement&nbsp;; d&rsquo;o\u00f9 mon d\u00e9sir d&rsquo;en\nparler ici, depuis le public.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Emma SCHINDLER<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La \u00ab&nbsp;Le\u00e7on 5&nbsp;\u00bb de <em>Grammaire\n\u00e9trang\u00e8re<\/em>\u2026 ou grammaire absurde&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est\nbien cet adjectif que l\u2019on peut avoir \u00e0 l\u2019esprit d\u00e8s lors que Fran\u00e7ois Hiffler\net Pascale Murtin montent sur l\u2019estrade de <strong>l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre\nRichelieu<\/strong> et lancent \u00e0 tour de r\u00f4le quelques noms communs en levant leurs\npanneaux noirs. Et d\u00e8s lors qu\u2019on entre dans la salle, on est confront\u00e9s \u00e0\ncette avalanche de noms \u00ab&nbsp;d\u00e9r\u00e9f\u00e9rentialis\u00e9s&nbsp;\u00bb&nbsp;: sur les livrets\ndu spectacle, qui attendent les spectateurs sur les bancs, de petits carr\u00e9s de\npapier orange sont orn\u00e9s de noms. Toujours plus de noms&nbsp;\u2013 apr\u00e8s tout, il y\nen a 58&nbsp;000 \u00e0 explorer. Alors, les noms sont brass\u00e9s, les uns apr\u00e8s les\nautres, et il faut bien admettre que les premi\u00e8res minutes de la repr\u00e9sentation\ntra\u00eenent en longueur \u2013 avis partag\u00e9 par le petit nombre de spectateurs qui fait\nle choix de quitter l\u2019amphi.<\/p>\n\n\n\n<p>La\nrepr\u00e9sentation est donc port\u00e9e par deux acteurs \u2013 ou plut\u00f4t, par deux locuteurs\ndu fran\u00e7ais \u2013 qui se donnent pour mission de passer en revue les noms communs\net les noms propres de notre langue, et d\u2019en \u00e9tudier l\u2019utilisation&nbsp;: soit\nen les soumettant aux spectateurs, soit en les employant dans des phrases. \u00c0 la\nmani\u00e8re d\u2019une \u00ab&nbsp;le\u00e7on&nbsp;\u00bb, quelques r\u00e9flexions g\u00e9n\u00e9rales sur le nom sont\nillustr\u00e9es par une s\u00e9rie d\u2019exemples.<\/p>\n\n\n\n<p>Une question\nvient alors \u00e0 l\u2019esprit&nbsp;: que fait-on l\u00e0 et \u00e0 quoi assiste-t-on&nbsp;? Fran\u00e7ois\nHiffler et Pascale Murtin r\u00e9pondent qu\u2019ils ne font pas du th\u00e9\u00e2tre. Pas de jeu\nd\u2019acteur, une mise en sc\u00e8ne relativement inexistante, quelques passages chant\u00e9s\nsur un air jou\u00e9 au ukul\u00e9l\u00e9, un texte majoritairement lu dans un cahier&nbsp;;\non peut voir dans cette \u00ab&nbsp;Le\u00e7on 5&nbsp;\u00bb un clin d\u2019\u0153il aux cours\nmagistraux, d\u2019autant que l\u2019on se trouve dans un amphith\u00e9\u00e2tre. C\u2019est un choix\nint\u00e9ressant, qui rejoint bien le th\u00e8me de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque\nces noms sans r\u00e9f\u00e9rence ne s\u2019abattent pas par dizaines sur les spectateurs, des\nprobl\u00e8mes d\u2019ordre philologiques et philosophiques &#8211; sur la capacit\u00e9 \u00e0 dire\nquelque chose du monde gr\u00e2ce aux noms qui existent dans notre langue, sur\nl\u2019exclusivit\u00e9 du nom propre (qui serait en fait une autre sorte de nom commun),\nsur les ph\u00e9nom\u00e8nes de figements, <em>etc<\/em>. sont point\u00e9s du doigt par les deux\nlocuteurs. Mais l\u00e0 encore, Fran\u00e7ois Hiffler et Pascale Murtin avertissent l\u2019audience&nbsp;:\nils ne sont pas l\u00e0 pour faire de la philosophie. Et pour cause, car ces\nr\u00e9flexions sont assez \u00e9l\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Et\nquand la le\u00e7on touche \u00e0 sa fin, on ne sait toujours pas \u00e0 quoi on vient\nd\u2019assister. Pendant pr\u00e8s d\u2019une heure, on a entendu des listes de noms, les uns\nsortis de leur contexte, les autres inclus dans des phrases, d\u2019autres encore se\nr\u00e9f\u00e9rant directement \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre. Quelques passages ont\nprovoqu\u00e9 le rire, notamment par l\u2019absurde de la situation, ou par un jeu sur le\ncomique de r\u00e9p\u00e9tition. La qualit\u00e9 premi\u00e8re de ce spectacle, c\u2019est donc bien de\nd\u00e9concerter le spectateur&nbsp;; \u00e9ventuellement de l\u2019ennuyer&nbsp;; mais avant\ntout, de l\u2019intriguer. S\u2019attendant \u00e0 un jeu th\u00e9\u00e2tral, celui-ci assiste\nfinalement \u00e0 un jeu de langage, men\u00e9 par deux amoureux de la langue fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Alexia REVERCHON<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : galerie du Festival d&rsquo;Automne, (c) le Grand Magasin Grammaire \u00e9trang\u00e8re est un ensemble de six le\u00e7ons qui traitent de notre langue et de ses myst\u00e8res. 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