{"id":13744,"date":"2019-12-06T15:08:31","date_gmt":"2019-12-06T14:08:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13744"},"modified":"2019-12-06T15:08:31","modified_gmt":"2019-12-06T14:08:31","slug":"bien-arrivee-a-ottawa-tatiana-gousseff-mise-en-scene-marite-blot-theatre-de-la-fleche-novembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13744","title":{"rendered":"Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa \/ Tatiana Gousseff (mise en sc\u00e8ne), Marit\u00e9 Blot \/ Th\u00e9\u00e2tre de la Fl\u00e8che \/ Novembre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa&nbsp;\u00bb, une r\u00e9ponse \u00e0 \u00ab&nbsp;To be or not to be&nbsp;\u00bb ?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis l\u2019entr\u00e9e du <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Fl\u00e8che<\/strong> jusqu\u2019\u00e0 la sc\u00e8ne en elle-m\u00eame, le facteur num\u00e9ro un qui domine l\u2019ambiance de ce soir est la simplicit\u00e9. Simplicit\u00e9 de l\u2019entr\u00e9e, simplicit\u00e9 dans l\u2019accueil du public, dans les costumes, dans le seul personnage de la pi\u00e8ce, Marie-Yolande, tr\u00e8s bien incarn\u00e9e par la com\u00e9dienne Marit\u00e9 Blot. Simplicit\u00e9 accentu\u00e9e \u00e9galement par le d\u00e9cor, o\u00f9 la sc\u00e8ne est un monde \u00e0 part enti\u00e8re, avec son seul bureau et sa pile de livres sur le d\u00e9veloppement personnel. Cependant, c\u2019est en m\u00eame temps, et d\u2019une certaine mani\u00e8re, une sc\u00e8ne qui fusionne et fait symbiose avec les si\u00e8ges de l\u2019auditoire. Nous faisions <em>partie<\/em> de la sc\u00e8ne, et c\u2019est pourquoi le contact entre l\u2019unique com\u00e9dienne et le public a aussit\u00f4t fonctionn\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa<\/em>, \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par Tatiana Gousseff, nous pr\u00e9sente une femme qui tente de retracer sa vie pour comprendre l\u2019origine de sa phobie du volant. V\u00e9ritable monologue d\u2019une bretonne install\u00e9e \u00e0 Paris, on se rend tr\u00e8s vite compte que c\u2019est le parcours typique d\u2019une campagnarde qui cherche \u00e0 comprendre en d\u00e9finitive qui elle est. Cette pi\u00e8ce est rythm\u00e9e par les \u00e9clairages, sons, appels t\u00e9l\u00e9phoniques et vid\u00e9os projet\u00e9es en grand \u00e9cran, qui donnent un brin de vivacit\u00e9 \u00e0 la narration. Entre <em>flash-backs<\/em>, changements de personnages et de lieux, l\u2019originalit\u00e9 de ce script est soulign\u00e9e par cette touche de modernit\u00e9, qui suit la protagoniste en fonction des ann\u00e9es et des \u00e9poques qui s\u2019\u00e9coulent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme un conte que l\u2019on narre \u00e0 des enfants le soir avant de s\u2019endormir, ce fut comme l\u2019histoire d\u2019une vie, comme une biographie que l\u2019on nous racontait. Histoire r\u00e9aliste, po\u00e9tique, divertissante et complexe. Parfois, il est assez difficile de maintenir l\u2019attention des spectateurs, lorsque l\u2019on est seule sur sc\u00e8ne et que l\u2019on joue plusieurs personnages, \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques, selon diff\u00e9rents points de vue. Le personnage oscille entre deux mondes, celui de l\u2019humanit\u00e9 humble et simple de la campagne et celui totalement d\u00e9jant\u00e9 et chaotique des grandes villes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il est int\u00e9ressant de noter que, tout comme la complexit\u00e9 de ce texte \u00e0 d\u00e9clamer, ainsi que sa profondeur, Marit\u00e9 Blot est finalement parvenue \u00e0 nous \u00e9mouvoir avec seulement les souvenirs et les pens\u00e9es d\u2019une femme &#8211; sans doute Marit\u00e9 Blot elle-m\u00eame &#8211; tiraill\u00e9e par le besoin de vivre. Tiraill\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre enfin libre, d\u2019\u00eatre enfin soi-m\u00eame, d\u2019exister.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la fameuse r\u00e9plique d&rsquo;Hamlet, par Shakespeare, que Marie-Yvonne r\u00e9cite d\u2019un air d\u00e9sabus\u00e9, et en m\u00eame temps avec une lueur d\u2019espoir dans son regard&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;to be or not to be, telle est la question&nbsp;\u00bb<\/em>. Et la conclusion est tr\u00e8s claire. Tout comme cette interrogation, la r\u00e9ponse n\u2019en est pas moins difficile. Tout est question de perception, d\u2019intuitions, de recul, d\u2019\u00e9checs et de r\u00e9ussites. C\u2019est uniquement la vie qui d\u00e9file, et qu\u2019on laisse aller ou dont on prend les r\u00eanes. C\u2019est finalement un simple pas vers l\u2019accomplissement de soi. Avec une peur monstrueuse avant le fameux saut vers l\u2019inconnu -, puis le soulagement de constater que cet inconnu n\u2019\u00e9tait autre que soi-m\u00eame, son \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb int\u00e9rieur, son \u00e2me enfin mise \u00e0 nu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un pari plut\u00f4t r\u00e9ussi, en somme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Marie-Louise CONTRERAS<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Avec<em> Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa,<\/em> \u00e9crit et mis en sc\u00e8ne par Tatiana Gousseff, le spectateur est embarqu\u00e9 dans un r\u00e9cit auto-fictionnel \u00e0 la fois dr\u00f4le et touchant.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce s&rsquo;ouvre sur Marie-Yolande, quinquag\u00e9naire interpr\u00e9t\u00e9e par Marit\u00e9 Blot, en pleine conversation au t\u00e9l\u00e9phone. A peine audible au d\u00e9but, elle explique son probl\u00e8me au psychiatre au bout du fil\u00a0: elle souffre depuis trente ans d&rsquo;une phobie de la voiture. Ce point de d\u00e9part est l&rsquo;occasion pour la protagoniste de nous plonger dans une r\u00e9trospective de sa vie depuis son enfance en Bretagne, dans une famille d&rsquo;agriculteurs qu&rsquo;elle finira par quitter pour une carri\u00e8re de com\u00e9dienne \u00e0 Paris. Mais tr\u00e8s vite, des probl\u00e8mes se posent. Comment construire son identit\u00e9 lorsqu&rsquo;on est tiraill\u00e9e entre le monde rural et la capitale, deux univers que tout oppose ; entre les vestiges de son enfance et la vie qu&rsquo;on s&rsquo;est choisie ; entre son d\u00e9sir de libert\u00e9 et les emp\u00eachements auxquels on doit faire face\u00a0? En proie \u00e0 ces conflits int\u00e9rieurs, la com\u00e9dienne choisit le ton de l&rsquo;humour pour nous les faire partager, au travers d&rsquo;anecdotes comiques, comme son vif int\u00e9r\u00eat pour les livres de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement personnel\u00a0\u00bb de la Fnac, qu&rsquo;elle justifie au motif d&rsquo;une recherche universitaire, ou encore ses disputes (marqu\u00e9es par la mauvaise foi) avec son mari, phobique quant \u00e0 lui des grandes routes&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Au del\u00e0 de son jeu comique, Marit\u00e9 Blot r\u00e9alise une performance pleine de justesse, expressive sans \u00eatre surjou\u00e9e, ce qui facilite notre immersion dans son r\u00e9cit et conf\u00e8re \u00e0 ce dernier une dimension tr\u00e8s r\u00e9aliste. On imagine deviner derri\u00e8re les p\u00e9rip\u00e9ties de Marie-Yolande les \u00e9chos de la propre histoire de la com\u00e9dienne, ce qui a sans doute une part dans l&rsquo;effet de sinc\u00e9rit\u00e9 qui se d\u00e9gage de l&rsquo;ensemble. Seule sur sc\u00e8ne, Marit\u00e9 Blot parvient totalement \u00e0 investir l&rsquo;espace et \u00e0 nous captiver.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre La Fl\u00e8che participe \u00e9galement \u00e0 cr\u00e9er une atmosph\u00e8re intimiste, avec un d\u00e9cor simple, sans artifices\u00a0: un bureau, une chaise &#8211; au fond, une corde \u00e0 linge. Le tout ponctu\u00e9 de photographies de familles et d&rsquo;archives t\u00e9l\u00e9visuelles projet\u00e9es en arri\u00e8re plan,\u00a0 il n&rsquo;en faut pas plus pour que l&rsquo;on soit plong\u00e9 dans l&rsquo;intimit\u00e9 de la narratrice.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectateur est tant\u00f4t amus\u00e9, tant\u00f4t pris de compassion pour cette femme, d\u00e9finitivement touchante, qui au travers d&rsquo;anecdotes rigolotes soul\u00e8ve des interrogations s\u00e9rieuses&nbsp;: la qu\u00eate d&rsquo;identit\u00e9, la reproduction sociale, le d\u00e9racinement\u2026 autant de th\u00e8mes qui peuvent faire \u00e9cho au v\u00e9cu de chacun.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En sortant de la salle, outre le sentiment d&rsquo;avoir partag\u00e9 pour un bref instant la vie de Marie-Yolande, c&rsquo;est de l&rsquo;optimisme que l&rsquo;on retient, car malgr\u00e9 les paradoxes de la vie qu&rsquo;elle met en sc\u00e8ne, la pi\u00e8ce se conclut sur un d\u00e9nouement positif, invitant finalement le spectateur \u00e0 d\u00e9passer ses propres obstacles pour avancer.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Marie PINOT<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa&nbsp;<\/em><\/strong><strong>: un parcours initiatique vers la d\u00e9couverte de soi <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Se d\u00e9livrer du poids de nos origines, prendre le contre pieds des id\u00e9es que l\u2019on a tent\u00e9 de nous imposer d\u00e8s l\u2019enfance, faire face \u00e0 nos phobies et \u00e0 nos n\u00e9vroses pour r\u00e9pondre, enfin, \u00e0 un d\u00e9sir de libert\u00e9 et d\u2019ind\u00e9pendance. Voil\u00e0 ce qu\u2019a cherch\u00e9 \u00e0 mettre en sc\u00e8ne Tatiana Gousseff \u00e0 travers sa pi\u00e8ce <em>Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa<\/em>\u00a0, pr\u00e9sent\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre La fl\u00e8che. Ainsi, c&rsquo;est dans les p\u00e9r\u00e9grinations de Marie-Yolande Grapaud, nom qui suscitera \u00e0 de nombreuses reprises la raillerie du personnage lui-m\u00eame, incarn\u00e9e par l\u2019actrice Marit\u00e9 Blot, que toutes ces probl\u00e9matiques vont trouver leur r\u00e9sonance. Cette quinquag\u00e9naire n\u00e9vros\u00e9e et actrice de seconde zone, qui d\u00e9valise le rayon \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement personnel\u00a0\u00bb de la Fnac de Montparnasse, est sujette \u00e0 une phobie des plus surprenantes (mais qui ne la rend pas moins handicapante)\u00a0: la phobie de l\u2019automobile. Plus question pour elle de conduire. Vertige, c\u0153ur battant et sueurs froides s\u2019ensuiveraient invariablement. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc la discr\u00e8te folie du personnage qui est donn\u00e9e \u00e0 voir. Mais loin de se limiter \u00e0 ce diagnostic d\u2019une faible profondeur, ce seule-en-sc\u00e8ne tente d\u2019en comprendre les raisons. D\u2019o\u00f9 vient cette n\u00e9vrose\u00a0? Qu\u2019est-ce qui emp\u00eache v\u00e9ritablement Marie-Yolande Grapaud de s\u2019\u00e9manciper et d\u2019avancer\u00a0? Questions qui trouveront leur r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019issue d\u2019un parcours initiatique auquel le spectateur est invit\u00e9. En pleine introspection, le personnage nous entra\u00eene dans un voyage dans le temps qui retrace les souvenirs de son pass\u00e9. Pass\u00e9 qui apportera des r\u00e9ponses \u00e0 la question non moins importante : <em>qui suis-je\u00a0?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans le cadre intimiste de cette petite salle de th\u00e9\u00e2tre, o\u00f9 espace public et espace de jeu ne font plus qu\u2019un, que tout va se jouer. Le silence s\u2019installe et un \u00e9clairage d\u2019une forte intensit\u00e9 laisse d\u00e9couvrir aux spectateurs un d\u00e9cor simple mais efficace. Rien n\u2019est donc laiss\u00e9 au hasard puisque chaque \u00e9l\u00e9ment aura son utilit\u00e9. Une table de bureau, \u00e0 laquelle Marie-Yolande prendra place pour faire \u00e9tat de ses n\u00e9vroses \u00e0 son psychiatre. Une chaise ) c\u00f4t\u00e9 de laquelle se trouve une pile de livres consacr\u00e9s au d\u00e9veloppement personnel, et une valise dont on ne comprendra le r\u00f4le que dans les\u00a0 derni\u00e8res minutes de la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res secondes, une proximit\u00e9 s\u2019instaure entre le personnage et les spectateurs. Marie-Yolande fait une entr\u00e9e inattendue au milieu des chaises en bois normalement r\u00e9serv\u00e9es au public, un livre de d\u00e9veloppement personnel \u00e0 la main, et s\u2019assoit \u00e0 son bureau pour joindre son psychiatre. C\u2019est l\u00e0 que le public d\u00e9couvre la phobie farfelue de cette femme\u00a0: elle ne peut plus conduire. Th\u00e9rapie, m\u00e9ditation ou m\u00eame s\u00e9ances \u00a0chez un gourou du bonheur, rien n\u2019y fait, la phobie est toujours l\u00e0. Ces premiers moments jettent avec une certaine efficacit\u00e9 les bases sur lesquelles la pi\u00e8ce va se fonder et tenter de se d\u00e9velopper. Ainsi, d\u00e8s ce premier coup de fil, les spectateurs s\u2019attendent \u00e0 un encha\u00eenement lin\u00e9aire de la pi\u00e8ce. Mais <em>Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa<\/em> prend le contre-pied de cette pratique temporelle et s\u2019appuie sur des ruptures\u00a0: quoi de mieux pour comprendre le cas de Marie-Yolande que de se projeter dans son pass\u00e9 ?C\u2019est ainsi que les spectateurs sont balad\u00e9s entre pr\u00e9sent et souvenirs. Parfois, Marie-Yolande interrompt la continuit\u00e9 de la pi\u00e8ce pour s\u2019adresser directement aux spectateurs. C\u2019est lors de ces moments privil\u00e9gi\u00e9s, entre personnage et public, que le pass\u00e9 surgit. Ces alternances entre moments pr\u00e9sents et moments pass\u00e9s pourraient induire le spectateur dans la confusion. Cependant, <em>Bien a arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa<\/em> a trouv\u00e9 la solution gr\u00e2ce \u00e0 des jeux de lumi\u00e8res sign\u00e9s Fred l\u2019Indien\u00a0: lorsque que les souvenirs surgissent, la lumi\u00e8re change brusquement, plus tamis\u00e9e, plus sombre. Tout est l\u00e0 pour cr\u00e9er un sentiment d&rsquo;intimit\u00e9 entre Marie-Yolande et son public.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ses souvenirs, assis ou debout, le personnage raconte avec une certaine autod\u00e9rision son histoire, arrachant de ce fait le rire timide des spectateurs. De v\u00e9ritables sayn\u00e8tes vont donc jalonner la pi\u00e8ce. On y d\u00e9couvre une enfant de la campagne \u00e9lev\u00e9e dans une famille quelque peu envahissante, puis une \u00e9tudiante \u00e0 Rennes anim\u00e9e par le d\u00e9sir de libert\u00e9 ; et enfin, une actrice de seconde zone de trente-cinq ans, \u00e9tablie \u00e0 Paris et qui doit composer avec ses frustrations et sa phobie. Ces \u00e9pisodes sont narr\u00e9s &#8211; ou bien v\u00e9ritablement mis en sc\u00e8ne par Marie-Yolande, qui se met \u00e0 incarner pour quelques minutes la fille, l\u2019adolescente ou bien la femme qu\u2019elle \u00e9tait. Des monologues parfois un peu lents, perdant pour quelques instants l\u2019attention des spectateurs, se voient cependant dynamis\u00e9s par l\u2019humour cinglant et le cynisme de Marie-Yolande, qui n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9e d\u2019auto critique. Mais derri\u00e8re le rire et le sarcasme se cache une v\u00e9ritable sensibilit\u00e9 que la pi\u00e8ce souhaite faire partager avec son public ; la sensibilit\u00e9 d\u2019une femme ayant le r\u00eave de faire enfin partie d\u2019un monde intellectuel auquel elle est loin d\u2019y appartenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte, les monologues ne suffisent pas pour faire d\u2019une pi\u00e8ce un succ\u00e8s, me direz-vous. Et cela, <em>Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa<\/em> l\u2019a \u00e9galement bien compris. De la musique et des vid\u00e9os viennent ainsi compl\u00e9ter ce parcours initiatique. On entendra par exemple la voix d\u2019Alain Chamfort, sur laquelle Marie-Yolande se met \u00e0 danser avec un certain ridicule &#8211; et l\u2019on verra projet\u00e9 sur un drap blanc, un extrait du <em>\u00ab\u00a0Rendez-vous du Dimanche\u00a0\u00bb<\/em> avec Drucker ; ou bien une vid\u00e9o de Marie-Yolande s\u2019entretenant avec sa propre m\u00e8re. Cette auto-fiction prend tr\u00e8s vite des allures d\u2019autobiographie, o\u00f9 la fronti\u00e8re entre fiction et r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est plus. Le spectateur ne peut que reconna\u00eetre en Marit\u00e9 Blot, la com\u00e9dienne qui fait vivre <em>Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa<\/em>, des parts de Marie-Yolande Grapaud.\u00a0Ainsi, toutes ces petites sc\u00e8nes forment au fur et \u00e0 mesure les pi\u00e8ces d\u2019un puzzle que le personnage s\u2019att\u00e8le \u00e0 construire aux c\u00f4t\u00e9s de son public, lui permettant ainsi de savoir qui elle vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019issue de la pi\u00e8ce, on comprend tr\u00e8s vite que cette phobie de l\u2019automobile est hautement m\u00e9taphorique, puisqu\u2019elle incarne cette peur intrins\u00e8que d\u2019avancer et de couper le lien avec des racines bien trop profondes et auxquelles on est attach\u00e9.e. Peur qui ne se limite au cas de Marie-Yolande, mais qui peut \u00e9galement toucher les spectateurs eux-m\u00eames. Dans une sorte de <em>catharsis<\/em>, ces derniers, de la m\u00eame mani\u00e8re que le personnage, sont \u00e9galement pouss\u00e9s \u00e0 s\u2019interroger sur leurs origines et sur toutes les choses qui ont fait ce qu\u2019ils sont aujourd\u2019hui. <em>Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa <\/em>est donc une pi\u00e8ce d\u2019une grande simplicit\u00e9 mais qui a su avec une certaine efficacit\u00e9 v\u00e9hiculer un message quasiment existentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; In\u00e8s KHIARI<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >\u00ab&nbsp;Bien arriv\u00e9e \u00e0 Ottawa&nbsp;\u00bb, une r\u00e9ponse \u00e0 \u00ab&nbsp;To be or not to be&nbsp;\u00bb ?&nbsp; Depuis l\u2019entr\u00e9e du Th\u00e9\u00e2tre de la Fl\u00e8che jusqu\u2019\u00e0 la sc\u00e8ne en elle-m\u00eame, le facteur num\u00e9ro un qui domine l\u2019ambiance de ce soir est la simplicit\u00e9. 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