{"id":13749,"date":"2019-12-07T18:16:46","date_gmt":"2019-12-07T17:16:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13749"},"modified":"2019-12-07T18:16:46","modified_gmt":"2019-12-07T17:16:46","slug":"la-baleine-et-le-camp-naturiste-philippe-caubere-theatre-du-rond-point-novembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13749","title":{"rendered":"La Baleine et le camp naturiste \/ Philippe Caub\u00e8re \/   Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point \/ Novembre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate : <\/strong>Philippe Caub\u00e8re, <a href=\"https:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/la_baleine_et_le_camp_naturiste\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point<\/a> (c) Mich\u00e8le Laurent<\/p>\n\n\n\n<p>Le virus annuel qui r\u00e9gissait mon corps lors de la repr\u00e9sentation de <em>la Baleine et le camp naturiste <\/em>n\u2019a s\u00fbrement pas permis \u00e0 mon esprit d\u2019\u00eatre emport\u00e9 comme il aurait d\u00fb l\u2019\u00eatre par l\u2019extravagant Philippe Caub\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/photo.theatredurondpoint.info\/media\/s\/380\/38093\/rvb_10_caubere_1000_1000.jpg\" alt=\"\" width=\"218\" height=\"260\"\/><figcaption>Affiche du spectacle, (c) St\u00e9phane Trapier<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Com\u00e9dien de g\u00e9nie, son seul corps accueille autant de personnages qu\u2019il en imagine, passant de la femme-baleine \u00e0 la na\u00efve Cl\u00e9mence&nbsp;; du noble-beauf au robinet &#8211; sans jamais s\u2019oublier lui, Ferdinand. Par de fins stratag\u00e8mes et jeux de lumi\u00e8res, par des bruitages incessants, le narrateur &#8211; qui ne peut s\u2019emp\u00eacher de faire partager de cinglantes remarques \u00e0 son public, nous fait voyager entre Vincennes et Barb\u00e8s avant de nous embarquer dans sa voiture savonnette (si petite qu\u2019on se demande comment il arrive \u00e0 faire autant de cabrioles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur) pour des vacances dans un camp naturiste, lequel ne correspond plus \u00e0 la libert\u00e9 des m\u0153urs que le couple pr\u00f4nait en mai 68.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce s\u2019articule autour de deux histoires et deux textes\nlitt\u00e9raires. Le premier, sous le signe de la baleine, all\u00e9gorie de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 absurde, fait de Moby\nDick un vecteur d\u2019excitation sexuelle, provocateur d\u2019orgasmes dans les mers\nd\u00e9cha\u00een\u00e9es. La seconde histoire prend place dans un camp de naturistes nazis o\u00f9 les CRSS balancent les\nvieux dans les fausses communes, o\u00f9 les\np\u00e8res insultent les fils et inversement. Monde m\u00e9prisant o\u00f9 les r\u00e9citations de Proust semblent \u00eatre les seuls moments de\npo\u00e9sie et de calme dans ce capharna\u00fcm grotesque.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce est remarquable\n\u00e0 bien des \u00e9gards. Le jeu de Caub\u00e8re est bluffant, il arrive, \u00e0 coup de grands\ngestes rapides, de pantomimes clownesques et de paroles pas toujours compr\u00e9hensibles,\n\u00e0 construire son d\u00e9cor sur la sc\u00e8ne nue. Il utilise la sc\u00e8ne avec tant de\npr\u00e9cision et de clart\u00e9 que je vois encore la cuisine petite et sale dans laquelle\nSaloura fait cuire son couscous en bo\u00eete. Mais, et bien que je sois admirative\nde l\u2019ind\u00e9niable talent de Caub\u00e8re, les voix qu\u2019il prenait pour mimer ses\npersonnages me donnaient mal \u00e0 la t\u00eate et le comique de r\u00e9p\u00e9tition \u00e9tait trop\nredondant pour \u00eatre dr\u00f4le sur la totalit\u00e9 du spectacle. J\u2019ai pris du plaisir au\nd\u00e9but et \u00e0 la fin de chaque partie, mais le milieu manquait de rythme, paraissait\nfatigu\u00e9. Il fut \u00e9galement dommage de constater qu\u2019un com\u00e9dien ma\u00eetrisant aussi bien les mots aille \u00e0 ce point vers la facilit\u00e9 des\nblagues \u00ab&nbsp;obsc\u00e8nes&nbsp;\u00bb. Les blagues bas\u00e9es sur le sexe ou sur la\nnudit\u00e9, je ne les trouve pas toujours dr\u00f4les&nbsp;&#8211; non pas que je sois prude,\nmais parce qu\u2019elles ne font rire que par le simple fait d\u2019\u00eatre <em>tabou<\/em><em>es<\/em>, parce qu\u2019elles\nd\u00e9tonnent avec la pudeur de la soci\u00e9t\u00e9. J\u2019ai d\u2019abord ri \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de Ferdinand et Cl\u00e9mence dans le\ncamp de naturistes, ri de leur air perdu mais voyeur et de la longue pantomime\ndans laquelle Caub\u00e8re moule et d\u00e9moule les corps pour en exprimer toute la\nnudit\u00e9 mais j\u2019ai vite \u00e9t\u00e9 lass\u00e9e par la redondance des gestes\nqui criblaient la seconde partie. Cependant, mon avis personnel se perd dans\nles esclaffements continus du public.<\/p>\n\n\n\n<p>Je passerai donc mon tour\npour les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me volets de l\u2019ultime trilogie de la grande \u0153uvre\nth\u00e9\u00e2trale de la vie de Philippe Caub\u00e8re,\nqui se jouent actuellement au <strong>th\u00e9\u00e2tre du\nRond-Point<\/strong>. Mais cela n\u2019est qu\u2019une question de go\u00fbt, car, d\u2019apr\u00e8s\nl\u2019enjouement du public, Caub\u00e8re \u00e9tait exactement l\u00e0 o\u00f9 on\nl\u2019attendait et excellait dans son art. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Kennoc\u2019ha BEAUNE <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><em>Adieu Ferdinand ! Suite et fin<\/em>. Comme le titre l\u2019indique, il s\u2019agit-l\u00e0 d\u2019un\nadieu de Philippe Caub\u00e8re \u00e0 son personnage de Ferdinand, en trois pi\u00e8ces &#8211; sans\ndoute une triste nouvelle pour les fans de la premi\u00e8re heure. Mais pour celles\net ceux qui ne connaitraient pas trop Philippe Caub\u00e8re, <em>Ferdinand ? Qui est-ce ?<\/em> Ferdinand semble \u00eatre l\u2019<em>alter ego <\/em>de son cr\u00e9ateur. Depuis plus\nde trente ans, Philippe Caub\u00e8re fait vivre \u00e0 son personnage une vie pleine de\nrebondissements, profond\u00e9ment marqu\u00e9e par les attentes et les id\u00e9aux\nsoixante-huitards &#8211; id\u00e9aux que l\u2019acteur semble lui-m\u00eame fantasmer. <\/p>\n\n\n\n<p><em>La Baleine et Le camp naturiste <\/em>constitue le premier volet de cette trilogie\nfinale. Pour chacune des deux parties, le d\u00e9cor et les costumes restent\nrelativement identiques et inexistants. Seule une chaise tr\u00f4ne au milieu de\nl\u2019immense sc\u00e8ne du <strong>Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point<\/strong>.\nL\u2019acteur, seul lui aussi, ne change que de pantalon entre le premier <em>sketch<\/em> et le second. L\u2019absence de d\u00e9cor\net de costumes n\u2019est cependant pas g\u00eanante. Au contraire, elle permet de mettre\nen lumi\u00e8re l\u2019excellence du jeu de Philippe Caub\u00e8re, qui nous livre une performance\nremarquable, justifiant largement des prix qu\u2019il a pu recevoir tout au long de\nsa carri\u00e8re. Il gesticule ici-et-l\u00e0, saute, crie, chuchote et occupe ainsi tout\nl\u2019espace visuel et sonore. Il passe d\u2019un personnage \u00e0 l\u2019autre sans jamais\nperdre son public.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais\nsi la forme est particuli\u00e8rement bonne, le fond est quant \u00e0 lui\nparticuli\u00e8rement critiquable. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans\nla premi\u00e8re partie du spectacle, Ferdinand d\u00e9cide de tromper sa femme Cl\u00e9mence\navec Saloura, une jeune Arabe tr\u00e8s grosse et pour laquelle il n\u2019\u00e9prouve du\nd\u00e9sir que lorsqu\u2019elle porte son anorak blanc &#8211; qui la fait ressembler \u00e0 Moby\nDick, d\u2019o\u00f9 le titre <em>La Baleine<\/em>.\nFerdinand d\u00e9cide alors de faire part de son envie sexuelle\/adult\u00e8re \u00e0 sa femme.\nL\u2019attention para\u00eet louable et souligne l\u2019id\u00e9al de communication au sein du\ncouple, promu par la r\u00e9volution sexuelle des ann\u00e9es 1970. Toutefois, Cl\u00e9mence n\u2019accepte\npas vraiment que son mari aille coucher avec Saloura. Repr\u00e9sent\u00e9e comme une\nm\u00e9g\u00e8re ridicule qui se cure les ongles de pieds avec les dents, Cl\u00e9mence se\nvoit oblig\u00e9e de subir le choix de son mari. Ferdinand force, argumente, se\nplace en h\u00e9ros ou en victime selon son propos ; tous les moyens sont bons pour assouvir son envie sexuelle, peu\nimporte les r\u00e9actions et les ressentis de sa femme. L\u2019id\u00e9al du dialogue tombe\nrapidement dans le sch\u00e9ma machiste traditionnel. Lui, profite et s\u2019affirme en\n\u00e9crasant l\u2019autre ; elle, subit et se remet en cause. D\u2019ailleurs, Cl\u00e9mence est\ninterpr\u00e9t\u00e9e au moyen d\u2019une main devant la bouche, en signe de doute et de\nfragilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Saloura, quant \u00e0 elle, n\u2019est per\u00e7ue que comme un simple objet de d\u00e9sir\nsexuel, objectifi\u00e9e voire animalis\u00e9e. De plus, le d\u00e9sir suscit\u00e9 par Saloura est\nr\u00e9duit \u00e0 l\u2019existence de l\u2019anorak. Sans celui-ci, Ferdinand r\u00e9p\u00e8te plusieurs\nfois qu\u2019elle le d\u00e9gouterait presque. D\u2019ailleurs, il la surnomme Moby Dick et\naffirme sans complexe qu\u2019il doit <em>\u00ab&nbsp;partir\n\u00e0 la chasse&nbsp;\u00bb<\/em> et <em>\u00ab&nbsp;lui\nplanter son pieu&nbsp;\u00bb<\/em>. Le d\u00e9sir est m\u00eal\u00e9 \u00e0 une envie de violence\nclairement exprim\u00e9e, de sorte que la femme de d\u00e9sir n\u2019est pas une personne\nhumaine trait\u00e9e sur un plan \u00e9galitaire, mais bien une proie. <\/p>\n\n\n\n<p>Femme soumise, femme objectifi\u00e9e, l\u2019image que Philippe Caub\u00e8re d\u00e9livre\ndes femmes est terriblement traditionnelle, et d\u00e9pass\u00e9e de mode (de vie).\nCl\u00e9mence et Saloura sont toutes les deux des \u00eatres au service de Ferdinand, et\nsemblent s\u2019ex\u00e9cuter sans broncher. Elles lui pr\u00e9parent le d\u00eener &#8211; un pot-au-feu\nbien fran\u00e7ais pour Cl\u00e9mence, un couscous tr\u00e8s clich\u00e9 pour Saloura. Sans\ns\u2019attarder, et m\u00eame s\u2019il y a aussi beaucoup \u00e0 dire, la sc\u00e8ne du couscous donne\nlieu \u00e0 une v\u00e9ritable caricature de la culture arabe, qui aurait pu \u00eatre dr\u00f4le\nsi le comique de r\u00e9p\u00e9tition ne rendait pas le propos lourd, voire profond\u00e9ment\nraciste. <\/p>\n\n\n\n<p>La vision tr\u00e8s machiste de la pi\u00e8ce atteint son paroxysme lorsque surgit\ntout naturellement une sc\u00e8ne de viol\u2026 Ferdinand, apr\u00e8s avoir <em>tir\u00e9 son coup<\/em>, s\u2019endort \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de\nSaloura, la Baleine qui ne lui laisse pas de place et <em>l\u2019oblige<\/em> \u00e0 se frotter contre ses fesses. C\u2019est donc \u00e0 cause de \/\ngr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9normit\u00e9 que Ferdinand r\u00e9ussit un exploit viriliste, \u00e0 savoir\npouvoir \u00e9jaculer deux fois dans la m\u00eame soir\u00e9e. Coll\u00e9 contre le corps de la Baleine,\nil se frotte contre elle, la p\u00e9n\u00e8tre et jouit en elle, alors que celle-ci dort.\nAu lendemain de cet acte sexuel sans consentement, Saloura ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter <em>\u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait trop bien&nbsp;\u00bb<\/em>, avec la\nvoix aigu\u00eb et criarde que lui pr\u00eate le com\u00e9dien. Le grotesque et le ridicule de\nla sc\u00e8ne peuvent faire rire, mais dans le fond, Philippe Caub\u00e8re ne fait rien\nd&rsquo;autre que reproduire les sch\u00e9mas sexistes du viol comme enjeux \u00e9rotiques, et\nde la libert\u00e9 d\u2019importuner comme droit presque intrins\u00e8que \u00e0 la vision\nh\u00e9t\u00e9rosexuelle machiste. Dans le contexte encore br\u00fblant de l\u2019affaire Weinstein\net du mouvement #MeToo, le texte de Philippe Caub\u00e8re appara\u00eet ridicule, voire\ncondamnable.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019attarderai moins longuement sur l\u2019analyse de la deuxi\u00e8me partie, <em>Le camp naturiste.<\/em> Si le jeu de l\u2019acteur\nreste excellent, le propos, lui, demeure tout aussi ridicule et pu\u00e9ril. Les\nplages de nudistes sont compar\u00e9es \u00e0 des camps de SS, desquels seul Proust\nparvient \u00e0 extraire Ferdinand. L\u2019acteur encha\u00eene les r\u00e9f\u00e9rences de\nsoixante-huitard, r\u00e9p\u00e9tant que c\u2019est tant mieux pour ceux qui comprennent, et\ntant pis pour les autres. La longueur du propos, le non-sens de plusieurs\nvannes et les <em>private<\/em> <em>jokes<\/em> perdent le public. Finalement, \u00e0\nen croire les commentaires entendus \u00e0 la sortie de salle, tant les jeunes\nspectateurs que les moins jeunes quittent le th\u00e9\u00e2tre en soufflant apr\u00e8s deux\nheures et quart de spectacle, contents que ce soit termin\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Alice CLABAUT<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Le 20 novembre\nau soir, en m\u2019asseyant dans la salle Renaud-Barrault du <strong>Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point<\/strong>, j\u2019ai d\u00e9couvert une sc\u00e8ne presque nue, avec\npour seul d\u00e9cor une chaise centrale. Ne sachant pas \u00e0 quoi m\u2019attendre, ce d\u00e9cor\n\u00e9pur\u00e9 m\u2019a tout de suite interrog\u00e9e&nbsp;: <em>Comment\nles personnages vont-ils faire vivre leur texte&nbsp;? De quelle mani\u00e8re nous\nsera montr\u00e9 le contexte spatial du spectacle, son environnement&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les lumi\u00e8res\ns\u2019\u00e9teignent, le silence se fait, et lorsque la sc\u00e8ne s\u2019\u00e9claire enfin, un\npersonnage se trouve devant la chaise. Je comprends alors tr\u00e8s vite que je vais\nassister \u00e0 la performance d\u2019un seul artiste, une performance qui se r\u00e9v\u00e8lera tant\nphysique, que m\u00e9morielle. <\/p>\n\n\n\n<p>En l\u2019espace de\ndeux actes, comme deux \u00e9pisodes d\u2019une seule et m\u00eame vie, s\u00e9par\u00e9s l\u2019un de\nl\u2019autre par deux minutes seulement, on apprend \u00e0 conna\u00eetre Ferdinand et tout\nson petit monde, dans un m\u00e9lange de comiques de situation, de geste et de\nr\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Baleine et\nLe camp naturiste<\/em> sont deux contes parmi les trois qui composent\nle <em>Roman d\u2019un auteur<\/em>, \u0153uvre autobiographique de Philippe Caub\u00e8re. Ces\ndeux s\u00e9quences repr\u00e9sentent deux \u00e9pisodes, deux \u00ab&nbsp;\u00e9preuves&nbsp;\u00bb dans la\nvie du personnage de Ferdinand, interpr\u00e9t\u00e9 et mis en sc\u00e8ne par Philippe Caub\u00e8re\nlui-m\u00eame. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>La\nBaleine<\/em>, Ferdinand nous fait le r\u00e9cit de son premier adult\u00e8re.&nbsp; Son \u00e9pouse, Cl\u00e9mence, constate les d\u00e9sirs\nloufoques de son mari pour une femme qu\u2019il nomme la Baleine (ou Moby Dick). Selon\nFerdinand, cette trahison est n\u00e9cessaire et m\u00eame obligatoire pour son couple\n(ceci est m\u00eame signifi\u00e9 sur son contrat de mariage). Dans cette s\u00e9quence\ncomique, la situation dans laquelle se trouve Ferdinand devient cocasse&nbsp;: Ce\ndernier est tiraill\u00e9 entre La Baleine (la perspective d\u2019une nuit torride) et\nCl\u00e9mence (la perspective de pas grand-chose). Finalement, il finit par \u00ab&nbsp;tirer\nson coup&nbsp;\u00bb mais n\u2019en est pas plus heureux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine le\ntemps d\u2019\u00e9changer la chaise, assez moderne, pour une autre en osier &#8211; comme pour\nsignifier une ellipse temporelle, on retrouve Ferdinand, son fr\u00e8re et Cl\u00e9mence\ndans leur p\u00e9riple au camp naturiste de Montalivet. Dans ces dr\u00f4les de vacances,\nentre Proust et des vacanciers belges (nus), le com\u00e9dien mime les formes bringuebalantes\ndes vacanciers, qui prennent d\u00e8s lors vie devant le public. <\/p>\n\n\n\n<p>Plus qu\u2019une\nsimple \u0153uvre autobiographique, cette pi\u00e8ce est surtout un r\u00e9el <em>one-man show<\/em>. La prouesse artistique\nr\u00e9alis\u00e9e par Philippe Caub\u00e8re est remarquable. Pendant deux heures, en s\u2019arr\u00eatant\nsimplement pour changer de costume, le com\u00e9dien \u00e2g\u00e9 de 70 ans fait preuve d\u2019un\ndynamisme incroyable. Philippe Caub\u00e8re raconte et fait vivre l\u2019histoire de sa\npropre vie. Par son expression corporelle, son entourage et tout son\nenvironnement prennent corps. En pr\u00eatant sa voix \u00e0 son robinet, \u00e0 un chat ou\nencore en mimant les naturistes de Montalivet, le d\u00e9cor, absent sur sc\u00e8ne,\nprend forme dans notre imaginaire. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des performances\nles plus impressionnantes du com\u00e9dien advient lorsque Ferdinand lit du Proust\npendant ses vacances au camp naturiste. Philippe Caub\u00e8re mime alors la lecture\nd\u2019au moins une page enti\u00e8re et fait ainsi preuve d\u2019une capacit\u00e9 m\u00e9morielle\ninou\u00efe.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins,\nl\u2019absence totale de d\u00e9cor incite Philippe Caub\u00e8re \u00e0 mimer absolument tout ce\nqui l\u2019entoure. On se retrouve avec une surabondance de comiques de geste\npendant toute la pi\u00e8ce. Si au d\u00e9but, les premiers mimes de portes sont dr\u00f4les,\nleur redondance au cours de la pi\u00e8ce devient vite tr\u00e8s lourde. Il en va de m\u00eame\npour les autres proc\u00e9d\u00e9s comiques utilis\u00e9s sans discontinuer au cours des deux\nheures. Certains comiques de r\u00e9p\u00e9tition deviennent lassants et selon moi, la\npi\u00e8ce aurait gagn\u00e9 \u00e0 durer trente minutes de moins.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres part,\nles nombreuses r\u00e9f\u00e9rences faites par Caub\u00e8re demeurent incomprises par le jeune\npublic et alourdissent l\u2019ambiance de la salle. Nombre des blagues de Ferdinand me\nsemblent en inad\u00e9quation avec un public qui n\u2019est pas de sa g\u00e9n\u00e9ration. En\nsortant de la salle, j\u2019ai entendu deux femmes d\u2019un certain \u00e2ge dire&nbsp;que <em>\u00ab&nbsp;\u00e7a n\u2019a pas d\u00fb \u00eatre facile pour lui&nbsp;\u00bb<\/em>\net que <em>\u00ab&nbsp;le public n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s\nr\u00e9ceptif&nbsp;\u00bb<\/em>. Il vrai que de nombreuses blagues sont tomb\u00e9es dans le\nvide et n\u2019ont arrach\u00e9 qu\u2019un sourire g\u00ean\u00e9 au spectateur. <\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre du\nRond-Point joue en alternance avec <em>La Baleine et Le camp naturiste<\/em>, <em>Le\ncasino de Namur I et Le casino de Namur II<\/em>. Ces trois pi\u00e8ces constituent\nune trilogie chronologique regroup\u00e9e sous le titre d\u2019<em>Adieu Ferdinand&nbsp;! <\/em>Peut-\u00eatre\nPhilippe Caub\u00e8re entend-il tirer son chapeau en interpr\u00e9tant ainsi l\u2019histoire\nde sa vie, avant de quitter le monde du spectacle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019irai pas\nassister aux autres repr\u00e9sentations. <em>La Baleine<\/em> m\u2019a d\u00e9j\u00e0 enti\u00e8rement\nsuffi \u00e0 comprendre le personnage. Mais le jeu d\u2019acteur de Philippe Caub\u00e8re n\u2019en\nreste pas pour autant honorable, et son histoire touchante.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Emp\u00eatr\u00e9 que je suis, dans le scotch de la vie&nbsp;\u00bb, <\/em>cette phrase que Ferdinand r\u00e9p\u00e8te plusieurs fois dans <em>La Baleine<\/em> est finalement une jolie synth\u00e8se du message du personnage et donc de la vie de Philippe. Dans les m\u00e9andres compliqu\u00e9s qui composent un quotidien dont il faut venir \u00e0 bout tant bien que mal, Caub\u00e8re utilise le rire pour faire passer le tout plus facilement.  <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Marie DELILLE <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : Philippe Caub\u00e8re, Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point (c) Mich\u00e8le Laurent Le virus annuel qui r\u00e9gissait mon corps lors de la repr\u00e9sentation de la Baleine et le camp naturiste n\u2019a s\u00fbrement pas permis \u00e0 mon esprit d\u2019\u00eatre emport\u00e9 comme il aurait d\u00fb l\u2019\u00eatre par l\u2019extravagant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":13750,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,36],"tags":[],"class_list":["post-13749","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-theatre-du-rond-point"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13749","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13749"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13749\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13749"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13749"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13749"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}