{"id":13803,"date":"2020-01-10T16:40:45","date_gmt":"2020-01-10T15:40:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13803"},"modified":"2020-01-10T16:40:45","modified_gmt":"2020-01-10T15:40:45","slug":"beaucoup-de-bruit-pour-rien-les-livreurs-decembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13803","title":{"rendered":"Beaucoup de bruit pour rien \/ Les Livreurs \/ D\u00e9cembre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Shakespeare \u00e0 port\u00e9e de main<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en tant qu\u2019angliciste passionn\u00e9e des \u0153uvres shakespeariennes, en particulier de ses com\u00e9dies (quelque peu oubli\u00e9es sous l\u2019\u00e9clat des grandes trag\u00e9dies), que je me suis rendue dans une des salles de l\u2019<strong>ESPE<\/strong> pour assister \u00e0 une lecture de <em>Beaucoup de bruit pour rien<\/em> (<em>Much Ado About Nothing<\/em>), lue en solo par Elisabeth, de la compagnie <strong>Les Livreurs<\/strong> &#8211; qui entreprend  depuis 1998 de faire <span style=\"text-decoration: underline\">entendre<\/span> la parole des auteurs au public.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui me concerne, je ne connaissais ni les acteurs ni le concept de la lecture \u00e0 haute voix, et je n\u2019avais jamais particip\u00e9 \u00e0 une s\u00e9ance critique. Car en effet, il ne s\u2019agissait pas seulement d\u2019\u00e9couter la merveilleuse interpr\u00e9tation d\u2019Elisabeth, mais bien d\u2019agir en tant que <em>public-test<\/em>, utilisant la deuxi\u00e8me partie de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pour intervenir et aider l\u2019actrice \u00e0 am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de son travail.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ambiance diff\u00e9rente de cet \u00e9v\u00e9nement surprend agr\u00e9ablement : vous vous attendez \u00e0 une s\u00e9ance de th\u00e9\u00e2tre impersonnelle, dans une grande salle&#8230; mais vous vous retrouvez au beau milieu d&rsquo;un public r\u00e9duit, dans une salle \u00e0 taille humaine et devant une lectrice qui se tient \u00e0 \u00e0 peine deux m\u00e8tres de vous. La convivialit\u00e9 de ce cadre, surtout au moment de la critique, a bien r\u00e9ussi l\u2019id\u00e9e de <em>porter<\/em> le th\u00e9\u00e2tre au public. <\/p>\n\n\n\n<p>En justement, en parlant du public, il y en avait de tous les \u00e2ges, de toutes les occupations et avec des niveaux de connaissance de l\u2019oeuvre tr\u00e8s vari\u00e9s; mais tous ont particip\u00e9 \u00e0 am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de la lecture dans un d\u00e9bat riche, avec des points de vue diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>La performance \u00e9tait envo\u00fbtante : des voix diff\u00e9rentes, une clart\u00e9 m\u00e9thodique qui permettait de bien faire la diff\u00e9rence entre tous les personnages, la manifestation du comique, la mise en espace, l\u2019\u00e9nergie maintenue tout au long de l\u2019heure enti\u00e8re de lecture, les silences\u2026 Tout cela nous a fait plonger dans l\u2019univers de Shakespeare &#8211; et m\u00eame si, comme moi, on connaissait la pi\u00e8ce, on riait et on \u00e9tait surpris avec les autres. <\/p>\n\n\n\n<p>La compagnie des Livreurs a r\u00e9ussi, donc, \u00e0 transformer la complexit\u00e9 d\u2019une com\u00e9die shakespearienne en quelque chose de simple (sans mise en sc\u00e8ne, en solo), et permet au public de participer directement \u00e0 la cr\u00e9ation du spectacle. C\u2019est une exp\u00e9rience nouvelle et exceptionnelle, que je r\u00e9p\u00e9terais volontiers de mon c\u00f4t\u00e9, et que je conseille \u00e0 tous les amants du th\u00e9\u00e2tre et de l\u2019art. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Julia ESCRIU LORO<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019une fois sur place que j\u2019ai compris que le spectacle auquel je me rendais \u00e9tait en fait une analyse critique de ce que l&rsquo;on appelle un solo th\u00e9\u00e2tre. Premi\u00e8re fois pour ma part. Une jeune fille du nom d\u2019Elisabeth va donc interpr\u00e9ter <span style=\"text-decoration: underline\">seule<\/span> la pi\u00e8ce <em>Beaucoup de bruit pour rien<\/em> de Shakespeare. La pi\u00e8ce est lue et arrang\u00e9e, et dure moiti\u00e9 moins de temps que la pi\u00e8ce d\u2019origine (1h03 minutes au lieu de 2h30). Ce \u00ab monologue \u00bb peut para\u00eetre un peu long, car les sens du spectateur ne sont tourn\u00e9s que vers une seule personne et le travail d\u2019imagination peut parfois se perdre quelques instants. <\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la pi\u00e8ce d\u00e9marre, il est difficile de comprendre qui sont les personnages de la pi\u00e8ce. Certaines voix se ressemblent, les noms des personnages sont parfois mixtes. Mis \u00e0 part cela, le travail de l\u2019actrice parvient \u00e0 poser un d\u00e9cor et fait travailler notre imagination quant au physique des personnages. C\u2019est une toute nouvelle dimension du th\u00e9\u00e2tre qui s&rsquo;ouvre au public, car tout se joue autour de la prestation et non plus de la mise en sc\u00e8ne &#8211; c&rsquo;est donc une pression plus lourde qui s\u2019exerce sur l\u2019acteur ou sur actrice. <\/p>\n\n\n\n<p>La critique \u00e0 la fin de la s\u00e9ance fut tr\u00e8s constructive. L\u2019actrice d\u2019un c\u00f4t\u00e9, un m\u00e9diateur entre le public et l\u2019actrice, et enfin le public. C\u2019est un exercice qui permet \u00e0 l\u2019actrice de s\u2019am\u00e9liorer gr\u00e2ce aux retours des spectateurs. Le point n\u00e9gatif que je lui ai trouv\u00e9, c&rsquo;est que le m\u00e9diateur n\u2019\u00e9tait pas assez \u00e0 l\u2019\u00e9coute des critiques lanc\u00e9es et restait cantonn\u00e9 sur ses positions. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Zo\u00e9 SIEMEN<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l\u2019on arrive dans le hall de l\u2019<strong>ESPE<\/strong>, on se demande si on s\u2019est bien rendu \u00e0 la bonne adresse : seules cinq personnes attendent, patiemment &#8211; on nous dit qu\u2019on nous fera monter dans la salle d\u2019ici une dizaine de minutes\u2026 <em>C\u2019est peu commode pour une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre<\/em>, se dit-on ! On nous m\u00e8ne ensuite \u00e0 une salle d\u2019\u00e0 peine une douzaine de si\u00e8ges et on nous dit encore de patienter le temps que les retardataires arrivent ; cela nous confirme que la s\u00e9ance ne se d\u00e9roulera pas comme pr\u00e9vu. Mais on ne s\u2019avoue pas vaincu.<br><br>Puis on nous explique que nous sommes un&nbsp; <em>\u00ab&nbsp;public test&nbsp;\u00bb<\/em> et que l\u2019interpr\u00e9tation pr\u00e9sent\u00e9e sera soumise \u00e0 un d\u00e9bat et \u00e0 des retours apr\u00e8s la pi\u00e8ce. On commence \u00e0 comprendre pourquoi l\u2019orchestration est aussi particuli\u00e8re, mais cela attise la curiosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une vingtaine de minutes d\u2019attente suppl\u00e9mentaires entre en sc\u00e8ne la com\u00e9dienne, simplement munie d\u2019un pupitre et d\u2019une tablette \u00e9lectronique, \u00e9clair\u00e9e par trois petits projecteurs. Et l\u00e0 se produit le magique, l\u2019ineffable : seule, en une sc\u00e8ne, elle nous fait comprendre qu\u2019il est humainement possible d\u2019interpr\u00e9ter une douzaine de personnages sans confusion. De les affubler d\u2019une voix et d\u2019une posture particuli\u00e8res, de les diff\u00e9rencier sans provoquer le trouble. Et avec une grande justesse !<br><br>On croit r\u00eaver. Alors qu\u2019on doutait pouvoir r\u00e9ussir \u00e0 suivre la pi\u00e8ce &#8211; dans la mesure o\u00f9 elle ne se serait transmise que par la voix, et que les intrigues shakespeariennes ne sont pas des plus accessibles, on parvient sans peine \u00e0 comprendre le d\u00e9roul\u00e9, du d\u00e9but \u00e0 la fin. La com\u00e9dienne a en effet remani\u00e9 la pi\u00e8ce de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019elle soit audible et compr\u00e9hensible par tous. On rit parfois beaucoup, gr\u00e2ce au jeu implacable de la com\u00e9dienne, mais aussi gr\u00e2ce \u00e0 la situation naturellement dr\u00f4le : autant de personnages, interpr\u00e9t\u00e9s par une seule personne, sans costumes, sans mise en sc\u00e8ne ? C\u2019est digne des exercices les plus p\u00e9rilleux ! <br><br>Apr\u00e8s tant d\u2019engouement lors de la pi\u00e8ce, on garde quand m\u00eame un souvenir un peu froid de l\u2019animateur de la deuxi\u00e8me partie, tr\u00e8s but\u00e9 sur ses critiques et parfois un peu insultant, voire sexiste. Il n\u2019a pas laiss\u00e9 beaucoup de place aux interventions du public quand il affichait son d\u00e9saccord face \u00e0 ses remarques. Mais le public se souviendra de toute mani\u00e8re de l\u2019excellente interpr\u00e9tation de la com\u00e9dienne et repartira le sourire aux l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Cl\u00e9mentine DREYFUS<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Shakespeare \u00e0 port\u00e9e de main C\u2019est en tant qu\u2019angliciste passionn\u00e9e des \u0153uvres shakespeariennes, en particulier de ses com\u00e9dies (quelque peu oubli\u00e9es sous l\u2019\u00e9clat des grandes trag\u00e9dies), que je me suis rendue dans une des salles de l\u2019ESPE pour assister \u00e0 une lecture de Beaucoup de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":13804,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[48],"tags":[],"class_list":["post-13803","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lecture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13803","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13803"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13803\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13803"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13803"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13803"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}