{"id":13837,"date":"2020-01-10T17:11:45","date_gmt":"2020-01-10T16:11:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13837"},"modified":"2020-01-10T17:11:45","modified_gmt":"2020-01-10T16:11:45","slug":"un-americain-a-paris-ira-et-george-gershwin-composition-christopher-wheeldon-choregraphie-theatre-du-chatelet-decembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13837","title":{"rendered":"Un Am\u00e9ricain \u00e0 Paris \/ Ira et George Gershwin (composition), Christopher Wheeldon (chor\u00e9graphie) \/ Th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet \/ D\u00e9cembre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> <a href=\"https:\/\/www.chatelet.com\/programmation\/saison-19-20\/un-americain-a-paris\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"galerie du th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">galerie du th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet<\/a> (retrouvez-y le r\u00e9sum\u00e9 et la playlist de l&rsquo;oeuvre!) <\/p>\n\n\n\n<p>Couleurs, sons et mouvements se m\u00ealent, forgeant une \u00e9tincelle de vie qui, en touchant le c\u0153ur et l&rsquo;esprit, fait briller nos prunelles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e2me de ce spectacle qui m&rsquo;a tant fait chavirer, je l&rsquo;ai trouv\u00e9e \u00e0 la sortie du th\u00e9\u00e2tre, dans la rue, en marchant d&rsquo;un pas rapide vers le m\u00e9tro le plus proche. Un regard \u00e0 gauche, un regard \u00e0 droite\u2026 Non, je ne r\u00eave pas. Un \u00e0 un, je les vois &#8211; certains plus discrets que d&rsquo;autres, vibrer au rythme des airs que nous venons de laisser. C&rsquo;est un entrain particulier, dans une marche cadenc\u00e9e. C&rsquo;est une note fredonn\u00e9e, dans un souffle enjou\u00e9. C&rsquo;est une t\u00eate qui vacille, \u00e0 la mesure de Gershwin. Je le vois, d&rsquo;ailleurs, cet artiste talentueux qui &#8211; au coin de rue, nous observe. Il est fait de notes et de lumi\u00e8re, et l&rsquo;espace de quelques heures, il a v\u00e9cu en chacun de nous.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai toujours particuli\u00e8rement affectionn\u00e9 les com\u00e9dies musicales, mais les occasions ont \u00e9t\u00e9 rares de voir ces histoires sortir du grand \u00e9cran pour prendre vie sur sc\u00e8ne. C&rsquo;est donc dans une attente f\u00e9brile que j&rsquo;occupais mon si\u00e8ge, et dans une vague d&rsquo;excitation intense que mes yeux ont senti les lumi\u00e8res s&rsquo;assombrir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il para\u00eet s\u00fbrement \u00e9vident, au vu des mots que je viens d&rsquo;\u00e9noncer, \u00e0 quel point ce spectacle m&rsquo;a plu. Cependant, il serait trop facile de l&rsquo;affubler d&rsquo;une mention <em>\u00ab&nbsp;j&rsquo;aime&nbsp;\u00bb<\/em> sans tenter de d\u00e9gager les raisons de ce sentiment.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut \u00e9videmment mentionner, pour commencer, le plaisir de pouvoir se d\u00e9lecter de la musique de Gershwin, ex\u00e9cut\u00e9e avec \u00e2me et entrain, au rythme d&rsquo;une baguette de direction de qualit\u00e9. Notons ensuite les changements de d\u00e9cors, r\u00e9fl\u00e9chis, travaill\u00e9s, minutieux. Les doigts qui ont cousu ces tableaux les uns aux autres ne se sont donn\u00e9 aucune marge d&rsquo;erreur, et les coutures \u2013 l\u00e0 o\u00f9 elles apparaissaient \u2013 \u00e9taient irr\u00e9prochables. A cela viennent s&rsquo;ajouter les costumes et les d\u00e9cors eux-m\u00eames qui, sans tomber dans un exc\u00e8s grotesque, ont su nous plonger dans l&rsquo;ambiance de ce Paris d&rsquo;apr\u00e8s-guerre&nbsp;: Paris renaissant, Paris color\u00e9, Paris vivant\u2026 mais aussi, Paris charg\u00e9 de secrets et de souffrances cach\u00e9es. Pour terminer, comment ne pas s&rsquo;attarder un instant sur les personnages, qui ont men\u00e9 leur r\u00f4le avec conviction, chantant, dansant, venant sublimer les chor\u00e9graphies de Christopher Wheeldon, les mots de Craig Lucas et les musiques de Ira et George Gershwin.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut, en bref, un tourbillon qui a su porter mes pas et mon esprit plusieurs jours durant, par-del\u00e0 le rideau final.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Aoife HOPKINS<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour une nuit, \u00e0 Paris, avec toi\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un Am\u00e9ricain \u00e0 Paris, <\/em>c\u2019est d\u2019abord un concerto du compositeur George Gershwin, cr\u00e9\u00e9 en 1928 apr\u00e8s un s\u00e9jour dans le Paris des ann\u00e9es folles, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019intelligentsia am\u00e9ricaine peuplait les brasseries de Montparnasse. Stimul\u00e9e par l\u2019esprit de f\u00eate qui s\u2019empare alors de la capitale, c\u2019est l\u2019effervescence culturelle et humaine de ce Paris d\u2019apr\u00e8s-guerre qui est per\u00e7ue et mise en musique par un Am\u00e9ricain dans cette \u0153uvre. Elle donnera son nom (<em>Un Am\u00e9ricain \u00e0 Paris<\/em>), ainsi que sa bande son, \u00e0 la com\u00e9die musicale de Vincente Minnelli, laquelle rafla six oscars en 1951. Il faudra n\u00e9anmoins attendre 2014 pour qu\u2019un projet d\u2019adaptation sur les planches aboutisse, fruit d\u2019une collaboration entre Broadway et la direction artistique du <strong>th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00ab&nbsp;Mon objectif est de d\u00e9peindre les impressions d\u2019un touriste am\u00e9ricain \u00e0 Paris, pendant qu\u2019il se prom\u00e8ne dans la ville et \u00e9coute les divers bruits de la rue et s\u2019impr\u00e8gne de l\u2019atmosph\u00e8re fran\u00e7aise.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p><cite>George GERSHWIN<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>On pourrait dire que l\u2019histoire est celle d\u2019un triangle amoureux. Jerry Mulligan, un ancien soldat am\u00e9ricain et peintre amateur, d\u00e9cide de rester \u00e0 Paris apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Rep\u00e9r\u00e9 par une riche h\u00e9riti\u00e8re, il tombe n\u00e9anmoins amoureux de Lise sans savoir que celle-ci est promise \u00e0 Henri, un de ses meilleurs amis, et qu\u2019elle a \u00e9galement fait chavirer le c\u0153ur d\u2019Adam, un autre de ses amis. L\u2019amour et les aspirations de chacun s\u2019entrecroisent et se contrarient, les personnages cultivant tous des r\u00eaves de r\u00e9ussite et un certain individualisme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>George Gershwin qualifiait son concerto de \u00ab&nbsp;<em>po\u00e8me symphonique<\/em>&nbsp;\u00bb. Ainsi mis en sc\u00e8ne et chor\u00e9graphi\u00e9 par Christopher Wheeldon, cet aspect po\u00e9tique saute aux yeux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cela tient d\u2019abord \u00e0 la repr\u00e9sentation de Paris, projet\u00e9e en fond de sc\u00e8ne : de magnifiques pastels de Paris nous donnent l\u2019impression que les d\u00e9cors ont \u00e9t\u00e9 croqu\u00e9s par Van Gogh ou par Toulouse-Lautrec. Des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cors finissent de recr\u00e9er les int\u00e9rieurs de lieux typiquement parisiens : bistrots, appartements haussmanniens ou palaces, ainsi que la magnifique salle de danse de l\u2019Op\u00e9ra. Une vision r\u00e9solument st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, mais qui nous enchante car c\u2019est quand m\u00eame \u00e7a, Paris ! Ces \u00e9l\u00e9ments, sur roulettes, font partie int\u00e9grante de la chor\u00e9graphie et participent activement, avec les jeux d\u2019\u00e9clairage, \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019histoire, notamment gr\u00e2ce au syst\u00e8me ing\u00e9nieux des panneaux-miroirs. Ils permettent de fragmenter et de lib\u00e9rer l\u2019espace sc\u00e9nique, afin d\u2019en faire un vrai plateau de danse lorsque c\u2019est n\u00e9cessaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans des costumes somptueux de simplicit\u00e9, les acteurs nous offrent un v\u00e9ritable ballet classique. Si le rythme g\u00e9n\u00e9ral est donc assez doux, de nombreux tableaux \u00e9blouissent par leur \u00e9nergie et ne manqueront pas de communiquer \u00e0 vos pieds une certaine envie de danser ! Mention sp\u00e9ciale pour mon coup de c\u0153ur personnel : la sc\u00e8ne de la course poursuite dans les Galeries Lafayette, qui laisse pantois quant \u00e0 la dext\u00e9rit\u00e9 et au talent des danseurs. Enfin, par un joli jeu d\u2019inversion, la sc\u00e9nographie ne manque pas de rendre hommage \u00e0 l\u2019orchestre qui est aussi un acteur phare du spectacle.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On retiendra l\u2019avis du <em>New York Post : \u00ab&nbsp;un show a\u00e9rien, une douce caresse&nbsp;\u00bb<\/em>. C\u2019est, en effet, un vrai po\u00e8me visuel qui nous happe pendant 2h40, une ode \u00e0 la Ville-lumi\u00e8re. Plein d\u2019humour et malgr\u00e9 des propos piquants sur le Paris \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019Occupation, c\u2019est bien le triomphe et l\u2019universalit\u00e9 de l\u2019amour &#8211; et peut-\u00eatre plus encore de l\u2019art sous toutes ses formes, qui sont mis en sc\u00e8ne ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les f\u00eates, la com\u00e9die musicale fait donc un retour triomphant \u00e0 Paris, \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 le chor\u00e9graphe l\u2019a con\u00e7ue en 2014, sous l\u2019impulsion de Broadway et de l\u2019ancien directeur du th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet. Un bel exemple de coh\u00e9sion entre deux pays, ou comment la culture peut rassembler les peuples : un message en accord avec le propos port\u00e9 par l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour illustrer encore cette id\u00e9e, une exposition photographique rendant hommage aux relations franco-am\u00e9ricaines est \u00e9galement accessible avant le spectacle et \u00e0 l\u2019entracte. C\u2019est l\u2019occasion de d\u00e9ambuler dans les vestibules, entre les superbes photos en noir et blanc de l\u2019<em>International Herald Tribune<\/em> et les boiseries et verri\u00e8res flambant neuves &#8211; et non moins superbes, du th\u00e9\u00e2tre r\u00e9cemment r\u00e9-ouvert.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>(Pour retrouver l\u2019atmosph\u00e8re de ce \u00ab Paris am\u00e9ricain \u00bb des ann\u00e9es folles qui a inspir\u00e9 Gershwin, on ne peut que vous conseiller de lire, parmi les plus connus, <em>Paris est une f\u00eate<\/em> d\u2019Hemingway ainsi que <em>La F\u00ealure<\/em> de Fitzgerald!)<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Margaux RADEPONT<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><em>Un Am\u00e9ricain \u00e0 Paris,<\/em> com\u00e9die musicale cr\u00e9\u00e9e en 2014, est une \u0153uvre \u00e0 part &#8211; en particulier de sa c\u00e9l\u00e8bre version film\u00e9e, r\u00e9alis\u00e9e par Vincent Minnelli en 1952. Ici, la mise en sc\u00e8ne de Christopher Wheeldon intensifie la glorification de l\u2019art tout en mettant au premier plan et le personnage de Jerry et l\u2019image de Lise, injustement r\u00e9duite dans le film \u00e0 une vendeuse, objet du d\u00e9sir et qui ne danse que dans les r\u00eaves des hommes ou avec eux ; ainsi que son parcours artistique vers le succ\u00e8s, en transformant le <em>show<\/em> en com\u00e9die musicale <em>backstage<\/em>. Le contexte historique, bien visible, renforce l\u2019intrigue peu cr\u00e9dible du film et la rend politique&nbsp;: on touche \u00e0 des th\u00e8mes sensibles, plus \u00e9mouvants et g\u00e9n\u00e9ralement peu pr\u00e9sents dans le genre de la com\u00e9die musicale&nbsp;: ceux de la fin de la guerre et de ses cons\u00e9quences pour Paris et pour ses habitants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est peut-\u00eatre inutile de parler de la qualit\u00e9 de cette com\u00e9die musicale aux quatre <em>Tony Awards<\/em>, en sc\u00e8ne depuis quatre ans. On peut simplement, de nouveau, prendre plaisir \u00e0 revoir l\u2019image de Paris, repr\u00e9sent\u00e9e avec ses motifs constants de l\u2019union de l\u2019art et de l\u2019amour qui s\u2019entrem\u00ealent, se compl\u00e8tent et, enfin, ne peuvent plus exister l\u2019un sans l\u2019autre. Le rythme fou des sc\u00e8nes de danse collective suscite l\u2019envie de saisir chaque d\u00e9tail du d\u00e9cor. Tous les mouvements des danseurs sont impeccables et mesur\u00e9s avec go\u00fbt. La fluidit\u00e9 des s\u00e9quences dansantes, qui aboutissent au fameux ballet final, fait oublier le temps&nbsp;: la danse devient le langage de la com\u00e9die musicale et traduit plus d\u2019intimit\u00e9 entre les personnages que les paroles. Tout cela fait d\u2019<em>Un Am\u00e9ricain \u00e0 Paris <\/em>un <em>show<\/em> avec l\u2019une des plus excellentes chor\u00e9graphies de Broadway. A ne pas manquer.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Daria KRIAZHOVA<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>La boucle est boucl\u00e9e&nbsp;: apr\u00e8s ses d\u00e9buts ici-m\u00eame \u00e0 Paris, en 2014, puis sa longue tourn\u00e9e dans le Monde depuis Broadway jusqu\u2019\u00e0 Tokyo en passant par Londres,&nbsp;<em>An American in Paris<\/em>&nbsp;est de retour pour un spectacle haut en couleurs et fort en claquettes sur les planches du <strong>th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre nous est familier car, apr\u00e8s tout, le spectacle est une adaptation de la com\u00e9die musicale classique du m\u00eame nom et qui vit Gene Kelly claquer des talons sur les pav\u00e9s parisiens, au son de la musique de George Gershwin. Ceux qui l\u2019ont vue pourront toutefois profiter d\u2019une exp\u00e9rience nouvelle. Si le spectacle mis en sc\u00e8ne et chor\u00e9graphi\u00e9 par Christopher Wheeldon conserve le canevas narratif du film de Vincente Minelli, il profite de ses presque 3h pour revisiter avec profondeur et finesse l\u2019histoire, \u00e9toffer certains personnages et adapter les d\u00e9tails qui ont mal vieilli.<\/p>\n\n\n\n<p>Le spectateur de Wheeldon suit toujours l\u2019idylle et les difficult\u00e9s amoureuses du peintre Jerry Mulligan, un Am\u00e9ricain expatri\u00e9 \u00e0 Paris qui s&rsquo;\u00e9prend de Lise Dassin, une Fran\u00e7aise danseuse de ballet. Malheureusement, cette derni\u00e8re est aux prises avec la passion et le devoir d\u2019honorer ses engagements aupr\u00e8s d\u2019un autre, danseur et chanteur aspirant au succ\u00e8s outre-Atlantique, Henri Baurel &#8211; par ailleurs le fils d\u2019une famille de bourgeois fran\u00e7ais. Enfin, les gammes du cynique Adam, compositeur-pianiste, Am\u00e9ricain \u00e9chou\u00e9 lui aussi sur l\u2019\u00eele de la Cit\u00e9, r\u00e9sonnent de m\u00eame. Mais les diff\u00e9rences ne manquent pas, et l\u2019\u0153uvre s\u2019en trouve revivifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Un d\u00e9tail, par exemple : Jerry Mulligan n\u2019est plus un chantre de l\u2019impressionnisme, mais un avant-gardiste de la peinture moderne. Un ajustement plus important encore, et qui \u00e9pargne nos sensibilit\u00e9s modernes&nbsp;: le flirt agressif de Jerry et l&rsquo;excessive mise \u00e0 l\u2019honneur de la masculinit\u00e9 de Gene Kelly sont adoucis sous la plume de Craig Lucas et le jeu de Ryan Steele. En contrepartie, les personnages f\u00e9minins deviennent des figures valides du monde artistique. Milo n\u2019est plus seulement le sponsor \u00e9pris, mais un personnage qui, comme les autres, vit une \u00e9ducation sentimentale et artistique, \u00e0 travers passion, renoncement et d\u00e9passement. Lise n\u2019est plus simplement la muse, mais l\u2019\u00e9toile montante des ballets parisiens et le clou du spectacle final. Henri, son fianc\u00e9, doit lutter contre les secrets et la volont\u00e9 de ses parents pour pouvoir r\u00e9aliser son r\u00eave. De m\u00eame, Adam &#8211; l\u2019avatar de Gershwin (dont la musique guide le spectacle), s\u2019enrichit des sentiments amoureux qu\u2019il nourrit \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Lise et, malgr\u00e9 son cynisme de rescap\u00e9, de son choix de faire de l\u2019art une c\u00e9l\u00e9bration de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Car le r\u00e9cit se d\u00e9roule au lendemain m\u00eame de la Lib\u00e9ration de Paris. L\u2019Occupation et la guerre ont laiss\u00e9 leur lot de blessures, de trag\u00e9dies et de secrets tapis. Coexistant avec la trame sombre de l\u2019Histoire et les angoisses du futur, la question est pos\u00e9e directement au spectateur&nbsp;: <em>\u00e0 quoi bon l\u2019art&nbsp;? A quoi bon les artistes que vous voyez devant vous&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et le monde artistique, en la personne de ces aspirants artistes, pr\u00e9sente sa com\u00e9die musicale pour toute r\u00e9ponse. Les codes affirm\u00e9s des com\u00e9dies sont soudain justifi\u00e9s. La fin heureuse, conventionnelle, est une le\u00e7on en accord avec l\u2019optimisme r\u00e9solu des Am\u00e9ricains : faites rire au lieu de pleurer, sourire au lieu de douter. Le temps d\u2019un spectacle, on peut y croire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le trait est parfois un peu forc\u00e9. On peut regretter quelques plaisanteries un peu lourdes et les clich\u00e9s des Am\u00e9ricains sur la France, ou encore la volont\u00e9 de vouloir un peu trop expliciter les choses au public. Certains des acteurs ont par ailleurs un peu exag\u00e9r\u00e9 leur accent fran\u00e7ais, par exemple le \u00ab&nbsp;J&nbsp;\u00bb de \u00ab&nbsp;Jerry&nbsp;\u00bb prononc\u00e9 par Leanne Cope (Lise) comme le \u00ab&nbsp;j&nbsp;\u00bb de \u00ab&nbsp;jouer&nbsp;\u00bb plut\u00f4t que le \u00ab&nbsp;dj&nbsp;\u00bb de \u00ab&nbsp;Djerry&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019anglaise, ressort douloureusement du reste de ses r\u00e9pliques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon point le plus n\u00e9gatif porte d\u2019ailleurs sur le (sur)jeu de Leanne Cope. Magnifique danseuse, elle a eu la t\u00e2che ingrate d\u2019interpr\u00e9ter le r\u00f4le de Lise et devoir justifier de toute la passion qu\u2019elle inspire non pas \u00e0 deux, mais \u00e0 trois protagonistes. Son choix d\u2019emprunter les sentiers battus de l\u2019ing\u00e9nuit\u00e9 est regrettable, car son jeu aurait gagn\u00e9 \u00e0 privil\u00e9gier la simplicit\u00e9 au lieu d\u2019une candeur un peu forc\u00e9e, surtout pour ce personnage que la guerre et les souffrances ne sont pas cens\u00e9es avoir laiss\u00e9 si na\u00eff.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, Leanne Cope comble ce d\u00e9faut gr\u00e2ce aux instants de po\u00e9sie pure qu\u2019elle nous offre. La musique de Gershwin va d\u2019<em>allegretto<\/em>&nbsp;\u00e0&nbsp;<em>adagio<\/em>, tour \u00e0 tour espi\u00e8gle et lyrique, les ombres et la lumi\u00e8re se dulcifient en bleuissant, et l\u2019artiste, la danseuse s\u2019envole pour un moment de gr\u00e2ce partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, les objectifs ambitieux de ce spectacle sont atteints, et je suis heureuse de dire que, si vous laissez votre pessimisme adamien &#8211; mais tr\u00e8s fran\u00e7ais, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la salle, vous pourrez \u00eatre happ\u00e9s par la pi\u00e8ce sans crainte d\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7us. Tout au moins, le spectacle est magnifique et vous en ressortirez avec des&nbsp;<em>fidgety feet<\/em>&nbsp;et les m\u00e9lodies ent\u00eatantes de Gershwin, qui demeurent&nbsp;<em>although the music has stopped<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Blandine LE TAN<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : galerie du th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet (retrouvez-y le r\u00e9sum\u00e9 et la playlist de l&rsquo;oeuvre!) Couleurs, sons et mouvements se m\u00ealent, forgeant une \u00e9tincelle de vie qui, en touchant le c\u0153ur et l&rsquo;esprit, fait briller nos prunelles.&nbsp; L&rsquo;\u00e2me de ce spectacle qui m&rsquo;a tant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":13838,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[39,47],"tags":[],"class_list":["post-13837","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-spectacle-musical","category-theatre-du-chatelet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13837","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13837"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13837\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13837"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13837"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13837"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}