{"id":13897,"date":"2020-01-17T10:51:05","date_gmt":"2020-01-17T09:51:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=13897"},"modified":"2020-01-17T10:51:05","modified_gmt":"2020-01-17T09:51:05","slug":"architecture-pascal-rambert-theatre-des-bouffes-du-nord-decembre-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=13897","title":{"rendered":"Architecture \/ Pascal Rambert \/ Th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord \/ D\u00e9cembre 2019"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Galerie du th\u00e9\u00e2tre (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"http:\/\/www.bouffesdunord.com\/fr\/la-saison\/architecture\" target=\"_blank\">Galerie du th\u00e9\u00e2tre<\/a>,  \u00a9 Jean Louis Fernandez <\/p>\n\n\n\n<p>En juillet dernier, <em>Architecture<\/em> a fait l\u2019ouverture du festival d\u2019Avignon, o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e dans la Cour d\u2019Honneur du Palais des Papes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne du <strong>Th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord<\/strong>, avec ses murs d\u00e9labr\u00e9s, carbonis\u00e9s, ruin\u00e9s et qui affichent fi\u00e8rement la marque du temps, constitue une sc\u00e9nographie id\u00e9ale pour cette pi\u00e8ce de Pascal Rambert, qui a r\u00e9uni des acteurs renomm\u00e9s (Denis Podalyd\u00e8s, Jacques Weber, Emmanuelle B\u00e9art, Anne Brochet, Marie-Sophie Ferdane, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Laurent Poitrenaud et Audrey Bonnet) pour jouer une famille d\u2019intellectuels viennois dans l\u2019entre-deux-guerres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que les longs monologues sont souvent \u00e9nigmatiques &#8211; on a du mal \u00e0 d\u00e9chiffrer les significations, la pi\u00e8ce a une tr\u00e8s belle mise en espace&nbsp;: les personnages voltigent dans cette sc\u00e9nographie naturelle&nbsp;; le th\u00e9\u00e2tre avec ses murs ab\u00eem\u00e9s nous renvoie l\u2019image d\u2019une Europe qui a subi l\u2019\u00e9rosion du temps, mais dont la richesse de l\u2019Histoire est encore visible. Les personnages s\u2019approprient l\u2019espace gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019absence de barri\u00e8res dans cette sc\u00e8ne ouverte et \u00e0 la mise en place d\u2019accessoires qui arrivent jusqu\u2019au pieds des spectateurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une d\u00e9coration simple, mais aux meubles sophistiqu\u00e9s, dessine pr\u00e9cis\u00e9ment les pi\u00e8ces, d\u00e9coration qui change au fur et \u00e0 mesure que les ann\u00e9es s\u2019\u00e9coulent&nbsp;: les com\u00e9diens et les r\u00e9gisseurs op\u00e8rent ces changements \u00e0 vue, ce qui nous donne l\u2019impression de voir d\u00e9filer les ann\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la r\u00e9ussite de cette mise en espace participent aussi les costumes cr\u00e9\u00e9s par Ana\u00efs Romand&nbsp;: les tons blancs du d\u00e9but sont remplac\u00e9s d\u2019abord par des couleurs ternes et des formes g\u00e9om\u00e9triques, puis ils virent au noir \u00e0 la fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tout est mis en valeur par les lumi\u00e8res de Yves Godin, qui dessine les \u00e9tats d\u2019\u00e2me de l\u2019\u00e9poque avec sa palette de lumi\u00e8res \u00e9clatantes, clair-obscur, lumi\u00e8re voil\u00e9e&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Monica MELE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019ouverture du festival dans la Cour d\u2019Honneur du Palais des Papes \u00e0 Avignon, <em>Architecture<\/em>, l\u2019oeuvre mise en sc\u00e8ne, \u00e9crite et install\u00e9e par Pascal Rambert se joue au <strong>Th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord<\/strong> du 6 au 22 d\u00e9cembre 2019.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Face \u00e0 l\u2019horreur de la guerre, la beaut\u00e9 a-t-elle un sens ? <\/em>Cette qu\u00eate est-elle encore possible alors que des opinions politiques en conflit la broient ? Le libre arbitre existe-il lorsqu\u2019il se heurte \u00e0 la folie ? B\u00e2tisseurs de l\u2019Histoire, du mot, du beau, les membres d\u2019une famille d\u2019artistes juifs perdent le sens de leurs existences et de leurs croyances, broy\u00e9s par la violence de l\u2019Histoire qui se joue entre 1911 et 1938. De puissants monologues se succ\u00e8dent, tr\u00e8s illustr\u00e9s, presque imag\u00e9s ; les artistes peignent des tableaux de mots, poignants, plongeant ainsi le spectateur dans leur histoire faite d\u2019\u00e9motions, d\u2019espoirs et de contradictions. Brillamment interpr\u00e9t\u00e9e par Emmanuelle B\u00e9art, Audrey Bonnet, Anne Brochet, Marie-Sophie Ferdane, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Denis Podalyd\u00e8s de la Com\u00e9die fran\u00e7aise, Laurent Poitrenaux et Jacques Weber, la destin\u00e9e de cette famille se fracasse au gr\u00e9 d\u2019\u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En 1911, la famille quitte la noirceur de Vienne vers la beaut\u00e9 grecque d\u2019Ath\u00e8nes, \u00e0 bord d\u2019un bateau de croisi\u00e8re lumineux \u00e0 la d\u00e9coration \u00e9pur\u00e9e, \u00e9voluant au rythme du si\u00e8cle. Leurs revendications d\u2019avant-guerre sont aux prises avec les conflits familiaux, les non-dits. Les d\u00e9cors sont clairs et changent peu, seulement <em>via<\/em> l\u2019installation de grandes tables permettant \u00e0 la famille de se r\u00e9unir. La qu\u00eate de la beaut\u00e9 se heurte aux pr\u00e9occupations humaines changeantes et perturb\u00e9es. Les opinions politiques diff\u00e8rent, leurs visions de la vie \u00e9voluent, s\u2019entrechoquent et se d\u00e9chirent ; ils se d\u00e9testent, les mots grandissent en eux, jusqu\u2019\u00e0 rendre les secrets familiaux et les espoirs de paix parfaitement muets.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre \u00e9clate \u00e0 l\u2019apog\u00e9e du chaos familial, les relations entre un p\u00e8re et ses trois enfants se tordent face \u00e0 son autorit\u00e9, tandis que l\u2019amour d\u00e9chire les couples. A l\u2019aube de la guerre, l\u2019omnipr\u00e9sence de la mort p\u00e8se sur les esprits, les discours, les espoirs. Les sentiments deviennent flous entre d\u00e9sir, admiration, d\u00e9go\u00fbt, oppression et respect. Le jour de l\u2019assassinat de l\u2019Archiduc, l\u2019\u00e9motion brise les mots, la sc\u00e8ne s\u2019habille d\u2019une lumi\u00e8re rouge tr\u00e8s forte. L\u2019horreur de la guerre peut-elle \u00eatre <em>dite <\/em>? S\u00fbrement, puisque les tableaux vivants retranscrits par les com\u00e9diens r\u00e9sonnent encore.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La lourde perte humaine d\u00e9joue les plans et les esp\u00e9rances des personnages ; les conflits familiaux, si importants au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, ne sont plus rien. La folie s\u2019empare de ceux qui restent, dans un contexte violent, ne laissant plus aucune place \u00e0 l\u2019individualisme ou, au contraire, \u00e0 la qu\u00eate de soi et des autres. La famille ne se soutient plus. D\u00e9sempar\u00e9s, ils font l\u2019amour quand ils le peuvent &#8211; alors que certains n\u2019osent plus penser \u00e0 la perte de l\u2019autre. La folie fuse, la mort aussi. Mais de mani\u00e8re diff\u00e9rente en fonction de chacun, car tous les personnages ont leur part d\u2019ombre, leurs r\u00eaves et leurs inspirations. Chaque mort est diff\u00e9rente. A l\u2019aide d\u2019ordinateurs, les personnages d\u00e9cident de la mise en sc\u00e8ne de leurs pertes, de la pers\u00e9cution polici\u00e8re, du suicide ou de la vieillesse&#8230; opposant la Gr\u00e8ce antique et sa beaut\u00e9 froide et lisse du d\u00e9but \u00e0 la folie finale, trag\u00e9die sanglante de l\u2019avant Seconde Guerre mondiale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Architecture <\/em>est une pi\u00e8ce grandiose, la prestation des com\u00e9diens est admirable de qualit\u00e9, de justesse et d\u2019\u00e9motion. Gr\u00e2ce \u00e0 cette repr\u00e9sentation, les membres de la famille ont peut-\u00eatre trouv\u00e9 un sens \u00e0 la beaut\u00e9, m\u00eame dans l\u2019horreur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Rosa VECCHIONE&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre de Pascal Rambert est faite de beaut\u00e9 et de violence, de personnages qui se cherchent et se heurtent, d\u2019incompr\u00e9hensions et de f\u00e9licit\u00e9. En m\u00e9moire, un <em>Partage de l\u2019amour <\/em>qui opposait Audrey Bonnet et Stanislas Nordey dans un affrontement de monologues dont il \u00e9tait impossible de sortir indemne. <em>R\u00e9p\u00e9titions<\/em> aussi, travail plus fragment\u00e9, qui usait le corps et la voix des quatre acteurs pr\u00e9sents. Ici, dans la salle d\u00e9fra\u00eechie et sublime du <strong>Th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord<\/strong>, on est dans l\u2019attente.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pascal Rambert a r\u00e9uni ses com\u00e9diens f\u00e9tiches \u2013 Audrey Bonnet, Emmanuelle B\u00e9art, Denis Podalyd\u00e8s, Stanislas Nordey, Laurent Poitrenaux \u2013 et puis des figures connues \u2013 Jacques Weber, Anne Brochet \u2013 pour qui il s\u2019agissait du premier travail avec le metteur en sc\u00e8ne. Tous sont en blanc. D\u2019infimes nuances de cette couleur blanche s\u2019immiscent dans les plis des costumes des com\u00e9diens et il y a, alors, une presque unit\u00e9 dans ce groupe \u00e9trange qui s\u2019avance sur la sc\u00e8ne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une famille qui se pr\u00e9sente devant nous. Une famille qui ne sait plus se parler, une famille qui crie, et qui d\u00e9ploie ses envies autant que ses ranc\u0153urs tout au long de cette pi\u00e8ce nomm\u00e9e <em>Architecture<\/em>. Le p\u00e8re est architecte &#8211; ou plut\u00f4t, est un grand architecte, un homme dont la renomm\u00e9e d\u00e9passe toutes les fronti\u00e8res. On est \u00e0 l\u2019aube de la Premi\u00e8re Guerre mondiale et pour l\u2019instant, il est l\u2019heure de partir tous ensemble, une \u00e9ni\u00e8me fois, une derni\u00e8re fois peut-\u00eatre, en croisi\u00e8re sur le Danube. Sauf que personne ou presque ne se supporte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand architecte a eu quatre enfants avec sa d\u00e9funte femme, deux filles et deux gar\u00e7ons. Depuis, il partage sa vie avec une femme bien plus jeune que lui, une femme qui l\u2019adore, litt\u00e9ralement, mais que les enfants ont d\u00e9clar\u00e9e coupable d\u2019avoir remplac\u00e9 leur m\u00e8re. Elle est tol\u00e9r\u00e9e, tout au plus. Cette tol\u00e9rance s\u2019applique aussi aux conjoints des enfants, pi\u00e8ces rapport\u00e9es et d\u00e9laiss\u00e9es d\u2019une famille morcel\u00e9e en son sein m\u00eame. La croisi\u00e8re est un instant suspendu o\u00f9 d\u00e9finir la beaut\u00e9 des villes travers\u00e9es est aussi important que de s\u2019\u00e9charper les uns les autres. &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p>Des v\u00e9rit\u00e9s sont dites, le passage du temps fait son \u0153uvre au sein de certains couples, qui ne savent plus comment se rapprocher. Le p\u00e8re, monstre rugissant, ne fait plus si peur devant l\u2019abandon total de chaque protagoniste au public. Chacun confesse \u00e0 sa famille, aux spectateurs, son essence m\u00eame. Chaque erreur, comme chaque fiert\u00e9. Chaque douleur, comme chaque joie. La force de la pi\u00e8ce r\u00e9side dans ces \u00e9changes tout autant lyriques que millim\u00e9tr\u00e9s, dans l\u2019explosion des sentiments que d\u00e9ploie cette famille avant que la Grande Guerre n\u2019\u00f4te la vie \u00e0 plusieurs de ses membres, et que plus rien ne soit comme avant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une beaut\u00e9 forte et grande dans cette intimit\u00e9 \u00e9tal\u00e9e devant nos yeux, devant ces d\u00e9clarations d\u2019amour simples (le lien d\u2019Audrey Bonnet et de Denis Podalyd\u00e8s est sublime) ou sulfureuses (le chuchotement du sexe entre Marie-Sophie Ferdane et Jacques Weber est extatique, orgasmique, rare), dans ce besoin d\u2019amour que tous manifestent. Apr\u00e8s la Grande Guerre, plus rien ne sera pareil, mais l\u2019\u00e9criture de Pascal Rambert est forte en ce qu\u2019elle laisse \u00e0 l\u2019Histoire le soin des dates et des lieux. Ici on parle des petites histoires, des histoires de famille, et des cons\u00e9quences des \u00e9v\u00e9nements historiques sur ces petites histoires. Pour cela, et parce que le jeu des com\u00e9diens est superbe tout autant que d\u00e9chirant, <em>Architecture<\/em> constitue une, voire la plus belle pi\u00e8ce de Pascal Rambert \u00e0 ce jour.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Margaux DARIDON<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de rideaux dans <em>Architecture<\/em>, \u00e9crite et mise en sc\u00e8ne par Pascal Rambert. On peut d\u00e8s lors scruter la sc\u00e8ne ouverte en rond, o\u00f9 se succ\u00e8dent des canap\u00e9s, chaises et fauteuils t\u00e9moignant du style Biedermeier alors en vogue dans l\u2019empire austro-hongrois au tournant du XX\u00e8me si\u00e8cle. Puis soudain, neuf personnages apparaissent, tous dispers\u00e9s sur sc\u00e8ne. Jacques Weber et Stanislas Nordey se trouvent \u00e0 quelques m\u00e8tres de nous. Le premier laisse \u00e9clater sa rage en pointant du doigt le deuxi\u00e8me, alors les mains dans les poches, tournant le dos \u00e0 son p\u00e8re. Comme \u00e0 son habitude, le dramaturge d\u00e9cide de garder les noms des acteurs pour incarner leurs personnages.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce s\u2019ouvre sur l\u2019animosit\u00e9 envers <em>Stan<\/em>, qui se voit reprocher son attitude lors de la remise de d\u00e9coration du p\u00e8re, \u00e9minent architecte n\u00e9o-classique. La col\u00e8re du patriarche s\u2019\u00e9pand sur les autres membres de la famille : deux s\u0153urs et un fr\u00e8re, accompagn\u00e9s de leurs conjoints. Ceux-ci n\u2019ont os\u00e9 intervenir afin de faire taire leur fr\u00e8re. Cette sc\u00e8ne d\u2019ouverture annonce les d\u00e9chirements \u00e0 venir dans cette grande famille viennoise \u00e0 l\u2019aube de la Grande Guerre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>A eux seuls, les neufs protagonistes forment une famille d\u2019intellectuels : journaliste, philosophe, compositeur de musique, psychologue etc. se c\u00f4toient pendant une des croisi\u00e8res initi\u00e9es par le p\u00e8re sur le Danube. A l\u2019image de l\u2019Europe qu\u2019ils ch\u00e9rissent tant, les membres de la famille se d\u00e9chirent tour \u00e0 tour. En cause, les non-dits depuis la mort de la m\u00e8re &#8211; remplac\u00e9e par Marie-Sophie Ferdane d\u00e9test\u00e9e par les enfants, les rancoeurs, l\u2019autorit\u00e9 terrifiante du p\u00e8re, l\u2019homosexualit\u00e9 inavou\u00e9e de Stan\u2026 Tout ceci abord\u00e9 sur fond de Premi\u00e8re Guerre mondiale puis d\u2019entre-deux-guerres, de 1911 \u00e0 1938\u2026 Vous cernez l\u2019ambiance ? De quoi faire une pi\u00e8ce saisissante, par la folie de l\u2019\u00e9poque, durant trois heures !<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, la pi\u00e8ce ne r\u00e9ussit pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019ambition de Pascal Rambert : \u00ab<em> Architecture<\/em> est un <em>memento mori <\/em>pour penser notre temps. \u00bb En effet, le parall\u00e8le entre les ann\u00e9es 1930 et le monde d\u2019aujourd\u2019hui est pr\u00e9sent dans les m\u00e9dias ces derni\u00e8res ann\u00e9es, avec pour commun th\u00e8me \u2013 suspens&#8230; \u2013 le <em>fascisme<\/em>. Or, les tirades des personnages sont beaucoup trop ax\u00e9es sur eux-m\u00eames face \u00e0 la guerre, aux d\u00e9pends du totalitarisme qui gagne le vieux continent. Il ne suffit pas de placer ici et l\u00e0, \u00e0 la va-vite, quelques bribes d\u2019\u00e9v\u00e9nements historiques pour nous plonger dans la question du basculement de la d\u00e9mocratie au totalitarisme. De fait, la pi\u00e8ce peine \u00e0 faire \u00e9cho \u00e0 notre \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019emphase de l\u2019\u00e9criture, notamment, participe \u00e0 l\u2019amenuisement du propos de Pascal Rambert. Nombreuses sont les r\u00e9pliques lourdes et maladroites : <em>\u00ab Peut-\u00eatre que dans vingt ans, on m\u2019exterminera \u00bb<\/em>, par exemple, d\u00e9clam\u00e9e par Marie-Sophie qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre juive. Citons \u00e9galement un des personnages, qui lance avec trag\u00e9die &#8211; alors que toute la famille s&rsquo;apitoie sur son sort \u00e0 venir, la mort assur\u00e9e : <em>\u00ab Nous entrons sans le savoir dans un grand cauchemar \u00bb<\/em> (alors que deux heures durant, chacun sait pertinemment ce qui l\u2019attend). Le langage manque son objet car il d\u00e9borde d\u2019un lyrisme exacerb\u00e9 et d\u2019une philosophie bien-pensante \u00e9touffant toute r\u00e9flexion chez le spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 une \u00e9criture peu convaincante, la pi\u00e8ce est sauv\u00e9e par la formidable interpr\u00e9tation des com\u00e9diens. M\u00eame si le b\u00e9gaiement de Denis Podalyd\u00e8s et les enfantillages des fr\u00e8res et s\u0153urs qui se moquent de lui (alors qu\u2019ils sont adultes) sont aga\u00e7ants, certains moments parviennent \u00e0 vous accrocher par leur intensit\u00e9 dramatique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Benjamin WIDMANN<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019ont en commun Jacques Weber, Emmanuel B\u00e9art, Stanislas Nordey ou Anne Brochet ? Des noms populaires dans l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre contemporain, des fonctions de com\u00e9dien reconnu ou de directeur de th\u00e9\u00e2tre estim\u00e9, une l\u00e9gitimit\u00e9 certaine aux yeux du public. Pourtant, <em>Architecture <\/em>appara\u00eet comme un spectacle qui refl\u00e8te la d\u00e9su\u00e9tude de ces grands noms.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur fond \u2013 inexploit\u00e9 et accessoire \u2013 de post-Premi\u00e8re Guerre mondiale, une famille se d\u00e9chire avec, \u00e0 son sommet, un p\u00e8re patriarche jou\u00e9 par Jacques Weber. Le plateau immacul\u00e9 des<strong> Bouffes du Nord<\/strong>, o\u00f9 se dispersent des fauteuils en rotin, met certes en valeur des acteurs souvent tous pr\u00e9sents sur la sc\u00e8ne \u2013 d\u00e9sir l\u00e9gitime du metteur en sc\u00e8ne de voir jouer ensemble ses amis du th\u00e9\u00e2tre, que le temps a s\u00e9par\u00e9s. Leurs \u00e9changes tumultueux prouvent par ailleurs l\u2019incompr\u00e9hension mutuelle des personnages (<em>\u00ab on se regarde comme des \u00eatres opaques \u00bb<\/em>, dit l\u2019un d\u2019eux). Mais cette \u00e9ventuelle communion du groupe ne suffit pas. Le spectateur assiste \u00e0 un \u00e9ni\u00e8me repas de famille qui tourne mal, o\u00f9 les personnages deviennent des arch\u00e9types : le p\u00e8re bourru, le journaliste conservateur, le po\u00e8te r\u00eaveur&#8230; De plus, le jeu d\u2019acteurs, notamment en deuxi\u00e8me partie du spectacle, n\u2019arrive pas \u00e0 nous convaincre : lors de longs monologues sans int\u00e9r\u00eat dramaturgique, les com\u00e9diens pleurnichent, g\u00e9missent ; leurs visages, d\u00e9form\u00e9s par l\u2019\u00e9motion feinte et tentant de nous \u00e9mouvoir, ne nous laissent qu\u2019\u00e9trangers. On contemple ainsi un entre-soi, o\u00f9 le message est v\u00e9hicul\u00e9 de mani\u00e8re grossi\u00e8re. Le temps glisse sur les \u00eatres, les relations humaines sont compliqu\u00e9es : et <em>apr\u00e8s<\/em> ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Emma DUTEIL<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : Galerie du th\u00e9\u00e2tre, \u00a9 Jean Louis Fernandez En juillet dernier, Architecture a fait l\u2019ouverture du festival d\u2019Avignon, o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e dans la Cour d\u2019Honneur du Palais des Papes.&nbsp; La sc\u00e8ne du Th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord, avec ses murs d\u00e9labr\u00e9s, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":13898,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,61],"tags":[],"class_list":["post-13897","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-theatre-des-bouffes-du-nord"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13897","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13897"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13897\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13897"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13897"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13897"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}