{"id":14114,"date":"2020-02-08T16:58:38","date_gmt":"2020-02-08T15:58:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=14114"},"modified":"2020-02-08T16:58:38","modified_gmt":"2020-02-08T15:58:38","slug":"britannicus-les-livreurs-hotel-litteraire-le-swann-janvier-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=14114","title":{"rendered":"Britannicus \/ Les Livreurs \/ H\u00f4tel litt\u00e9raire le Swann \/ Janvier 2020"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Britannicus&nbsp;: au c\u0153ur d\u2019une trag\u00e9die politique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Rome s\u2019\u00e9veille et l\u2019Empire s\u2019affole. Junie a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e des bras de Britannicus par son fr\u00e8re N\u00e9ron. Il s\u2019agit maintenant pour l\u2019Empereur d\u2019asseoir son pouvoir et de laisser sa col\u00e8re s\u2019abattre sur son fr\u00e8re et sa m\u00e8re, Agrippine.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019enceinte intime de<strong> l\u2019H\u00f4tel Litt\u00e9raire Le Swann<\/strong>, la trag\u00e9die en vers et en cinq actes de Racine se rejouait le 23 janvier dernier. <em>Britannicus<\/em> (1670) interroge sur l\u2019autorit\u00e9 politique et les cons\u00e9quences des actions de celui qui l\u2019incarne. Se lance d\u00e8s lors un jeu de forces entre Agrippine et son fils N\u00e9ron &#8211; dont les conseillers, Narcisse et Burrhus, ne percevront que bien trop tard le d\u00e9nouement tragique de cet affrontement. <em>\u00ab&nbsp;Narcisse, c\u2019en est fini, N\u00e9ron est amoureux&nbsp;\u00bb<\/em> d\u00e9clare N\u00e9ron dont la passion br\u00fblante pour Junie le pousse \u00e0 commettre l\u2019irr\u00e9parable en assassinant son fr\u00e8re. Ici, la passion prend le sens de la souffrance et de la destruction, et le d\u00e9but d\u2019un amour annonce la fin d\u2019une vie. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce solo th\u00e9\u00e2tre met en sc\u00e8ne une interpr\u00e8te, dont la seule voix porte tous les visages. Pendant pr\u00e8s d\u2019une heure, l\u2019interpr\u00e8te d\u00e9livre une lecture poignante du texte de Racine, adapt\u00e9 pour l\u2019occasion. Le public se retrouve face \u00e0 une sc\u00e8ne qui semble ne pas en \u00eatre une, ayant pour seuls <em>d\u00e9cors<\/em> le salon de l\u2019H\u00f4tel et le texte de Racine, et pour seul costume le corps de la lectrice sur lequel tombe un faisceau de lumi\u00e8re&nbsp;; un huis-clos qui appelle une esth\u00e9tique du d\u00e9nuement dans laquelle les alexandrins sont l\u00e0 pour \u00eatre \u00e9cout\u00e9s et non seulement vus. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Emma NAROUMBO ARMAING<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p>Victor Hugo, dans <em>Faits et croyances<\/em>, \u00e9crivait en 1840&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est quelqu\u2019un. C\u2019est une voix qui parle, c\u2019est un esprit qui \u00e9claire, c\u2019est une conscience qui avertit.&nbsp;\u00bb<\/em> Depuis ses origines antiques, le th\u00e9\u00e2tre &#8211; et plus particuli\u00e8rement sa repr\u00e9sentation, a fait l\u2019objet de nombreux questionnements pour les dramaturges et th\u00e9oriciens : tant\u00f4t il est question d\u2019un d\u00e9cor imposant, d\u2019une abondance de costumes, d\u2019une multiplicit\u00e9 de gestes, mouvements et d\u00e9placements sur sc\u00e8ne, tant\u00f4t le th\u00e9\u00e2tre n\u2019est plus consid\u00e9r\u00e9 dans sa dimension repr\u00e9sentative et sc\u00e9nique, mais pr\u00e9sent\u00e9 comme devant \u00eatre lu <em>\u00ab&nbsp;dans un fauteuil&nbsp;\u00bb<\/em>, pour reprendre l\u2019id\u00e9e et les mots de Musset.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble que le collectif des <strong>\u00ab&nbsp;Livreurs, Lecteurs sonores&nbsp;\u00bb<\/strong> soit parvenu \u00e0 concilier ces deux extr\u00eames de la conception th\u00e9\u00e2trale avec leur programme <em>\u00ab&nbsp;Solo Th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb<\/em>. Le concept est simple&nbsp;: une pi\u00e8ce, un interpr\u00e8te, une heure. L\u2019artiste choisit donc les morceaux-clefs de la pi\u00e8ce et proc\u00e8de \u00e0 une lecture puissante et \u00e9vocatrice de ceux-ci. Il s\u2019agit en effet bien plus d\u2019une lecture \u00e0 haute voix que d\u2019une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale traditionnelle, dans la mesure o\u00f9 l\u2019interpr\u00e8te porte \u00e0 lui seul le texte pendant un peu plus d\u2019une heure, modulant uniquement sa voix en fonction des personnages qu\u2019il incarne. L\u2019objectif des \u00ab&nbsp;Livreurs, Lecteurs sonores&nbsp;\u00bb est de redonner leur primaut\u00e9 aux vers, ici de magnifiques alexandrins raciniens. Ne dit-on pas, d\u2019ailleurs, que Racine est le plus grand po\u00e8te du XVII\u00e8me si\u00e8cle alors qu\u2019il n\u2019a jamais \u00e9crit de recueil po\u00e9tique \u00e0 proprement parler, et qu\u2019il est bien plus connu pour ses trag\u00e9dies&nbsp;? Le spectateur \u2013 ici, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un auditeur \u2013 n\u2019est en effet pas distrait par la somptuosit\u00e9 des d\u00e9cors ou des costumes, puisque la sc\u00e9nographie est inexistante, mais a tout loisir de se laisser porter par les seuls mots qui r\u00e9sonnent en lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous tremblons donc en entendant la cruelle voix de N\u00e9ron, fr\u00e9missons avec la douce Junie, nous m\u00e9fions des intonations narquoises de Narcisse et craignons pour le courageux Britannicus. La seule voix de l\u2019artiste nous d\u00e9voile les manigances fourbes et secr\u00e8tes de N\u00e9ron et Narcisse pour se d\u00e9barrasser de Britannicus, les d\u00e9ploiements strat\u00e9giques et diplomatiques d\u2019Agrippine qui tente d\u2019asseoir son pouvoir ; et nous assistons &#8211; par la seule \u00e9coute, au d\u00e9nouement tragique qui ne pouvait se passer que dans le sang et les larmes, \u00e0 la fin du jour et \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>La particularit\u00e9 de cette lecture sonore de <em>Britannicus<\/em> est aussi le lieu dans laquelle elle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e le 23 janvier dernier&nbsp;: l\u2019<strong>H\u00f4tel litt\u00e9raire Le Swann<\/strong>, bien \u00e9videmment d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Proust. Ce lieu conf\u00e8re imm\u00e9diatement \u00e0 ce solo th\u00e9\u00e2tral une ambiance intimiste, car le public est en petit comit\u00e9 (entre vingt et trente personnes), la lumi\u00e8re est relativement tamis\u00e9e et seul un faisceau de lumi\u00e8re douce est projet\u00e9 sur l\u2019artiste qui d\u00e9clame les vers.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc une forme de suspension temporelle que proposent les \u00ab&nbsp;Livreurs&nbsp;\u00bb avec leur concept de lectures sonores, lesquelles permettent d\u2019aborder la litt\u00e9rature &#8211; et plus particuli\u00e8rement le th\u00e9\u00e2tre, d\u2019une autre mani\u00e8re. L\u2019organisateur de l\u2019\u00e9v\u00e9nement expliquait \u00e0 ce sujet que cette facette diff\u00e9rente du th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait un bon moyen de le faire conna\u00eetre et appr\u00e9cier \u00e0 un public plus jeune, peut-\u00eatre moins accoutum\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale traditionnelle. Cette forme de repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale est novatrice et enrichissante dans la mesure o\u00f9 elle laisse une grande place \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation personnelle de l\u2019auditeur, tout \u00e0 fait libre de se cr\u00e9er ses propres images.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Charlotte DESPRE<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Britannicus&nbsp;: au c\u0153ur d\u2019une trag\u00e9die politique Rome s\u2019\u00e9veille et l\u2019Empire s\u2019affole. Junie a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e des bras de Britannicus par son fr\u00e8re N\u00e9ron. Il s\u2019agit maintenant pour l\u2019Empereur d\u2019asseoir son pouvoir et de laisser sa col\u00e8re s\u2019abattre sur son fr\u00e8re et sa m\u00e8re, Agrippine. 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