{"id":14118,"date":"2020-02-09T23:11:03","date_gmt":"2020-02-09T22:11:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=14118"},"modified":"2020-02-09T23:11:03","modified_gmt":"2020-02-09T22:11:03","slug":"desirer-tant-charlotte-lagrange-cie-chair-du-monde-theatre-de-chatillon-janvier-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=14118","title":{"rendered":"D\u00e9sirer tant \/ Charlotte Lagrange, Cie Chair du Monde \/ Th\u00e9\u00e2tre de Ch\u00e2tillon \/ Janvier 2020"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate :<\/strong> galerie du Th\u00e9\u00e2tre de Ch\u00e2tillon, 2020<\/p>\n\n\n\n<p>Charlotte Lagrange, fondatrice de la Compagnie <strong>La Chair du Monde<\/strong>, met en sc\u00e8ne \u00e0 travers <em>D\u00e9sirer tant<\/em> sa propre histoire : V\u00e9ra apprend la mort de sa grand-m\u00e8re, Olga, alors que sa m\u00e8re lui a toujours cach\u00e9 son existence. Parvenue en Alsace pour les fun\u00e9railles, V\u00e9ra est hant\u00e9e par les fant\u00f4mes de la vie d\u2019Olga, qui lui permettent de reconstituer la vie de cette derni\u00e8re depuis le d\u00e9but de la Seconde Guerre mondiale jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p><em>D\u00e9sirer tant<\/em> exprime une vie personnelle imbriqu\u00e9e dans la grande Histoire. Ce qui est particuli\u00e8rement marquant dans cette pi\u00e8ce, c&rsquo;est la notion de Temps. De nombreux retours en arri\u00e8re sont op\u00e9r\u00e9s et la chronologie n\u2019est pas lin\u00e9aire ; on a parfois l\u2019impression d\u2019\u00eatre dans une sorte d\u2019irr\u00e9el, de flou &#8211; que la mise en sc\u00e8ne rend tr\u00e8s po\u00e9tique. Cette utilisation du temps, ainsi que le retour des fant\u00f4mes de la vie d\u2019Olga, apportent au spectacle une pointe de fantastique. Toutefois, le spectateur ne cesse d\u2019\u00eatre rappel\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019Histoire, et c\u2019est cette union entre r\u00e9alit\u00e9 et imaginaire qui fait \u00e9clore une forme de ravissement chez le public. <\/p>\n\n\n\n<p>Tous les com\u00e9diens \u00e9taient\ntr\u00e8s justes dans leur r\u00f4le, mais c\u2019est le jeu de Constance Larrieu (V\u00e9ra et\nOlga), qui a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement marquant. On sent en elle, dans cette pi\u00e8ce,\nune force qui constitue un des piliers du spectacle. Jouant \u00e0 la fois la\ngrand-m\u00e8re et la petite-fille, elle a su rendre aux personnages leur identit\u00e9\npropre, bien que toutes deux soient assez proches.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, loin de reconstituer une partie de l\u2019Histoire seulement, soul\u00e8ve des questions philosophiques importantes, notamment concernant l\u2019identit\u00e9 personnelle ou les choix d\u00e9cisifs faits \u00e0 certains moments de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Suzie FERRY<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab D\u00e9sirer tant \u00bb<\/em> : entre po\u00e9sie et f\u00e9minisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019ambiance intimiste du <strong>Th\u00e9\u00e2tre de Ch\u00e2tillon<\/strong>, l\u2019autrice et metteuse en sc\u00e8ne Charlotte Lagrange nous livre avec sa quatri\u00e8me pi\u00e8ce <em>D\u00e9sirer tant<\/em> un petit bijou po\u00e9tique et politique. Soutenue dans cette aventure par sa compagnie, <strong>\u00ab La Chair du Monde \u00bb<\/strong>, Charlotte Lagrange s\u2019inspire de l\u2019histoire de sa grand-m\u00e8re &#8211; dont l\u2019incorporation forc\u00e9e au Reich a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue non pas comme une punition, mais au contraire comme une lib\u00e9ration. En effet, victime de violences familiales, sa grand-m\u00e8re doit son \u00e9mancipation \u00e0 l&rsquo;obtention d&rsquo;un poste dans le Reich. A la Lib\u00e9ration, elle se marie avec un Juif et part vivre avec ce dernier sans \u00e9voquer ce lourd pass\u00e9. <em>D\u00e9sirer<\/em> <em>tant <\/em>est donc une pi\u00e8ce dont l\u2019inspiration est puis\u00e9e dans l\u2019histoire de sa famille, \u00e0 partir des r\u00e9cits que C. Lagrange a pu collecter.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire commence par un coup de fil de Catherine \u00e0 V\u00e9ra, sa fille, pour lui annoncer l\u2019enterrement de sa grand-m\u00e8re dans une petite ville de la campagne alsacienne. Ayant toujours cru que sa grand-m\u00e8re \u00e9tait morte jeune, V\u00e9ra &#8211; d\u00e9contenanc\u00e9e par la nouvelle, d\u00e9cide d\u2019entamer ce que l\u2019on pourrait consid\u00e9rer comme un p\u00e8lerinage sur les traces de la d\u00e9funte. Entre les sapins qui bordent l&rsquo;ancienne demeure de sa grand-m\u00e8re, V\u00e9ra se retrouve \u00e0 devoir enterrer son urne. De ce d\u00e9but insolite d\u00e9coule une remont\u00e9e dans le pass\u00e9 pour d\u00e9couvrir la vie d\u2019Olga, la grand-m\u00e8re de V\u00e9ra, dont la vie peut \u00eatre ais\u00e9ment mise en parall\u00e8le avec celle de sa petite-fille.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette pi\u00e8ce, pass\u00e9 et pr\u00e9sent s\u2019entrem\u00ealent autour des deux personnages principaux que sont Olga et V\u00e9ra. Les deux femmes sont jou\u00e9es par Constance Larrieu qui incarne sc\u00e8ne apr\u00e8s sc\u00e8ne, dialogue apr\u00e8s dialogue, l\u2019une puis l\u2019autre. Sur sc\u00e8ne, ces changements incessants d\u2019\u00e9poque et de personnage sont troublants dans les premi\u00e8res minutes du spectacle. Puis, peu \u00e0 peu, les fils narratifs entrem\u00eal\u00e9s se d\u00e9m\u00ealent et la trame de l\u2019histoire prend sens. Olga, qui a v\u00e9cu pendant la Seconde Guerre mondiale et ses r\u00e9percussions, fait \u00e9cho \u00e0 V\u00e9ra, une femme du XXI\u00e8me si\u00e8cle prise dans la soci\u00e9t\u00e9 de consommation. Toutes deux sont \u00e0 la recherche de la libert\u00e9 ; celle de mener leur vie comme bon leur semble. Olga, face \u00e0 son amante Liesel, ne comprend pas pourquoi celle-ci ne la rejoint pas au Service national du Travail obligatoire. Pour elle, c\u2019est le meilleur moyen d\u2019enfin pouvoir vivre sans contraintes familiales. V\u00e9ra, elle, se d\u00e9bat avec un m\u00e9tier dont elle est fi\u00e8re mais qui lui prend l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de son temps. Elle d\u00e9couvre alors, petit \u00e0 petit, par l\u2019apparition de fant\u00f4mes dans la for\u00eat, la vie que sa grand-m\u00e8re a pu connaitre, et comment cette derni\u00e8re s\u2019est battue pour obtenir un poste de dactylographe \u00e0 la Lib\u00e9ration, mais aussi comment et pourquoi elle s\u2019est mari\u00e9e avec un juif alors m\u00eame qu\u2019elle avait collabor\u00e9. Ce pass\u00e9, dont sa m\u00e8re Catherine ne lui avait jamais parl\u00e9, V\u00e9ra le<em> revit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Charlotte Lagrange nous livre dans cette pi\u00e8ce des questionnements f\u00e9ministes qui ont toujours une place dans notre soci\u00e9t\u00e9 actuelle. En particulier, comment \u00eatre une femme libre tout en \u00e9tant m\u00e8re ? Olga y est tout particuli\u00e8rement confront\u00e9e \u00e0 la sortie de la Guerre. A la naissance de Catherine, elle la d\u00e9laisse compl\u00e8tement pour se tourner uniquement vers son travail. Son poste de dactylographe est la source privil\u00e9gi\u00e9e de son sentiment de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9panouissement. Mais devenir m\u00e8re semble impliquer de sacrifier cette libert\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un autre \u00eatre, chose qu\u2019elle se refuse \u00e0 faire. Ce dilemme auquel elle fait face se pose d&rsquo;une fa\u00e7on encore plus aigu\u00eb du fait de sa condition de femme &#8211; une condition qu\u2019elle subit particuli\u00e8rement dans le cadre de sa vie sexuelle, marqu\u00e9e par le jugement d\u2019autrui. Que ce soit plus jeune lorsqu\u2019en fr\u00e9quentant Liesel, elle fut contrainte de quitter la demeure familiale sous la pression de ses parents et du village, ou encore plus tard lorsqu\u2019elle obtint un travail sous le Reich, Olga est sans cesse critiqu\u00e9e pour sa conduite. Menac\u00e9e par son coll\u00e8gue d\u2019\u00eatre d\u00e9nonc\u00e9e comme collaboratrice, elle est viol\u00e9e par ce dernier et se retrouve \u00e0 devoir avorter clandestinement. Lorsqu\u2019elle finit par se marier, elle \u00e9touffe dans sa vie de couple qui, malgr\u00e9 un amour partag\u00e9, lui demande trop de sacrifices. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons interpr\u00e9ter le titre de la pi\u00e8ce comme une r\u00e9f\u00e9rence au sens commun du d\u00e9sir (celui de l\u2019attrait pour la chaire) mais aussi dans son sens spinozien. Le d\u00e9sir, c\u2019est cette puissance d\u2019affirmation propre \u00e0 l\u2019Homme, l\u2019effort qu\u2019il fournit pour pers\u00e9v\u00e9rer dans son \u00eatre. Autrement dit, Olga et V\u00e9ra ont toutes les deux le d\u00e9sir de rester fid\u00e8les \u00e0 ce qui est au fondement de leur \u00eatre : la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure, <em>D\u00e9sirer tant<\/em> n\u2019est pas seulement une pi\u00e8ce aux accents politiques. C\u2019est aussi une pi\u00e8ce d\u2019une douce po\u00e9sie. L\u2019action prend place pr\u00e8s de la maison familiale d\u2019Olga en bordure de for\u00eat. Le sol de la sc\u00e8ne est tapiss\u00e9 par de la terre ocre et une fine brume enveloppe l\u2019espace. L\u2019ambiance recr\u00e9\u00e9e par Charlotte Lagrange est celle, onirique, d\u2019un conte moderne. Les personnages \u00e9voluent pendant les deux heures de spectacle dans le m\u00eame d\u00e9cor, et pourtant rien ne semble statique. Le discours des personnages ne prend que plus de profondeur gr\u00e2ce \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne. Olga, Catherine et V\u00e9ra s\u2019opposent et se livrent dans ce d\u00e9cor, nous d\u00e9voilant un r\u00e9cit de femmes s\u2019\u00e9tendant de l\u2019entre-deux-guerres \u00e0 aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Eva JOSSELIN<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : galerie du Th\u00e9\u00e2tre de Ch\u00e2tillon, 2020 Charlotte Lagrange, fondatrice de la Compagnie La Chair du Monde, met en sc\u00e8ne \u00e0 travers D\u00e9sirer tant sa propre histoire : V\u00e9ra apprend la mort de sa grand-m\u00e8re, Olga, alors que sa m\u00e8re lui a toujours [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":14119,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,24],"tags":[],"class_list":["post-14118","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre","category-theatre-de-chatillon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14118","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14118"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14118\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14118"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14118"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14118"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}