{"id":14162,"date":"2020-02-24T15:45:57","date_gmt":"2020-02-24T14:45:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=14162"},"modified":"2020-02-24T15:45:57","modified_gmt":"2020-02-24T14:45:57","slug":"the-day-lucinda-childs-david-lang-theatre-de-la-ville-janvier-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=14162","title":{"rendered":"The Day \/ Lucinda Childs, David Lang \/ Th\u00e9\u00e2tre de la Ville \/ Janvier 2020"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Image d&rsquo;ent\u00eate : <\/strong>galerie du <a href=\"https:\/\/www.theatredelaville-paris.com\/fr\/spectacles\/saison-2019-2020\/danse\/the-day\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Th\u00e9\u00e2tre de la Ville (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">Th\u00e9\u00e2tre de la Ville<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d4 \u00e9ternels insensibles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Excitante p\u00e9nombre\nd\u2019une salle de spectacle plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9 avant que ne se r\u00e9v\u00e8lent la\nsc\u00e8ne et ses protagonistes. Voil\u00e0 que s\u2019\u00e9veille l\u2019enfant en soi : curieux,\nalerte, all\u00e8gre, libre, simplement r\u00e9ceptif, capt\u00e9 par l\u2019instant. <\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, trois personnages\nhabitent un d\u00e9cor \u00e9pur\u00e9. Deux femmes et un violoncelle s\u2019avancent et se placent\nsur un tabouret. L\u2019une se dirige vers une estrade. L\u2019autre, telle son ombre,\nrejoint un parall\u00e9logramme trac\u00e9. Enfin, pour clore cette succession de trios,\ntrois m\u00e9dias r\u00e9sonnent en harmonie et caressent nos sens. Musique, mouvement et\nimages projet\u00e9es se confondent. Les artistes s\u2019animent et r\u00e9citent un po\u00e8me.\nL\u2019archet de la violoncelliste et la jambe de la danseuse se meuvent en parfaite\nsynchronie, et aspirent le spectateur dans un monde qui ne lui appartient plus.\nTandis que le cr\u00e9ateur s\u2019adonne \u00e0 son oeuvre, le spectateur s\u2019y abandonne et\nlaisse \u00e9merger ce qui, \u00e9touff\u00e9, cro\u00eet silencieusement en ses profondeurs.\nTerrible et angoissant risque de se d\u00e9voiler. Et pourtant, le spectateur n\u2019a\nd\u2019autre choix que de l\u00e2cher prise, et se fie aveugl\u00e9ment \u00e0 l\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Lucinda Childs nous invite mais les portes de son univers demeurent closes. Le quatri\u00e8me mur subsiste, et la sc\u00e8ne, vide en apparence, ne laisse aucune place au spectateur. Le geste se veut aussi minimaliste et pr\u00e9cis que le cadre. Le corps, r\u00e9duit \u00e0 servir uniquement la forme, trace en boucle dans l\u2019espace des figures g\u00e9om\u00e9triques. L\u2019id\u00e9al de perfection opprime la beaut\u00e9 imparfaite de l\u2019interpr\u00e8te et condamne son humanit\u00e9 au silence. L\u2019interpr\u00e8te n\u2019a pas sa place. Seule la forme est tol\u00e9r\u00e9e. L\u2019enfant suffoque.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de voyage ce\nsoir. Pas d\u2019\u00e9change. Je suis fl\u00e9trie, impassible, froide parce qu\u2019on me l\u2019a\nimpos\u00e9. Car quelque attente singuli\u00e8re que soit celle du spectateur, tant que\nl\u2019enfant ne s\u2019\u00e9merveille pas, l\u2019intention de l\u2019artiste manque sa cible. Elle\nvient alors s\u2019\u00e9chouer, et se brise sur la carapace r\u00eache de l\u2019individu. <\/p>\n\n\n\n<p>Sache donc \u00eatre autonome et faire un r\u00e9el effort pour prendre pr\u00e9cieusement le peu qui te soit encore accessible : tu ne disposeras d\u2019aucune cl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ambre Mannu<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Du 24 janvier au 6 f\u00e9vrier 2020, le<strong> Th\u00e9\u00e2tre de la Ville de Paris<\/strong> pr\u00e9sente <em>The Day<\/em>, une oeuvre participative impuls\u00e9e par Maya Beiser et David Lang, qui travaillaient non loin des tours jumelles lorsqu\u2019elles se sont effondr\u00e9es en 2001. <\/p>\n\n\n\n<p><em>The Day<\/em> est un hymne \u00e0 la vie, un po\u00e8me musical et dans\u00e9 qui rend hommage aux disparus du 11 septembre 2001. La f\u00e9minit\u00e9 de l\u2019oeuvre rend la repr\u00e9sentation tr\u00e8s douce &#8211; c&rsquo;est une mise en r\u00e9flexion du drame et de son impact sur l\u2019<em>Etre<\/em>. Ce travail pluridisciplinaire r\u00e9sulte d\u2019une composition musicale de David Lang interpr\u00e9t\u00e9e par la violoncelliste Maya Beiser, \u00e0 laquelle s&rsquo;ajoutent les mouvements vifs et pr\u00e9cis de Wendy Whelan &#8211;  consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des plus grandes danseuses de son temps,&nbsp; chor\u00e9graphi\u00e9s par Lucinda Childs. <\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e laisse place \u00e0 une composition musicale et \u00e0 une interpr\u00e9tation remarquables. Le sol, par\u00e9 d\u2019un tapis brillant, pr\u00e9sente plusieurs int\u00e9r\u00eats &#8211; tant par sa clart\u00e9 que par le fait qu\u2019il permette d\u2019\u00e9tendre les mouvements de la danseuse au-del\u00e0 des limites spatiales. Les costumes sont simples, de couleur claire, assez tombants &#8211; ils arborent une partie large qui s\u2019int\u00e8gre \u00e0 la chor\u00e9graphie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le reste du d\u00e9cor se compose d\u2019un grand \u00e9cran au fond de la sc\u00e8ne. Celui-ci repr\u00e9sente une salle vide typiquement new-yorkaise \u00e0 travers ses larges fen\u00eatres et son mur de briques rouges. Mais l\u2019utilisation de la projection trouve peut-\u00eatre sa limite dans la lenteur des images, trop peu changeantes. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour la premi\u00e8re partie du po\u00e8me, David Lang a s\u00e9lectionn\u00e9 plus de trois-cent phrases \u00ab&nbsp;<em>I remember the day, that I\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb, qu\u2019il classe par ordre alphab\u00e9tique afin de laisser faire le hasard des mots &#8211; lesquels r\u00e9sonnent toutes les six secondes et rythment la performance. Ces t\u00e9moignages font \u00e9cho en amont de la mort, ils d\u00e9crivent la vie avant et pendant les attentats. La danseuse se saisit d\u2019objets, de pics, de ballons, parfois en appuyant les phrases cit\u00e9es, parfois en les contrastant par opposition. Malheureusement, le texte en anglais n\u2019est traduit que sur le programme, illisible pendant la repr\u00e9sentation. Il est alors difficile, pour les spectateurs, de se saisir des enjeux du texte et de sa compl\u00e9mentarit\u00e9 avec les mouvements de la danseuse. Peut-\u00eatre aurait-il fallu les traduire sur l\u2019\u00e9cran, dont l\u2019utilisation est tr\u00e8s limit\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie du spectacle est d\u00e9pourvue du moindre mot : la douleur du corps dialogue avec le son clair du violoncelle, illustr\u00e9 par les vagues de l\u2019oc\u00e9an se brisant sur la sc\u00e8ne. Malgr\u00e9 tout, la chor\u00e9graphie et la lenteur des d\u00e9placements rendent la repr\u00e9sentation tr\u00e8s r\u00e9p\u00e9titive &#8211; celle-ci perd alors en lisibilit\u00e9 sur certains points, alt\u00e9rant la compr\u00e9hension du spectateur qui a du mal \u00e0 appr\u00e9hender la repr\u00e9sentation dans son ensemble, au d\u00e9triment du travail et de la hauteur de l\u2019oeuvre. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Rosa VECCHIONE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>The Day<\/em> au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville, joli po\u00e8me sans \u00e2me<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Ville<\/strong>, Espace Cardin, deux femmes sont en sc\u00e8ne pendant pr\u00e8s d&rsquo;une heure pour interpr\u00e9ter <em>The Day<\/em> : la danseuse&nbsp;Wendy Whelan et la violoncelliste Maya Beiser.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor est tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9 : au sol, quelques lignes  g\u00e9om\u00e9triques&nbsp;blanches&nbsp;d\u00e9limitent l&rsquo;espace; en fond de sc\u00e8ne, une estrade \u00e0 jardin surplombe&nbsp;le terrain&nbsp;et un grand \u00e9cran blanc aux divers reflets termine de dessiner les contours de la sc\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans une premi\u00e8re\npartie, <em>The Day<\/em>, les deux belles femmes sont v\u00eatues de blanc. Pour la\nseconde, <em>World to come<\/em>, c&rsquo;est le noir qui les habille.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0I remember the day, that I&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce jour, c&rsquo;est celui du 11 septembre 2001. Mais ce ballet<em> \u00ab\u00a0n&rsquo;en est pas une illustration, ni un commentaire. Il faut y voir plut\u00f4t une r\u00e9flexion, une mise en \u00e9motions de ce que ce drame peut susciter en nous tous.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi entend-on pendant toute la premi\u00e8re partie, en voix off am\u00e9ricaine (celle de la violoncelliste), sur la musique de David Lang et les pas de la danseuse jouant avec tout un tas d&rsquo;objets, ces jours dont&nbsp;les gens se souviennent: <em>ce jour o\u00f9 j&rsquo;ai pig\u00e9, celui o\u00f9 j&rsquo;ai choisi le nom, celui o\u00f9 j&rsquo;ai eu mon entretien&#8230; <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette (trop?) longue \u00e9num\u00e9ration po\u00e9tique, sur fond musical &#8211; une musique r\u00e9p\u00e9titive quoiqu&rsquo;intense, celle d&rsquo;un violoncelle en d\u00e9lire, jouant double (enregistr\u00e9 en bande son et jouant en live) entre les mains d&rsquo;une&nbsp;diva aux allures de timide &#8211;&nbsp;est&nbsp;quelque peu&nbsp;d\u00e9concertante : d\u00e9connect\u00e9e et \u00ab\u00a0intellectuelle\u00a0\u00bb, voil\u00e0 comment m&rsquo;est apparue, malgr\u00e9 moi, cette pi\u00e8ce. Ce trio de mots, de sons et de corps ne me semble pas tout \u00e0 fait accessible. Seuls peut-\u00eatre certains sensibles, d&rsquo;une esp\u00e8ce bien pr\u00e9cise, arriveront-ils \u00e0 entrer dans la po\u00e9sie du genre de cette pi\u00e8ce. Pour ma part (et ce,&nbsp;malgr\u00e9 mes efforts et ma bonne volont\u00e9),&nbsp;la porte du po\u00e8me m&rsquo;est rest\u00e9e ferm\u00e9e pendant l&rsquo;heure compl\u00e8te. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette pi\u00e8ce m&rsquo;est apparue comme un amas de jolies choses accol\u00e9es les unes aux autres. En effet, la superbe musique de David Lang emporte l&rsquo;\u00e2me dans de douces r\u00eaveries, le son du violoncelle dans un beau monde, le corps en mouvement dans un autre tout aussi magnifique, et les mots eux aussi servent la beaut\u00e9. Mais tout cela est agenc\u00e9 de telle sorte, \u00e0 mon avis, que le spectateur est s\u00e9duit par un art confus, comme on est parfois charm\u00e9 par un po\u00e8me un peu<em> kitsch<\/em>,&nbsp;froid et non-habit\u00e9, constitu\u00e9 de jolis mots pioch\u00e9s au hasard et mis les uns \u00e0 la suite des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Laure-Alice POULAIN<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"> \u2042 <\/p>\n\n\n\n<p><em>The Day<\/em>, au <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Ville<\/strong>, m\u2019a laiss\u00e9e perplexe\u2026 plus que \u00e7a, mitig\u00e9e.&nbsp; J\u2019attendais beaucoup de cette cr\u00e9ation faite quasiment exclusivement de femmes. Sur sc\u00e8ne, une violoncelliste (Maya Beiser) et une danseuse (Wendy Wheelan). <\/p>\n\n\n\n<p>Leurs techniques artistiques, fonci\u00e8rement diff\u00e9rentes, \u00e9taient incroyables. J\u2019avais aussi \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e par l\u2019histoire qui nouait ce spectacle&nbsp;: raconter par des mots, par des gestes, par des sons, les \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre. Cela \u00e9tait renforc\u00e9 par des costumes et une mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9s, quoiqu&rsquo;efficaces, ainsi que par des images projet\u00e9es qui symbolisaient la trag\u00e9die. Mais lorsque le spectacle a d\u00e9but\u00e9, les d\u00e9ceptions se sont encha\u00een\u00e9es&nbsp;: la technique de la danseuse \u00e9tait parfaite, mais ses mouvements, pendant les deux tableaux qui nous \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s, restaient d\u2019une simplicit\u00e9 regrettable. La musique du violoncelle, quant \u00e0 elle, \u00e9tait ponctu\u00e9e de sons qui la parasitaient. Enfin, les lumi\u00e8res bleues mettaient difficilement en valeur le corps de la danseuse. Tous ces \u00e9l\u00e9ments m\u2019ont conduite \u00e0 ne pas pouvoir entrer dans le spectacle, peut-\u00eatre n\u2019ai-je cependant pas \u00e9t\u00e9 suffisamment r\u00e9ceptive. Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019\u00e0 la fin, les spectateurs, loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 conquis, sont repartis d\u00e9faits. <\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Mathilde FONDANECHE<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Image d&rsquo;ent\u00eate : galerie du Th\u00e9\u00e2tre de la Ville \u00d4 \u00e9ternels insensibles Excitante p\u00e9nombre d\u2019une salle de spectacle plong\u00e9e dans l\u2019obscurit\u00e9 avant que ne se r\u00e9v\u00e8lent la sc\u00e8ne et ses protagonistes. 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