{"id":14170,"date":"2020-02-28T21:01:00","date_gmt":"2020-02-28T20:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=14170"},"modified":"2020-02-28T21:01:00","modified_gmt":"2020-02-28T20:01:00","slug":"on-ne-badine-pas-avec-lamour-dalfred-de-musset-les-livreurs-theatre-de-nesle-janvier-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=14170","title":{"rendered":"On ne badine pas avec l&rsquo;amour d&rsquo;Alfred de Musset \/ Les Livreurs \/ Th\u00e9\u00e2tre de Nesle \/ Janvier 2020"},"content":{"rendered":"\n<p>Comme chaque semaine, <strong>Les livreurs<\/strong> pr\u00e9sentent un <em>Solo Th\u00e9\u00e2tre. <\/em>Cette fois<em>, <\/em>pas d\u2019introduction, on est cens\u00e9s connaitre le concept : un(e) interpr\u00e8te, seul(e) en sc\u00e8ne &#8211; avec pour unique alli\u00e9e sa voix, nous fait entendre une pi\u00e8ce de&nbsp;th\u00e9\u00e2tre&nbsp;en une heure. Port\u00e9 par sa voix, le texte se doit d&rsquo;\u00eatre complet, de l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9motions \u00e0 la virtuosit\u00e9 des caract\u00e8res jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gance et l\u2019humour du verbe ; les personnages, de surgir petit \u00e0 petit, au point de les \u00ab&nbsp;voir&nbsp;\u00bb se donner la r\u00e9plique comme sur une sc\u00e8ne classique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette semaine, c\u2019est l\u2019occasion d\u2019\u00e9couter <em>On ne badine pas avec l\u2019amour, <\/em>une pi\u00e8ce en trois actes, \u00e9crite par Alfred de Musset \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 24 ans et jou\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise en 1861. <\/p>\n\n\n\n<p>Le com\u00e9dien nous am\u00e8ne au ch\u00e2teau du Baron o\u00f9 Camille, dix-huit ans, retourne apr\u00e8s un s\u00e9jour au couvent pour y retrouver son ami d\u2019enfance, Perdican, car le Baron veut les marier &#8211; alors qu\u2019ils ne se sont pas vus pendant dix ans. Le com\u00e9dien cherche \u00e0 nous embarquer dans cette intrigue sentimentale qui tourne au drame, entre jalousie, vengeance et coups de th\u00e9\u00e2tre&#8230; Mais comme \u00e0 l\u2019occasion des introductions des soir\u00e9es <em>Solo th\u00e9\u00e2tre<\/em>, il ne nous convainc qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9, par moment trop mou, ou bien trop enthousiaste, on dirait qu\u2019il caricature les personnages. Pourtant le public semble appr\u00e9cier, tout particuli\u00e8rement la classe d\u2019\u00e9tudiants qui assistaient pour la premi\u00e8re fois \u00e0 ce genre de spectacles.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Monica MELE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Les performances des <strong>Livreurs<\/strong> semblent particuli\u00e8rement adapt\u00e9es \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique dramatique d\u2019Alfred de Musset qui, en 1834, publiait un deuxi\u00e8me volume de ses \u0153uvres th\u00e9\u00e2trales sous un titre significatif&nbsp;: <em>Un spectacle dans un fauteuil<\/em>. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec cuisant de sa premi\u00e8re com\u00e9die, Musset avait en effet d\u00e9cid\u00e9 de composer d\u00e9sormais des pi\u00e8ces destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre lues plut\u00f4t que repr\u00e9sent\u00e9es sur sc\u00e8ne. <em>On ne badine pas avec l\u2019amour<\/em>, \u00ab&nbsp;proverbe&nbsp;\u00bb publi\u00e9 dans ce recueil, ne sera d\u2019ailleurs cr\u00e9\u00e9 qu\u2019en 1861&nbsp;; il d\u00e9peint les efforts de Camille et Perdican, promis l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, pour se rendre jaloux et ne pas para\u00eetre c\u00e9der \u00e0 l\u2019amour qui les envahit, au d\u00e9triment de l\u2019existence m\u00eame de leur couple, et aux d\u00e9pens de la jeune Rosette, victime de ces jeux cruels.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;lecteur sonore&nbsp;\u00bb a prise sur la pi\u00e8ce comme un chef d\u2019orchestre&nbsp;; aussi la pi\u00e8ce pr\u00e9sentait-elle une grande coh\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale, harmonieusement symphonique, pour ainsi dire, sans pour autant nuire \u00e0 la diff\u00e9renciation des divers personnages de la pi\u00e8ce. L\u2019accent paysan de Rosette, qui souligne la na\u00efvet\u00e9 un peu ridicule mais surtout path\u00e9tique de la jeune fille, met en \u00e9vidence le foss\u00e9 qui la s\u00e9pare du seigneur Perdican mieux que ne peut le faire une lecture int\u00e9rioris\u00e9e, silencieuse. <em>\u00ab&nbsp;Combien d\u2019art pour rentrer dans la nature&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em>, s\u2019\u00e9criait La Bruy\u00e8re&nbsp;: sous l\u2019effet faussement simple de la voix du lecteur, la pi\u00e8ce de Musset a repris vie dans toutes ses dimensions, tragique et comique, badinant avec les \u00e9motions du spectateur comme Perdican se joue des sentiments de l\u2019innocente Rosette, et m\u00eame des siens.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Claire DE MARESCHAL<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2042<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept de la repr\u00e9sentation du classique d\u2019Alfred de Musset, <em>On ne badine pas avec l\u2019amour<\/em>, organis\u00e9e par <strong>Les Livreurs<\/strong> au Th\u00e9\u00e2tre de Nesle tient dans l\u2019anaphore suivante : 1 interpr\u00e8te, 1 pi\u00e8ce, 1 heure&nbsp;&#8211; ce que <em>Les Livreurs <\/em>appellent un Solo Th\u00e9\u00e2tre. Ni d\u00e9cor, ni accessoires pour une pi\u00e8ce qui raconte l\u2019orgueil s\u2019infiltrant dans les fissures d\u2019un amour de jeunesse jusqu\u2019\u00e0 le faire s\u2019\u00e9crouler, pi\u00e8ce que Musset \u00e9crivit pour la lecture, et dont la premi\u00e8re repr\u00e9sentation n\u2019eut lieu que quatre ans apr\u00e8s la mort du dramaturge.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la libert\u00e9 de mise en sc\u00e8ne est donc de mise, il s\u2019agit pour cette interpr\u00e9tation singuli\u00e8re de savoir conserver la multiplicit\u00e9 des tons de ce proverbe \u00e0 la fois com\u00e9die et drame romantique. Pari en grande partie r\u00e9ussi. L\u2019acteur arrive \u00e0 capter notre attention pour la dur\u00e9e du spectacle, en encha\u00eenant les voix qu\u2019il associe \u00e0 chaque personnage. Cette alternance de voix diff\u00e9rentes sortant d\u2019une m\u00eame bouche marque le contraste des caract\u00e8res, notamment entre les personnages du Baron et du fantoche Ma\u00eetre Blazius, cr\u00e9ant une dissonance fort comique. La n\u00e9cessit\u00e9 de multiplier les voix entra\u00eene cependant l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019une Camille timide face \u00e0 un Perdican confiant. Si la voix de Perdican colle tr\u00e8s bien au personnage, celle de Camille aurait gagn\u00e9 \u00e0 avoir un ton plus solide face \u00e0 lui, car elle est au moins aussi orgueilleuse que lui. Somme toute, ce Solo Th\u00e9\u00e2tre est surtout un exercice de style, un pari \u00e0 la difficult\u00e9 av\u00e9r\u00e9e, et l\u2019on ne peut que dire <em>chapeau<\/em> \u00e0 l\u2019acteur !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212; Esta ELIO<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Comme chaque semaine, Les livreurs pr\u00e9sentent un Solo Th\u00e9\u00e2tre. 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